‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 112 sur 126 · IV · texte numérisé non relu

IV

grés pour cette fois. Je me souviens très-bien de ce que vous m'avez dit à cet égard à la cime du Puy de Pariou. Je partage tout à fait votre avis, en vous priant de me laisser insister un peu sur certaines considérations. Dans cette aflaire, il y aune question principale , il y en a ensuite d'accessoires. La question principale s'établit sur le point suivant. Les émigrés ont perdu par condamnation, à cause de leur fidélité au Roi et aux principes de la monarchie, leurs propriétés territoriales. Il est dans les besoins de l'État et de l'ordre public que l'efiFet de ces condamnations et les ventes qui s'en sont suivies soient maintenues; mais la condamnation doit-elle l'être? Voilà la question, question, comme vous voyez, toute spéciale qui, formant une catégorie particulière, doit être résolue par des principes particuliers. Ce n'est point par une condamnation émanant de leur fidélité qu'ils ont perdu leurs dîmes, leurs cens et leurs droits seigneuriaux; ce n'est point par une condamnation émanant de leur fidélité qu'ils ont perdu, comme les autres citoyens, leur fortune mobîliaire à la suite des assignats, des mandats, des réquisitions, du maximum et de la banqueroute des deux tiers; c'est par l'effet matériel et comme aveugle d'une catastrophe générale ; c'est ainsi qu'on perd par la pluie, par la grêle, par les tremblements de terre, par les incendies. La question des émigrés* n'est donc point une considération de malheur, ou de malheur privilégié, comme le dit M. Fiévée. C'est une question d'harmonie sociale qui fait que les émigrés ne peuvent demeurer sous le prince

ANNÉE 18Si. S91

qu'ils ont servi aux termes des condamnations qui leur ont été imposées par la Révolution pour avoir servi ce prince. Les biens ne peuvent leur être rendus; mais tout ce qu'il y a d'équivalent possible à la disposition de l'Etat doit leur être alloué, non pas <x)mme grâce, non pas comme secours, mais comme réparation et restitution.

Les questions accessoires sont ensuite les positions particulières qui exigent plus ou moins aumône et secours. J'ai voulu absolument préciser •cette question, parce qu'encore et encore elle ne Ta

pas été.

Adieu, monseigneur; tendre respect et entier dévouement à jamais.

1018. —M. de la Bonlaye à M, de Serre.

Diflundie matin [h norembre mi].

Si j'apprends quelque chose, cher ami, vous le saurez vite. Wendel déjeunera chez moî. Nous irons ensuite au château et nous nous verrons après. MM. Pasquier et Mounier, M. le duc de Richelieu même doivent savoir la réunion Temaux.

En somme, les premières explications avec quelques députés ont, comme vous l'avez vu hier, mis

ralarme au camp^ Vous ne pouvez pas compter sur la doctrine^, qui dépend de l'extrême gauche,

* Les passages suiFants, empruntés au récit de M. de Hauranne, donneront une idée de la situation : « Les ultra-royalistes de la Chambre» ceux qu'on appelait les pointa9, et dont MM. de la Bourdonnaie, de Lalot, de Castelbajac» de Vaublanc, Donnadieu étaient les chefs» n'aspiraient à rien moins qu'à faire maison nette et n'admettaieut aucune transaction. Plus sages, les ultraroyalistes de la Cour, parmi lesquels on est surpris de compter M. Jules de Polignac, pensaient qu'il ne fallait pas aller trop vitet et qu'un ministère présidé par M. de Richelieu, où siégeraient MM. de Villéle, Corbière, de Bellune à côté de MM. de Serre et

Roy, formerait une transition utile et convenable M. do la Ro*

chefoucauld s'en ouvrit à M. de Serre, qui ne le repoussa pas, et qui lui remit une lettre dans laquelle il pressait M. de Villéle d'arriver à Paris avant le commencement de la session Cependant les députés royalistes arrivaient chaque jour exaltés par le succès, ardents au combat, et disposés à secouer le joug de ceux que M. Fiévée appelait les circonspects. » (Histoire da gouvernement parlementaire ^ t. VI, p. /i33 et kSh.)

Le Roi ouvrit la session le 5 novembre.

' M. de Barante nous fait connaître les motifs qui, en cette cir* constance, déterminèrent la conduite de son ami :

fcM. Royer-CoUard hésita beaucoup, et depuis il s'est souvent demandé s'il n'avait pas eu tort de décider ainsi la chute du dernier ministère modéré et l'avènement du parti ultra-royaliste. Il n'en parla à ses amis les plus intimes qu'après s'être décidé. Il savait que le duc de Richelieu et M. Laine ne concevaient pas une plus terrible extrémité que de se rapprocher du centre gauche. Sa conversation avec M. de Richelieu ne lui avait, à cet égard» laissé aucun doute. La question, disait-il, était de savoir s'il valait mieux que M. de Richelieu devînt un instrument docile et aveugle des royalistes, ou que ce parti régnât en son propre nom. Quant aux motifs personnels que M. Royer ne repoussait pas, il pensait que le ministère ne devait pas compter sur les suffrages d'hommes dont on voulait se tenir éloigné, qu'on désavouait hautement, qu'on avait repoussés sans égards et à qui l'on semhlaît

laquelle dépend à son tour des Ecoles de droit et de médecine et des moustaches à demi-solde.

dire : « Vous êtes trop bons citoyens, trop honnêtes gens pour ne « pas venir à notre aide et poim^efuser votre approbation à une u conduite que vous blâm^BBH^^ez craindre que le pouvoir ne tombe entre les n^K de rainn^B pires que nous. » [La 'te politique de M, R^Êr-Collardj t^^Ê p- 1 18.) {Dans la vie de S^B-Rosa par M^Husin» nous trouvons une Le qui mërite ù'êij^mnise sous le^^Bc du lecteur : a Mes amis einoi» nous ëtion^Bors as^i^^HPait^s par le ministère de M.^^Kiclielieu^^H^l^^^^^^^as toujours justes envers lui. SantlBpsa, j^^^^^^HMcooutumëe, réprimait mes vivacilës

\s de mes plus sages amis. Je me souviens it chez moi avec M. Humann et M. Roy er-Col lard, [ne discussion sérieuse sur ce qu'il fallait faire dans ices présentes» s'il fallait laisser vivre le ministère le défendaient M. Pasquier, M. Laine, M. de Serre, le détruire en s'alliant avec le côté droit conduit Trbière et de Villèle. M. Royer-Collard pensait que si ^rbiéreetdeVillèle arrivaient aux affaires, ils n'en auraient ^our six mois ; et, le ministère Richelieu renversé, il voyait arrière MM. de Villèle et Corbière le prompt triomphe de la cause libérale. C'était là une perspective bien séduisante pour un proscrit comme Santa-Rosa. Dans six mois, après un pouvoir violent et éphémère, un ministère libéral qui eût au moins adouci l'exil des réfugiés piémontais, et, en me tirant de disgrâce, moi et mes amis, ouvert à Santa-Rosa un avenir en France ! Avec quel respect n'entendis-je pas le noble proscrit m'inviter à m'opposer de toutes mes forces à une manœuvre de parti qu'il qualifiait sévèrement I

« Ne prenez pas garde à moi, me disait-il» je deviendrai ce que u je pourrai ; vous, faites votre devoir : votre devoir de bon cice toyen est de ne pas combattre un ministère qui est votre deru nière ressource contre la faction ennemie de tout progrès et de « toute lumière I 11 n'est pas permis de faire le mal dans l'espé- « rance du bien : vous n'*étes pas sûr de renverser plus tard tt MM. Corbière et de Villèle, et vous êtes sûr défaire le mal en leur M livrant le pouvoir. Pour moi, si j'étais député, j'essayerais de

Nos adversaires ne s'engageront pas, maïs ils chercheront A nous engager et à nous compromettre.

Mille tendresses.

1010.— M. Jourdan* à M. de Serre.

6 noyetnbre 1891.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous faire parvenir un travail, ou plutôt les matériaux d'un travail sur les justices de paix anglaises*.

Mon séjour en Angleterre n'a duré que six semaines, et douze jours seulement ont été employés à la rédaction de mon rapport.

Peut-être que si le temps me l'eût permis, j'aurais rendu cette première ébauche moins indigne du ministre éclairé dont j'aurais voulu mieux mériter la confiance.

« donner de la force au ministère Richelieu contre la cour et le « côt<^ droit, w

« Mon opinion ëtait celle de Santa- Rosa. Elle ne prëvalut pas, et ce jour-là il fut commis une faute qui a pesë sept anssur la France. Le ministère Richelieu fut renversa. MM. Corbière et de Villéle arrivèrent au pouvoir, et ils y demeurèrent jusqu'en 1827. » (Œuvres de Victor Cousin, Littérature, t. III, p. 368. Paris, 18/«9.)

* Voyez ci-dessus, p. S61 .

* Le travail de M. Jourdan a été retrouvé dans les papiers de M. de Serre.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, De Votre Grandeur, Le très-humble et obéissant serviteur,

JouRDAN, avocat.

1020. — L'abbé de Montesquiou* à M. de Serre.

Plaisance (Gers), ce I3i novembre 185^1.

On a répandu le bruit ici, monsieur, que le Roi allait faire des auditeurs au Conseil d'État; me permettriez-vous de vous présenter, pour une de ces places, M. de Bastard^, juge auditeur à la Cour d'Agen? C'est un jeune homme bien né, sage, studieux et appelé à une belle fortune. Nous n'avons

* François-Xavier-Marc-Antoîne de Montesquiou-Fezensac, né au château de Marsan, prés Auch, en 1757. Agent général du clergd en 1785, il fut ddputë aux États-Gënëraux de 1789 par le clergë de Paris. U éniigra en 179]^ aprës les massacres de septembre et revint en 179/» après la chute de Robespierre. Un peu plus tard, il devint membre du Conseil secret de Louis XVIII. En avril 181/i> il fit partie du gouvernement provisoire» et, au mois de mai suivant, il reçut le portefeuille de rint<^rieur, qu'il conserva jusqu'au retour de Napolëon. A la seconde Restauration, il fut nomme pair et membre du Conseil privée; en 18âl, il obtint le titre de duc. Il se dirait «le ses fonctions de pair en 183^ et mourut le h fdvrier de cette même année au chilteau de Cirey, prés de Troyes. M. Guizot a trace, dans ses Mémoires, un portrait de l'abbé de Montesquieu. — Voyez t. I®**, p. 38. Paris, 1856.

* Lo baron Edouard de Bastard-Saîntt-Denis, né à Lectoure le 28 mars 1797. Il fut successivement conseiller auditeur à la Cour

même rien de mieux à vous offrir ici. Sa famille a d'ailleurs du crédit dans cette contrée, et elle est bon serviteur du Roi.

Vous voilà, monsieur, encore aux prises avec une nouvelle session. Jusqu'à présent, elles n'ont servi qu'à fatiguer le gouvernement, et je crois qu'il en sera de même de celle-ci. Mais vous savez sans doute que le bruit qu'elles font à Paris s'affaiblit beaucoup dans nos provinces. Nos électeurs ne sont plus les affidés de leurs députés ; ils leur donnent leurs voix pour ne pas céder au parti contraire, mais ils en espèrent peu. La dernière session y est même fort décriée; ces injures continuelles, cette ambition si marquée n'ont échappé à personne, et il ne faudrait pas deux sessions semblables pour les en dégoûter entièrement. Il n'en est pas de même du gouvernement, qui a au contraire gagné tout ce que les Chambres ont perdu. Je vous en félicite, monsieur ; mais il est digne de votre sagesse de prévoir la reforme inévitable que ces luttes scandaleuses doivent bientôt nécessiter, et de nous assurer un ordre de choses dans lequel vos talents soient mieux employés. Permettez-moi du moins d'en faire le vœu et de vous l'offrir comme un témoignage de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur,

L'abbé DE MONTESQUIOU,

royale d'Âgen, président du tribunal civil de Pau, conseiller A la Cour royale de Bordeaux, dëputë de la Gironde (IB/46-I8/18). H mourut au château de Saint-Denis le 3 octobre 1868. 11 était chevalier de la Lë|^ion d'honneur.

1021. — Le baron Pasquier à M. de Serre.

27 novembre 1821 «.

Vous imaginez sans peine que j'ai dû, mon cher collègue, penser beaucoup à l'ouverture que vous m'avez faite hier soir^. Voici le résultat de mes réflexions. Rien ne peut me convenir mieux que de me retirer. Si -je ne l'ai pas fait depuis la fin de la dernière session, c'est uniquement dans la crainte que ma retraite n'en traînât la dissolutipn du ministère et surtout n'amenât, par les combinaisons quelconques qui pourraient en naître, la retraite de M. de Richelieu. C'est encore dans ce moment la seule pensée qui gène ma marche. Assurez donc la

^ Dans le comité secret du 26 novembre, la discussion s'était engagée sur le troisième paragraphe du projet d'adresse : « Nous nous félicitons, sire, de vos relations constamment amicales avec les puissances étrangères, dans la juste confiance qu'une paix si précieuse n'est pas achetée par des sacrifices incompatibles avec l'honneur de la nation et la dignité de votre couronne, n Malgré les eObrts de MM. de Serre, Pasquier et Laine,* le paragraphe fut maintenu par une majorité composée de toute la gauclie et de la plus grande partie de la droite. Puis 176 voix contre 98 adoptèrent l'ensemble du ])rojet. — Voyez la Notice biographique^ t. I*', p. Lxvi-Lxx, et les DiscourSy t. I*', p. U53'h55.

' Des propositions d'arrangement ayant été faites, au nom de M. le comte d'Artois, à MM. de Serre et Laine, ils conçurent l'espoir de dissoudre la coalition moyennant la retraite de M. Pasquier : M. de Serre se chargea de lui en parler. — Voyez l'i/iatoire de la Restaaraiion, par M. de Viel-Castel, t. X, p. 357.

conservation de M. de Richelieu à la tête des affaires et tenez ma démission pour donnée. Je crois qu'il vaut mieux que ce ne soit pas moi qui lui porte cette démission, par la raison bien simple que sa délicatesse l'obligera en quelque sorte à un combat plus vif de résistance avec moi. Mais il serait fort simple que vous vous en fissiez l'organe ; je vous donne à cet égard carte blanche. Je crois que vous pouvez vous aider pour cette démarche de M. Laine. Il est depuis longtemps persuadé que les choses ne peuvent aller comme elles vont. Il connaît la haine du parti pour moi et il sait par conséquent mieux que personne à quel point je suis l'obstacle. Entendez-vous donc avec lui, mais plus tôt que plus tard, car ma retraite doit être combinée avec le parti que le Roi prendra sur Tadresse, et il y a entre ces deux actes une coïncidence obligée qu'il faut soigner.

Je n'ai pas besoin de vous dire à quel point mon amitié sait gré à la vôtre de sa sincérité.

Je vous le répète, une seule chose est ici à considérer pour moi. J'ai déjà vu une fois dissoudre un ministère de M. de Richelieu, et je sais le mal qui en est résulté pour la France. Je n'ai pas concouru alors à ce mal, j'ai fait au contraire ce que j'ai pu pour l'éviter; je ne voudrais pour rien au monde avoir à me reprocher un semblable événement, soit qu'il dût avoir lieu par ma retraite ou par ma persistance à demeurer.

Faites donc venir au plus tôt M. Laine et entendez-vous avec lui, car, dans cette situation, vous deux seuls pouvez arranger les choses soit relativement

au duc, soit relativement à la Chambre. Ensuite parlez ensemble en mon nom, et soyez sûr que je ne vous désavouerai pas.

Mille amitiés.

Pasquier.

1022. — Le baron Pasouier à M. de Serre.

S8 novembre 183U.

Je reçois votre réponse, mon cher collègue, et je regrette beaucoup de n'avoir pas pu assister au petit Conseil que vous avez tenu ; je vous aurais montré qu'il est impossible que la chose ait le moindre succès auprès du duc de Richelieu si elle n'est produite que par moi et en mon nom seul ; il n'y verra de ma part que découragement et désir de sortir d'une position difficile. Bref, il m'enverra promener et ne m'écoutera seulement pas, cela est sûr. La chose ne peut être bien introduite auprès de lui que par des tiers, et des tiers comme vous ayant voix si importante au chapitre. Tenez cela pour certain et agissez en conséquence ^

Mille amitiés.

Pasquier.

^ M. de Richelieu, ayant connu les sentiments de M. Pasquier, déclara que, si le ministre des Affaires ëlrangéres se relirait, lui aussi se retirerait. — Voyez V Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. X, p. 357.

1023. — M. de Serré à M. de Wendel.

Paris, 30 novembre 1831 .

Comme je l'avais prévu, mon cher ami, nous sommes dans la crise. Si vous aviez arrangé toutes vos affaires, il pourrait être utile que vous arrivassiez ici du 6 au 7. Si vous n'avez pas encore terminé, prolongez un peu.

Votre ami,

H. DE Serre.

1024. — Le duc de Richelieu à M. de Serre.

[3 décembre 1821.]

Je m'empresse de vous mander que, d'après des notions assez fondées, d'après un conciliabule tenu hier soir, il a été convenu qu'il fallait aujourd'hui pousser les choses à l'extrême, et que, en conséquence, cinq des plus fougueux, à la tête desquels Lalot et Donnadieu , devaient présenter l'acte d'accusation des ministres. Peut-être cela n'aura-t-il pas

ANNÉE l8âl. 901

lieu ; maïs il est toujours bon que vous soyez pré-

venu*

Mille compliments et amitiés.

1025. — M. de Serre à M. de Wendel.

Paris, 15 décembre 18S1.

Mon cher ami,

Le Moniteur de ce jour vous porte le nouveau ministère. Nous avions eu le tort d'arriver à cette

* Le 3 dëcembro, M. de Serre présenta deux projets de loi : le premier contenait des dispositions additionnelles aux lois relartives à la répression et à la poursuite des délits commis par la voie de la presse; le second avait pour objet de proroger le régime de la censure jusqu'à la fin de la session de 1896. Ces deux projets furent accueillis par les murmures de la gauche, du centre gauche et de l'extrême droite. A propos d'une question incidente, M, de Lalot se livra aux accusations les plus violentes contre les ministres ; M. Donnadieu voulut suivre son exemple, mais le président lui refusa la parole. — Voyez les Discours de M. de Serre, t. Il, p. /i56<-/i91, et l'Histoire de la ResiaurcUioriy par M. de Viel-Castel, t. X, p. 361-376.

Le 8 décembre, les coalises engagèrent de nouveau le combat. Dans cette sëance,M. de Castelbajac, M.deSalaberry,M. de Chau- Telin, M. de la Bourdonnai e, M. Royer-CoUard, M. Benjamin Constant prirent la parole : M. de Serre lutta seul contre tous ; car le duc de Richelieu, redoutant l'irritation chaque jour croissante des membres de la droite contre M. Pasquier, l'avait instamment prie de ne point paraître à la Chambre, et celui-ci avait fini par y consentir. « Contre ce feu croise de vives attaques, M. de Serre avait d'autant plus de peine à se dëfendre> remarque M. de Hau-

3(tt CORRESPONDANCE.

alternative de dissoudre la Chambre ou de nous

retirer. Je croîs que nous avons bien fait de prendre ce dernier parti. Il y a déjà six mois que c'était notre avis. Nous aiderons nos successeurs de notre mieux ^

Je tiens à rester éligîble ; je vais payer 200 francs d'impôt personnel de moins. Depuis le dégrèvement mes bois et le quart d'Herserange ne font pas 1,000 francs; vous saurez le juste chez M. Men-

ranne, qu'il ne pouvait pas dire toute sa pensëe. Aussi M. de la Bourdonnaie, invita par le président à préciser sa proposition, vint-il déclarer qu'il ne prenait la parole qu'avec répugnance, trouvant qu'il était peu généreux de monter à la tribune à chaque instant pour accabler le seul ministre qu'on eût bien voulu dévouer auxcoups de la Chambre. « Je me plais, » ajouta-t-il , au milieu des rires de la droite et de la gaudie, « à rendre homm mage à son courage ; mais je ne puis m'empécher de m'étonner « que, dans les circonstances graves où se trouve la France» tous u les ministres du Roi ne se présentent pas, pour se défendre, dans « une Chambre où ils sont personnellement et journellement aim taqués. n (T. VI, p. ISh,) — Voyez aussi les Discoarê de M. de Serre, t. U, p. 1^1-^500.

* « Bien qu'à cette époque M. de Richelieu tînt beaucoup à rester ftu pouvoir, il craignait de se mettre en hostilité ouverte avec Thëritier du trône, et peut-être d'ébranler ainsi la monarchie ellemême. U était d'ailleurs fort douteux que le Roi, circonvena

comme il l'était, consentît à la dissolution M. de RicheUeu

annonça donc à M. de Villéle qu'il avait résolu de se retirer, et l'engagea à se rendre chez Monsienr^ dont la volonté, désormais,

devait être prépondérante Le là, il vint déposer entre les

mains du Roi sa démission et celle de ses collègues. Le Roi n'y fit pas la moindre objection. » (Histoire da gouvernement par^ lementcdrey par M. de Hanranne, t. VI, p. SéBÔ et /i67.)

Une ordonnance royale , datée du Ih décembre , nomma : M. de Peyronnet garde des Sceaux, le vicomte de Montmorency ministre des Affaires étrangères, M. Corbière ministre de l'Intë-

nessîer^ J'attends donc de votre amitié que le plus tôt possible vous me complétiez par un fonds de bois. Vous savez qu'il faut avoir payé depuis un an. Assurez-moi que \G\xs ayez fait cela.

Je demande encore une nouvelle preuve de votre amitié. Depuis longtemps, sept ans, la Quint ne m'a rien produit. Vous n'avez sans doute pas l'espoîr de vendre, ce qui serait préférable. Je pense toutefois, d'après ce que vous m'avez souvent répété, que, en y montant la chose simplement et économiquement, vous en obtiendrez un résultat modeste. Je vous prie de l'évaluer et, ainsi que vous me l'aviez proposé, de m'en assurer la moitié à forfait. Oblîgé d'aviser aux moyens de soutenir les diverses branches de ma famille, pour leur sécurité j'ai besoin

d'un fixe.

Je demeure en bons rapports avec la nouvelle

administration. On m'avait fait des instances pour

rieor, le maréchal duc do Bellune ministre de la Guerre, le marquis de Clermont-Toimerre ministre de la Marine, M. de Viiléle ministre des Finances. Le marquis de Lauriston, ministre de la Maison du Roi, conserva son portefeuille. Il n'y avait pas de président du Conseil.

* Louis-François-Dominique Mennessîer, n^ à Metz le 17 mai 17()5y ëtait fils de Louis-François Mennessier, directeur du vingtième de la gënëralitë de Metz et receveur gënëral du même gouvernement depuis 1755. Sorti de l'École militaire de Saint-Simon avec un brevet die sous-lieutenant, au lieu d'entrer au service, il fit son droit et fut nommd survivancier de son père. Il devint, en 1806, directeur des- contributions directes de la Moselle et conserva ces fonctions jusqu'en 1830. U avait représenta à la Chambre de 1815 les électeurs de son département. Il mourut le 1«' avril 1831.

dOCi CORRESPONDANCE.

y entrer. Vous compredrez que j'aie refusé. Ma santé a d'ailleurs besoin de repos.

Votre ami,

H. DE Serre

1026. — M. de Serre à sa mère.

15 décembre 1831.

Chère maman,

Par tout ce qui se passait vous avez dû prévoir la retraite du ministère de M. le duc de Richelieu. Au milieu des agitations des derniers jours, je n'ai pu ^ vous tenir au courant. C'est enfin terminé. Nous irons à Carrières mardi, et espérons vous voir demain

J'ai arrangé l'affaire d'Hyacinthe pour Gothembourg; c'est un point de sécurité ^

Mon sort n'est pas encore réglé.

Mes tendres hommages à mon père, et à vous toutes mes amitiés.

Quelques personnes vous diront qu'on me pressait de rester*. Je ne le pouvais ni sagement ni honorablement.

^ M. Hyacinthe de Serre avait été nomm^ consul de France à Gothembourg le 5 décembre 1821.

* M. le comte d'Artois, rencontrant M™* de Serre à. une soirtfe chez M™® la duchesse de Berry, l'engageai dans les termes les

Au revoir encore; mille tendresses.

Votre bon fils et meilleur ami,

H. DE S

1027. « La baron Portai à M. de Serre.

Paris, le 15 dëcembre 1831.

Mon ami,

Nous avons fait notre petite ambassade et nous avons trouvé M. P. fort convaincu qu'il ne s'agissait pas d'une affaire du Conseil des ministres, mais d'une obligeance que nous réclamions de son amitié.

Il fera signer, et il sera chez vous vers neuf heures et demie ou dix heures .

Ayez la complaisance de faire que M. de Richelieu signe avant de se coucher et que le Moniteur puisse parler de nous demain matin ^

plus flatteurs, à us^r de l'îiifliience qu'elle devait avoir sur l'esprit de son mari pour obtenir qu'il restât aux affaires. Peu après, le marquis de Rivière vint trouver le garde des Sceaux, et lui demanda, au nom de Monsieur, de s'entendre avec M. de Villéle.

* Plusieurs ordonnances royales parurent dans le Moniteur du 16 décembre. La première, datée de la veille et contre-signée par M. de Peyronnet, nommaient ministres d'État et membres du Conseil prive MM. de Serre, de Latour-Maubourg, Simëon et Portai. La seconde, datée du 13 et contre-signée par M. de Richelieu, nommait le général de Latour-Maubourg gouverneur de l'hôtel des Invalides. La troisième, datée du 325 octobre » la quatrième et IV. 90

306 CORRESPONDA'NCE.

Je VOUS faîs mille excuses de vous avoir fait dîner si tard, et je vous dis, avec satisfaction, que M. Roy a été fort touché de votre bonne et affectueuse camaraderie .

Tout à vous de cœur.

Page 1