M. Germeau à M. de Serre
Le 7 août 1821.
Monseigneur,
La nouvelle de la mort de la reine d'Angleterre a été répandue hier dans Paris par plusieurs voies, et notamment par un courrier arrivé à la maison Rothschild. Cette nouvelle était cependant préma-
turée, et les journaux du h août, arrivés aujourd'hui, parlent seulement de sa maladie et de son
état à peu près désespéré Le Sun, journal du
soir, dit qu'il est à croire qu'avant peu elle sera délivrée de tous les soins humains.
Cette nouvelle a fait à Paris une assez grande sensation, et le parti libéral, avec sa confiance ordinaire, a cherché à faire croire que cette mort était Tefifet du poison.
Que les libéraux aient dit ces choses, cela se conçoit; mais qu'on ait souffert qu'ils Timprimassent dans leurs journaux, c'est ce qui ne se peut imaginer. Le Courrier français d'aujourd'hui porte en toutes lettres : « La reine d'Angleterre est morte, dit-on, d'un cancer dans l'estomac. »
Et cette double infamie se trouve dans un journal censuré !
La Quotidienne se montre toujours hostile : les blancs qu'elle laisse dans sa feuille sont très-significatifs, plus même peut-être, pour certains lecteurs, que ne le seraient les articles omis. C'est un inconvénient que la censure pourrait encore très-bien éviter, en rayant l'article dans son entier jusqu'à ce que les blancs aient disparu.
On m'a donné pour certain que M . de Chateaubriand ne ferait pas paraître sa brochure, au moins avant les élections.
J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M*"' de Serre mes plus respectueux hommages.
Germeau.