‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 104 sur 126 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Le 7 août 1821.

Monseigneur,

La nouvelle de la mort de la reine d'Angleterre a été répandue hier dans Paris par plusieurs voies, et notamment par un courrier arrivé à la maison Rothschild. Cette nouvelle était cependant préma-

turée, et les journaux du h août, arrivés aujourd'hui, parlent seulement de sa maladie et de son

état à peu près désespéré Le Sun, journal du

soir, dit qu'il est à croire qu'avant peu elle sera délivrée de tous les soins humains.

Cette nouvelle a fait à Paris une assez grande sensation, et le parti libéral, avec sa confiance ordinaire, a cherché à faire croire que cette mort était Tefifet du poison.

Que les libéraux aient dit ces choses, cela se conçoit; mais qu'on ait souffert qu'ils Timprimassent dans leurs journaux, c'est ce qui ne se peut imaginer. Le Courrier français d'aujourd'hui porte en toutes lettres : « La reine d'Angleterre est morte, dit-on, d'un cancer dans l'estomac. »

Et cette double infamie se trouve dans un journal censuré !

La Quotidienne se montre toujours hostile : les blancs qu'elle laisse dans sa feuille sont très-significatifs, plus même peut-être, pour certains lecteurs, que ne le seraient les articles omis. C'est un inconvénient que la censure pourrait encore très-bien éviter, en rayant l'article dans son entier jusqu'à ce que les blancs aient disparu.

On m'a donné pour certain que M . de Chateaubriand ne ferait pas paraître sa brochure, au moins avant les élections.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M*"' de Serre mes plus respectueux hommages.

Germeau.

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