Le duc de Blchelieu à M. de Serre
Pan|, 6 août 1821.
Je reçois, monsieur le garde des Sceaux, votre lettre du l^*" août qui me paraît être restée bien longtemps en chemin du Mont-Dore ici. Vous n'avez oublié qu'une chose, c'est de me parler de votre santé et de l'effet que produisent les eaux sur vous et sur M^® de Serre. J'espère que vous vous en trouverez
^ « La situation financière se présentait sous un aspect trésarantageux. En dépit des sinistres prédictions de l'opposition , les annuit<^3 émises pour le remboursement des reconnaissances de liquidation avaient été reçues avec empressement par les crëan-
ciers de l'Etat. Le ministre des Finances avait mis en vente une somme de 19,51ii,ââÛ francs de rente provenant de divers crédits votés pendant les trois dernières sessions. Cette vente, annoncée un mois à l'avance, s'opéra le 9 août par adjudication, sur des soumissions cachetées. » (Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Casteï, t. X, p. 978.)
i V. IG
%at CORRESPONDANCE.
bien, «t que vous reviendrez fortifié et préparé à la nouvelle lutte que nous aurons à soutenir.
Vous avez tout à fait raison : il faut tâcher, par quelques actes, de maintenir Talliance avec les royalistes raisonnables, et de détruire par là Tinfluence des fous et des mécliants. En conséquence, aujourd'hui le Moniteur apprend la nomination à la pairie de deux archevêques ^ ceux de Rouen* et de Bordeaux'. Je crois que mercredi le Roi signera Tor-
* Voyez V Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Cjslel, t. X, p. 317.
* Le comte François de Pierre de Bernis, ne à Nîmes le 99 novembre 175S. Au sortir du séminaire, il rejoignit son parent, le cardinal de Bomis, ambassadeur de France prés le Saint-Siëge. En 1781, il fut sacr^ par Pie VI ëvêque in partibus d'ApoUonie; il devint, en 178/», coadjuteur du siëge d'Albi avec le titre d'archevêque de Damas. Membre des Assembles de notables de 1787 et de 1788, il représenta son clergë aux États-Gënéraux qui s'assemblèrent l'année suivante. « Dans toutes ces situations, dit le cardinal de la Fare, il se fit surtout remarquer par la droiture de son caractère, la solidité de son jugement, la sagesse de son esprit, la sîmplirilé et l'affabilité de ses manières. » Lorsque la tourmente révolutionnaire le força de s'expatrier, il se réfugia à Rome, puis à Saint-Pétersbourg, où il reçut de Paul l^^ l'accueil le plus gracieux. Après la mort de cet Empereur, il revint en France. Il fut nommé, en 1819, archevêque de Rouen; il mourut à Paris le h février 1823. — Voyez le discours prononcé, le 5K> du même mois, À la Chambre des pairs, par le cardinal de la Fare, archevêque de Sens.
• Charles-François Daviau-Dubois de Sançay, né au château de Sançay le 17 août 1736. Il était vicaire général lorsque, en 1789, M. le Franc de Pompignan, archevêque de Vienne, voulant achever sa vie dans la retraite, le désigna au roi Louis XVI pour son successeur. Obligé de s'expatrier en 1795, il revint à l'époque du Concordat, et fut nommé archevêque de Bordeaux le 9 avril 1^^02.11 mourut en cette ville le 11 juillet 1826, généralement regretté.
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donnance de décentralisation ^ telle, à peu près, <{U^elle avait été conçue dans la loi communale, et probablement la destitution du général Maison^ comme gouverneur de Paris, en le remplaçant par le maréchal Marmont', seul maréchal sans gouver*
^ Une ordonnance royale, datée du 8 août et contre-sîgnëe par M. Sim^on, ministre de rintériear, parut dans le Moniteur du IOl En voici le préambule :
« Nous arone touIq» dans le projet de loi relatif à l'organisation municipale présente à la Chambre des députés dans la der* Aiére session, donner plus de latitude et de liberté à l'action des administrations locales ; ce projet n'ayant pas été discuté et deipant être de nouTean présenté dans une autre session, nous avons jug^ utile de faire jouir, dés ce moment, les villes et communes de notre royaume des avantagss que nous nous promettons des modifications aux régies actuelles de l'administration qui peuvent être données sans le concours de l'autorité législative. »
* « Depuis quelque temps» le général BiaisoB avait pris une attitude d'opposition trés-prononcée, et, dans le grand procès jugé par la Chambre des pairs, il avait témoigné pour les accusés une bienveillance plus active et plus évidente qu'il ne convenait à un juge. On lui ôta le gouvernement de la division militaire de Paris, et il y fut remplacé par le maréchal Marmont, qui, en ce moaent, était parvenu à rentrer dans les bonnes grâces du côté droit, n (Hiêioire delà Resiauratiorii par M. de Viel-Castel, t. X, p. 317.)
L'ordonnance qui nomma le maréchal Marmont gouverneur de la première division militaire est du 39 août.
3 Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont, né à Cliâtillonsur-Seine (Côte-d'Or) le 90 juillet 177/i, éUit lo fils d'un capitaine au régiment de Hainaiit. Élève sous-lieutenant à l'Ecole de Châ- Ions (artillerie) en 1799, aide de camp de Bonaparte et colonel en 1796, général de brigade en 179d, général de division en 1800, il obtint en 1807 le titre de duc de Raguse et en 1609 le bâton de maréchal. En ISlh, il dut abandonner Paris après une défense héroïque ; il fut posté par Napoléon près de TEnsonne et chargé de couvrir la position de Fontainebleau ; mais il se laissa circonvenir
nement. Nous verrons successivement ce qui pourra se présenter pour marquer notre ligne, et nous en saisirons toutes les occasions.
Les nominations des présidences ne se feront qu'à votre retour, et mon avis serait que les élections eussent lieu du 20 au 30 septembre.
Je ferai mes efforts pour que tout soit prêt et que chacun de nos collègues ait fini et ses comptes et son budget, de manière que tout puisse être apporté à la fois au commencctnent de la session. C'est à la loi de la presse qu'il faut que vous veuillez bien donner toute votre attention. Vous aurez bien de la peine à ne pas donner la connaissance de ces délits aux Cours royales et à la conserver aux jurys : toute la droite se prononcera pour les Cours royales.
Votre idée de rendre gratuites les justices de paix me paraît excellente, mais pour cela il faudra les décharger d'une partie des fonctions qu'elles ont aujourd'hui ; car vous voulez sans doute qu'elles tom-
et traita avec les gc^nëraux de la coalition. Cette même ann^e, il reçut de Louis XVIII la pairie et le commandement d'une compa-' gnie de gardes du corps. En 1815, il suivit le Roi à Gand. Au cetour, il fut nommd un des quatre majors gëne'raux de la garde royale. Ministre d'État en 1819, chevalier du Saint-Esprit en ISSK), gouverneur de la première division militaire en 18âl, il représenta, en 1829, le roi Charles X au couronnement de l'empereur Nicolas. En juillet 1830, il commanda les troupes qui tentèrent de réprimer Tinsiirrection. a II ne trahit pas les Bourbons, dit M. du Casse, mais il les servit mollement. » (Biographie universelle, nouvelle édition, t. XXVII, p. 30.) Après ces événements, il quitta la France et mounit à Venise le S8 février 1859. Il a laissé des Mémoires, Depuis 1816, il était membre libre do TAcadémie des sciences.
bent en partage aux grands propriétaires, et, à cet effet, il faut que leurs attributions actuelles soient diminuées et peut-être que d'autres qu'elles n'ont pas leur soient données. Du reste, je crois que nous devons présenter le moins possible de lois propres à exciter les passions : des canaux, un Code rural, des chemins vicinaux, des choses d'administration et d'utilité publique; le pays s'en trouvera mieux, et nous aussi^ Ce que je crains, ce sont les propositions en
* tt Au mois d'août de Tannée prëc^dente, on avait publia unrap* port adressa au Roi par le ministre de Tlntërieur et revêtu de l'approbation royale, dans lequel ëtait développe un vaste plan dont rexëcution devait procurer au pays un système complet de communications par eau, soit par l'amélioration du cours des ri- TÎéres navigables, soit en ouvrant des canaux pour suppléer à ces rivières. On ne pouvait penser à entreprendre immédiatement tous les travaux compris dans ce plan, mais bien les plus urgents En vertu de conventions conclues avec quatre compagnies distinctes, elles s'engagèrent à prêter les sommes dont on avait besoin pour achever le canal de Monsieur , qui, partant de Saint- Jean-de-Losne et aboutissant à Strasbourg, devait joindre la Saône au Rhin; le canal d'Angoulême et celui des Ardennes, destinés à mettre en communication la Somme avec la mer et la Meuse avec l'Aisne, et aussi pour améliorer le cours de cette dernière rivière et pour rendre celle de l'Isle navigable de Périgueux à Liboume. La totalité de ces emprunts s'élevait à la somme de
97,100,000 francs Quatre projets de loi, qui sanctionnaient
ces conventions, furent présentés à la Chambre des députés, aussi bien qu'un cinquième projet analogue, relatif à une convention par laquelle une compagnie prétait une somme de A,700)000 francs pour aider à la construction de dix ponts sur
différentes rivières Une impulsion puissante était donnée
à la navigation et au commerce intérieur. On rentrait enfin dans la voie de ces grands travaux d'utilité publique que l'épuisement produit par les désastres des derniers temps de l'Empire avait complètement interrompus depuis bien des années. N'oublions
faveur des émigrés ; je crains qu'elles n'arrivent malgré nous, et certes ce n'est pas encore le moment de songer à ces indemnités.
Vous me parlez de calmer M. Pasquier* ; je crois que j'y réussirai sans peine ; toutefois ce n'est pas^ de lui qu'il faut s'occuper, mais de ses ennemis, dont le déchaînement dépasse, en ce moment, tout ce qu'il est possible d'imaginer. Corbière me l'a dit huit jours avant la rupture, et partageait la plupart des préventions que le parti avait contre lui. C'est ce qui me prouve d'une manière positive ce que je ne faisais que présumer, que l'arrangement projeté n'était que le prélude de ce qu'on voulait faire. De là la ruse satanique de M. de***, qui ne rêve que bouleversement et révolution et qui s'accommode* rait de tout cela pourvu que le ministère fût renversé.
Ces messieurs croyaient déjà tenir le pouvoir, et ieur grande colère vient du désappointement qu'ils ont éprouvé. J'espère qu'elle s'apaisera un peu avec le temps. Tout ce que nous avons à faire, c'est de ne pas prêter le flanc, et il faut espérer qu'alors la
jamais, d'aiUeuni, en apprfeiant les optfratto'ne financières de cetteëpoque, qae le rt^îme impérial avait anéanti en France le principe même du crédit, et que, maigre tout ce qn avait déjà fait le- £Ouvernemeat de la Restauration ponr le ressusciter, malgré lessuccés qu'il avait déjà obtenus, ce principe, pour se développer» avait encore besoin de puissants encouragements. » (Histoire dt la Besiaaration^pxr M. de Viel-Castel, t. X, p. S98-931.)
t Voyez dans les Diêoaurê de M. Pasqoîer, t. 111, p. l/i5, les Observations sur la disposition des esprits à la Chambre des d^ pûtes au mois de juillet ISIU*
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masse de la droite résistera aux ambitieux et aux intrigants qui veulent se servir d'elle pour arriver à leurs fins.
Je vous prie de vouloir bien continuer à me communiquer tout ce qui vous viendra dans la pensée pour Tamélioration de notre position, qui véritablement n'est pas belle. Du côté de l'étranger, nous avons beaucoup à réfléchir sur le parti que nous aurons à prendre dans la querelle qui pai*aît inévitable entre les Russes et les Turcs. C'est une bien grande affaire, et qui peut avoir des cuites extrêmement graves.
Comptez, je vous prie, sur mon inaltérable attachement.
RlCHELlKU.
OM. -«M. de la Boidaye à M. et à M^ de Serre.
Parâ^ mardi 7 août 18SI.
J'ai reçu dimanche au soir, mes bons amis, vos deux lettres du 1*'' de ce mois, et je reçois à l'instant celle du 3 de M. le garde des Sceaux. Sauf un peu de fatigue pour l'un des deux conjoints, je vois que les eaux réussissent au ménage, qui me paraît plein d'espérances. Je m'y associe.
Vos enfants se portent très-bien.
Stô CORRESPONDANCE.
M. de Gabrîac\ premier secrétaire d'ambassade à Pétersbourg, vient d'arriver : c'est une nouvelle. Les Pays-Bas croient à la guerre; on doute encore ici.
Les rentes grimpent comme des folles. J'ai vu Growes. Son ami Ricardo vient d'arriver, et ces nouveaux concurrents jettent la discorde dans le camp de nos banquiers.
Humann*, le député de Strasbourg, soumissionnaire pour l'un de nos canaux, fera fort bien de se hâter d'ouvrir les routes d'eau ; celles de terre lui réussissent mal : il a culbuté, avec la malle-poste, entre Port-à-Binson et Epernay. Quoique ce saut ait été de quinze pieds et que la voiture ait fait la
' Paul-Josepli-Alphonse-Marîe-Ernest de Cadoine, comte (puis marquis) de Gabrîac, d'une ancienne famille du Gëvaudan, naquît, pendant l'ëmigration, à Heidelberg, le l^^ mars 179^. Premier page de l'Empereur en 1808, auditeur au Conseil d'Etat en
1810, il exerça les fonctions de secrétaire de légation à Naples en
1811, à Turin en 181/é, à Saint-Pétersbourg en 1819. 11 fut charge d'aflaires à Madrid en 1893, ministre plénipotentiaire à Stockholm en 18^ et à Ri o-de- Janeiro en 18â7; par la convention du 10 août 183^, il fit adopter au Brésil le droit maritime français. En 18!t9, il se rendit à Rerne comme ambassadeur et y resta jusqu'à la révolution de 1830. Pair de France en 18^1, sénateur en 1853, il mourut à Paris le 11 juin 1865.
* Jean-Georges-Humann, né à Strasbourg le 16 août 1780. Après avoir acquis une grande fortune dans des opérations commerciales, il devint successivement juge au tribunal de commerce, membre du Conseil général, député du Bas-Rhin : de 1890 à 1830, il fit partie de l'opposition de gauche. Ministre des Finances du 11 octobre 183â au 18 janvier 1836, il fut nommé pair de France le 3 octobre lb37 et rappelé au ministère le â9 octobre J8M). Il mourut le â") avril I8}i% à Paris, dans son cabinet de travail, de la rupture d'un anévrisme*
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boule, personne n'a été blessé. La malle-poste de Rennes, où se trouvaient Corbière et sa fortune, s'est mieux comportée.
Decazes est décidément en route. Sa voiture a cassé près d'Orléans.
La reine d'Angleterre marchande avec une inflammation d'entrailles pour entreprendre un beaucoup plus long voyage.
Quant à mon élection, j'ai le cœur touché de
ce que vous m'en dites. Il faut que le duc de Richelieu en parle net au duc de Doudeauville et abdique au besoin Saint-Chamans, que protègent les entourages du président du Conseil. Je vous prie, en outre, vers le 15 de ce mois, d'en écrire deux mots de votre bonne encre à Châlons-sur-Marne, à M. le duc de Doudeauville, président du Conseil général, et à M. de Jessaînt, préfet.
Mille tendresses, mes chers amis.