M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris» lundi 6 mars 18!^.
Le froid est excessif depuis quelques jours. L'hiver est revenu sur ses pas
J'ai remis hier à M"® Royer la lettre de M"* de Serre. Louise n'a pas dîné avec nous ; il fait trop froid.
Sur la loi des élections, voici où en était le maître de la maison :
Augmenter le nombre des députés, c'est le plus grand dommage à faire à l'autorité royale, c'est substituer le gouvernement parlementaire au gouvernement du Roi, c'est amener une révolution inévitable, c'est la créer à plaisir. Tel est l'avis de Daunou, homme si expérimenté en science révolu-
tionnaîre. On pourrait consentir à la dislocation des collèges, à diviser la France en deux cent cinquantehuit arrondissements électoraux nommant chacun un député ; mais alors quels députés aurait-on ? Quel petit monde ! quelle mêlée d'intérêts divers, etc. , etc. ! — On ne sait, on ne peut savoir ce que Ton veut. Voilà le vrai.
J'ai vu hier MM. de Richelieu et Pasquier. Le second avait reçu votre lettre; le premier, non. J'ai ■éCTit à Mézy.
On m'a dit, sans me le garantir, qu'il vous a été -expédié un courrier extraordinaire par nos amis les cloctrinaires. Que cela soit ou non, la raison veut <5iie vous ne vous engagiez pas sur paroles, que vous vous donniez le temps de la réflexion et que vous soyez très-chiche de communications. Vous pouvez être par la suite d'une grande utilité au Roi et à la Traûce. Ménagez-vous.
Je dîne chez Sainte- Aulaire ; nous allons causer à fond de notre ami.
Mille tendresses. Tout va bien dans le faubourg.