Le baron Pasquier à M. de Serre
Paris, le 20 mars 1820.
J'ai reçu hier, mon cher collègue, votre lettre du 11. Je vous remercie de l'indulgence avec laquelle votre amitié a jugé mon discours à la C^hambre des pairs. Il avait eu quelques succès, ^aîs je vous dis, sans compliment , que votre suffrage, placé comme vous l'êtes hors du tourbillon ^^poreux qui nous enveloppe ici, est celui qui me f^ît le plus de plaisir. Demain commence la bataille ^ la Chambre des députés sur le même sujet ; elle
Généraux par le clergé de cette ville. Il ëmigra en 1791 et revint
^^ 1801. D'abord premier aumônier de Napole'on, puis ëvêque de
*^^itiers en 1805, archevêque de Malines en 1808, il fut nomme,
^^ 1812, ambassadeur à Varsovie. A la première Restauration, il
^®vînt grand chancelier de la Légion d'honneur ; mais, après lef^
^ut-Jours ces fonctions ne lui furent pas rendues, et, en 1816,
^^ <iut se démettre de son archevêché'. Depuis cette époque, il pu-
*^^*a maintes brochures contre le gouvernement. Il est mort à Paris
^^ 18 mars 1837.
sera plus vive encore qu'à l'autre Chambre, mais le succès ne me paraît pas plus douteux que le déluge d'injures dont il nous faudra essuyer la bordée. C'est à présent l'assaisonnement obligé de tous les discours libéraux. Je supporterai donc encore ce combat tant bien que mal ; mais il sera à la fin plus que temps que je reçoive du renfort, et, si je vois arriver la loi d'élection sans espérance de votre puissant secours, je serai d'un malheur tout voisin du désespoir. Tout est dans cette loi ; je pense à cel égard absolument comme vous, et, si l'on venait à échouer (ce que je ne crois cependant pas), ce serai»^ t à en être inconsolable. Si vous êtes à la tête d^^ e notre phalange, je n'aurai aucun doute sur le suc ^.^=-
cès; arrivez donc, mon cher collègue, mais arrive/ :-
nous fort et vaillant suivant votre louable coutum Si alors nous devions être vaincus par les boul
ce qu'à Dieu ne plaise, du moins je serais sûr gi — »ft nous aurions eu dans la discussion une puissance (z:3e raisonnement qui se retrouverait dans la conduite à tenir subséquemment et qui laisserait des tracr^s utiles dans l'esprit de la nation.
Je partage complètement votre avis sur ce cgpii touche notre ami Decazes, et je n'ai cessé de temr^ir à tous ceux qui prétendent lui être dévoués le lai^Bgageque vous indiquez. Déjà la perfidie s'est efforcée de faire croire qu'au moment de sa chute il y avait rapprochement, entre lui et les libéraux ; rien n'est plus faux assurément, et j'en ai les preuves les plus certaines ; mais, la route de la calomnie une fois ouverte, on ne s'y arrête pas, et il n'y arien déplus
important pour lui que de repousser de la manière la plus patente et de faire repousser par tout ce qui lui tient les avances astucieuses qui peuvent lui être faîtes soit par ce parti, soit par les intermédiaires qu'il pourrait employer, tels, par exemple, que le procureur général, autrefois votre camarade à l'armée de Condé ^
Notre bon Froc de la Boulave a fait, comme vous -avez vu, le rapport sur la loi des journaux ; il y a mis son bon esprit et son dévouement accoutumé ; -aussi les satires lui pleuvent-elles tous les matins de façon à ne rien laisser à désirer
Et notre pauvre Espagne ! Quel désastre, bon Dieu! quelle incurie, quelle faiblesse et quel exempie donné aux soldats de tous les pays du monde ! L'esprit se confond quand on envisage un tel événement avec toutes les suites possibles et probables. Du moins on ne pourra plus citer ce gouvernement comme un modèle, et il faut un peu rabattre de ce beau idéal du conservateur.
Revenons à notre loi des élections. Vous voudriez qu'elle ne vînt pas avant le mois de mai. C'est difficile ; cependant cela n'est pas impossible. Cela dépendra du temps que va prendre la discussion de la loi des journaux et puis de celle des comptes qui succède immédiatement. Naturellement cela ne devrait pas pouvoir aller plus loin que le 30 avril. Écrivez-nous aussitôt qu'il vous sera possible d'entrevoir une époque certaine pour votre retour, et
* M. Coorvoîsier.
SaO CORRESPONDANCE.
alors noug combinerons en conséquence nos faits et
nos paroles. Tous nos collègues vous rendent de
grand cœur compliments et amitiés.
Tout à vous.
Pasquusr.