‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 237 sur 247 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Le !>5 juillet 1820.

Monseigneur,

L'aflPaîre du Conseil d'État est toujours Tévénement politique dont Paris s'occupe le plus ; celle de Naples y fait, je crois, à peine autant de sensation; et celle des préfets, qui en fera probablement plus en province, n'en fait certainement pas autant dans la capitale.

Des personnes exclues du Conseil, celle qui en éprouve le plus d'humeur est certainement M. Guizot : l'apparente tranquillité qu'il affecte ne fait -que mieux ressortir l'aigreur de ses discours; il assure que les lettres écrites par Votre Excellence 43nt singulièrement choqué les hommes auxquels elles s'adressaient : ils ont dû en témoigner ènergiquement leur opinion dans les réponses qu'ils y ont faites. M. Guizot annonce qu'il va reprendre son cours et faire l'histoire des gouvernements représentatifs. On m'a dit l'autre jour qu'il se préparait à écrire sur l'événement, sur l'acte qui vient de frapper lui et ses collègues.

L'allure ostensible des journaux ne peut, depuis la censure, donner que peu d'idée de la marche et des espérances des partis ; mais ce qui se passe derrière la toile peut donner plus de lumière, et je

m'attache de tout mon pouvoir à savoir les points sur lesquels la censure a le plu» à s'exercer. Il est remarquable que, depuis quelque temps, le parti libéral lui présente, a^nec obstination et confiance, des articles d'une audace qui étonne et d'une hostilité qui ne se donne plus la peine de se déguiser. Les censeurs ont fait, dans ces derniers jours, des abatis énormes et sont épouvantés de ce qu'on a osé l«ur proposer. D'où naît, se disent-ils, cette confiante impudence?

Pour se dépiquer^ les journaux de oe même parti ont renouvelé la pratique, qui avait pourtant assez mal réussi à ce laaltieureux Corréard^, de ùirt chaque jour une brochure signée et qui se trouve affranchie de tout contrôle préalable; le chef de cette entreprise est un hoimne qui vous demandait, pea de temps avant votre départ, de faire imprimer à l'imprin^rte royale un cmvrage de lui sur la législation et la politique ; vous lui avez heureusement refusé votre autorisation. Je ne suis pas autorisé à dire son nom.

Je recueille aux sources que Je puis croire les meilleures tout œ qui est relatif à la grande question de la dissolution de la Chaxabve. J'ai vu hi^ Sauvo^, dont j'étais bien aise d'avoir l'avis à cet égard, et qui, sous plusieurs rapports, est assez compétent pour en donner un. Il est <m ne saurait

* lÂbraire-ëditeur, un des naufrages de la Médu9e^ — Voyac Vllisioire de la Restauration y par M. de Vîel-Castel, t. VIU, p. /i59.

* Voy«B t, n, p. X07.

ANNÉE l^M. S&»

dav£uitage opposé à la dissolution : les raisons qu'il en donne. Votre Ëxceilence les conçoit facilement et les a sans doute déjà pesées à ravauce; mais il se résimie en disant que les extrémités des deux partis la désirent trop ardemment pour qu'il soit prudent de leur dcmner cette satisfaction.

On a parlé ces jours derniers de quelques trou^ blés en Galicie.

CHi m'assure cfue M. de Barante refuse l'ambassade de Danemark.

Je reçois à Tiastant ui^ lettre de M. Varin, aTOcat général, qui refuse la place de procureur ^é* nécal à Metz. Il est pénétré de reconoalssance pour vos bontés, mais se trouve retenu à Rennes par d^;^ liens de famille et d'affection qu'il ne peut rompre. J'aurai l'honneur de vous adre^er copie de sa let^tre par le prochain courrier^ ainsi que d'une lettre de M. Bourdeau sur le même sujet.

J'ai l'honneur d'offrir mes respectueux hom-

mages à Votre Excellence et la prie de vouloir bien

les faire agréer à M""® de Serre.

Germeau.

M9. — M. de la SovUiye à M. de Serre.

Paris, mercredi S6 juilUt 16^.

Les fillettes, mes chers amis, sont joyeuses et ien portantes: l'une reprend son appétit, l'autre

h60 ' CORRESPONDANCE.

n'en a point encore manqué; elle voyage du sein droit au sein gauche de sa bonne nourrice : c'est là ison excursion, ce sont ses monts Dore. Les grandsparents sont en bonne santé, le frère Victor idem, et idem le baron.

Il est assez difficile de joindre M. Mounier et, lorsqu'on l'a joint, de le tenir : c'est le vif-argent du ministère. Nous avons ébauché quelques conversations toujours coupées par des accidents. Nous devons nous accrocher ce soir à neuf heures. Je veux qu'il prenne note de vos idées sur les points Je la carte électorale par vous relevés.

Quant à l'affaire Lallemand, à laquelle je ne sougeais pas plus qu'à celles de la guerre de Trente Ans, il y faut penser, puisque vous y pensez vousmême, et je conçois qu'on doit se préparer. M. Portalis a votre mémento, il en sera sans doute question au Conseil. J'ignore ce que l'état-major de la justice peut savoir sur ce point; mais il me parait bien délicat de revenir sur cette douloureuse affaire. Que le soldat ait tiré sans ordre, cela paraît constant. L'est-il également qu'il ait été assailli, mis dans le cas de légitime défense, et peut-on le prouver par d'autres témoignages que ceux des parties intéressées? Il ne peut pas, ce me semble, y avoir lieu à punir. On évoquerait toute la malheureuse affaire des gardes du corps, on dirait qu'on a voulu faire un exemple i?i anima lili; on découragerait la troupe dont il importe de soutenir l'esprit. ICst-ce qu'en pareille occurrence, un pareil événement n'est pas dit i^essort de la justice mili-

taire? S'il en était autrement, je voudrais n'engager l'affaire qu'avec certitude de plein succès pour le soldat, comme on a fait de l'autre côté de l'eau pour la Yeomanry de Manchester. Cette queue de sédition pourra être effectivement difficile à écorcher à la prochaine session. 11 faudra donc, et de bonne heure, y préparer les esprits.

Vous trouverez, me dit-on, une société bien mêlée autour de vos baignoires d'Auvergne. C'est un avant-goût de la vallée de Josaphat, où tous les chemins conduisent.

Il faudra que je quitte Paris le 2 ou le 3 août, et, lorsque je n'aurai plus la Louise sur les genoux, la Marie sur les bras, je me trouverai tout déshabillé. J'en aurai aussi des nouvelles quotidiennes, et ce ne sera pas long.

A demain, mes Excellences.

Bellart est bien touché de sa croix d'officier. Germeau vous envoie sa lettre.

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