‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 143 sur 247 · M. de la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Serre

Paris, samedi 15 avril 1890.

•.... Marie dort du sommeil des justes. Vous y ave^ droit par votre conscience ; que n'êtes-vous, cher ami, d'âge à dormir de la même manière !

Je n'ai rien à ajouter à ce que Germeau vous ^tûfiUide de Raoul et de la Banque, si ce n'est qu'au total la Bourse n'est rien moins que mécontente d'être débarrassée du sultan Laffitte. Son successeur ^ si gracieusement accueilli régents et censeurs Ti*on rend dès ce moment hommage à ses bonnes qualités.

Quant aux allusions des jeunes gens, il faut s'at-

tendre à beaucoup d'inconvenances de la part de cette jeunesse très-disposée à régenter ses maîtres et à vêtir notre monarchie à l'athénienne. J'ai vu le temps où cette sage jeunesse portait des brodequins et le petit manteau grec ; on s'habillait ainsi daos l'école de David*, et j'ai vu ce qu'ont fait depuis David et ses écoliers.

Les Espagnols sont plus ou moins fous seloEft leurs Cortès. On me mande de Madrid que, si 1^ choix des députés est meilleur qu'on ne l'espère, il pourrait y avoir quelque remède.

Quant aux Anglais, ils n'en sont pas quittes ; 1^^ fermentation survit aux derniers bills, les nouvelle^ élections ont amené du renfort aux radicaux. Bien est-il vrai que la fureur radicale ne sort pas des districts manufacturiers. D'où il faut conclure qae cette industrie, nouvelle reine du monde, n^estpaâ douée d'un sceptre innocent. Les lois anglaises sont fort sévères et le sont tant que, soit pour la presse, soit pour le vol, on les élude sans cesse et d'un conamun accord. Toutefois la Constitution de ce peuple a reçu, depuis trente ans, de fortes atteintes. Tout^ leur force armée était sur les ondes ; aujourd'hui 1^ terre les revendique et en sent le besoin. h'aHen" billy les suspensions de Vhabeas corpus j les noU'

< Louis David, né à Paris le 31 août l7hS. U étudia l'art des Grecs et entreprit de reformer la peinture de son ëpoque. Membr* de la Convention, il vota la mort de Louis XVI. Quelques ami^ après il devint premier peintre de Napoléon. En 1815, il vota pouf VActe additionnel. Il fut banni par la loi du 19 janvier 1816 ^ mourut à Bruxelles le S9 décembre 1895.

elles lois donnant faculté de fouiller les maisons, 3S nouvelles entraves à la publication des pamhlets, tout cela dénote une ferme volonté de résîsince. Ceux qui possèdent les influences combatont pour les garder ; ils seront d'autant plus ctbrageux que l'état de l'Europe les inquiète. Je i serai donc pas surpris si les lois deviennent là ? plus en plus sévères ; je ne le serai pas même si lelque engagement sérieux se livre entre les proléîres et lès propriétaires. Ils ont du nerf, ces insuîres, et, lorsque la nécessité commande, leur se- ^rité a encore de la violence.

iNos doctrinaires s'accrochent à toutes les branles, mais toutes ces branches sont frêles. C'est au npps de l'arbre qu'il faut se cramponner aujoiirhiii, Royer sentait bien qu'il ne pouvait pas faire •^ rapport ; mais j'ai dû convertir ses lenteurs for- -es en politesses. M. Pasquier l'en a remercié. Je ^lidrais arracher ce brave homme, que l'ambition Sare, au parti qui le flagorne et le compromet de lais en plus chaque jour. Au surplus, Royer me I^te sans cesse que, si vous étiez ici, vous vous lt:»ndriez ; à quoi je réponds : « Que ne vous en- >Càdiez-vous donc avant le départ ? »

iSfes bien chers amis; portez-vous de mieux en

ieux et aimons-nous.

"Wendel est de retour.

Casimir Périer a été fort violent hier à la 'liambre^

* Dans la discussion de la loi sur les comptes do 1818. — Voyez

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