M. de la Boulaye à M. et à M™® de Serre
Paris, vendredi 3 mars 183^.
Je quitte vos enfants, mes chers amis, et j'en suis fort content On va bien dans le faubourg Montmartre.
Hier, à la Chambre, on a passé à Tordre du jour sur les pétitions relatives aux élections malgré le long rapport de Dupont, Jobez\ Lafayette et Daunou. La majorité était d'une quinzaine de voix.
Mais cette petite majorité ne peut s^obtenir qu'avee le côté droit, et la grande affaire du côté gauche etz de ses nouveaux patrons est de jeter par des incidents la discorde dans cette agglomération d'opinions très-diverses.
M. Pasquier fait des vœux bien ardents pour qu« votre santé se rétablisse. Je le désire comme lui e tout aussi vivement ; mais ne la compromettez pas e soyez sûr du rétablissement avant de vous mettre e route.
1 Emmanuel Jobez, fils d'un riclie industriel du Jura» naquît 1775 à Morez ; il devint maire de cette localité, qui, sous son ; ministration, fut éîevée au rang de ville. En 181ié, il accne avec sympathie le retour de la monarchie constitutionnelle. Il présenta le département du Jura à la Chambre des Cent-Jou à celles qui suivirent : il siégeait sur les bancs de la gaud ëchoua aux élections de 182/i, mais il fut ëlu> en 183^, par ) parlement du Doubs. Il mourut à Lons-le-Saulnier, d'une eh' cheval, le 0 octobre de cette même anne'e.
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Les regrets du Roi sont extrêmes et manifestés de toutes les manières. Je n'en persiste pas moins à croire que notre ami doit ne pas dévier de la ligne honorable dans laquelle les événements l'ont placé. Son dévouement au Roi et la déloyauté de ses ennemis sont également manifestes. Il faut se réserver pour des temps meilleurs et ne pas compromettre une bonne position. J'ai vu, depuis la Révolution, tous les ministres évoqués par la faction populaire dupes et victimes de la perfide protection qui leur était momentanément accordée.
Mille tendresses, mes chers amis. Il fait ici trèsfroid. Jouez au billard, montez à cheval et aimeznous.