‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 238 sur 247 · Le comte Portails à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le comte Portails à M. de Serre

Ce â7 juillet 1850.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous faire passer les lettres de MM. Varin et Bourdeau qui font connaître à Votre Excellence la non-acceptation du premier. Je crois Iir. 36

que VOUS penserez qu'il est utile de procéder tout de suite à la nomination du procureur général de

Metz M. Mangîn^ m'a parlé à cett^ occasion

du droit qu'avait M. de Chevers de quitter Colmar; je ne crois pas cependant que le moment soit bien choisi.

Le Roi vient d'appliquer le bienfait de l'amnistie à M. le général comte ClauseP et à M. le chef de bataillon de Chambure^. Cette ordonnance a été

* Voyez t. I®^ p. 93.

* Bertrand Clausel, né à Mirepoîx (ArMge) le 12 décembre 1772. Volontaire en 1791, g^n^ral de brigade en 1799, général de division en 1802> il s'ëtait illustre en maintes rencontres, notamment à la journëe de Salamanque (!^ juillet 181!2). Sous la première Restauration, il fut nomme inspecteur général d'infanterie, chevalier de Saint-Louis et grand-croix de la Légion d'honneur. Le S5 mars 1815, il accepta de Napoléon le commandement de la 11® division militaire, marcha sur Bordeaux et força M™* la duchesse d'Angoulême à quitter cette ville. Après les Cent- Jours, il passa en Amérique. Un Conseil de guerre le condamna à mort le 11 septembre 1816, mais une ordonnance royale du SO juillet 1820 lui accorda le bénéfice de l'amnistie . Maréchal de France en 1831, gouverneur général de l'Algérie en 1835, il mourut à Secourrieu (Haute-Garonne) le 21 avril 18/«2. II avait publié en lftl6 un Exposé Justificatif de sa conduite politique au retour des Bourbons.

3 Laurent- Auguste le Pelletier de Chambure, né d Vitteaux (Côte-d'Or) le 31 mars 1789. Sous-lieutenant en 1806, il fit les campagnes de Prusse, de Pologne et d'Espagne et obtint le grade de capitaine. En 1813, au siège de Dantzick, il se signala par de fréquentes sorties, à la tête d'une compagnie surnommée V Infernale, Pendant les Cent- Jours, il commanda un corps franc. Le 13 décembre 1816, la Cour d'assises de Dijon, le jugeant par contumace, la déclara coupable d'avoir, à la tête d'un parti, dans la unit du 18 au 19 juillet 1815, volé, dans le chemin public de la Maison-Neuve, à Rourray, une somme d'argent, des armes et au-

calquée sur celles qui avaient été rendues pour les généraux Decaen et Gilly. C'est M. le duc de Richelieu qui l'a contre-signée. Elle ne sera point insérée au Bulletindes lois.

M. de la Boiilaye a communiqué à vos collègues, monseigneur, un passage d'une de vos lettres relatif à l'affaire Lallemand et à celle des gardes du corps. Votre Excellence aura vu par les journaux que l'aflFaire Lallemand avait été suivie comme il convenait qu'elle le fût. La juridiction ordinaire s'est dessaisie ; ce sera à la juridiction militaire à prononcer. Je pense que le soldat sera acquitté, et cela sera convenable; car il faut prendre garde de décourager les soldats qui font leur devoir dans des circonstances critiques. Le moment est suprême : tout ce qui, en Europe, peut j^orter atteinte à la fidélité des troupes est mortel pour les gouvernements. Quant aux gardes du corps, il a paru qu'il était bien tard pour revenir sur les torts qui leur ont été reprochés. On a pensé de plus qu'une telle mesure serait d'un mauvais effet. Rechercher des actes répréhensibles qui ont été la suite de provocations fort vives et qui ont été suivis d'actes de

très objets prëcieux à deux officiers anglais qui se rendaient à Paris. £n conèëquence, eUe le condamna aux travaux , forces à perpëtuitë^ à la marque, au carcan et aux frais de la procédure. {Moniteur du 53 de'cembre.) Une ordonnance du 36 juillet 1820 étendit à M. de Chambure le bienfait de l'amnistie. Après la réYOlutlon de 1830, il devint premier officier d'ordonnance du mar^ cbal Soult, ministre de la Guerre. Il mourut à Paris, du choiera, le 12 juillet 1832. — Voyez la Noixvelle Biographie générale (Dîdot), t. IX, p. 599.

révolte et de rébellion de la part de ceux qui ert avaient été les provocateurs, serait assimiler ea quelque sorte ses amis et ses ennemis et l'imprudence du fils aux machinations du crime. Si cela avait été fait tout de suite, cela aurait pu être utile; si cela avait prévenu les troubles qui ont eu lieu,, on aurait pu louer alors la marche à la fois juste^ impartiale et ferme du gouvernement. Aujourd'hui on n'y verrait qu'un pas rétrograde qui le ferait accuser d'irrésolution et de faiblesse.

Il est fort question de l'Instruction publique en ce moment. On voudrait lui rendre un chef qui assurât son action et rendît l'unité de doctrine si nécessaire au corps enseignant, au vaste établissement de l'Université. Les rhétoriciens de Paris viennent 'de donner une déplorable preuve de l'esprit qui les anime. On leur avait donné, pour sujet de composition, une conversation de Sully, jeune encore, avec le duc de Rosny, son père. Elle devait rouler sur son dévouement à la cause de la maison de Bourbon et sur les sentiments généreux de fidélité qui devaient l'animer dans tout le cours de sa vie. Ces malheureux jeunes gens ont refusé de composer sur un pareil sujet, et le prix ne sera point donné. Il est difficile d'imaginer un plus grand scandale et un symptôme plus menaçant. Il est temps de porter remède à un si grand mal et d'arrêter le progrès de cet esprit de désaffection qui gagne d'une manière effrayante les générations qui s'élèvent.

Je vous prie d'excuser le désordre de ma lettre;

je récris du Conseil d'État, pendant une discussion importante, celle relative à la question de savoir si la connaissance des réclamations formées contre les <lécisions des Conseils de révision en matière de l'ccrutement peut être attribuée au pouvoir administratif par une disposition législative.

Recevez, monseigneur, les assurances de l'attachement inviolable et de la considération respectueuse avec lesquels j'ai l'honneur d'être

De Votre Excellence Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Comte PoRTALis.

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