M. de la Boulaye à M. et à M^* de Serre
Paris, lundi 20 mars 1820.
20 mars ! fatale époque, mes très -chers amis; ne recommençons pas. La garde royale est excellente. Ceux qui s'y entendent disent qu'on est, à tout événement, maître de la capitale et d'un rayon de ^ingt lieues. Le peuple des faubourgs vaut mieux
sous le Consulat. M. de la Tour-du-Pin fut, sous l'Empire, prëfet de la Dyle, puis de la Somme. En I8I/1, il se rendit au Congrès de Vienne comme plénipotentiaire avec MM. de TalleNTand et Alexis de Noailles. Pair de Franco en 1815, il reçut cette même année le titre de marquis. En 1816, il fut nomme ministre à la Haye et, en 1^0, ambassadeur à Turin. 11 donna sa démission dés qu'il apprit les événements de 1890, et se retira en Suisse, où il fut rejoint par «on filsu le comte Aymar, condamné à mort par contumace pour avoir cherché à soulever la Vendée. Il mourut à Lausanne le ftô février 1837. — Voyez le Tableau généalogique et raisonné de la maison de la Tour-du-Pin^ dressé en 1788 par Jean-Baptiste Moulinet, secrétaire-archiviste de la chambre des comptes du Dauphiné et continué jusqu'à nos jours. Paris, 1870.
* Ferdinand VII, né à Saint-Ildefonse le 13 octobre 178/i, mort A Madrid le S9 septembre 1833. Son père, Charles IV, avait abdiqué en 1808.
que celui de la chaussée d'An tin. Ltre encore dupe de ces fanatiques de liberté qui ont servi de si bonne grâce le despotisme, de ces Spartiates méiamorphosables en satrapes dès que le cas y échoit, cela serait trop niais.
J'ai dîné hier chez Royer. L'embarras est grand. La position devient de plus en plus difficile ; car, d'un côté, on a dit que l'on avait voté pour la loi de sûreté, tandis que, de l'autre, les libéraux impriment qu'on a voté contre. On hésite à parler haut et vrai; peut-être ne l'osera-t-on pas. Dansce dernier cas, on sera entraîné beaucoup plus loinpeut-être qu'on ne le croit , -et , lorsqu'on voudra, s'arrêter, il ne sera plus temps.
Chez Royer j'ai vu Villemain , qui sortait d®* chez la duchesse de Broglie et qui m'a fort plai — santé sur ce que l'on craignait dans cette maisoi~B. que vous ne vous gâtassiez. Villemain, plein de re — connaissance et de feu, ne voit que le prochain re — tour de M. Decazes; tout lui duit pour cette vie — toire. Hélas ! elle serait funeste.
Notre côté droit en est maintenant aux deu:^^ degrés. Les 300 francs et au-dessus présentent des candidats aux 1,000 et au-dessus. Il y a sur c^ texte beaucoup à dire. La commission ne s'entend pas, ne peut pas s'entendre. La force des choses fera, comme vous dites, gagner du temps. Réta-^ blissez-vous.
Lisez donc cet abbé de Pradt^ dans la Itenom-
* Dominique Dulbur de Pradt, ne' à AUancbes (Cantal) le 23 avril 1759, ëtait gi'and vicaire à Rouen lorsqu'il lut député aux États-
mée d'aujourd'hui. Ce n'est parbleu pas là le chant du cygne.
Les fillettes vont à merveille
Sur ce, je vous aime tous deux et le garçonnet par-dessus, comme vous savez.