‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 61 sur 247 · M. de la Boulaye à M. et à H™® de Serre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. et à H™® de Serre

Paris, samedi h mars 18S0.

M"®^ Louise et Marie bien et dûment embrassées,

inspection faite de leurs mines qui sont bonnes et

Joyeuses, certitude acquise d'ailleurs qu'on se porte

l>îen dans le faubourg Montmartre , passons à

û' autres objets.

Le courrier part aujourd'hui, mes chers amis ; "mes lettres d'hier et d'avant-liier attendent celle-ci pour se mettre en route.

Je quitte M. de Richelieu, qui me demande souvent de vos nouvelles et qui, tout en désirant que vous ne compromettiez pas votre santé, vous attend avec impatience. Il a insinué en termes aussi polis que possible à tous les fonctionnaires publics hauts et bas qu'il ne concevait pas le gouvernement représentatif lorsqu'il avait pour antagonistes tous ceux qui sont appelés à le soutenir. Il a annoncé qu'il n'avait pas encore de parti pris, mais qu'il était de sa loyauté de dire sa pensée pour qu'on ne lui reprochât pas de dissimulation plus tard. J'entends à ce sujet des cris de Mélusine ; mais de pareils propos n'en sont pas moins utiles et porteront leur fruit. J'ai vu, depuis tant d'années, une si parfaite résignation, un si noble assentiment à tout ce qui s'est montré fort que, pour peu qu'on soit tout à la fois déterminé, persévérant et raisonnable, je ne désespère de rien.

Nos amis de la doctrine jouent un mauvais rôle. On voudrait se servir de leurs pattes pour tirer les marrons du feu. Leurs pattes ne sont jamais preteSa et ils courent les gouttières à la suite des autres chats. Il y a quelque combinaison de ministère amalgamé dont ils seront dupes. Si la mixtion sm fait, leurs ingrédients n'y coopéreront pas, sauf reur ou omission.

Les nouvelles d'Espagne sont mauvaises. JVIina^

* Francisco Espoz y Mina, r\é dans la hante Navarre en 178b, i distingua parmi les chefs de guérillas dans la lutte que souti l'Espagne contre Napoléon de 1808 à 181/*. En 1820, il se joif

s'est soustrait à la vigilance de la police française, et il court après la corde ou la statue. Mes amis, gens instruits, croient à présent que le roi d'Espagne sera contraint à quelque composition, et que les insurgés et la nation tout entière, qui n'en veulent point à sa personne, s'en contenteront.

Nous allons discuter dans les bureaux la loi sur la presse.

Après avoir tout fait pour renverser M. Decazes, nos amis et Courvoisier en tête veulent nous le ramener sous quelques semaines : combinaison funeste pour M, Decazes et pour eux. Nos amis s'abusent et peuvent faire bien du mal.

Je vous embrasse, monsieur, et madame, et Gaston

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