M. de Serre à sa mère
Mont-Dore, 13 août 1821.
Je pourrais bien quereller, chère maman, sur cette résignation qui fait que vous ne m'écrivez pas.
* tt L'heureux succès de cette opération imprima aux fonds publics un tel mouvement de hausse que, deux mois après, la rente atteignait presque le taux de 91 francs. On pouvait donc entrevoir l'^x)que où eUe serait au pair. Sous ce rapport» toutes les esp^ rances étaient dépassées. Le duc de Richelieu, qui n'avait pas compté sur un aussi heureux résultat, en fut en quelque sorteéMoui. 9» {Histoire de la Reêtauration, par M. de Viel-Castel» t. X, p. 978.)
96fc CORRESPONDANCE.
J'aime mieux me réjouir de ramélioration de votre sauté. La mienne s'est aussi fort bien trouvée des eaux. Je les quitte demain pour prendre la route de Lyon, puis celle de Genève. Je fais ma tournée et
y emploierai au moins un mois
Mes tendres respects à mon père. Je vous embrasse de tout cœur, comme une bonne mère et excellente amie.
H. DE S
1000. — M. Germeau à M. de Serre.
Paris, le l/i août 18âl.
Les journaux de Paris ont annoncé votre retour pour la fin de cette semaine. Ils en savent là-dessus plus que moi et plus peut-être que Votre Excellence elle-même. On me questionne beaucoup à cet égard, et je ne puis que répondre: Je n'en sais rien.
Les journaux royalistes continuent toujours l'hostilité de leurs articles en blanc. Le Courrier de M. de Kératry contient à cet égard un article dont quelques phrases sont assez dignes de remarque.
Le Caducée de Marseille a publié le 5 un numéro tout à fait blanc. L^éditeur de ce journal vient d'être condamné par défaut à trois mois d'emprisonnement et à 100 francs d'amende pour contravention à la loi de censure.
L'affaire du colonel de la gendarmerie de Paris contre l'avocat Robert a commencé hier et va se continuer pendant la semaine tout entière ^ Elle offre des scandales de plus d'un genre, et l'on voit pai' l'extension qu'y donnent avec affectation les journaux d'un parti qu'ils espèrent bien en tirer profit. Je ferai remarquer à Votre Excellence trois lignes qui terminent l'article du Drapeau blanc sur cette affaire.
Je crois devoir envoyer à Votre Excellence le premier volulne des Mémoires de l'abbé Morellet*, le seul ouvrage important publié depuis huit jours.
J'ai l'honneur d'offrir mes plus humbles respects à Votre Excellence et à W^^ de Serre.
Germe AU.
1001. — M. Germeau à M. de Serre.
Paris, le 16 août 1831.
Monseigneur,
Les journaux d'hier ont été fort peu féconds en
choses intéressantes Les journaux étrangers
n'ont rien de remarquable. Les feuilles anglaises
< Voyez le Moniteur de 1831, p. 1191 et 1208.
* Andrë Morellet, né à Lyon le 7 mars 1727, mort à Paris le IS janvier 1819. 11 avait é\â fort \i^ avec les philosophes et les économistes ; il avait ëcrit sur les sujets les plus divers. 11 ëtait membre de l'Acadëmie française depuis 1785.
Sô6 CORRESPONDANCE.
donnent une correspondance entre Lady Hood, Lady Hamilton et le ministère à Toccasioa du transport du corps de la Reine. Ces dames voudraient que le corps de la Reine ne fût mis en route que le , par la raison très-importante que leurs robes noires ne sont pas faites encore^ Lord LiverpooP répond qu'il en est désolé, mais que les ordres qu'il a reçus et transmis ne permettent pas ce retard. Le Courrier anglais fait entendre que cette demande, enveloppée sous un prétexte frivole, cache quelques projets coupables.
Les dernières nouvelles de Constantinople et de la Russie sont d'une nature pacifique.
On parle toujours beaucoup du tableau d'Horace Vernet^ sur la mort de Bonaparte
J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M^^ de Serre mes respectueux hommages.
Gërmeau.
* Robert Jenkinson, comte de Liverpool, né le? juin 1770, mort le h décembre 1828. 11 fut premier lord de la Tre'sorerie, de 1812i à 1827.
* Horace Vernet, fils de Carie Vernet et petit-fils de Joseph Vernet : ne à Paris le dû juin 1789, mort en cette même ville le 17 jau- Fier 1863.
1002* — Le comte Portails à M. de Serre.
Ce 18 août 18âl.
Monseigneur,
La nomination de M. Matthias est sûrement une faveur pour M. Moreau^ mais ce sera un excellent juge, et, comme il s'agissait de renforcer le tribunal, un pareil choix a été parfaitement compris et n'a pas été attribué seulement à la faveur. Les derniers renseignements recueillis sur M. ^** étaient infiniment meilleurs que les premiers qu'on avait fournis à Votre Excellence. Il paraît que M. Bellart l'avait d'abord jugé trop sévèrement; les magisti'ats qui siègent avec lui en ont rendu un fort bon témoignage, et c'est M. Bellart lui-même qui s'est porté leur organe. Au reste, il paraît que les nouveaux choix ont été généralement approuvés au Palais, et c'est un bon signe, car on n'est pas moins frondeur là qu'ailleurs; peut-être l'est-on davantage.
J'ai remis à M. Bellart une copie du projet de loi sur la répression de la presse, que Votre Excel-
^ Par ordonnance du l*'' août, M. Matthias, avocat aux Conseils et à la Cour de cassation , avait été nomme juge au tribunal de première instance de la Seine. Des dispenses lui étaient accordées à raison de sa parente au degrë prohiba arec M. Moreau, président, et M. Moreau» substitut au même tribunal.
dÔ8 CORRESPONDANCE.
lence avait rédigé cette année, et je lui ai demandé les notes que vous désirez. Il se livrera à ce travail avec un zèle d'autant plus actif qu'il est plus vivement pénétré de l'insuffisance de la législation actuelle. Vous aurez pu causer à loisir avec M. Jacquinot du projet relatif aux juges de paix. Il ne me paraît pas qu'il y ait de grands changements à faire dans celui qui concerne la dotation de la Chambre des pairs. Ce qui me paraîtrait utile pour achever l'organisation de la pairie, ce serait l'institution de huit ou dix pairies ecclésiastiques qui seraient attachées à de certains sièges archiépiscopaux ou épiscopaux. Cette mesure aurait l'avantage de replacer le clergé dans l'ordre politique et constitutionnel, et de le tirer d'une position isolée qui nuit à sa considération et qui lui donne une sorte d'indépendance hostile qui le constitue en opposition forcée avec toutes les institutions nouvelles. Si l'on ajoutait à ces pairies, d'une nature spéciale, huit ou dix autres qui seraient attachées aux huit ou dix premières places de magistrature de France, on aurait donné à la pairie tout son complément. Comme Cour de justice, la Chambre des pairs trouverait alors en elle tous les éléments qui lui sont nécessaires, et l'on satisferait à ce besoin qui se faisait sentir lorsqu'on sollicitait pour elle l'assistance d'un certain nombre de magistrats tirés de la Cour de cassation. Au moyen de ces pairies ecclésiastiques et de robe, le Roi aurait, d'ailleurs, un moyen certain d'influence fort utile, puisqu'elles seraient à son choix comme les autres et cependant à vie, et puis-
ANNÉE leai. 969
qu'il faut bien prévoir le moment où le grand nombre de pairs héréditaires permettra difficilement de nouvelles promotions. Les pairies de robe auraient, d'ailleurs, l'avantage de relever l'ordre judiciaire en le faisant entrer sans inconvénients et sans inconstitutionnalité dans l'ordre politique. Les grands noms et les grandes fortunes ne dédaigneraient plus des fonctions qui pourraient procurer un si haut rang. J'ai développé ces idées dans un petit mémoire que j'aurai l'honneur de soumettre à Votre Excellence. On insiste toujours beaucoup sur l'organisation définitive du parquet de la Cour des pairs ; on croit y voir attacher de grands avantages politiques.
M. Roy est peu disposé à accorder des fonds pour de nouvelles dépenses ; il demande toujours des réductions nouvelles. Il paraît, d'ailleurs, qu'il aura maille à partir pour soutenir le principe de son dégrèvement. Bien des personnes, et entre autres M. Laine, ne veulent voir dans la loi rendue cette année qu'une mesure provisoire, et prétendent qu'il n'y a rien de préjugé sur l'assiette et le mode de répartition du dégrèvement. Cette manière de penser est peu propre à rendre le ministre des Finances plus facile. Je pense qu'il sera moins avare de ses phrases que de ses fonds, et qu'il ne nous refusera pas quelques mots de consolation et quelques lueurs d'espérance dans son rapport.
On s'est fixé sur le plan à suivre pour l'affaire du clergé. On demande à Rome la réunion de treize des sièges érigés en 1817 à soixante et dix-neuf des
mêmes sièges, et ensuite rérection d'un nouvel évêché à Lille, pour compléter le nombre de quatrevingts. Quand on aura obtenu la bulle de réunion, on vérifiera et Ton recevra la bulle de circonscription de 1817 ainsi modifiée, en vérifiant et en recevant la dernière. On a reconnu que c'était la manière la plus simple et la plus expéditive de procéder. On évitera, d'ailleurs, par ce moyen, une nouvelle circonscription, c'est-à-dire le renouvellement d'un de ces actes d'autorité de la puissance pontificale inouïs jusqu'à nos jours, par lesquels elle détruit et reconstitue tout à la fois, comme si elle la tii^t du néant, ime Eglise nationale tout entière, et les coups d'État, encore plus dans l'Église que dans TÉtat, doivent être employés avec ménagement et réservés pour la nécessité absolue.
En attendant, on a demandé les bulles et les brefs nécessaires pour pouvoir installer, avant la fin de l'année, les archevêques de Reims et de Sens, et les évêques de Périgueux, de Chartres, de Luçon et de Nîmes.
Je désire beaucoup que vos méditations sur la situation générale ne prennent pas sur votre repos et surtout sur votre santé. Je crois au fond que cette situation est moins critique qu'elle ne le paraît au premier coup d'œil. Il faut vouloir mai'cher, et l'on marchera, vouloir diriger la majorité, et on la dirigera. Avec des principes inébranlables, des sentiments et des mesures monarchiques, il faudra bien, en dépit des petites intrigues, de l'intérêt personnel et des difficultés de coteries et de salons, que l'on
ANNÉE 1821. â71
rallie tout ce qui veut franchement la stabilité du trône, de Tordre constitutionnel et des institutions monarchiques.
Je prie Votre Excellence d'agréer Tassurance de mon respectueux et sincère attachement.
Le comte Portalis.
1003.— M. de Serre à sa mère.
Mont-Dore, 19 août 1^1.
Je pars, chère maman, après-demain pourClermont, où je passe deux jours, et compte arriver le 27 à Paris. J'espère vous trouver bien portants, mon père et vous; j'ai tout lieu de croire aussi que nous vous rapporterons de meilleures santés
Remerciez M. Tardy de son bon souvenir et de ses vœux ; que ne peut-il inspirer à bien du monde sa candeur et sa mansuétude ! C'est un temps difficile que celui-ci ; à peine une montagne gravie, il ea faut gravir une autre, heureux encore quand, comme Sisyphe, on ne roule pas au pied de la première ! Enfin prenons courage et espérons que Dieu nous aidera.
Tout le monde nous écrit que les trois fillettes sont fort gentilles.
Je prépare mon admiration pour votre batiste et vous demande d'avance vos lunettes pour en distinguer les fils.
Au revoir, chère maman ; je vous embrasse tendrement et me réjouis de le faire bientôt de plus
près.
Votre bon fils et meilleur ami,
H. DE S
1004. — M. de la Bonlaye à M. de Serre.
Ay, prés Épernay, août 18âl.
A mon retour de quelques courses en Champagne, cher ami, j'ai trouvé votre lettre du 10. Je conçois vos rêveries et votre paresse. Je rêve beaucoup moins bien que vous ; mais en paresse je ne le cède à personne. Mon dégoût est extrême. Beaucoup d'autres sont atteints du même mal. Il faut violenter ici les électeurs et les traquer en quelque sorte pour qu'ils se montrent. Ils vous disent qu'on ne sait nî ce qu'on veut ni à qui l'on aura affaire. Une grande partie d'entre eux maudit les Chambres et voudrait qu'on s'en passât. Il faudra du décisif sans doute, mais au profit de qui? L'autorité est stagnante; celui qui saura lui donner du mouvement sera maître du champ de bataille et le jonchera des contradicteurs.
J^irai après-demaiû à mon Conseil général. Il ne me sera pas très-difficîle de démêler ce que veut le duc de Doudeau ville. Je verrai ce qu'auront produit vos lettres, dont je vous remercie, et je vous dirai ce ■qu'il est raisonnable d'attendre de nos élections. Le préfet, les sous-préfets sont venus me voir tous, beaucoup plus curieux de s'instruire que de m'instruire, tous dans la stupeur.
Les nouvelles de Saint-Cloud sont bonnes. M*"® de VîgnoUes y est arrivée le Ih. Louise a souhaité la fêle à sa sœur, et a fait la mère de famille.
L'emprunt a échappé aux Ricardo, aux Growes, aux Rothschild, Laffitte, Sartoris, qui m'écrivent ou disent que c'est une médiocre affaire.
Vous songerez bientôt au retour. Sans adieu, chers amis. Je vous aime et vous embrasse tous tendrement. Portez-vous bien.
Point de vin ; mais toutes les autres récoltes sont
belles.
1005. — M. de Serre à M>»« de Serre.
Clermont, le 21 août 1821.
J'arrive, chère petite, pas trop fatigué par une journée aussi longue et aussi chaude; je trouve les IV. 18
«a CORRESPONDANCE.
paquets chez M. du Teil ; je me dépêche de te donner de mes nouvelles et de t'envoyer tes lettres. J'en ai ouvert quelques-unes pour avoir des nouvelles des petites; les miennes ne m'en donnaient pas. Tu verras qu'elles vont bien et sont charmantes comme leur mère.
Je me suis bien ménagé. J'ai visité à cheval les environs de M. de Montlosier. M. du Teil était venu au-devant de moi à Randanne. De là nous sommes revenus en calèche par Gravenoire sans accident» bien que la route soit difficile.
Je t'envoie des Quotidiennes et des Constitutionnels; il n'y a pas de Drapeau blanc.
Au revoir, chère et bien-aimée amie; aie bien soin de toi et de Gaston. Je l'embrasse s'il est bien sage, et toi sans condition et de toute mon âme.
1006. — M. de Serre à M. Germeau.
aermont, 23 août 18âK
Mon cher monsieur,
Je reçois et vous transmets l'incluse; l'annonce,, dont la copie devait y être jointe, ne s'y est pas trouvée. Je ne puis donc point la juger. Voyez toutefois avec M. le comte Portails à faire tout ce qui sera d'accord avec la vérité et les convenances.
En désirant que M. **^ soit satisfait, je ne puis
m'empêcher de le trouver bien susceptible. On serait docteur dans toutes les Facultés et fondateur de dix ouvrages de droit, que 1° on aurait encore beaucoup à faire pour son instruction dans cette science de toutes les choses divines et humaines; et que 2° on serait encore honoré de recevoir les encouragements d'un gouvernement quelconque et à plus forte raison du sien.
Mille compliments. Je pars demain pour Paris ^
H. DE Serre.
^ On lit dans le Moniteur :
« Paris, 99 août.
« M. le garde des Sceaux, à son retour du Mont-Dore, est descendu, mardi dernier, A Clermont, chez M. du Teil, directeur des contributions indirectes, son ancien ami. Son Excellence, en prolongeant son sëjour à Clermont jusqu'au SA au soir, s'est rendue à l'empressement d'un grand nombre de personnes qui désiraient lui présenter leurs hommages, et les a ainsi dédommagées du strict incognito qu'elle avait garde en se rendant aux eaux. Un repas splendide lui a été offert le même jour par les membres rëunis du tribunal civil et de la mairie. Il ëtait composa de plus de soixante couverts, et a eu lieu dans une des vastes salles du tribunal. Les premières autorités religieuses, judiciaires, administratives et militaires du département y ont assiste, ainsi que les personnes les plus marquantes du pays. On a remarque parmi les convives M. Jacquinot de Pampelune, procureur du Roi prés le tribunal de la Seine; MM. le baron Grenier, premier président de la Cour royale de Riom ; le chevalier Pages, procureur général, et M. Voysin de Gartempe, avocat général prés la même Cour.
u M. le garde des Sceaux est arrivé aujourd'hui à Paris. »
1007.— M. de la Boulaye à M. de Serre.
Châlons-sur-Mame, 96 août 1831.
Je ne puis trop vous remercier de vos bonnes lettres au présîdent^ au préfet, à notre duc de la Marne^; elles étaient nécessaires, cher ami, elles ont porté fruit. On fait tant de contes qu'il faut du positif aux gens qui se mêlent d'affaires pour les mettre en mouvement. Grâce à ces lettres, nos élections prennent couleur. Le duc de Doudeauville ne veut décidément pas de Lalot, et il fera ce qu'il pourra, au collège de département, en faveur de Saint-Chamans. Il est d'accord pour que je passe à l'arrondissement de Chàlons et d'Épernay. S'il s'explique nettement à ce sujet, le succès est trèsprobable.
Il est évident qu'on travaille les élections comme notre Chambre. On recrute des partisans à MM. de Villèle et Corbière. On veut les placer d'abord à forces égales dans le Conseil, et aviser ensuite à quelque chose de mieux. Dans tous les cas, on compte avec vous. Les électeurs exceptés, personne ne songe à tout cela, et je vous répète que la plus grande partie des électeurs mêmes voudrait être
^ Le duc de Richelieu, président du Conseil des ministres. ' Le duc de I>oudeau?ille.
débarrassée du droit d'élire. Voilà mon département, où, du reste, tout prospère. Hier nous avons chômé la Saint-Louis avec beaucoup de zèle ; on a dansé, la ville était illuminée. La joie était générale et sincère.
Cette fête a retardé les travaux du Conseil. Je suis chargé de toute la partie financière du département, selon Tusage, et je ne serai pas libre aussitôt que je le croyais. Nous ne finirons pas avant le 28 ou le 29, et je ne pourrai vous joindre que dans les premiers jours du mois prochain.
La chaleur est excessive, elle a dû rendre votre route pénible, et je crains que vos santés ne s'en ressentent. Vous trouverez vos enfants en bon état. Faites que j'aie de vos nouvelles dès que vous serez de retour, et écrivez-moi à Ay. Je passerai par Mareuil-en-Brie pour m'y rendre en quittant Châlons
Sans adieu, mes chers amis ; je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur.
1006. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Châlons, S8 août 1891.
J'ai reçu ici, cher ami, votre lettre du Mont- Dore du 19. Vous étiez en partance. Vous devez
être à Paris. Il ne reste plus qu'à vous y savoir bien arrivé.
Il m'est impossible de m'arracher au Conseil général et aux dispositions électorales. Je ne serai à Paris que le 2 ou le 3 du mois prochain , et, après y avoir passé quelques jours, je vous prierai de me laisser libre de revenir ici, où ma présence est nécessaire.
Grâce au président et à vous, tout va bien, sauf l'arrondissement de Vîtry^ , où Royer a beaucoup de chances.
Mille respects au duc.
Je vous embrasse.
* a Le département de la Marne, dit M. de Barante, éiaâi de la; cinquième sërie. Les collèges ëtaient convoqués au 1^' octobre pour les arrondissements, au 10 pour les départements. Aucun concurrent n'était opposé à M Uoyer-CoUard dans le collège de Vitry. Le ministère ne cherchait pas à exercer une influence dominante sur les élections. Mais le choix des présidents nommés par le Roi favorisait le") royalistes, qui d'ailleurs avaient tout l'ascendant qu'exerce toujours un parti victorieux. C'était, à ce moment, la seule prépondérance qui pût être regardée comme contraire à la liberté des suffrages. D'ailleurs, l'administration ne pouvait pas disposer à son gré des électeurs de 300 francs, comme du suffrage universel. M. Royer-Collard fut élu au premier tour de serutin. n (La Vie de Af. Etoyen-CoHardf t* II, p. 1 \U,)
ANNÉE 1831. OW
1000. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Ay, 1®' septembre 1821.
Il a bien fallu, cher ainî, revoir les tenues et les bois de ce ministre du Roi à Bruxelles ^ Tout cela se ressent de nos absences. Chemin faisant et à travers dix orages (car nous en avons ici deux ou trois par jour), j'ai battu les buissons électoraux. Lalot et Saint-Chamans y sonnent du cor à l'envi l'un de l'autre : ce sont de perpétuelles fanfares. Nous verrons. Enfin, je serai après-demain à Paris, j'y causerai avec vous, et, si vous voulez assembler vos collèges à la. fin de ce mois, vous me renverrez bientôt ici, où ma présence est nécessaire *
n me tarde de voir le père, la mère, les enfants, et je voudrais tenir tout cela dans nos bocages.
Mille tendres respects.
*• Ml de MarenU.
> L'ordonnance qui convoquait les coIl^eB âeetomusde la cînqnîénie aérie pami dans {e Maniéean du 7 s^embre; ell» ëtait dalëedela ipetile.*
9Bèiy CORRESPONDANCE.
1010. — Le comte de Montlosier à M. de Serre.
Randaune, 11 septembre 18S1, Tan VI de la fondation.
Je vois dans le Journal des Débats que vous avez été malade. Bertrand, qui a reçu une lettre de M"*® de Serre, m'a confirmé cette mauvaise nouvelle et en attribue la cause un peu à nos courses , mais surtout à la chaleur et à votre peu de précau" tîon en route.
M™* la duchesse de Berry devait aller au Puy-de- Dôme, et alors passer par Randanne, où je lui aurais offert, sous une tente, des œufs frais et du lait. Bertrand s'oppose à toute excursion. Le duc de Lévis^ me mande que c'est remis, en conséquence, à l'an prochain. Peut-être revîendra-t-elle par la
* Pierre-Marc- Gaston, duc de LeVis, fils du maréchal de ce noxn,. naquit le 7 mars 176/i. Il ëtait en 1789 marëcbal de camp et capitaine des gardes de Monsieur. Dëputë de la noblesse de Senlis d l'Assemblée constituante, il émigra après le 10 août et servit dans l'armée de Cond^. Il prit part à l'expédition de Quiberon, fut grièvement blessé, mais parvint à regagner l'Angleterre. Il revint sous le Consulat. Pair de France en I8II1, membre du Conseil privé en 1815, chevalier d'honneur de M™* la duchesse de Berry en 1816, il mourut à TÉlysée-Bourbon le 15 février 1830. Il a laissé plusieurs écrits, dont le plus remarquable a pour titre : Maximes et Essais sur différents sujets de morale et de poli" tique^ h^ édition. Paris, 1811. -^ Consultez l'article inséré par M. Durozoir dans la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XIV, p. /.07.
petite route, et alors je reviendrai à ma tente sur le courant de lave du Puy de la Vache et à mes œufs frais. Comme Napolitaine, nos montagnes volcaniques ont plus d'attraits pour elle. Le Puy de la Vache, par exemple, lui rappellera la Solfatare, Montjugheat, le Monte-Nuovo. Ils se ressemblent trait pour trait. Lucain dit de nous :
Arvemîque ausi Latio se fin gère fratres, Sanguine ab îliaco populi ;*
Mais notre affinité avec l'Italie est bien plus dans la composition de nos montagnes que dans notre prétendue origine troyenne.
Adieu, monseigneur. Reprenez force et santé; vous êtes nécessaire à la France. Vous êtes nécessaire aussi à ceux qui, comme moi, ont pour vous une tendre amitié et un profond respect.
Le comte de Montlosier.
1011. — M. de Serre à M. de Wendel.
Saint-Cloud, 15 septembre 185^1.
Mon cher ami,
J'ai conservé mon ancien attachement à M. de ***. J'apprécie la rectitude de son jugement et sa science
i Phars. lib. I, y. /iS7 et A38.
fBBt CORRESPONDANCE.
du droit, particulièrement du droit romain, laquelle devient fort rare en France. Avec tout cela je ne sais pas jusqu'à quel point sa translation lui serait avantageuse. Nos traitements sont beaucoup plus faibles que ceux des juges belges. Je craindrais, entre nous, qu'il ne se fût un peu appesanti dans les habitudes du pays et qu'il ne manquât de Tactioa et de la dignité nécessaires dans une première place. Sous le rapport politique, j'ignore jusqu'à quel point il est dans nos voies.
Comptez que la session commencera dans les pre* miers jours de novembre; nous verrons sous quels auspices. Que me parlez-vous économie? On ne fait que cela depuis six ans. La plupart des services publics sont rétribués avec une mesquinerie qui tourne au détriment de l'autorité, presque tous les fonctionnaires étant sans fortune. Si nous sommes grevés, c'est par 200 raillions de dette fondée et plus de 100 millions de viager, pensions, demisoldes, etc.
Mille amitiés.
1012. •— M. da IVendel à M. de £torre.
Hayange» ce V^ septembre 1831.
Il paraît, mon cher ami, qu'il y a un régiment de cavalerie à donner dans la garde. Je crois qu'il a été question du colonel Verdière, qui commande le régiment des hussards du Jura actuellement en garnison à Thionville. Je vous prie» si vous avez occasion de voir le général BordesouUe * ou Digeoa *,
^ Etienne-Tardif de BordesouUe, n^ à Luzeret (Indre) le h avril 1771. Sa famille remontait à Jean Tardif, conseiller au Cbâtelet, mis à mort par les ligueurs en 1591. A dix-buît ans, il s'enrôla dans un régiment de chasseurs â cheval, devint colonel après la bataille d'Âusterlilz (fl décembre 1805), général de brigade après le combat do Guttstadt (9 juin 1807), général de division pendant la retraite de Russie (h décembre I81S). En ISlh, il se rallia, un des premiers, â Louis XVIII, et, en 18 lo, il le suivit à Gand. Au retour, il reçut le commandement de la division de grosse cavalerie de la .garde. Les électeurs de llndre le choisirent pour député, mais il échoua aux élections de I8I6. Afde de camp de Mbrirsieur (1816), gentilhomme ordinaire de M. le duc d*Angonléme ^ (18^), gouverneur de l'École polytechnique (18SS), il commanda, en 1823, le corps de réserve de l'armée d'Espagne, établit le blocus de Cadix et prépara les moyens qui amenèrent la prise du Trocadéro. Il devint pair de France le 9 octobre de cette même année et chevalier des ordres du Roi le dû mai 1890. Il mourut le 3 octobre 1837> au château de Fontaine (Oise). ^- Voyez Féloge du comte de BordesouUe par le maréchal duc de Tarente, lu à la Chambre des pairs par le vicomte Siméon, le S7 mai 1839.
> Alexandre-Elisabeth-Michel Digeon, fils de Jacques-Marie Dîgeon, fermier général, naquit à Paris le 96 juin 1771. Sous-lieu-
9dh CORRESPONDANCE.
de le recommander vivement : c'est un officier capable ; il a fait toutes les campagnes ; il sait manier les hommes, et l'on peut compter sur son dévouement ; il est étranger à la politique ; obéir aux ordres du Roi, voilà sa seule loi.
Votre ami,
F. DE Wendel.
tenant en 179S| il ^tait gênerai de brigade en 1807 et gënëral de division en 1813. En I8I/1, il se rallia franchement à Louis XYIII, qui le nomma inspecteur général de cavalerie. Au mois de mars 1815, il fut désigne pour commander, sous les ordres du maréchal Macdonald, une division de cavalerie qui devait se rëunir à Lyon; il s'y rendit, mais se vit bientôt abandonna de ses soldats, n passa les Cent-Jours dans la retraite. Le 8 septembre 1815, il devint commandant de la S® division de cavalerie de la garde royale, et, le S juin 1817, aide de camp honoraire de M. le comte d'Artois. En 1819, il fut ëlevë à la pairie. Le 93 mars 18^3, il fut chargé du portefeuille de la Guerre pendant Tabsence du ministre, et le garda jusqu'au Ih avril : il reçut alors le titre de ministre d'État, membre du Conseil prive. En 18!ll^, il commanda l'armëe qui occupait l'Espagne, puis il reprit son commandement dans la garde (janvier 18S5}. Il était, en outre, aide de camp du roi Charles X. Il mourut le S août 18S7 en son. château de Ronqueuz (Seine-et-Oise). Il avait épousé, l'année précédente, Clé-^ mentine de Saulx-Tavannes, sœur du dernier duc de ce nom. — Voyez l'éloge du vicomte Digeon, prononcé par le général Bordesoulle à la Chambre des pairs le 15 mars 18517.
ANNEE 18dl. 985
1013. — - M. de Serre à sa mère.
Dimanche, deux heures [30 septembre 1891].
Je reçois, chère maman, vos deux lettres; je m'occuperai de tous vos protégés. Depuis quatre jours que M. de Richelieu est revenu, je n'ai pas eu un moment et ne puis aller vous voir aujourd'hui, comme je me Tétais proposé
Je veux vous annoncer une chose encore secrète, c'est que le Roi veut bien me faire un majorât. C'est M. de Richelieu qui a arrangé cela; il a été fort aimable et le Roi extrêmement bon ^ .
Au revoir, chère et excellente maman, bonne et
tendre mère Mes respects et embrassements à
mon père. Au revoir. Je vous embrasse de cœur. Votre bon fils,
H. DE Serre.
^ Deux ordonnances royales, datées du 30 septembre, confë* rérent à M. de Serre, l'une le titre de comte, l'autre un majorât de 90,000 livres de rente.
1014. -— M. de Serre à sa mère.
Mercredi» 3 octobre 1831.
^ Chère maman.
Je comptais aller vous voir; des affaires survenues m'en empêclient. Je comptais vous proposer, comme c'est demain la fête de mon père et de Gaston, d'emmener demain mon père déjeuner à Saînt- Cloud. Le temps est superbe, et nous l'asseoirions sur la terrasse ; nous ne serons absolument que ma femme et les enfants. Il irait et reviendrait par le beau temps. Voyez à arranger cela, qui nous ferait beaucoup de plaisir. Alors répondez-moi et dites à quelle heure vous voulez la voiture.
J'embrasse tendrement mon père et vous.
Votre bon fils et meilleur ami,
H. DE Serre.
1015. — Le duc de Doudeauville à M. de Serra.
Cbâlons, ce 7 oclobre 1821.
M. de la Boulaye est nommé, monsieur; je m'empresse de vous en faire part. Il vous donnera sûrement à cet égard tous les détails. Je me bornerai à vous témoigner ma satisfaction d'avoir vu réussir une chose à laquelle vous mettiez du prix.
' Je ne puis cacher à Votre Excellence que cela n'a
pas été sans une extrême difficulté^
Je suis heureux de vous donner, monsieur, une nouvelle preuve de la haute considératicm et des sentiments bien sincères avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le duc DE DOUDBAITVILLE.
1016« — Le duc de Richelieu à M. de Serre.
Samedi [ 13 octobre (?) 1821 1.
Monsieur le garde des Sceaux,
Je vous ai cherché inutilement aujourd'hui au pavillon Breteuil et dans le parc de Saint-Cloud, où vous étiez allé vous promener. J 'ai été bien aise de voir que votre santé vous eût permis cet exercice. Je ferai vos excuses au Roi sur votre absence, demain à la cour. Vous avez raison de vous ménager, et je vous exhorte à ne venir aux Tuileries que quand vous serez tout à fait bien.
* Voici le re^sultat des élections : « Sur 88 nominations, la gaucke et le centre gauche en obtinrent IJ4, ce qui leur donnait un
gain de quelques voix par rapport à la situation antérieure Le
centre ministériel eut 90 nominations seulement. La droite, se renforçant à ses dépens, en eut plus de 50, dont une vingtaine
appartenait à sa portion la plus violente. » (Histoire de la Res^ tauration, par M. de Viel-Caatel, t. X^ p. 327.)
Je ne compte aller à la campagne que jeudi prochain. Je me trouve un peu mieux ; mais j'ai grand besoin de repos. Je rappelle à M. Pasquier la promesse qu'il vous a faite de vous envoyer les manuscrits et notes sur les affaires du Levant ^
Je tâcherai de vous voir demain à Saint-Cloud ; mais bien sûrement je ferai en sorte de causer avec vous avant mon départ.
Mille compliments et amitiés sincères.
* u Dans Taitente des ëvénements qui pouvaient survenir, la France se mettait en mesure d*y faire face. Dés le 17 octobre, sur un rapport présente au Roi par le ministre des Affaires étrangères» il avait été décidé en Conseil qu'on réunirait de !tO à 90,000 hom* mes dans les départements voisins de la Méditerranée et qu'on formerait à Toulon une escadre do douze à quinze bâtiments de guerre. Le gouvernement français, dont la politique extérieure, comme celle du dedans, était dirigée par les vues les plus honnêtes et les plus droites, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour maintenir la paix et, en même temps, pour protéger en Orient les intérêts de l'humanité et de la civilisation dont l'Autriche et l'Angleterre semblaient tenir si peu de compte. Tandis que ses consuls et ses forces navales s'interposaient, quelquefois
' avec efficacité, dans les îles et même dans quelques ports du continent de la Grèce pour arracher des victimes à la fureur des Turcs, à Constantinople sa légation travaillait à ramener la Porte à plus de modération et à ménager à la Russie la satisfaction que réclamait sa dignité. Malheureusement cette action, plus complètement sincère que celle de l'Angleterre et de l'Autriche, était moins efficace encore. La politique suivie en Orient par la République et l'Empire avait détruit la grande influence que le gourernement français y exerçait jadis. Les désastres de ISlh et de 1815 avaient achevé d'anéantir ce qui pouvait en subsister encore, n (Histoire de la Resiaurationt par M. de Viel-Castel, t. X,
ANNEE 18S1. fS9
1017. —Le comte de Montlosier à M. de Serre.
Clermont, 59 octobre 1821.
Le comte de Castellane ' vous remettra cette lettre ; il vous honore particulièrement. Il a ici considération et influence ; il en a aussi, je crois, à la Chambre des pairs Il pense bien, est très-dévoué à la
bonne cause. Je vous ai parlé quelquefois de lui; je lui suis attaché ainsi qu'à tout ce qui lui appartient.
On m'assure que votre présente session sera trèscourte, qu'il n'y sera question que de la censure et du budget. Ainsi donc on ne s'occupera point des émi-
^ Boniface-Louis-Ândrë, comle (puis marquis) de Castellane- Novejan, d'une ancienne famille de Provence, naquit le h août 1768. 11 citait en 1789 colonel de cavalerie. Député aux États-Oënërauxpar la noblesse du bailliage de Châteauneuf-en-Thimeraig, il se montra pariiban de la monarchie constitutionnelle. Sous la Terreur, il fut jetë en prison, et allait comparaître devant le tribunal révolutionnaire, lorsque la chute de Robespierre le sauva d'une mort certaine. Il devint, en 1802, pre'fet des Basses-Pyrrfnées En I8I/1, il donna son adhésion à ladëchëance de Napoléon et, pendant les Cent-Jours, protesta contre l'Acte additionnel. Pair de France le 17 août 1815, il continua de siëger au Luxembourg après la révolution de 1830, et mourut à Paris le 91 février 1837. Le 5 octobre de celte même année, son (ils, le général (depuis maréchal) de Castellane fut élevé à la dignité de pair.