Le comte de Saint-CSricq ^ à M. de Serre
Paris, 15 ayrîl 1890.
Mon très-honoré ministre et cher codéputé,
J'ignore si tous ceux pour qui vous avez des bontés et quelque amitié ont pris le soin de s'assurer directement des progrès de votre santé. Pour moi, j'ai trouvé plus discret de les connaître par Taim commun que je savais en être le mieux informé; et la Boulaye, en vous portant souvent mes hommages et mes vœux, a dû vous dire que je n'ai rien perda des bonnes nouvelles que vous lui avez successirement données et du bien-être que vous continues d'éjHTOuver. Souffrez que je profite, pour vous ea féliciter sans intermédiaire, de . l'occasion que me fournit la promotion de M. Liechty, lieutenant des douanes dans la direction de Charleville, et pour qui vous m'avez demandé il y a quelques mois une lieutenance d'ordre. Je viens de lui conférer ce grade dans la direction de Belley.
Je serais mal venu à vous entretenir de nos affaires, vous qui en connaissez exactement, et probaUement mieux que moi, la marche par le compte qui
les Opinions et discœtrs de M. Casimir Périery 1. 1®', p. 133-158, Paris, 1838, et V Histoire du gouvernement parlemenêaitêf ptf M. de Hauranne, t. V, p. kOB.
f Voyeitll, p. 89.
ANNÉE IBM. ,aft8
-VOUS en eÈt rendu de plus haut que je ne saurais éteindre. Je Teux pourtant vous dire que, d'après mon jogementy nous avons gagné depuis un mois; :j'eirtends par là que les libéraux ont perdu. Car depuis ait inois^ et maintenant pour toujours, la 'question me semble nettement posée : d'uA côté^ bo- B^artistes, jacobins, idéologues, scms le nom eommxm dç libéraux ^ et, de Fautre, amis de la dynastie et •des iMtitDtions par lesquelles elle peut se perpétuer. Pour q¥iie tes choses en vinssent à se trancher ainsi, il ialhiit qu'il n'y eût plas qu'une exposition ; les éétmkféi^ éléctixHis avaient eonstaté ee fait, qu'un KoarerHememt. à qui le des^tieme est impossible •ditt périr vite entre deux grandes opinions actives auxquelles, par la force des cfaoses,^ tout finit par se raUier,. ei que son salut est à se mettre à la tété de f «ne d'elles et à la gouverner . Notre ministère pou- ^adrt-'il se mettre à la tête. de la première de ces opi- .iàons? Évidemment non, car il y a opposition complète de but entre cette opinion et le ministère. 11 est •clair, au contraire, qu'avec l'autre on est pleinement d'accord sur le but. Le choix n'était donc pas douteux. Le ministère l'a fait, et il a rempli son devoir. Je crois au salut parce qu'on a pris la voie qui y mène ; un goiirer&emetit se tromper pltuas difficilement sur la marche quand il sait nettement où il veut arriver.
Je ne asstî^ c^ que vous avez pensé de la loi d'élection qui est encore devant la Chambre; mais vous à^ez dû savoir que l'addoptiôû ea étai^C ittipôssible, âtnA elle offrait de sc^iro^tesi dJ^^s à^ tkigt-i^ckf du
au CORRESPONDANCE.
trente des hommes du centre sans l'adhésion des- ■ ^ quels nous ne pouvons rien. J'augure très-bien de celle qu'on va présenter; et, bien que j'aie regret de voir ajourner la pérennité de la Chambre, je crois le sacrifice indispensable à l'état actuel des esprits ; je parle des esprits qui ne sont pas hostiles, car j* pense qu'il faut tout faire contre ceux qui sont hostiles, et rien pour eux. Il me semble de plus que 1« système en lui-même, outre l'avantage de son esc,trême simplicité, a celui de promettre des choix plixs sages, plus conformés à l'esprit de conservation dont il faut faire l'esprit dominant. La discussion sera vive; mais nous espérons que vous y sei'cz, c* je ne veux, pour preuve du profit que nous en retirerons, que la peur qu'en montrent nos ennemis.
Veuillez permettre que j'offre ici mes hommage à M°*® de Serre, et agréez, je vous prie, pour vou: même, mon très-honoré ministre et cher codépui celui de mon respectueux et inviolable dévouemen*-
Saint-Cricq.