M. BeUart à M. de Serre
3 août 1821.
Monseigneur,
J'appelle l'attention de Votre Excellence sur un danger de la société tellement imminent que, si Ton ne se hâte d'y porter remède, il n'y aura bientôt plus de jugement. Votre Excellence connaît l'insolent défi porté par le colonel Dufay^ au général Montélégier*, à propos du témoignage rendu en justice
* La Cour des pairs avait été rdunie du 7 mai au Ih juillet 18311 pour juger les accuse's de la conspiration militaire du 19 août 18â0, et le gënëral de Montdlëgier avait éié un des principaux tëmoins à charge. Le colonel Barbier-Dufay se prétendit calomnié et lui adressa une lettre imprimée par laquelle il le provoquait, dans les termes les plus injurieux, à un combat à outrance. Le général ayant répondu de la même manière, l'afifaire fut portée devant le tribunal de police correctionnelle. Un jugement, rendu le 96 décembre, condamna « le colonel Barbier-Dufay en un mois de prison, 500 francs d'amende et aux cinq sixièmes des dépens, et le général de Montélégier en S5 francs d'amende et au sixième des dépens. » Le lendemain, une rencontre eut lieu entre les deux adversaires : M. de Montélégier reçut à l'épaule un coup d'épée qui, pendant quelques jours, parut mettre sa vie en péril. — Voyex le Moniteur de 1851 , p. 1736.
> Gaspard-Gabriel-Adolphe Bemon de Montélégier, né en 178Dt appartenait à une famille du Dauphiné : il était fils du comte de
parce dernier. Un autre vient de m'être dénoncé: c'est un appel fait par l'accusé Varlet\ qui a été acquitté par la Cour des pairs, à un officier appelé aussi par le ministère public comme témoin. Ainsi, désormais, avant d'ouvrir la bouche devant les tribunaux, les témoins auront à examiner si, en sortant du palais de la justice, ils n'auront pas à courir le risque d'être réduits à se battre. Ainsi l'on ne pourra venir obéir aux ordres des magistrats, accomplir la religion du serment, montrer par delà véracité sa fidélité au monarque et à l'ordre social, sans être exposé à perdre la vie et à voir ravir un chef à sa famille. Et c'est en présence de la puissance judiciaire bravée dans son palais même et sous les yeux de la société tout entière que ces insolents défis, ces défis antisociaux pourront être publiés, nonseulement avec impunité, mais même avec une sorte d'honneur! Un brigand, adroit spadassin, pourra faire taire les lois en sa présence! Témoins, jurés, magistrats, tout le monde, à propos d'un devoir
Moniélé^leTy marëchal de camp, qui mourut en 1833, dans sa fl7« année. Simple soldat en 1797, capitaine en 1800, colonel en 1806, général de brigade le 30 mai 1813, il reçut le litre de baron le S/i septembre suivant pour avoir disperse deux mille cavaliers russes qui avaient pénètre dans Colmar. En 1 81 /i, il prit part à la défense des Vosges et fut blessé A Brienne. Au retour des Bourbons, le premier des officiers généraux il arbora la cocarde blanche. En 1815, il suivit à Gand le duc de Berry, qui Tavait choisi pour aide de camp. Il devint lieutenant général en 1821, commandant supérieur de la 17® division militaire (Corse) en If^, Il mourut à Bastia le S novembre 18S5. — Voyez la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XXIX, p. 70. ' 11 était capitaine dans la légion du Finistère.
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qu'il faudra remplir, sous peine de voir la société tomber en poudre, ne pourra plus marcher qu'armé d'un fer pour repousser l'outrage par la force, et Toa sera sans cesse exposé à devenir meurtrier, si Ton ne veut pas devenir duelliste ! Ce ne sera pas même à propos des accusations politiques que ce brisement de tous les liens de la société s'opérera. Bientôt les voleurs et les assassins, encouragés par de tels exemples, du fond de leur prison, effrayeraient et les arbitres de la vindicte publique, et les témoins, des suites d'une déposition ou d'un arrêt arraché par la vérité ou par la nécessité !
Un tel ordre de choses est impossible.
Apparemment qu'il n'est pas question dans ce siècle, qui se vante, avec tant d'orgueil, du perfectionnement de la raison humaine, de substituer désormais les violences particulières à l'action de la force publique, et de revenir au jugement de Dieu.
C'est à la sagesse du gouvernement du Roi de pourvoir au mal .
Mon devoir était de le dénoncer, je l'ai rempli.
Et, au reste, rien de si simple, à mon avis, que le remède. Une loi de dix lignes qui condamnerait à une peine très-sévère, par exemple celle des travaux forcés, quiconque par gestes, paroles ou écrits, soit à la main, soit imprimés, même par lettres signées ou anonymes, provoquerait, injurierait ou menacerait un fonctionnaire public, ou juré, ou témoin, à l'occasion de sa fonction ou de son témoignage, même quand il n'est plus en fonction ou que le procès est terminé, étoufferait bientôt du moins
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ce genre de dissolution. Il nous eu restera assez, d'autres.
Je suis