M. de Serrai à sa mère
Toulon, le 6 mal ISSD.
Je soutiens assez bîei^, chèi;e içaman, les fatigues du voyage, Annette aussi.
Écrivez -moi, je vous prie, à Dijon et à Troyes. Je pense que nous serons à Paris du 18 au SD. Je suis fort pressé et vous embrasse à la hâte ainsi que mon père.
Votre tendre fils.
800* — Le duc de Richelieu à H. de Serre*
Paris» ee 7 mai ISSU
J'ai eu l'honneur de vous faille savoir par M. de Marnésia^ monsieur, combien nous désirions vous voir arriver promptement à Paris pour prendre part à la discussion de la loi d'élection. Expédiant eu ce moment une estafette à M. le duc d'Angouléfue, à Lyon, et voyant, par la lettre que M. Pasquier vient de recevoir de vous, que l'on peut encore vous écrire à Nice, je profite de cette occasion pour vous exprimer les vœux que nous formons tous pour que
ANNÉE 18S0. im
votre santé tous permette de nous arriver à temps. Sans entrer dans la discussion de la loi que nous avons proposée, et qui ne peut être réputée la meilleure (jue relativement aux circonstances où nous nous trouvcms, son acceptation est tellement capîtale,^ non-seulement pour le ministère actuel, mais niêixie pour la monarchie, qu'il faut employer tous ses moyens et toutes ses forces pour obtenir le succès. Votre appui et votre coopération dans cette grande lutte seront décisifs, et je n'aurai plus aucune crainte quand je vous verrai à Paris. Nos ennemis ne s'endorment pas, et il n'est aucune manceuvre à laquelle ils ne soient décidés à avoir reooiïrs pour acquérir et conserver le pouvoir. Vous savez l'usage qu'ils en veulent faire ; à votre arrivée nous déroulerons à vos yeux un tableau de leurs coupables intrigues, et vous verrez ce dont ils sont capables.
Cette nuit on vient d'arrêter en flagrant délit un officier à demi-solde nommé Gravier au moment où, avec un cigare, il mettait le feu à une espèce de machine infernale placée sous un des guichets des Tuileries*. J'espère que par ce moyen nous pourrons peut-être découvrir des preuves légales et positives
* * L'opinion g^n^raîe fut qu'il avait voulu provoquer raccouchement prëmaturë de M™® la duchesse de Berry. Cinq mois plus fard, Gravier et son complice Bouton furent condamnas à mort; maïs, sur les instances de la prmcesse, le Roi commua leur peine en «die dès travaux forces à perpëtuil^ avec dispense de la mar- ^e et de l'exposition. — Voyez l'Histoire de la Restauration, par M. de VM-Castef, t. VIII, p. /»91, et t. IX, p. lA6-l/é8.
^a/i CORRESPONDANCE.
des complots qui ne nous offrent encore qu'une conviction morale.
Enfin ceci est une guerre à mort entre le génie du bien et celui du mal. Je suis heureux de tous avoir pour compagnon d'armes dans cette lutte que je suis bien décidé à soutenir à outrance : j'espère qu'avec du courage et de la prudence nous terrasserons les méchants sans nous laisser dominer par les fous, et nous réunirons sous notre bannière tous les hommes de bonne foi qui veulent le maintien de ce qui existe.
Mes hommages à M™* de Serre. Arrivez-nous vite et bien portant, et comptez sur le plaisir que j'aurai à vous renouveler de vive voix l'assurance de mou sincère attachement et de ma haute considérati(Hi.
Richelieu.