M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, dimanche 5 mars 18S0.
Ce que j'ai craint arrive: vous vous tourmentez inutilement. La loi sur la liberté individuelle sera discutée demain, et, sous huit jours, on aura prononcé sur les journaux. La Chambre, en grande ''i^jorité, est fatiguée de la licence de la presse, ^^yex de quelle manière la commission est compo- ^^^ • JMestadier, Chauvelin, Blanquartde Bailleul,
Savoye-Rollin^ de Salis, Cardonnel, Lizot^, la Boulaye, Camille Jordan; dans la disposition actuelle des esprits 6 voix pour le gouvernement, 3 contre. Dans mon bureau, où Ton s'est disputé le président et le secrétaire à une ou deux voix, j'ai parlé pour le projet de loi, et au premier tour de scrutin j'ai eu 17 voix. Il y en avait 3 pour Delàcroix-Frainville^ , qui soutenait mon opinion, et
* Jacques-Fortunat Savoye-RoUin, d'une famille de robe» quit à Grenoble le 18 décembre 175/*. Ses succès, comme avocaty. au Parlement de cette ville, lui valurent, dés 1780, les fonctions d'avocat g^n^ral. Tribun en 1799, substitut du procureur gënëral prés la haute Cour en 180/j, il devint prëfet de l'Eure en 1805, delà Seine-Inférieure en 1806, des Deux-Né thés en i81|î. 11 refusa toutes fonctions durant les Cent-Jours. Député de l'Isère en 1815et membre du côté gauche, il représenta ses concitoyens jusqu'à^ sa mort, survenue le 31 juillet 1823. A ses obsèques le général Foy^ prononça un discours, dont la partie la plus importante a été in — sérée dans la Biographie des contemporains ^ par MM. Arnault-a Jay, etc., t. XIX, p. 31-3/*. Il était baron de l'Empire.
2 Pierre-Jean-Charles-Florent Lizot, né à Brionne (Eure) 1^ \^^ novembre 1768, était fils d'un avocat au Parlement de Rouen Avocat lui-même, il refusa, en 1790, de plaider devant les tri bunau^s qui venaient d'être organisés et se retira à Montfort-sur-Risle. E^B 1793, il fut, à cause de ses principes politiques, décrété d'accusa—^ tion, mais il parvint à se soustraire à l'exécution de ce décre^B Procureur impérial à Bernay, il conserva ces fonctions' sous 1— Restauration, et les échangea, en 1817, contre celles de juge paix du V® arrondissement de Paris. 11 fut député de l'Eure à tir de 1815 et membre du centre droit. Il mourut à Paris l'exercice de son mandat le 31 janvier 1897. — Voyez la phie normande, par M. Lebreton, t. II, p. 591. Rouen» 1858.
3 Joseph Delacroix-Frainville, né à Chartres le 27 janvier 17J!i' se fit recevoir avocat au Parlement de Paris en 177/*. Batonnî* en 1812, il présida à la première ouverture des conférences l'onlre. En 181A il reçut de Louis XVIII la croix d'honneur, a
9 seulement pour les libéraux, avec lesquels je suis fort mal.
Vous vous abusez si vous croyez la condition de la loi d'élection plus mauvaise après la censure; c'est la seule chance qu'elle ait en sa faveur : la Chambre changera de physionomie dès qu'elle ne sera plus sous le fouet des journaux.
Ne croyez pas qu'on puisse , avant ces lois d'exception, s'occuper de finances. Benoistne ferait pas son rapport sur les comptes, et à peine les deux commissions des recettes et des dépenses ont-elles effleuré leurs budgets .
Comment voulez-vous marcher? Sur les élections vous avez pour vous le duc de Broglie, mais, au renouvellement intégral près, tout le reste de la doctrine n'a pas cessé de jeter les hauts cris.
Sur les lois d'exception ils sont presque tous d'accord, sauf Royer, qui veut aller jusqu'à la censure sur les journaux, et Beugnot, qui parle pour le projet du gouvernement. Sur la liberté individuelle, tous d'accord, ai-je dit, et cependant, quant à ce dernier point, plusieurs pensent qu'on ne doit pas, >'u les circonstances, refuser au gouvernement cer- ^ines garanties.
Ils ont détruit notre pauvre Decazes de gaieté de
<ÏUe Ses confrères, MM. Chauveau-Lagarde, Bonnet etGairal. Deux
^is prësident du collège électoral de Chartres, il représenta le de'-
^^^^^tenient d'Eure-et-Loir de 1819 à 1822, et siégea au centre
^^Uclie. Il mourut à Paris le 28 décembre 1831. Son éloge fut pro-
^^txc^ le 26 novembre 1832 par M. Eugène de Goulard, à la relit»*
^s^ des conférences de Tordre des avocats.
<5œur, par ambition, par entêtement, par tout oe que vous voudrez, et, à peine renversé, ils veulent s'en faire une arme offensive.
Vous avez raison de vous fier à moi et d'écrire tout cru, j'en fais mon affaire ; mais point de crudité avec les autres ; on vous fera parler , on vous engagera, on vous compromettra. Laissez mitonner vos pensées, reposez-vous, rafraîchissez-vous. Votre place est gardée, et, en supposant que ce soit à tort que l'on vous déblaye le terrain, il n'en est pas moins vrai que vous aurez vos coudées plus franches.
Des cris séditieux, d'infâmes placards affichés dans certains départements, des combinaisons entre les factieux des diverses nations, toutes choses que je vois de mes yeux, appellent des mesures extraordinaires : voilà les faits.
J'ai dîné hier chez M. Pasquier en petit comité avec le duc de Richelieu et les ministres ; j'y dînerai tous les samedis. Comptez sur moi, tenez-vous tranquille.
Vos enfants vont très-bien, Eugène à merveille. Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur, mes chers amis.
M, Laine et M™®* Pasquier^ m'ont chargé expressément de les rappeler à votre souvenir.
M. Decazes doit être actuellement rendu à Lî-
^ La femme et la sœur de M. Pasquier.
bourne. Il voulait aussi et fortement les lois d'exception, il en sentait la nécessité.
Je ferai vos commissions près du duc de Broglie.
Je dîne chez Royer, et je remettrai à M™^ Royer la lettre de M"*® de Sen*e.