M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, mardi 95 juillet 1^0.
C'est bien. Vous êtes à Glenn(Hit et sans ixop de fatigue; il n'y a plus qu'à gravir le mont Dore; et j'ai votre lettre du SJ qui répond aux miennes des 18 et 19. Les aimables personnes que ces courriers qui voyagent jour et nuit pour nouer nos fils!
M. le duc de Richelieu est maintenant en grande conférence avec M. Roy et probablement sur cette terrible affaire des directions générales. Je lui ai écrit quelques mots. Il m'en¥en*a chercher à la chancellerie dès qu'il sera libre. Il saura, ainsi que M. Portalis , tout ce que vous pensez de l'affaire liallemand et de celle des gardes du corps.
Je causerai du reste de votre lettre (de Guizot et des élections) avec le président du Conseil et M. Meunier. Chacun sa part.
Les mouvements de notre diplomatie font que le marquis de Rivière^ revient de Constantinople, où
* Charles-François de Riffardeau, marquis de Rivière, ne au château de la Fertë (Berry) le 17 décembre 1763. Il ëtait, en 1789, officier aux gardes françaises. Il dmigra et devint aide de camp de M. le comte d'Artois, qui lui confia plusieurs missions dëlicates et pe'rilleuses. Arrête à Paris en même temps que le gênerai Pichegru et Georges Cadoudal, il fut condamne à mort le 10 juin 180A ; mais, grâce à l'intercession de l'impératrice Joséphine, cette peine fut commue'e en celle de plusieurs années de détention. Ma-
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îl sera menreiUeusaQient bien remplacé par Florimoùd de Latoor-Maubourg ^ , qui a déjà fait ses preures sur ce théâtre. Le marquis de Rivière sera capitaine des gardes de Monsieur : tonte sa rie a été dévouée au prince. J'aime tendrement M. de Rivière ; c'est la fleur des preux, Thonneiir même, mais Fhonneur accessible à la raison; je suis
charmé de le voir là,
Hier, dînant chez Becquey avec l'abbé Andi'é^,
rëchal de camp en 181 A, lieutenant général et pair de France, en 1815, ambassadeur à Constant! nople de 1816 à 1830, il fut nomme', à son retour, capitaine des gardes àe Monsieur ,\\ àevmiy enl8>tl^, duo bërëditaîre et, en 18^, gouverneur de M. le duc de Bordeaux. Il mourut à Paris le 31 avril 1828. — Voyez les Mémoires posthumes toucliant la vie et la mort du duc de Rivière, Paris, 1^9.
• Jean-Pîerre-Florimond de Fay, marquis de Latour-Maubourg, ne le 9 octobre 1781. Entre dans la carrière diplomatique peu après le 18 brumaire, il devint, en 1806, second secrétaire, et, en 1809, chargé d'affaires à Constantinople. Il fut nommé, en 1812, ministre plénipotentiaire à Stuttgard. 11 fit comme volontaire la campagne de I8IJ4. Ministre à Hanovre en 1816, à Dresde en 1819, îl retourna en 183^ à Constantinople comme ambassadeur; mais, n'ayant pu obtenir du Grand Seigneur les concessions qu'il jugeait indispensables, il partit sans remettre ses lettres de créance, ce qui ne fut pas approuvé de son gouvernement. 11 obtint en 1830, après la révolution, l'ambassade de Naples et, en 1831 ,t celle de Rome, où il mourut le 5U* mai 1837. Il faisait partie de la Chambre des pairs à titre héréditaire depuis 1831. Son éloge a été prononcé par le comte Philippe de Ségur le 31 janvier 1838.
2 A l'époque du Directoire, l'abbé André avait servi d'agent entre le Conseil royal et Louis XVIII. Nous lisons dans la Vie politique de M, Royer-Collard par M. de Barante : " M. Royer- CoUard voulut qu'aucun intermédiaire ne fût placé entre eux [les membres du comité] et le Roi, pas même M. d'Avaray, qui avait
j'ai pu savoir que Royer était profondément blessé de ce qu'on appelle ingratitude et légèreté de jeunes gens et d'une ingratitude plus haute. C'est, dit-on encore, attenter à la dignité du caractère dumaîti'e que de lui conseiller de pareilles mesures.
On parle d'une longue suite de lettres entre Royer et l'abbé André. Ce recueil ne doit pas paraître encore, mais on le publiera plus tard.
Je quitte le duc. Il vous a écrit il y a trois ou quatre jours. Vos nouvelles sont attendues par lui comme par moi.
Germeau vous donne les détails du ministère et expédie les journaux.
Jacquinot se rappelle à votre bon souvenir.
Sans adieu, très-cher ami; tâtez ces eaux; ménagez-vous; ne compromettez rien de cette santé que nous ne saurions faire trop bonne et trop forte,
et aimons-nous.
alors toute l'affection et la confiance de Louis XVHI. Un homme subalterne, mais raisonnable, spirituel, dévoue et courageux, l'abbd André, devait être charge de porter les lettres du comité' et les réponses écrites ou verbales du Roi. Le comitë n'acceptait point une autre mission que d'observer les e've'nements, Tëtat de l'opinion publique, la marche du gouvernement. II ëtait autorisa à assurer les hommes importants par leur position ou leur influence qui sembleraient bien disposes et sincères que les intentions du Roi dtaient conciliantes et nullement réactionnaires, sans leur faire ni offres ni promesses. » (T. P»*, p. 55.)