‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 3)Chapitre 83 sur 247 · Le dttc de Richelieu à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le dttc de Richelieu à M. de Serre

Paris, le Ik mars 1820.

Je vous r^nercie de tout mon cœur, monsieur, de la. JbcffluQe et amicale lettre que vous avez eu la bonté ^ m'écrire ; j'en ai été fort touché, et je partage t^ès-sincèrement les sentiments que vous vouk*

bien m'expriiner. Nous n'avons l'un et l'autre qu'un seul et unique but, celui de sauver la France et le Roi, si cela est possible; car je ne croîs pas que l'ambition proprement dite entre plus dans votre cœur que dans le mien. Avec ces dispositions, il est impossible que nous ne nous entendions pas. J'ai un bien vif regret que, votre santé vous ait forcé à Vous éloigner dans un moment si critique; tâchez de la raffermir, et revenez combattre, quand vous serez en état de soutenir la tribune sans crainte de retomber.

t^ersonne, je vous assure, n'a ressenti plus vivement que moi l'injustice dont M. Decazes a été la victime, et personne ne rend plus que moi justice à. la loyauté et à la pureté de ses intentions. Il est impossible que le temps, en calmant la violence de passions, ne ramène pas la saine partie du publL à une opinion plus équitable sur son compte, et serait avec un véritable plaisir que je voudrais contribuer.

Sans entrer dans la discussion de l'à-propos d lois proposées, une fois qu'elles l'étaient, il fall les soutenir, et les retirer était céder la victoire méchants. Je sais qu'ils nous la feront payer ch^ et que l'excès de leurs invectives et de leur fureu dont les journaux vous apportent tous les jours tristes détails, a beaucoup d'inconvénients, moic pourtant, à mon avis, que n'en eût eu la faiblesse de reculer devant les menaces d'un parti auquel îM est évident qu'il faut imposer, si l'on veut qu'il cessa d'être nuisible, et qui ne sera jamais gagné par au-

•cune concession. En vous parlant ainsi, je suis bien éloigné de croire qu'il faille se livrer à l'autre extrême, mais j'attache, je l'avoue, un grand prix à ce qu'il se réunisse à nous : les royalistes de toutes les nuances ne sont pas trop forts réunis ; il me paraît très-désirable qu'ils fassent un faisceau, et qu'ils ne donnent pas au monde le spectacle funeste d'une division à laquelle on est contraint d'attribuer une grande partie des dangers de notre position. Au reste, les deux personnes que vous nommez* m'ont paru dans des idées conformes aux vôtres sur le peu de convenance de l'admission d'eux et des leurs aux emplois d'ici à longtemps, et l3Îen sûrement avant que les lois ne soient passées, les ai trouvés dans une mesure parfaite de raison de modération. Soyez bien persuadé qu'il n'en- ■tjcera jamais dans ma pensée de me livrer à un si,rti; mais je crois qu'il faut que les choses en iennent au point qu'il n'y en ait que deux : celui ^s royalistes qui veulent conserver ce qui est et <^^lui des ennemis qui veulent le détruire.

Vous voyez que votre idée de gagner du temps Se réalise naturellement par la marche même des discussions qui est aussi lente que pénible ; mais je trains bien qu'il ne soit pas possible de ramener ^^s esprits au point où ils en étaient avant la catastrophe, et même à cette époque je ne sais si les chances pour le changement de la loi d'élection, ^e vous regardez avec raison comme la loi déci-

* MM. de Villèle et Corbière.

sive, étaient aussi bonnes qu'à présent. Au reste^ les événements marchent si vite ici, la dispositioo des esprits est si mobile que ce qui est vrai aujourd'hui pourrait fort bien ne l'être plus demain. J'espèretoutefois, si rien d'inattendu ne vient déranger ces combinaisons, que la majorité se formera et sera un peu plus forte que nous ne l'avions cru. Il est certain que si votre santé vous permet de venir pour défendre la loi d'élection, cette majorité augmentera encore de quelques personnes sur lesquelles vous exercez une influence personnelle. Je désire donc vivement pour toutes sortes de raisons cpie vous puissiez être ici à cette époque; mais, comme il n'y aurait rien à gagner à ce que vous vinssiez pour être malade, soignez- vous et restez assez longtemps pour cjue le beau temps soit établi, et que vous n'ayez pas à craindre une rechute; c'est le vœu du Roi, à qui j'ai remis votre lettre, et qui m'a chargé de vous témoigner combien il était touché des sentiments que vous lui exprimiez, et lesquels, m'a-t-il dit, il aime à compter parfaitement. Sa Majesté a assisté hier à Saint-Denis l'inhumation du duc de Berry, et, quoique la céré — monie fût très-longue et bien pénible tant au mor»-l qu'au physique, le Roi n'en a pas été trop fatigua •

Recevez, monsieur, l'expression de l'amitié d'i collègue qui désire obtenir la vôtre ; j'y joins vœux bien sincères que je fais pour votre promj>t rétablissement et l'expression de ma haute considération .

RlCHELlKU.

ANNÉE 1820. * IW

Permettez que j'offre ici mes hommages à AP*" d^ Serre.

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