‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 239 sur 247 · M. de la Boulaye à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Serre

Paris, jeudi 27 juillet 1820.

Je viens de prêter un serment devant le Conseil d'État, j'y serai fidèle, et sur-le-champ j'en prête un autre entre vos mains, cher ami : c'est de vivre et mourir politiquement avec vous et de quitter le Conseil lorsque vous le quitterez vous-même. Nous nous défendrons toutefois, et ils ne nous inhumeront qu'abonnes enseignes, sauf à ressusciter.

C'est sur cet hémicycle qui termine la grande table, et séance tenante, que je vous écris. Vous avez planté l'arbre, hommage vous est dû de sa première feuille.

J'ai causé longtemps hiei' au soir avec M. Mounier, que je n'ai cfuitté qu'au moment où le sommeil me l'enlevait. Bonnes intentions, idées élevées, saines, applicables, tout y est. Il ne s'agit que d'exécuter vite et ponctuellement.

J'ai parlé des indemnités dont M. d'Arros a besoin. On m'a promis de faire ce que l'on pourniit. Peut-être serait-il bon que vous écrivissiez quelques lignes sur ce texte.

Mounier m'a dit que le matin même on était venu gémir auprès de lui sur les événements du Conseil d'Etat, et qu'on avait accompagné ces gémissements de félicitations sur ce qu'il était su qu'on avait agi contre son avis. Partant de là, grâce lui a été rendue du zèle avec lequel il avait défendu les victimes. 11 a répondu qu'il fallait l'estimer peu pour lui faire de tels compliments, qu'il n'avait pas été moins affligé que ses collègues de la mesure prise, mais qu'il en avait reconnu, qu'il en reconnaissait encore l'indispensable nécessité, et qu'il se séparerait d'un gouvernement qui adopterait des résolutions de cette importance s'il n'était pas complètement d'accord sur le fond comme sur la forme. J'ai fort approuvé ce langage, véritable idiome ministériel. C'est ainsi qu'il faut dire et faire.

Hier, en dînant en famille avec MM. Pasquier, ]\Iazure et Germeau, j'ai mis la conversation sur l'Instruction publique, car je crains que cet objet essentiel ne traîne. Mazure a fort bien dit sur les inconvénients de l'organisation actuelle d'où il i*ésulte que tous les sujets de l'Université, forcés d'êti'e

protestants avec Cuvîer, jansénistes avec Sacy^ , molinîstes avec Eliçagaray^, ne sont au fait d'aucune opinion, car il ne s'agit ici de religion que par formule oratoire. On veut plaire à tous, du moins ne déplaire à personne; on est sans couleurs; il n'y a ni système, ni direction, ni ensemble, ni commandement, ni obéissance. Mazure voudrait donc un qhef entouré d'un Conseil fort et nombreux, d'où sortiraient des directions spéciales pour les diverses Facultés, mais toutes coordonnées

* Antoine-Isaac-Sylvestre de Sacy, né à Paris le âl septembre 1758, était ]e fils d'un notaire. 11 apprit en se jouant, les langues de l'Europe, et s'adonna de bonne heure à l'étude des langues de l'Orient. Il fut successivement conseiller à la Cour des monnaies (1781), membre de l'Académie des inscriptions (1791), professeur au Collège de France (1806), député au Corps législatif (1808), baron dô l'Empire (1813), membre de la commission, puis du Conseil royal de l'instruction publique (181A-182â), administrateur du Collège de France (183S), pair (1832), secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions (1833). 11 avait fondé, en 1821, la Société asiatique. 11 est mort à Paris le 21 février 1838, « exempt des infirmités de corps et d'esprit qui marquent le déclin de l'âge, dans le libre exercice de ses facultés ; il est mort, pour ainsi dire, lout plein de vie, comblé de jours et d'honneurs, prouvant ainsi ce qu'avait dit une femme de grand nom [M""® de Maintenon] que, même selon le monde, et dans la mesure des intérêts purement humains, rien n'est aussi habile qu'une conduite irréprochable ». (Eloge de M. de Sacy prononcé par le duc de Broglie dans là Chambre des pairs le 27 avril 18^*0.)

2 Dominique Éliçagaray , né, vers 1760, dans le diocèse de Bayonne. Il reçut les ordres sacrés et professa la philosophie à Toulouse, mais la Révolution le força bientôt de se réfugier en Espagne. Il revint sous le Directoire. Sous l'Empire, il fut recteur de l'Académie de Pau. Il devint, en 1817, membre de la commission de l'instr^iction publique. 11 mourut à Paris le 22 décembre 1822. M. de Coucy, archevêque de Reims, Tavait choisi pour grand vicaire.

au système que la principale affaii*e du chef serait de maintenir.

Mille tendresses, bien chers amis.

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