M. de la Boulaye à M. et à M^^ de Serre
Paris, lundi 28 février 1820.
Nos petites filles sont au mieux, mes très-chers ; Marie a été embrassée dormant du plus joli sommeil. Louise est fort gentille et fort gaie. Pour capter ses bonnes grâces je lui apporte tous les jours une petite dragée ; lorsque cela ne suffira plus, je lui promettrai une place de maîtresse des requêtes.
J'ai vu hier votre père et votre mère. Tous deux sont en bonne santé , tous deux ont été fort joyeux de me voir : « Il me semble, m'a dit M""® votre mère, que je tiens un petit morceau de mon fils. » Le vieux vigneron^, dont j'ai demandé des nouvelles, est au pays. Je crois que nous avons beaucoup parlé de vous.
Louise n'a pas dîné hier chez Royer; on Ta menée aux Ombres-Chinoises. Une grande lettre d^ Royer pour vous est sur le tapis ; elle va partir.
Sur la loi des élections les doctrinaires ne peu —
*• Le dac de Richelieu.
* Gilbert, vigneron de Pagny, père nourricier de M. de Serr».
vent pas s'entendre. Qui veut le renouvellement quinquennal? Toute la jeunesse. Qui ne veut de rien? Royer, Toutefois les positions nouvelles vont rapprocher les opinions. On se réunira pour s'opposer en protestant du contraire.
Il paraît qu'à la Chambre des pairs on donnera la censure au ministère jusqu'à la fin de la session prochaine, et dès ce moment le ministère va chercher à se débarrasser du fardeau en proposant des lois répressives. Le moment est favorable.
Siir les .élections, vous savez la nomination de Royer-CoUard et de Courvoisier ; il est probable que les commissaires opposés seront en majorité.
Sur la liberté individuelle, des amendements passeront et sauveront l'honneur de la proposition. Nous aurons, je crois, sous peu de jours le rapport de Rivière sur cette dernière loi.
Les comptes, au rapport de Benoist\ ne tarderont pas à nous venir.
Ne vous tourmentez pas, rétablissez -vous. Les avis que l'on donne bénévolement de deux cents lieues arrivent lorsque, le plus souvent, tout a changé de face.
* Pierre-Vincent Benoist, d'une famille de robe, naquit à Angers le 5 janvier 1758. Chef de division au ministère de l'Intérieur après le 18 brumaire, il fut nomme, sous la première Restaura* tion, conseiller d'État; il s'abstint de toute fonction durant les CenWours. Dëputë de Maine-et-Loire en 1815, il vota pendant cette session fit les suivantes avec la droite. 11 fut élimina duCon- ^il d'État ea 1816, mais y fut rëintëgrë en 1820. l\ devint, en 1823» directeur gënëral des contributions indirectes ; en 18S8, ministre d'Etat, membre du Ck)nseil prive et comte. 11 mourut à Paris la ^'' décembre 183/i.
Les journaux vous disent ce qui s'est passé eu Angleterre. Quatre nouveaux conspirateurs sont arrêtés ' .
Le Roi est profondément affligé du départ de M. Decazes.
J'embrasse le père, la mère et Gaston.
Germeau et Méliot * vous écrivent.