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1028. — Le duc de Richelieu à M. de Serre.
15 décembre 18âK
Je pense que vous aurez l)ien encore assez de crédit pour faire insérer l'ordonnance ci-jointe au Moniteur^.
Je doute que j'en aie eu assez sur M. de Montmorency pour faire votre affaire de Naples. Je viens de lui en parler et M. Pasquîer aussi. Les réponses ont été évasives et passablement ministérielles. Il faut que cela s'apprenne vite. J'en suis bien fâché, je
la cinquième, datées du 13 décembre et contrensignëes également par M. de Richelieu, ëlevaient à la dignité de pair de France MM. Siméon, Portai et Roy.
^ Outre les ordonnances précitées» le Moniteur du 16 décembre en contient une autre, datée du 5 et contre-signée par M. Siméon» laquelle nomme chevalier de r ordre royal de la Légion d'honneur le docteur Bally, « pour récompenser le dévouement dont il a fait preuve à Barcelone en se livrant à Tétudé et au traitement de la contagion qui y exerce ses ravages ».
ANNÉB 1831. 807
VOUS assure. Je vous prie de croire que j'aurais été
heureux de terminer ainsi ^
Mille compliments et amitiés.
1029. * Le baron Pascpiier à M. de Serre.
Samedi, cinq heures [15 décembre 1821].
Je viens, mon cher ami, de voir M. de Montmorency, auquel j'ai fait connaître votre juste désir. J'en ai fait valoir tous les motifs de mon mieux ; maïs il ne m'a rien laissé pénétrer sur ses intentions, et sa figure a été sur ce point très-diplomatique.
Mille amitiés.
U M. de Villéle crut devoir proposer au Roi d'accorder l'ambas* sade de Naples à M. de Serre, en récompense du service ëminent qu'il avait rendu lors de la discussion de la loi d'ëlection. Ce choix ëtait justifie par la proposition faite peu de temps auparavant à M. de Serre de rester dans le nouveau ministère comme garde des Sceaux, et par l'ëtat de sa santé, déjà gravement at> teinte, qui lui rendait le séjour du Midi nécessaire. La nomination de M. de Serre fut décidée malgré M. le vicomte de Montmorency, qui voulait faire donner cette ambassade au duc de Laval! n (Notice historique sur M. de Villéle^ par M. de Neuville, p. 75.) — Voyez aussi VJIistoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. X, p. A90.
' M. le comte d'Artois, apprenant que M. de Serre désirait l'ambaseade de Naples, lui prêta l'appui de son influence.
1030.— M. Pardessus* à M. de Serre.
15 décembre 18âl .
Monsieur,
Depuis quatre jours que circulent des bruits d'un changement dans le ministère, je conservais l'espérance que votre retraite n'aurait pas lieu. Le Moniteur ^ que je reçois à l'instant, m'apprend qu'elle est perdue ; je vous en exprime tous mes regrets, et comme député, et comme simple particulier qui sent
* Jean-Marie Pardessus, fils d'un jurisconsulte, e'iéve et ami du cëiébre Pothier, naquit à Blois le 11 août 177S. Sa famille ëtait toute dëvouëe à la cause royale: en 1793, un de ses frères, aide de camp de la Rochejaquelein, fut tuë au combat de Savenay. Avocat en 1795, maire de Blois en 1806, professeur de droit commercial à la Faculté de Paris en 1810, membre du Corps législatif de 1807 à 1811, il fut nomme députe de Loir-et-Cher en 1815 et siëgea sur les bancs de la droite. 11 échoua aux élections de 1816, mais, en 1890, il fut renvoyé à la Chambre par les électeurs des Bouches-du-Bhône. H entra comme conseiller à la Cour de cassation le 16 mai 18S1. En 1830, après la re'volution, il refusa de prêter serment et fut considéré comme démissionnaire do ses fonctions de député et de conseiller. 11 mourut à Pimpeneau, prés Blois, le 96 mai 1853. Il était membre de PAcàdémie des inscriptions et bel les- lettres depuis 1839. On remarque, parmi ses œuvres, im Traité des servitudes, un Cours de droit commercial et la Collection des lois maritimes antérieures au XVI 11^ siècle. — Voyez : M. Pardessus, sa vie et ses oeuvres^ par M. Gabriel Demante, bibliothèque de l'École des Chartes, 3* série, t. V, p. /t53-/i67, et Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Pardessus^ par M. Naudet, Mémoires de Tlnstitut, Académie des inscriptions, t. XX, l^ partie, p. 338-368.
et qui ne cache à personne ce dont il vous est recle vable.
Je connais de plus en plus tout le prix de ce que vous avez fait pour moi, et je cherchais à justifier votre choix par mon travail et mon dévouement Je continuerai à tout faire pour conserver votre estime, et je considérerai comme une marque particulière de bienveillance la permission que vous voudrez bien m'accorder d'aller quelquefois vous visiter dans votre retraite.
Agréez Tassurance de ma respectueuse considération .
Votre obéissant serviteur.
Pardessus.
1031. ' M. de Serre à M. Remy.
Paris, 16 décembre 18^1 .
J'ai reçu ta lettre, mon cher ami, et vois avec peine tes charges s'accroître et tes ressources faiblir. Malheureusement, comme tu le sais déjà, je quitte les affaires et aurai moins de moyens de t'être utile. J'en conserverai toutefois quelques-uns, soit de ma bourse qui, telle quelle, est sans façons à ton service dans un moment de gêne (et tu dois te mettre d'autant plus à l'aise que ma situation reste telle que ce qui serait peu pour moi serait assez pour
toi), soit de mon reste de crédit. J'en ai déjà parlé à jM. Cuvîer ; mais c'est difficile avec tout le inonde; et nous ne savons encore tjui viendra à la tête de l'instruction publique.
Mon frère passe consul à Gothembourg en Suède. Il sera bien là. Ma femme et mes enfants vont bien. Nous faisons nos amitiés à toi et aux tiens.
Ton ami.
1032. — M. de Serre à sa mère.
Mercredi matin [19 décembre 1831].
Je vous renvoie vos deux lettres, ma clièçe maman je ne puis plus rien que des vœux pour l'affaire des notaires de Pont-à-Mousson ; le département que je viens de quitter est celui de tous dans lequel je peux le moins intervenir. Je crois dans le temps avoir fait décider conformément à la loi et à la justice, et j'attends sans crainte toutes les plaintes et pétitions. Je n'en suis pas moins infiniment touché de la peine que veut bien prendre M. le Faucheux pour les détourner, et vous prie de l'en remercier de ma part en l'assurant, lui et Minon, de mes tendres sentiments.
Au revoir, chère maman et excellente amie; mes hommages à mon père. Je vous embrasse de cœur.
H. DE S
1033. — M. de Serre à sa mère.
Carrières, ïiO d(fcembr6 IBZl.
J'ai reçu votre billet, chère maman. J'ai bien <juelque projet d'aller demain à Paris, et alors j'irais vous voir; mais, la chose étant incertaine, je vous écris à tout événement.
Nous avons d'abord trouvé ceci un peu froid ; nous faisons calfeutrer et les pièces vaudront mieux quand elles seront échauffées. Malgré cela, mon rhume ne va pas plus mal; il me semble même que, parlant peu, je commence à n'avoir plus tant d'irri tation et à tousser moins
La Boulaye nous est venu hier. M. Growes l'a emmené ce matin à la Chambre. Nous les attendons. Tranquillisez-vous, chère maman. Pourvu que les affaires générales aillent bien\ comptez que je
* La retraite de M. de Richelieu et de ses collègues inspire à M. Duvergier de Hauranne les réflexions que voici :
« Le gouvernement du centre avait duré six années, et bien des fautes pouvaient lui être reprochées. Néanmoins, dans des circonstances dif Belles et au milieu des passions les plus violentes, il avait travaillé honnêtement à fonder l'accord de la vieiUe dynastie «t des institutions nouveUes. En définitive, il laissait à ses successeurs une Chambre des députés plus royaliste que constitutionnelle, des finances en bon état, une armée bien organisée, une nation qui avait fait d'incroyables progrès dans toutes les branches de l'activité humaine, et qui s'enrichissait sans que la richesse fût pour elle le but unique et suprême. Sans doute, dans
saurai m'accommoder de ma nouvelle situation. Je désire beaucoup que votre santé se remette et que celle de mon père se soutienne. Caroline, qui avait la fièvre à Paris, va bien maintenant ; les autres enfants se trouvent bien aussi du séjour des champs. Au revoir, chère et meilleure amie.
Votre tendre fils,
H. DE S
Mes respects à mon père.
1034. — M. de Pe3rroiinet à M. de Serre.
Le âl dëcembre 18âl.
Je me hâte de vous annoncer, monsieur le comte, que le Roi m'a permis de régler, conformément à v^otre désir, TafiFaire que vous aviez bien voulu confier à mon amitié. Sa Majesté ne pouvait pas m'accorder une grâce que je souhaitasse plus vivement d'obtenir.
Agréez, monsieur le comte, l'assurance d'un
dévouement absolu.
De Peyronnet.
cette nation rendue depuis six ans à la liberté, bien des idées, bien des désirs, bien des passions contradictoires s'entre-choquaîent bruyamment et effrayaient les hommes habitués au silence de la servitude. Mais, au fond, elle voulait Tordre et la paix. » (His-toire du gouvernement parlementaire, t. VI, p. tôl.)
1035. — M. de Serre à sa mère.
Paris, 96 décembre 18S1.
Je ne suis pas retourné hier, chère maman, parce qu'au moment de partir j*ai reçu la nouvelle que M"® la duchesse de Berry avait engagé Annette à lui amener aujourd'hui sa filleule Elle est arrivée ce matin avec Caroline. Elle va à deux heures aux Tuileries, et nous repartons aussitôt après pour Carrières, ce qui nous empêchera d'aller vous voir.
Vous m'avez fort affligé dernièrement. Je comprends bien vos peines et vos craintes. J'en ai aussi moi-même et dois en avoir de plus d'un genre. Seulement ne vous tourmentez pas d'une chose qui peut-être n'arrivera pas; qui, si elle arrivait, ne me forcerait peut-être pas à une longue absence. Soyez assez bonne pour entrer un peu dans toute ma position : lorsqu'on a joué un assez grand rôle public, on contracte des obligations envers son prince et son pays, dont la première est de ne pas
se mettre volontairement hors de tout service
Enfin, et quant à ma famille, peut-être ne dois-je pas m'exposer à ce qu'elle me reproche un jour d'avoir, sans motif suffisant, coupé ma carrière. C'est une conséquence des grandes affaires, lorsqu'on y est lancé, qu'elles obligent à de grands sacrifices; et bien d'autres y sont soumis dans des situations bien inférieures.
Au revoir, chère maman, dans les premiers joui's de la semaine prochaine. Aimez-moi toujours et ue vous tourmentez pas. C'est bien assez des chagrins inévitables sans en prendre pour des événements incertains, pour des événements dont peut-être, s'ils se réalisent, on n'aura qu'à se féliciter.
Mes tendresses à mon père. Je vous embrasse du meilleur de mon cœur.
Votre tendre fils et meilleur ami,
H. DE S
1036. — M. de Serre à M. de Wendel.
Carrières, 90 décembre 1821.
Mon cher ami,
Nos lettres se sont croisées, et vous avez dû recevoir celle par laquelle, en vous annonçant notre retraite, je vous priais de deux choses : d'arranger l'affaire de la Quint et de compléter mes impositions. Je vous prie de me donner l'assurance que vous pensez surtout à ce dernier point. Rien ne presse quant à votre arrivée ici, et vous avez probablement un bon mois encore à donner à vos affaires. Votre ami,
H. DE S
1037.— Le comte de Montlosier à M°^^ de Serre.
Randanne, le 1^^ janvier 1823.
Vous croyez bien, madame, que j'aurai beaucoup pensé à vous au milieu du grand ouragan que vous avez éprouvé. On m'écrit que M. de Serre a pu rester au ministère et qu'il ne Ta pas voulu, en bon procédé pour ses collègues. Je ne puis m'empêcher J'en avoir du regret. M. de Peyronnet, qu'il a fait mettre à sa place, n'aura de longtemps, quelque mérite qu'il ait, l'importance de M. de Serre, ni même une importance approchante. Au Mont-Dore, si vous m'aviez dit ou si lui m'avait dit quelque chose de plus sur les causes de la retraite de MM. de Villèle et Corbière, j'aurais été bien plus à même d'avoir à cet égard une pensée et de vous la dire. Si leur retraite n'était motivée que sur la circonstance d'un portefeuille, c'était à mes yeux une puérilité, et je n'aurais à cet égard aucune approbation à leur donner. Si elle était motivée sur une dissidence d'opinions dans le Conseil, alors j'aurais désiré de tout mon cœur que M. de Serre se retirât avec eux
Au moment de l'ouverture des Chambres, c'était peut-être dur d'abandonner des collègues qu'on
31Ô rORUESPONDANCE.
avait suivis jusque-là ; mais aussi pourquoi les suivre, et pourquoi surtout porter à l'Assemblée une loi de la presse que tout le monde savait d'avance devoir être re jetée? pourquoi se livrer à la défaveur et en quelque sorte aux bourrades d'une Assemblée?
Me voilà bien dans la politique ; n'en serez-vous pas ennuyée, madame? Je ne le pense pas, car vous sentez mieux que personne l'importance de nos affaires, et puis cette lettre vous est commune, je pense, avec M. de Serre; je la lui ai annoncée
Adieu, madame. \'ous revoir sera pour moi un grand bonheur; mais quand et comment le pourrai-je?
Tendres respects, amitié pour la vie, dévouement pour la vie à tous deux.
Le comte de Montlosier.
1038. — M. de Serre à M"** de Serre.
Samedi matin [IS janvier 183^].
Le Moniteur d'aujourd'hui annonce, chère amie, que la cour ne prendra le deuil que mardi prochain ^ .
> Chambre du Roi.
« La cour prendra le deuil mardi prochain 15 janvier pour onze
Je serai, à mon grand regret, plus longtemps sans te voir que je n'y comptais. Je suis invité à dîner demain chez notre ministre \ et ne pense pas pouvoir refuser. Je t'attendrai donc lundi; j'irais te chercher si ce n'est qu'il y a Chambre et que je veux y être. Cela sera bien long sans embrasser les brunes et la blonde, sans oublier le fils. Fais-le à mon intention.
J'ai vu hier M. de Montmorency et les bureaux. Le premier a été fort bien ; je n'ai pu l'entretenir fort longi-emps ; je lui ai remis ton billet. Les attachés ne reçoivent ni traitement ni frais de route ; ce qui fait qu'ils sont à peu près au choix de l'ambassadeur; c'est l'entrée de la carrière. Seulement, à ce que m'a dit RaynevaP, on peut à la fin de
jours, à l'occasion de la mort de S. A. S. M"^® la duchesse de Bourbon.
« Le deuil sera porte les six premiers jours en noir, et les cinq derniers en blanc.
M Le premier gentilhomme de la chambre du Roi,
a Le duc de Duras.
M Aux Tuileries, ce 11 janvier 18Sâ. »
M™® la duchesse de Bourbon ëlait sœur de Louis-Philippe- Joseph, duc d'Orlëans.
* Le vicomte de Montmorency.
* François-Max imi lien Gërard de Rayneval, ne à Versailles le 8 octobre 1778, ëtait le fils d'un premier commis aux Affaires étrangères de lT7h à 1793. Attache à la Mgation de Suéde après le 18 brumaire, second secrétaire à Pëtersbourg en 1801, premier secrétaire à Lisbonne en 1805, il retourna, en 1807, à Pëtersbourg avec ce même titre, et y resta jusqu'en 181â. En I8I/1, il seconda M. de Caulaixicourt au congrès de Châtillon; puis il accompagna M. de la Châtre, ambassadeur de Louis XVIII prés la cour de Londres. Il devînt, en 1816, directeur des chancelleries aux Af-
Tannée, lorsqu'ils ont été chargés de travaux spéciaux, leur obtenir des gratifications. Je n'ai pas naturellement encore parlé à M. de Montmorency du traitement ; mais les bureaux sont convaincus qu'on ne peut pas aller à moins de 100, 000 francs. Turin a 110,000, mais il y a l'obligation de suivre la cour à Gênes. Quant aux frais d'établissement, le dernier ministre a donné à M. de Chateaubriand pour Berlin moitié du traitement.
Je tacherai de voir M. de Narbonne^ J'ai vu ma mère, qui était fort affectée. Je l'ai laissée dans des termes fort raisonnables, et t'ai annoncée pour lundi.
Au revoir, chère et excellente amie. Je t'embrasse de toute mon âme; mes plus tendres caresses aux enfants saines.
Ton meilleur ami.
faires ëtrangéres, et, en 1890, sous-secrétaire d'Etat au même dëpartement. Au mois de décembre 1831, il fut nommé ministre plénipotentiaire à Berlin et, au mois de juin 18^, ambassadeur en Suisse. En 185^, il géra le ministère des Afiaires étrangères durant la maladie de M. de la Ferronnays, et reçut de Charles X le titre de comte. Ambassadeur à Vienne en octobre 1829, la révolution de juillet lui fît perdre ces fonctions; mais il obtint, en février 183% l'ambassade de Madrid. Il y mourut le 16 août 189(5. * Voyez t. III, p. 510.
1039. — Le comte de Montlosier à M. de Serre.
15 janTÎer 1822. .
Comment, monsieur le comte, vous voilà ambassadeur à Naples * ! Vous nous abandonnez à notre malheureux sort; vous vous éloignez de nos tempêtes afin de les mieux observer. Je ne pense pas que vous partiez avant la fin de la session. Vous ne passeriez pas les Alpes en ce moment. C'est un mauvais calcul d'aller par mer : on ne voit rien. Par terre, vous verrez la plus belle partie de l'Italie. Mais vous aurez des précautions à prendre contre les voleurs ; depuis Albano et au delà de Terraeine, la route n'était pas sûre de mon temps ; elle Tétait encore moins dans ces derniers temps. Il se trouvera que vous avez très-bien fait de voir en Auvergne Montjugheat et le puy de Pariou : Monte-Nuovo vous rappellera Montjugheat; le Vésuve, Pariou; cependant sur une plus grande échelle.
Si j'étais à Paris l'hiver prochain et que
vous n'y fussiez pas, vous pourriez compter sur une correspondance bien exacte.
Jamais la France ne sera tranquille jusqu'à ce que vous ayez arrangé la famille, la maison, la propriété, le domaine comme ils doivent l'être. La
* La nomination, datëe du 9 janvier, avait paru dans le Monitear^ du 10.
Révolution a détruit tout cela de fond en comble, et le gouvernement, qui croit opérer sur quelque chose de réel, opère sur des masures. Les corporations viennent ensuite avec les municipalités. La nation avant été bouleversée de fond en comble, c'est de fond en comble que vous devez chercher à la relever. Pas du tout, c'est du comble et non pas du fond que je vois tout le monde s'occuper.
A Paris l'hiver prochain ! je radote. Je n'ai pas le moyen d'être à Paris, vous le savez bien. Je vais toujours d'ici envoyer à Gide^ un nouveau volume sur la Monarchie française au r^janider 1832. Je vous quitte pour cette œuvre, qui devait paraître au 1®' février, et qui ne sera publiée probablement que le l*"*" mars.
Adieu, monsieur le comte. Conservez-moi voti'e amitié, et comptez sur la mienne ainsi que sur tout mon respect.
Le comte de Montlosier.
Vous aurez bien chaud à Naples, mais seulement jusqu'à dix heures : il s'élève alors une brise de mer délicieuse.
• Libraire-ëdîteur.
1040« — M. de Serre à M°^® de Serre.
Paris» vendredi 25 janvier 18^.
J'ai reçu ta bonne lettre, chère amîe. Je te sais gré du vif intérêt^que tu mets à tout ce qui tient à notre commun avenir. J'ai senti avec toi la délicatesse de ma position, la mesure que je dois mettre dans ma conduite, et je te remercie de me dire tout ce qui peut me rappeler une règle si difficile à suivre et, dans certains moments, si facile à oublier. Ma mère n'était pas moins effrayée que toi de l'idée de me voir partir.EUe avait, en mon absence, envoyé chercher Desprez, en la sagesse duquel elle croit comme en son amitié ; il lui avait dit le pour et le contre et n'avait su que résoudre. Enfin, chère amie, j'y ai bien réfléchi, et il faut espérer que des intentions droites et désintéressées m'inspireront heureusement dans ce dernier acte de ma carrière législative ^ .
* La discussion sur le projet de loi relatif aux délits de la presse avait commence le 19 janvier. M. de Serre, qui s'ëtait assis au centre droit, prit la parole dans les séances du 25, du 26 et du 29. u Jusqu'à ce moment, dit M. de Viel-Castel, le projet du prëcëdent ministère n'ayant été modifie par la commission et par la Chambre que dans un sens qui n'en changeait pas l'esprit, on avait vu le précédent garde des Sceaux s'unir, pour le défendre, à son successeur et au rapporteur ; mais il restait à décider une IV. SI
Accorde-moi seulement cette confiance que je n'aî point d'amis qui l'emportent dans mes résolutions sur toi et nos enfa'tits. Dans les premiers temps de ma course politique, j'ai eu des amis en la supériorité de lumières et d'expérience desquels je me confiais. Je ne suis plus dans ce cas, et dois me décider par moi-même.
J'ai vu trois fois notre ministre : à la Chambre ;
-question qui devait rompre cet accord: c'était celle de l'amendement par lequel la commission enlevait au jury le jugement des dëh'ts de la presse et le transférait aux Cours royales jugeant sans appel, en audience solennelle de deux chambres reunies. » (Hiê^ ioire de la Rcsiauraiiony t. X, p. 519.) a Ici, ajoute M. Duvergier de Hauranne, l'opposition libérale attendait un secours puissant» celui de M. de Serre et du petit groupe d'amis qui lui étaient restas fidèles. Malheureusement M. de Serre ^(ait retomba malade, et ce fut â son ami, M. Froc de la Boulaye, qu'il confia le soin de communiquer à la Chambre le résultat de ses réflexions et de de-
'fendre, en son nom, la noble institution que la commission voulait di^tniire. M. Froc de la Boulaye vint donc lire [dans la séance du U février] un discours grave, solide, que M. de Serre avait ëcrit, mais où manquait la vie que lui aurait donnée la parole improvisée du grand orateur. U insista surtout sur le danger de
transformer les Cours royales en corps politiques M. Froc de
la Boulaye, ou pour mieux dire M. de Serre, ne s'arrêta pas là, et il démontra que, dans la réalité comme dans l'opinioa des peuples, un simple jury était plus impartial, plus fort dans les procès politiques que les corps de magistrature les plus illustres
Cette opinion, vivement applaudie par la gauche, avait été écoutée par la droite, sinon avec approbation, du moins avec Vme déférence respectueuse Enfin le gouvernement et la commission '
se rallièrent à un amendement de M. Angles , qui renvoyait les
-délits de la presse, en première instance, devant les tribunaux correctionnels et. en appel, devant les Cours royales. » {Histoire
-du gouvernement parlementaire y t. VI, p. 533-538.) — Voyez 'les Discours de M. de Serre, t. II, p. ô06-5/<G.
ANNÉE 18âS. 3â3
mercredi, chez l'ambassadeur de Russie ^ où j'ai dîné avec lui et la plus forte part du nouveau ministère, et hier chez lui. Je me suis tenu en mesure pour l'ambassade. J'avais sacrifié à ce dîner de mercredi notre dîner d'ancien ministère chez M. de Latour-Maubourg. J'y ai vu Clermont et Villèle. J'ai vu en outre ce dernier chez lui hier; je lui ai franchement parlé du rôle que j'entends jouer dans cette discussion.
Hier, nous avons fermé la discussion générale; je suis donc tenu pour aujourd'hui et demain aux articles, et peut-être sera-t-il bien tard pour que je t'arrive samedi; ce sera dimanche de bonne heure. Après cette discussion, je serai tout à toi et à nos enfants. Je t'embrasse pour toi et pour eux du meilleur de mon cœur.
H. DE S
* Charles- Aiidrë Pozzo di Borgo, n^ A Alata, prés d'Ajaccîo, le S mars 176/i. Député par ses concitoyens à TAssemblëe Idgislative (1791), il se rdfiigia, après le 10 août, dans sa patrie. De concert avec le ge'ndral Paoli, il refusa d'obëir à la Convention, et administra la Corse sous la protection des Anglais. Ceux-ci expulsas (1796), il s'exila. Il entra au service de la Russie (1803), et remplit plusieurs missions diplomatiques avec la pensive de réunir les puissances européennes contre Napoléon. Après la chute de l'Empire, il usa de son crédit pour alléger les charges de l'invasion. Ambassadeur de Russie près la cour de France de 1815 à 1835, près la cour d'Angleterre de 1835 à 1839, il passa ses dernières années à Paris et y mourut le 15 février lSh% L'empereur de Russie avait conféré au général Pozzo le titre de comte. — Voyez l'article insère par le prloce Augustin Galitzin dans la Nouvelle biographie générale (Didot), t. XL, p. 958.
1041. — M. de Serre à sa mère.
Carrières, 10 février 1823.
Nous avons ici, clière maman, un petit hôpital. Tous nos enfants, à commencer par le plus jeune et en remontant, ont été pris, l'un après l'autre, d'une petite fièvre scarlatine, car le médecin n'y reconnaît pas les caractères de la rougeole. Caroline est à peu près guérie, les trois autres sont au lit. Annette, souffrante d'ailleurs, les soigne. Moi, je continue à aller mieux. J'espère qu'il en est de même de vous et de mon père.
Je ne sais encore quand j'irai à Paris; mais je serai très- empressé de vous embrasser tendrement comme je vous aime. Mes respects à mon père.
Votre bon fils.
1042. — M. de Serre à M. Remy.
Carrières, Ik février 185S.
Il y a longtemps que je ne t'ai écrit; mais j'ai eu de tes nouvelles, et toi des miennes par M. Duhot, auquel ces derniers changements m'ont empêché
ANNÉE 1839. 3â5
d'être utile comme je le désirais. Tu sais que je dois bientôt me rendre à Naples comme ambassadeur. Je quitterai probablement Paris du 10 au 15 du mois prochain. Je compte mener ma femme en Lorraine et te voir à mon passage à Verdun. J'au rais besoin d'un jeune homme que je pusse em mener pour me servir de secrétaire et qui pût en même temps donner quelques soins à l'éducation de mes deux aînés. J'ai pensé que tu connaîtrais peutêtre, parmi tes anciens élèves ou autrement, quelqu'un à qui cela pourrait convenir. Je serai traité là-bas de manière à être obligé à beaucoup d'économie, et les seuls avantages que je pourrais faire seraient 1,500 francs, la table et le logement, sauf, si j'étais content, à user de mes moyens pour procurer à cette personne un meilleur sort à l'avenir. Je n'ai pas besoin de te dire les principes et le degré d'instruction que je désire. Une assez belle main et une grande bonne volonté seront surtout nécessaires.
J'ai été malade ces derniers jours ; je suis mieux et t'écris de la campagne, où je jouis de ces ])eaux jours. Ma femme est aussi un peu souffrante, et mes quatre enfants ont été successivement pris d'une fièvre scarlatine qui s'est passée sans accident.
J'espère trouver toi et tous les tiens bien portants. Dis à chacun mille choses de ma part.
Je t'embrasse de cœur.
Ton ami.
1043.- M. de Serre à M. de Wendel.
19 février 1822.
J'ai regretté cpie vous fussiez parti sans que je TOUS eusse vu. La décision de mes affaires se retardant et mes enfants étant tombés malades, ma femme ne pourrait, avant mon départ d'ici, aller et revenir de la Sauvage. Je reviens donc à mon premier projet qui était de passer par la Moselle ; je vous prie de m'y attendre et de me le mander ; je pense y être au plus tard pour le 15 ou le 20 du mois prochain ou plus tôt, si je puis. J'aurai plusieurs choses à vous dire.
Je crois bien que ça se gâte ; on a fait du reste tout ce qu'il fallait pour ça. 11 y a heureusement encore de la marge. Je ne pense pas que vous ayez besoin d'être ici avant la fin de mars ou le commencement d'avril.
Votre ami,
H. DE S
1044. — M. de Serre à M. Remy.
Paris, 19 février 18^2.
Je reçois ta réponse, cher ami, et te remercie du^ sacrifice que tu es disposé à me faire. Sur ce que tu me dis de ce jeune homme, il paraît qu'il me conviendi*a parfaitement. J'aurais désiré savoir son âge pour juger s'il est déjà à l'abri des premiers écueils que la jeunesse rencontre dans le monde. Il est au surplus tel aplomb dans le caractère qui est une meilleure garantie que l'âge lui-même. Il est inutile qu'il prenne la peine de venir ici. Tu es plus à même de le juger que je ne le serais dans quelques conversations. D'ailleurs, bien que mes affaires ici ne soient pas encore terminées, je pense toujours te voir vers le milieu du mois prochain. Je pourrais voir ultérieurement ce jeune homme à la Sauvage où à Metz, où je m'arrêterai. Que jusquelà il ne rompe pas les liens qui l'attachent à toi.
Au revoir, cher Benoît. Je te prouvais mon amitié en m'adressant à toi pour un choix aussi important;, tu me prouves la tienne.
Ton ami.
1045. — M. de Serre à sa mère.
Paris, jeudi 28 février 1822.
Je suis ici, chère maman, depuis lundi soir; j'ai commencé à me mettre à la fois dans les papiers et dans les emplettes, et j'ai tous les jours cherché le moment d'aller vous voir sans pouvoir le trouver. Voulez-vous être assez bonne pour me donner à dîner demain vers six heures? Nous passerons la soirée ensemble. Mes tendres respects à mon père. A demain, chère maman ; je vous embrasse du meilleur de mon cœur.
Votre bon fils et tendre ami,
Ma femme, qui était venue avec moi, est retournée à Carrières ; mes enfants vont bien.
1046. — M. de Serre à M. de Wendel.
Paris, 7 mars 1832.
Je pense, mon cher ami, que, malgré toute ma diligence, je ne pourrai partir avant le 20 de ce
mois. Si donc vous tenez à être ici pour le budget, qui commence la semaine prochaine, venez; nous nous verrons ici.
Vous remercierez bien pour nous M. de Tocqueville ^ ; mais nous aurons quatre enfants, et c'est un embarras que nous ne voudrions donner à personne.
Mille amitiés.
H. DE Serre.
1047.— Le général Gnilleminot' à M. de Serre.
Paris, le 9 mars 18S3.
Monsieur le comte,
Je m'empresse d'exécuter les ordres que je viens de recevoir du ministre do la Guerre en vous
^ Prëfct de la Moselle.
* Charles-Armand Guillemînot, dont le père ëiait marchand, naquit à Dunkerque le S mat 177li. Sous-lieutenant en 1799, il devint en 1798 chef de bataillon et aide de camp de Moreau, en 1808 gënëralde brigade et baron de l'Empire, en 1813 gênerai de division. En 181 A, il reçut de Louis XVlil la plaque de grand officier de la Légion d'honneur et la croix de Saint-Louis. En 1815, il fut successivement premier aide do camp de M. le duc de Berry, qui s'efforçait de rëunir une armëe contre Napoléon ; chef d'étatmajor de la division du prince Jérôme qui combattît à Waterloo et chef de l'état-major général de l'armée qui se rassembla sous Paris. Commissaire du Roi, en 1816, pour la fixation de la frontière à l'Est, directeur général du dépôt de la Guerre en 1818, il
envoyant Texemplaire de la carte dltalie par Bâcler d'Albe* que, par votre lettre du 3 de ce mois, vous avez demandé à Son Excellence, à laquelle, je vous prie, monsieur le comte, d'en accuser la réception.
. J'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, avec un respectueux attachement,
A^otre très-humble et très-obéissant serv^iteiir, Le lieutenant général directeur général du dépôt de la Guerre,
Comte GuiLLEMINOT.
dressa, en 18323, le plan de Texpëdition d'Espagne, et accompagna M. le duc d'Angouléme en qualité de major gênerai. Pour le rëcompenser de ses services, Louis XVllI lui donna la pairie, le grand cordon de la Légion d'honneur et l'ambassade de Constantinople. Le comte Guilleminot conserva ce poste jusqu'en 1831. Il mourut à Bade, pendant une mission, le Ih mars IShO. C'était un des officiers les plus instruits de son temps. — ^Voyez VEsquisse historique lue par M. Hippolyte Bis, secrétaire de la Société du département du Nord dans la séance du 38 avril I8J4I.
* Le baron Bâcler d'Aîbe (Louis-Albert-Gbislain), né à Saint* Pol (Pas-de-Calais) le 21 octobre 1763. Il était peintre et géographe lorsque, au début des guerres de la Révolution» il s'engagea dans un bataillon de chasseurs ; il devint adjudant-commandant (1807) et général de brigade (1813). u 11 parcourut toute l'Europe; admis dans la confiance la plus intime de l'Empereur» il dressait chaque jour l'esquisse des mouvements des troupes projetés pour le lendemain. » {Nouvelle biographie générale (Didot), t. IV» p. 79.) Le général Bâcler mourut à Sèvres le IS septembre IffîU.
ANNÉE 18â3. 331
1048. — M. de Serre à M. Bemy.
l*»" avril 1832.
Notre départ, cher ami, est décidément fixé au lundi de Pâques ^ Tu peux donc faire ton voyage. Nous mettrons trois jours pour nous rendre à Verdun et t'embrasserons à ton retour.
1049. — M. de Serre à M. de Fontenay ^.
Paris, â avril 1822.
Monsieur le chevalier,
J^auraîs déjà eu l'honneur de vous écrire, si je n'avais voulu vous annoncer l'époque de mon départ et celle probable de mon arrivée. Je pars le 8 ;
* 8 avril.
* Le chevalier (plus tard vicomte) Anne-Louîs-Gabriel de Fontenay, ne à Autun le 16 septembre ITSA. Il fut secrdtaire successivement à Rome, à Florence, à Naples, à Saint- Pe'tersbourg; puis il devint ministre plénipotentiaire et envoyë extraordinaire à Stuttgard. 11 mourut à Versailles le S8 septembre 1856. Son père, Anne-Paul de Fontenay, avait éié mousquetaire du Roi ; en 1789, la noblesse du bailliage d' Autun l'avait nomme dëputë suppMant aux États-Gënëraux.
mais, faisant un détour par la Lorraine et marchant lentement avec femme et enfants, je ne pense être à Turin que dans les premiers jours du mois prochain. Comptant m'y arrêter ainsi qu'à Milan, Florence et Rome, je n'arriverai guère à Naples qu'à la fin de mai. J'ai déjà des remercîments à vous faire : je sais par M. Samson* que vous vous êtes mis eu peine pour me trouver une campagne. Tout ce que j'ai entendu de vous, monsieur le chevalier , me fait espérer que mes rapports avec vous seront aussi utiles au rervice du Roi que personnellement agréables pour moi. Si vous aviez quelque chose à me mander, je vous serais obligé de le faire à Turin, et plus tard à Florence ou à Rome.
Je vous adresse une lettre pour M. le général ea chef, baron de Frimont. que je vous serai obligé de lui remettre.
Recevez, monsieur le chevalier, les assurances de la parfaite considération de votre obéissant serviteur,
H. DE Serbe.
* Banquier français résidant à Naples.
ANNÉE 182â. 333
1050. — M. de Salvandy à M. de Serre.
[Avril 182â.]
M. de Salvandy regrette vivement de n'avoir pas eu l'honneur d'offrir ses hommages à M. le comte et à M""® la comtesse de Serre avant leur départ.
Il serait très-heureux que M. le comte et M™® la comtesse voulussent prendre Chantemerle^ (à Essonne) pour première halte. M. et M™®Feray* attacheraient beaucoup de prix à l'honneur de les recevoir.
C'est de la manière la plus instante qu'il prend la liberté d'adresser cette invitation à monseigneur. Il prie Son Excellence de lui conserver sa bienveillance.
* tt A moitië chemin de Paris à Fontainebleau, lieu de poste. » (Note de M. de Salvandy.)
* M. de Salvandy avait épous<^, en 1821, M"® Feray, petite-fille de M. Oberkampf, un des créateurs de l'industrie française.
33h CORRESPONDANCE
1061. -* M. de Serre à sa mère.
Verdun, 10 avril 1822.
. Je pense, chère maman, que vous serez bien aise d'avoir des nouvelles de nos premières journées de voyage, et c'est une consolation que je dois bien à cette nouvelle séparation à laquelle je ne vous croyais pas réservée. Nous sommes venus en trois jours ici tc»us bien portants, sauf cette pauvre petite Caroline qui souflFre de la dentition ; elle va mieux cependant depuis hier soir, et, quoiqu'elle soit maigrie, j'espère que le repos qu'elle va trouver à la Sauvage, où nous arriverons demain, la remettra avant de continuer notre voyage. Ma femme se trouve mieux depuis que nous sommes en route, et, comme je m'en trouve également bien, j'espère que nous viendrons heureusement à bout de notre grande entreprise.
Nous sommes ici avec Benoit, qui doit nous accompagner à la Sauvage. Il m'a présenté le jeune homme, qui est régent.chez lui et doit venir avec moi au double titre de secrétaire et de précepteur de nos enfants ^ Il a une douce et heureuse physionomie ; nous en serons, je pense, très-contents.
* Il se nommait François Riboulet; il était né à Metz le 17. mars 1802. Il accompagna M. de Serre à Naples. Après la mort de celui-ci, il revint en France, et entra dans l'administration des forêts comme garde gc^nëral stagiaire ; il parvint au grade d'inspec-
Au revoir, chère maman et tendi-e amie ; écrivezmoi que vous prenez courage. Ma femme et mes enfants vous présentent, ainsi qu'à mon père, leurs tendres respects. Nous le remercions de sa bénédiction, et j'espère qu''elle nous portera bonheur. Faites nos amitiés au bon la Boulaye, si vous le voyez avant qu'il ait reçu de mes lettres. Au revoir encore; je vous embrasse de toute mon âme.
Votre bon fils.
1052.— M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 10 avril 1899.
Je suis, mon cher amî, dans la situation où l'on se trouve après un feu d^artifice et lorsque l'obscurité profonde succède aux clartés qui embrasaient le ciel. J'ai les pieds sur mes chenets, je rumine. On m'a donné des nouvelles de votre arrivée à la première couchée, vers onze heures du soir. Votre voiture a éprouvé quelque accident que j'ignore. J'espère que vous m'écrirez dès que vous serez arrivé sous le toit maternel, si jusque-là vous m'avez tenu rigueur
tcur de première classe à Luxeuil. Admis à la retraite, il se fixa dans sa ville natale; il y exerça les fonctions de suppléant déjuge de paix et d'administrateur du bureau do bienfaisance et des prisons. 11 est mort le 15 août 1867.
Oôrez rhommage de mon attachement et de mon respect à M™* votre belle-mère/ à ses enfants et à M™"" de Lannoy^
Nous poursuivons notre budget. Les douanes et les droits réunis ont été écofnés.
Les apparences de guerre se prononcent chaque jour davantage. Le Constitutionnel des lundi 8 et mardi 9 donne, sous la rubrique de Turin, page 3, 2° colonne, un article où il est question de Naples et qu'il est bon de lire.
Adieu, adieu, mes chers amis. Comptez sur moi; je ne vous manquerai pas.
J'embrasse ma filleule et vos enfants.
J'ai fait pour vous force adieux ici.
F. DE LA BOULAYE
p.- s. Duterrier* veut que je vous dise que c'est par modestie qu'il ne vous a pas présenté, au départ, l'hommage de ses regrets et de ses respects.
* Marie de Pagny, une des meilleures amies de M™® de Serre. Elle avait épousé M. de Lannoy, ancien garde du corps du Roi. — Voyez V Histoire da Parlement de Metz, par Em. Michel, p. /lOO.
' M. Duierrier avait été nommé, en 18^0, commissaire de police par M. Decazes, sur la recommandation de M. de Serre. — Voyez t. III, p. 133.
1053* — M. de la Bonlaye à M. de Serre.
Paris, 11 avril 1822.
Hier, après vous avoir écrit, cher ami, j'ai été inie de BufiFault. On y est triste, mais les santés sont bonnes.
J'ai vu les Desprez.
Samson m'envoie copie de la lettre de sa maison. On lui mande ce qui suit :
a 26 mars.
« Nous avons le plaisir de vous annoncer que depuis avant-hier nous avons arrêté la maison de campagne du général Carascosa pour M. le comte
de Serre Nous nous félicitons d'avoir saisi un
moment favorable; c'est la seule maison libre à Capo-di-Monte. »
Mille tendresses, chers amis; j'embrasse les enfants. Ma filleule me doit une mèche.
1054. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris» Ik avril 1822.
J'ai lieu de croire, cher ami, que vos accidents de
voiture ont été légers et que du reste tout va bien, IV. 82
puisqu'on me mande de Saînte-Menehould que vous y avez couché le mardi 9 et que vous vous êtes remis en route le mercredi 10.
Voici deux lettres pour le ménage, et de plus une procuration donnée par le général Partouneaux^ à M. Falconnet, pièce à joindre à celle qui concerne le général.
Rien de nouveau, si ce n'est que je suis malingre.
Tout à vous tous et de tout mon cœur.
P.- S. Dans votre première lettre, vous me confirmerez votre marche.
* Louis Partouneaux, né le 20 septembre 1770 à Romilly-sur- Scine (Ânbe). Volontaire dans un bataillon de grenadiers en 1791» il éisMfy en 1790, gdnëral de brigade, en 1803 gënëral de division. De 1800 à, 1811, il fut charge du commandement de Naples, puis de celui des Abruzzes, de la Fouille et des Calabres, qu'il pacifia. Le debloquement du fort de Scylla, dont les Anglais voulaient faire le sicge, lui valut cet élosfi de l'Kmpereur: « C'est une belle conception militaire. » 11 fit la campagne de 181â, tomba entre les mains des Russes prés de la Bërësina, et demeura prisonnier jusqu'en 181A. En 1815, il reçut de Louis XVIII le commandement de la 8® division militaire (Marseille) et, peu après, celui do la 10® (Toulon), avec le titre de comte et la plaque de grand officier de la Lc^ion d'honneur. En 18^, il obtint le commandement de la première division d'infanterie de la garde roj^ale. En 1828, il reprit le commandement de la division de Marseille. Il e'tait députe du Var depuis 1821. Sous le gouvernement de juillet, il vdcut dans la retraite et mourut à Menton le Ih janvier 1835. — Voyez la Xouvelle biographie générale (Didot), t. XXXIV, p. 262> et la Biographie universelle (Michaud), t. XXXVII, p. 137.
1058. —M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 18 avril 1822.
J'ai reçu hier, cher ami, votre lettre du 13 et. celle de M. votre frère y jointe.
Votre bonne mère, que j'ai été voir, m'a dit qu'elle vous avait écrit hier. Elle se porte bien. J'ai vu aussi M. votre père, que ces premières chaleurs affaiblissent beaucoup, et qui ne veut plus quitter son lit.
Nous finirons notre budget aujourd'hui ou demain, et Wendel doit partir dès qu'il aura voté.
Recevez mon compliment sur la première dent de Caroline. J'embrasse vos enfants et père et mère de tout mon cœur.
M. Hesse^ doit m'apporter incessamment note et portrait^.
Adieu de nouveau, bien chers amis.
P,'S. Duterrier est fort touché de votre bon souvenir et vous présente ses respects.
Turaiel et Maud'huy partiront demain.
* Henri-Joseph Hesso, ne le 31 octobre 1781, mort le Ih août 18ii9. David avait été son premier maître; Isabey lui avait donne quelques conseils comme miniaturiste. De 181â à 18/i5, il peignit im grand nombre de portraits dans les genres les plus divers (aquarelle, sëpia, huile, miniature), portraits fort apprécies des gens du monde et des connaisseurs.
* Le portrait de M"** de Serre.
1056. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 18 avril 183!L
Je ne laisserai pas partir Tunnel sans profiter de l'occasion pour causer plus librement avec vous, cher ami, bien qu'il n'y ait rien de neuf à vous dire. Les choses vont comme elles allaient. Villèle domine ce ministère de toute la tête comme Calypso dominait ses nymphes. Les gens de la droite, pour faire parler d'eux, et ceux de la gauche, pour désorganiser, se donnent la main dans certaines petites circonstances, et l'ami Royer, dont toutefois la réputation grandit, donne la main à tous, et de quelque couleur qu'ils soient, pourvu qu'on puisse les employer à démolira Se débarrasser de vous était le point essentiel. Il y avait pour cela deux moyens : l'un, que vous quittassiez avec vos anciens collègues, l'autre que vous résistassiez à des collègues nouveaux. On comptait sur la dernière de ces alternatives, et l'on s'en accommodait transi toirement, dans l'espoir que l'homme et le' ministre, le caractère et la dignité succomberaient ensemble. Le rêve du jour est un ministère de coalition d'extrême droite et de centre gauche. Multiplier les embarras
* Ce n'est pas aÎDSî que M. de Barante parle des sentiments de sou ami. — Voyez la Vie de M, Royer-CoHardy i. 11, p. Iâ7.
et, si Ton peut, les rendre inextricables, voilà les moyens de succès ^
Entre Villèle et Peyronnet, à égale distance de l'un et de l'autre, Corbière, au milieu de son banc, bâille à se démettre la mâchoire. Il m'avait engagé fort gracieusement à dîner hier chez lui, mais j'étais si enrhumé, si souffrant que je l'ai prié de m'en dispenser.
Les affaires de l'Orient ressemblent à un incendie que personne ne veut éteindre. L'Europe paraît effrayée de faire jouer la moindre pompe. Il faut en conclure que nulle part on n'est sûr de son fait et qu'où la flamme ne brille pas le feu couve sous la cendre.
En Espagne, on ne paye personne; l'anarchie est complète ; mais on gagne du temps ; le nouveau ministère a une petite majorité et les exaltados seront contenus jusqu'à nouvel ordre.
Les Américains du Nord vont reconnaître les indépendants du Sud, et le Journal des Débats
* Il avait déjà été question d'un projet de ce genre lors de la crise qui emporta le ministère de M. de Richelieu. Voici ce que raconte M. de Viel-Castel : « M. de Villôle qualifiait de monstrueuse la coalition qui venait d'avoir un si dt^plorable succès
M. de Lalot ëtant allële trouver pour lui proposer de se mettre à la tête de l'opposition nouvelle qui venait de s'orginiser par l'union des deux partis extrêmes, il s'y refusa, en lui faisant remarquer qu'en cas de triomphe il faudrait former un ministère mi-parti de droite, et de gauche. « Pourquoi pas? » répliqua M. de Lalot. Ce seul mot dit à quel excès d'emportement dësesp^rd en étaient venus certains ultra-royalistes. Évidemment, ils étaient décides à ne reculer devant aucune extrèmitd. » (Histoire de la Restauration, t. X, p. 361.)
invite notre ministère à en faire autant. Aide-toi, lui dit-il, le ciel t'aidera.
Soit au couchant, soit au levant, soit sur l'autre hémisphère, soit sur le nôtre, j'ai peine à croire que nous puissions faire quelque chose d'honorable et d'utile. Notre vaisseau sans pilote, avec un équipage en discord, est abondamment pourvu de vivres, j'en conviens; mais il ne sait où il va, et qui Toudrait s'embarquer avec nous? On nous regarde; •on craint que le feu ne prenne à notre bord; on aime à nous voir le jouet de tous les vents ; on nous hàXit des écueils, et c'est tout.
Je ne pense pas, cher ami, qu'on vous ait débar- -qué à Naples pour y faire une Constitution , comme le disent nos journaux ; mais je vous engage fort à le prendre d'un peu haut avec notre cabinet dans toutes les circonstances. Votre correspondance doit se sentir du ministre] passé et même du ministre futur. Le ton que l'on prend est un rang que l'on se donne, et l'aptitude à commander doit se manifester même en faisant acte d'obéissance. Sur ce, cher bon ami, aimons-nous.
1057. —M. de Serre à M. Remy.
La Sauvage, 20 avril 1&2!Î.
Mon cher ami,
Engage M. Riboulet à se rendre à Metz pour jeudi au plus tard. Nous arrangerons là son voyage jusqu'à Vesoul, où ma calèche me rejoindra. Je te renouvelle mes remercîments des quelques jours que tu m'as sacrifiés ici.
Au revoir, cher et tendre ami. Je compte que tu me donneras de tes nouvelles et fais des vœux pour que ton bonheur et celui des tiens soit le prix d'une vie toute méritante.
Donne-moi de tes nouvelles à Naples, écris-moi et regarde-moi toujours comme ton meilleur ami.
Mille choses aux tiens. Je verrai ton père à Metz.
1068. — M. de Serre à sa mère.
Metz, vendredi 96 avril 1822.
J'ai trouvé ici hier soir, à mon arrivée, vos trois lettres, chère maman. Wendel, Turmel et Maud'huy m'ont donné de vos nouvelles et de celles de mon
3Wi CORRESPONDANCE.
père. Je pense que ce sont les premières chaleurs qui l'ont un peu accablé et qu'il reprendra ses forces. Je sens du fond du cœur, je vous assure, tout ce qu'il vous faut de courage, et je m'afflige en pensant que vous en avez eu besoin presque toute votre vie. Croyez qu'il m'a fallu être commandé, comme je l'étais, par ma situation politique pour prendre le parti que j'ai pris.
Je suis fort bien accueilli dans ce département-ci, et l'on ne doute pas que je n'y sois nommé député au renouvellement qui aura lieu à la fin de cette année. De manière ou d'autre, si Dieu nous conserve force et sauté, je crois fermement que nous nous re verrons.
Le bon M. Colchen et M. Remy le père, que je viens de voir, m'ont demandé de vos nouvelles, et vous présentent leurs hommages.
J'ai voulu répondre par ce courrier à vos trois lettres. Les visites, ce matin, ne me laissent pas un moment. Je vous écrirai encore avant de quitter Metz lundi.
Au revoir, chère maman et tendre amie. Ma femme est sensible à ce que vous écrivez pour elle. Nos enfants vont bien, Caroline particulièrement depuis qu'elle a sa première dent. Nous vous embrassons tous, vous et mon père.
1059. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 27 avril 1822.
J'ai reçu, cher ami, votre n° 3 du 20 courant
Depuis votre départ les peines du corps ont aggravé celles de l'esprit. J'ai presque toujours été souffrant; mais j'ai tenu bon jusqu'au 21 de ce mois qu'il a fallu céder à de vives douleurs de tête et d'oreille, faire diète et garder la chambre. Je n'ai rompu cette clôture qu'une seule fois pour aller aux Affaires étrangères et chez M"™® votre mère.
La santé de M""*^ de Serre est bonne; celle du patriarche va toujours déclinant.
De Vaulx\ la Fortelle, Grandchamp viennent voir le malade et nous parlons de vous. Ils vous présentent leurs respects.
« Charles deVaulx, né â Sarralbe (Moselle) le 29 juin 1801. Expëditîonnaire au ministère de la Justice en 1819| rédacteur en 1821, il fut nomme substitut au tribunal de Colmar en février 1828, procureur du Roi à Wissembourg en avril 1830, avocat gênerai à Colmar en octobre de la même annëe, procureur gënëral â la Martinique le 5 octobre 18'-i5, à la Guadeloupe le S avril I8/18, président de la Cour d'Alger le 19 septembre suivant, premier président de la même Cour le 15 décembre 1858, conseiller à la Cour de cassation le 5 mars \86h. Il succomba le 98 décembre 1870 â l'une de ces épidémies qui ravageaient la capitale, tandis que les Prussiens la bombardaient du debors. « M. de Vaulx avait apporté à la Cour de cassation un esprit généralisateur et une grande connaissance des lois coloniales et des jurisconsultes aU
3fS CORRESPONDANCE.
Il n'est bruit que de grandes réformes dans tous les ministères, et la gent employée est dans l'émoi.
Bertin de Veaux n'est point secrétaire général des Finances. Cette nouvelle des journaux est prématurée. Mézy, qui vous regrette et vous honore, vient de m'en donner l'assurance.
Je me mettrai en route pour la Champagne dès que j'en aurai la force. Je voudrais y passer une vingtaine de jours et en consacrer vingt autres à uu voyage en Hollande, où mon cousin m'appelle. Sa femme le quitte pour visiter ses parents d'Allemagne, et je le consolerai dans son veuvage.
La Lemnos de Wendel a dû vous paraître magnifique. On supplée par des ordonnances aux lois que les forgerons invoquent.
Quelque sobre que vous soyez, ces grands dîners de Metz me font peur; mais je conçois que de futurs électeurs ne soient pas dédaignés.
Au Levant les fusils font long feu. Chez nous on se démène pour les élections ; mais le vrai vase d'élection, c'est Villèle. C'est à qui en dira du bien; c'est la coqueluche de la droite, des centimes et même de la gauche. On finira par en être jaloux.
lemands. Il est mort vivement regrette de ses collègues» qui aimaient sa simplicité, sa franchise et la douceur de ses relations. » {Paroles prononcées par M, Henouard, procureur gënëral prés la Cour, le 3 novembre 1871, à Taudience de rentrée.)
Cousin de M. de Serre, M. de Vaulz avait succédé, comme su* brogé tuteur de ses enfants, à M. Billecocq (Jean -Baptiste). Il avait épousé une demoiselle de Reinaeh et a laissé un fils qui suit la même carrière.
ANNÉE 1832. 3Âi7
Decazes est tout à faît hors de combat. Il le sait beaucoup plus qu'il ne le dit, et, pour s'accoutumer au froid, il va faire un voyage eu Danemark, quoique ce soit hors de saison.
Je n'ai point vu cet ancien ministère depuis mes infirmités, et j'écrirai pour faire mes adieux, si je n'ai pas le temps de les dire.
29 avril.
Cela ne va pas plus mal, mais pas mieux. Je souffre et je fais diète. Il est probable que je partirai jeudi pour la campagne.
Je me suis embarrassé dans ces courses d'Hayange et de Metz. La tristesse et le mal d'oreille passés à l'alambic ne donnent point d'esprit.
Ce que vous me dites de l'agriculture et de l'industrie de cette Moselle, du fonds de bon esprit et des bonnes dispositions pour vous me fait grand plaisir.
Avant de quitter Paris je vous écrirai un mot poste restante à Genève, puis nous nous tournerons le dos, et je vois avec chagrin que les communications suivies ne pourront s'établir qu'en juillet.
Mille tendres respects à notre chère Excellence J'embrasse vos enfants et ma filleule.
Tout à vous, bien cher ami.
3^8 CORRESPOxNDANCE
1060. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Paris, 2 mai 185Î2.
Deux mots, cher ami, et à tout hasard poste restante à Genève. Si vous ne rencontrez pas cette lettre à Genève, elle ira à Turin.
Quoique malade encore, je vais partir pour la Champagne'.
Rien de neuf ici. Tous vos anciens collèû;ues m'ont écrit ou me sont venus voir. Tous me chargent pour vous de mille et mille amitiés, M. le duc de Richelieu en tète.
Bonne santé, bon voyage. J'aime et j'embrasse
toute la chère famille, père, mère, enfants, de tout
mon cœur.
P.'S, Ces Aljoes entre nous me pèsent sur le cœur. Je vous écrirai à Turin sous le pli de notre ambassadeur*.
* La session avait éié close officiellement le I®'mai. Une ordonnance royale, datJe de ce même jour et insër^e dans le Moniteur du % convoquait les Chambres pour le h juin suivant. « Cette session, remarque M. de Viel-Castel, avait éié y s'il est possible, plus violente encore que les prdcëdentes. Les deux partis en étaient arrivas à un degrd d'exaspdration qui donnait parfois aux discussions les plus insignifiantes, les plus étrangères à la politique, le caractère de la faction et de la fureur » {Histoire de
la Restauration, t. XI, p. 1%)
* Le marquis de la Totlr-du-Pin.
ANNEE 1822. 3/i9
1061. — M. de Serre à sa mère.
Vesouî, 3 mai 1822.
M. Becquet* m'a apporté icî vos deux lettres, clière maman. Je suis bien affligé de Tétat de mon père : je crains bien, comme ce pauvre père me Ta prédit lui-même, de ne plus le revoir. Je sens bien comme vous ; il eût été dans mon cœur et dans mes vœux de ne pas m'éloigner dans ces pénibles moments, de vous soutenir, de vous consoler. Ma position politique et l'avenir de mes enfants en ont autrement décidé. J'ai cru faire pour le mieux. Dieu veuille que je ne me sois pas trompé!
J'ai reçu la lettre de M"® de Linin. Soyez assez bonne pour, dans l'occasion, la remercier de ses aimables offres.
Nous avons passé deux jours à Hayange et à Bétange et trois jours francs à Metz. J'y ai dîné chez Turniel, chez M. d'Hannoncelles et chez M. de Jaubert. J'y ai été fort bien accueilli. Lolotte et les Maud'huy m'ont beaucoup parlé de vous. J'ai vu cette pauvre Lanty ; elle marche toute courbée et ne voit plus que d'un œil, et faiblement encore; avec tout cela, elle conserve sa vivacté. Sophie Manessy est venue, et nous y sommes allés sans la
* Maître d'hôtel de M. de Serre.
rencontrer. Son père est mal et laisse peu d'espoir. Nous n'avons également pas joint M™* de Brie et sa sœur, mais bien M. de Soleîrol. Nous avons vu M""® de Curel et sa fille Adèle, mais non M™* de Faultrier. Cette pauvre M""** de Malherbe est moins mal que je ne l'aurais craint. Vous pensez aisément ce que toutes ces personnes et toutes celles que j'omets m'ont dit pour vous.
A Pont-à-Mousson , j'ai trouvé Minon bien [conservée et M. le Faucheux toujours de même, c'est- • à-dire bon et aimable. Gilbert est venu m'y trouver, pleurer misère, regretter devons avoir quittés : je lui ai fait un petit cadeau. Les Rosières étaient en deuil
Au moment de partir, nous avons découvert une casse considérable à la voiture, les deux cous de cygne et une feuille du ressort. Cette réparation nous a arrêtés trente-six heures, ce qui m'a donné le loisir d'aller voir à la campagne le général Strolz^ ami de Desprez que j'avais connu à Colmar. Nous n'avons fait que traverser Nancy, où j'ai seulement embrassé Luxer*, et nous sommes venus coucher à Épinal et hier ici, où j'ai trouvé vos lettres. Nous allons dîner et coucher chez le marquis de Saint-Mauris^ à la campagne*; après-demain nous irons à Besançon. Ma santé se soutient, celle de nos
« Voyez t. II, p. 138.
«Voyez 1. 10', p. 68.
3 Voyez t. 10', p, /é89.
^ Au château de Colombier, à cinq kilomètres de VesouL
ANNÉE 18SS. 35i
enfants aussi. Caroline a deux dents. Annette se trouve mieux du voyage.
Au revoir, chère maman. Je vous donnerai exactement de mes nouvelles; j'espère en trouver des vôtres à Turin, Florence et Rome. Mes tendres respects à mon père. Je vous embrasse de toute mon Time, chère maman et excellente amie.
Votre bon fils,
H. DE Serre.
1062. — M. ViviUei à M. de Serre.
Metz, 3 mai 1821L
Monsieur le comte,
J'ai vivement regretté que la tournée du Conseil de révision m'ait privé de l'honneur de vous faire ma cour. J'aurais mis beaucoup de prix à la faveur de jouir de votre société sous la protection de vos amis de Metz, qui sont aussi les miens. Souffrez, monsieur le comte, que mes vœux vous accompagnent dans votre voyage. Personne- ne souhaite plus que moi que vous y trouviez de l'agrément et que votre santé s'accommode du nouveau climat que vous allez habiter.
M. votre oncle* m'a remis, monsieur le comte,
* Vdyez t. II, p. 51.
* M. de Jaubert, onclo de M™® de Serre. — Voyez t. I'*", p. U4I.
t^52 CORRESPONDANCE.
une réclamatîon des habitants de Sonne * pour recouvrer le prix de leur quart en réserve vendu en 1811 et en 1812. J'aurais bien aimé pouvoir faire quelque chose pour cette pauvre commune qui vous intéresse; mais tout est perdu et consommé par l'ancien gouvernement, au moyen des prélèvements qu'il a successivement faits sur ces fonds jusqu'en avril 181A. J'ai écrit directement au maire pour le lui expliquer. Cela est très-fâcheux, mais sans remède. On a ainsi enlevé à nos communes plus de 600,000 francs.
J'ose vous prier, monsieur le comte, d'offrir à madame l'hommage de mon respect, et d'agréer l'expression des mêmes sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
De Votre Excellence, Le très-humble et très-obéissant ser\ iteur,
Vl VILLE.
* « Saulne (haute et basse), Sonne ou Sosne, viUage qui se divise en deux hameaux ëloignds d'un demi-kilométre l'un de l'autre...., arrondissement de Briey, canton de Longwy. Population, 275 individus; maisons, 55; territoire productif, 313 hectaresi
xloDt 168 en bois 11 existe sur le territoire de cette commune
une mine de fer qui alimente le fourneau de la Sauvage. *>
(Dictionnaire da département de la Moselle, par M, Viville, t. Il» p. 368. Metz, 1817.) Avant la Révolution, le baron d'Huart (delà •Sauvage) dtait seigneur des Deuz-Saulnes.
ANNÉE l8fKâ. 353
1063. — M. de Serre à sa mère.
Milan, 16 mai IBSâ.
Je VOUS aî écrit de Vesoul, chère maman. Jusque-là nous avions fait peu de chemin. Nous avons regagné le temps perdu et franchi assez rapidement les Alpes. Nous n'avons pas jusqu'ici souffert de la chaleur ; nous avons même eu très-froid au Simplon : il tombait de la neige. Nous commençons ici à sentir le soleil d'Italie
Nous partons demain pour Gênes, où se trouvent en ce moment la cour de Turin et notre ambassadeur près cette cour. J'espère y trouver de vos lettres. Je suis fort inquiet de la santé de mon père et de la manière dont il supporte l'été. Je prie Dieu de vous accorder cette force et ce courage dont vous avez eu tant besoin et donné tant de marques dans le cours d'une vie si éprouvée. Lorsque je rencontre des épines sur ma route, je pense à vous et suis fortifié.
Jusqu'à Naples nous ne trouverons plus que figures nouvelles. A Besançon j'ai vu M. de Tinseau *,
* Antoine-Nicolas de Tinseau, fils d'un conseiller au Parlement, naquit à Besan<;on le 28 juillet 1783. Après avoir passe par l'École polytechnique et l'École de Metz, îl prit part comme officier du gcnie à plusieurs sièges, notamment à ceux de Sarragosse et de Hambourg; il obtint le grade de chef de bataillon. Ingénieur
JV. 2a
2èh CORRESPONDANCE.
roffîcîer (lu génie que j'avais connu à Metz ; je ne sais si vous vous le rappelez. A Genève, Bontems et sa famille nous ont fort bien reçus; nous y avons passé un jour, et c'est bien peu pour tout ce qu'il y a à voir dans ce beau pays. Bontems a dû vous écrire.
La Boulaye a dû vous dire que le changement redouté par Hyacinthe n'était pas aussi imminent qu'il paraissait à ce dernier. J'estime que son établissement pourra bien être conservé tout à fait, au moins tant qu'il l'occupera et jusqu'à ce qu'il soit possible de lui procurer aussi bien ou mieux. Ce sont des existences bien incertaines, bien chanceuses ; mais qu'y a-t-il de stable en ce monde?
Lorsque vous verrez Desprez, /aites-lui mes tendres amitiés ; de même à M™'' d'Augier^ La session d'été vous ramènera bientôt les députés de la Moselle ; vous en serez un peu moins isolée.
Au revoir, chère maman et excellente amie; nous vous embrassons tendrement, vous et mon père. Ne vous renfermez pas trop en vous-même, et, lorsque vous vous sentirez affligée, écrivez-moi. Vous me trouverez toujours votre bon fils ei meilleur ami.
H. DE S
-en chef à Brest, puis à Besançon, il fnt charge de travaux importants. 11 quitta le service en 1830 et mourut le 6 de'cembre 1835 au château de Valay (Haute-Saône).
• La comtesse d'Augier, femme de l'amiral d'Augier, e'tait fille de M. le Dali de Kerèon ; celui-ci et l'amiral Villaret de Joyeuse avaient ëpousë les deux sœurs, M*^*^ de Villars de Roches. — Voyez t.. II, p. 3/*5.
Vous savez que Benoît m'a donné un jeune homme •de Metz au double titre de secrétaire et d'institu- -seur. Nous en sommes contents ju&qu'ici : il paraît is'attacher aux enfants et réciproquement.
1064* — M. de la Boulaye à M. de Serre.
A y» prés Épemay, 91 mai 185S.
'Mon n"" 7 est parti de Paris pour Genève le â •de ce mois, cher ami, et le lendemain j'ai fait route pour la Champagne. Que Dieu vous préserve des maux d'oreille ! Le repos et l'air de nos coteaux im'ont fait du bien ; mais à mon retour de Beaulieu, campagne de M. de Jessaint, où j'avais passé dix jours dans un fond de province, sans journaux, sans lettres, i'ai trouvé ici des iournaux et des lettres qui ^•ont fait du mal.
Parmi ces lettres était votre n° 5 du /* de ce mois ; et vos pressentiments, vos craintes ont été confînnées par un billet de M"® votre sœur, dul 1 . L'avant-veille, le jeudi 9, à onze heures et demie du matin, vous avez perdu votrevîeux et vénérable père. Je l'avais vu •dans les premiers jours de mai, je ne croyais pas sa fin si prochaine. Je regrette de n'avoir pas pu donner mes soins à M"* de Serre dans cette douloureuse circonstance. Je lui ai écrit le 19, et je l'ai priée de me demander tout ce dont elle pourrait avoir besoin.
Elle sera satisfaite avant que je parte pour la Hollande. J'attendrai sa réponse, et je ne quitterai Ay que le 27 ou le 38 de ce mois. La Fortelle a bon cœur, il soignera votre digne mère et fera les courses nécessaires. Survivre aux auteurs de ses jours, c'est la loi de nature, et cependant on ne les perd pas sans éprouver de vives douleurs ; jugez des douleurs de celui qui a survécu à la compagne de sa vie, à une belle, spirituelle et excellente femme tendrement aimée, et au seul enfant qu'il ait eu d'elle. Mes plaies se rouvrent lorsque la mort frappe directement ou indirectement mes amis, et je ne vous parle de mes peines que pour les mettre en commun avec les vôtres et faire briller à vos yeux ces consolations dont je suis privé.
Dans mes lettres accumulées j'ai ouvert d'abord la vôtre, et le hasard m'a fait ouvrir ensuite celle de M"'' votre sœur. Peu d'instants après j'ai vu dans la correspondance de Raymond de Laitre^ que M. le duc de Richelieu était souffrant chez sa femme à Courteilles, et sur-le-champ les journaux m'ont
* Le vicomte Raymond de Laitre, né à Paris en 1770. H n'ëmigra point. H prit une part importante aux affaires de l'hôtel LongueviUe (ferme des tabacs); après l'établissement du monopole, il resta quelque temps sans fonctions. Membre du Conseil gdnëral de la Seine, il signa, comme beaucoup de ses collègues, la proclamation du S avril ISlh en faveur des Bourbons. Dëput^ de la Seine en ltS15, il vota avec la minorité. H ne fut pas rëëlu en 1816. !1 fut nomm^, en 1817, maître des requêtes et, en 18S0> prëfet de l'Eure et gentilhomme honoraire de la chambre du Roi. Il ne quitta Evreux qu'après la révolution de 1830. Il est mort à Paris en 18A7.
ANNÉE 182â. 357
appris qu'il était mort à Paris ^ J'ai été frappé de ce coup de foudre. Nous perdons un ami loyal, généreux, homme d'honneur, valant mieux encore que sa réputation, et dont on a brisé le cœur. J'ai écrit à M. le comte de Rochechouart*. Je vous engage à lui écrire. Où ces tristes nouvelles vous joindrontelles? A Genève, sans doute, et elles vous seront de lugubres compagnes de voyage pour traverser les monts. Nous nous sommes séparés le 8 du mois dernier. Six semaines sont à peine écoulées, leur fruit €St amer. L'homme n'est rien sans le courage, m*avez-vous dit dans d'autres. temps; armez-vous donc de courage. Songez que nous ne sommes pas heureux en événements lorsque vous êtes loin de nous, et espérons que vous quitterez bientôt l'Italie, où vous entrez sous de funestes auspices.
Vous aurez de mes lettres à Florence et à Rome.
Je passerai en Hollande le mois de juin et je ne reviendrai à Paris que dans les premiers jours de juillet. Adressez-moi vos lettres à Ay, par Épernay. Mon secrétaire, que je laisse à Ay , saura ma marche.
On se résigne dans mon département, mais on n'est pas content.
Wendel sait à qui céder sa place s'il abdique, et il est vrai de dire que les affaires en province et la députation se marient mal et font ensemble mauvais ménage.
* Il éisÀt mort le 17 mai.
* Le comte ÂuguBte de Rochechouart, beau-frére du duc de Richelieu. Il ëtait lieutenant général et commandait depuis 1815 la place de Paris.
Je VOUS embrasse tous deux, mes chers amis, j'embrasse vos enfants et nécessairement ma Marînette.
Je serre les mains d'Eugène et de Saînt-Mauris*.
Je vous prie de remercier Becquet des deux lettres qu'il m'a adressées de Vesoul et de faire mes amitiés à sa femme*.
1065. — M. de Serre à sa mère.
Florence, S» mai ISStftK
Je ne pensais pas, chère maman, en vous écrivant dernièrement mes craintes sur la santé de mon pauvre père, que l'événement que je redoutais fût aussi prochain. C'est ici que j'ai reçu la lettre que vous m'adressiez à Turin et qui m'apporte la triste nouvelle de sa mort. Je le pleure avec vous ; je pleure
* M. Eugène d'Huart et M. Victor de Saint-Maurîs.
* Adélo Becquet, femme de chambre de M*"® de Serre.
3 « On lit dans la Gazette de Gênes du 23 mai : « M. le comte « de Serre, ambassadeur de Sa Majestd Trës-Ch retienne prés la « cour des Deux-Siciies, est arrive depuis quelques jours ici Son tt Excellence a eu Tlionneur de présenter ses hommages à Leurs tt Majestés, nos augustes souverains. Elle est ])artie ce matin pour « Naples par la nouvelle route de la Rivière du Levant. » (Moni^ teur du 3 juin.)
de n'avoir pu recueillir ses derniers soupirs, lui rendre les derniers devoirs, de n'avoir pu partager avec vous et près de vous tout ce que ces jours ont eu pour vous de douloureux. Je félicite Thérèse d'avoir été à même de remplacer Hyacinthe et moi. Par ce que j'éprouve moi-même, je sens profondément quel a dû être le déchirement de votre cœur lorsque la mort a rompu des nœuds qui duraient depuis près. de cinquante années, que vous aviez su resserrer par tant de vertus, et que vous aviez rendus pour ce pauvre père aussi doux et aussi exempts de peines que possible. Votre récompense, chère et excellente maman, est dans la conscience d'une vie aussi honorablement remplie, dans la justice que mon pauvre père n'a cessé de vous rendre. Vos enfants (et moi le premier) devaient bien aussi être votre récompense. Maintenant plus que jamais vous auriez dû être entourée de nous et de nos soins. Je souffre qu'il n'en soit pas ainsi. J'ignore ce qu'il plaira à Dieu ordonner de moi. Mes vœux les plus^ ardents sont pour qu'il me ramène près de vous.
Je vous prie de remercier pour moi mes cousins de Roville et de la Fortelle des services qu'ils vous ont rendus dans ces pénibles moments. J'ai bien regretté l'absence de M. de la Boulaye; mais il ne saurait tarder à revenir à Paris. Je l'ai prié de vous remettre tout l'argent qui vous serait nécessaire.
Soyez assez bonne pour faire mes amitiés à Thérèse. Je n'ai pas reçu sa lettre, qui sera probablement envoyée à Naples. Je lui répondrai.
Ma femme prend bien part à ma peine et à la
vôtre. Jusqu'ici bous n'avons pas trop souffert des chaleurs. 11 nous reste encore cent lieues jusqu'à Naples. La pauvre petite Louise, celle que mon père
aimait tant, a le plus souffert Les autres vont
bien. Caroline a quatre dents.
Au revoir, chère et désolée maman; au revoir, bonne et tendre amie. Écrivez-moi souvent. Je vous engage beaucoup à prendre un appartement dans un quartier où vous ayez plus de ressources et de société. Je vous supplie de ne pas trop vous isoler et de soigner bien votre santé et votre cœur. Au i-evoir; vivez pour aimer votre bon fils et meilleur
ami.
H. DE S
1066. — M. de Serre à M. de Fontenay.
Florence, » maî 1823.
Monsieur le chevalier,
J'ai répondu de Gênes à la lettre que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire chez M. de la Tour-
du-Pin. Nous partons demain et serons le 30 à Rome. Je tâcherai d'y passer le moins de temps possible et de partir tout de suite pour Naples.
J'ai pensé qu'il serait désiralMe pour nous de nous rendre le plus tôt possible à la campagne, et une bien triste nouvelle que je reçois à l'instant me
le fait plus désirer encore. Cependant les effets que j'ai envoyés par mer tarderont peut-être quelques semaines encore à arriver. Une résidence prolongée à Tauberge nous serait fort désagréable; serîezvous assez bon pour vous informer des moyens de louer pour ce provisoire le linge de table et de lit et les ustensiles nécessaires à de premiers moments ? Vous nous rendriez service. Ne pourriez-vous pas aussi nous mander l'auberge dans laquelle nous ferions bien de descendre? Vous voyez que j'use de vos offres de service.
Croyez à ma reconnaissance et aux sentiments de considération distinguée de votre serviteur,
H. DR Serre.
1067. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Ay, prés Epemay, 29 mai 1822.
Je reçois, cher ami, votre n® 6, de Milan, du 16 de ce mois
Il est six heures du soir, et, dans deux heures, je partirai pour la Hollande. C'est un bonheur que de ne pas vous tourner le dos sur votre n" 5 et de vous savoir tous au delà des monts en bonne santé. Je comptais partir plus tôt, mais j'ai eu des visites, Ravez, d'abord, qui allait chercher Wendel, puis votre ancien collègue M Roy avec M. et M""' de
Talhouët^ . Il a été fort question de vous ; on ne s'accoutume pas à votre absence; on vous regarde comme une balle lancée sur Naples et qui doit rebondir. Je suis chargé de vous faire force amitiés. Vous me donnez aussi des commissions, mais vous savez maintenant qu'il est impossible que je les fasse toutes : nous n'avons plus de duc de Richelieu;. vous n'avez plus do père. Ces tristes nouvelles sont arrivées en Italie presque avec vous; elles flétriront le reste du voyagt^ Vous les auriez apprises à Turin. En changeant de route vous leur avez échappé, mais pas pour longtemps; le chagrin, la douleur, quelque partque nous soyons, savent bien nous atteindre. C'est en courant le monde que j'ai perdu les personnes les plus chères
Il serait possible que je ne revinsse pas à Paris avant la mi-juillet. Rien ne m'y appelle. M. de Montmorencv m'a fort obligeamment envové un passe-port qui légitime en quelque sorte mon absence.
Vous trouvez d'autres mœurs; j'en vais trouver
^ Le marquis Auguste-Fréd^ric-Bon-Âmour de Talhouët, d'une ancienne famille de Bretagne, naquit à Rennes le 8 avril 1788. A quinze ans, il s'engagea dans un régiment d'infanterie légère; après avoir parcouru les premiers grades, il fut admis à l'École de Fontainebleau et en sortit sous-lieutenant. 11 devint officier d'ordonnance de l'Ëmper^^ur et, en 1811, chef d'escadron. Jl fut blessé et nommé colonel sur le champ de bataille do la Moskowa. En 1815, il reçut le commandement du 3® régiment do grenadiers à cheval de la garde royale et, en 1819, la dignité de pair de France. 11 mourut à Paris le l^ mars 18/«â. H avait épousé, en 1817, une des filles de M. Roy. — Voyez le discours prononcé A la Chambre des pairs par le président Boyor, le Hh mars 18/i3.
d'autres. Vous voyez des gens cpiî nous haïssaient et qui nous regrettent; j'aurai le même spectacle; mais j'userai des flegmatiques pendant que vous vi«vrez avec les pétulants. Si les Méridionaux vous engluent, j'irai vous voir au commencement de Tannée prochaine, à moins que les affaires de la Chambre ou les vôtres n'y mettent obstacle.
Paris a désorganisé ma maison, il faut que je la réforme, et j'en viendrai à bout avec cette bonne pâte de Champenois. J'ai pris votre Carré, le cuisinier de Carrières. Il se trouve bien chez moi, et j'en serai peut-être content. Becquet m'a écrit deux fois de Genève ; je l'en remerciais à Turin, je l'en remercie à Naples.
Je baise les mains de la belle Excellence Caresses à ma filleule, puis à tous les autres.
Amitiés à Eugène et à Saint-Mauris Aimez -
moi tous comme je vous aime.
1008. — Le marquis de la Tour-du-Pin à M. de Serre.
Gènes, 30 mai 183^.
Il y a plutôt prétexte que motif, monsieur, à l'envoi que je vous fais de la lettre de M.* le préfet de Lyon^; mais flatté, comme je le suis, de la demande
* M. de TournoD. — Voyez t. III, p. hJS.
que vous m'avez faite de ce que je pourrais appreu-^ (Ire d'intéressant, j'ai saisi cette légère occasion. Les gazettes disent bien les événements tellement quellement; mais un administrateur, nommé M. de Tournon, les combine et les juge, ce qui est tout autrement important.
Vous aurez été bien touché, monsieur, de la mort de M. de Richelieu; je ne sais pas si c'est aujourd'hui une perte politique, mais c'est celle d'un homme de bien. On prétend qu'il manquera vis-àvis de nos princes, auxquels il pouvait continuer de dire d'utiles vérités, et que sa médiation entre eux et la nation aurait pu, dans telle circonstance donnée, trouver sa place.
J'espère que nous n'aurons pas ce regret à ajouter à tous ceux, bien naturels, que cause sa perte.
Veuillez agréer, monsieur le comte, sans plus ample cérémonie, la satisfaction bien sincère que j'éprouve à avoir eu l'honneur de vous connaître.
La Tour-du-Pin.
1009. -* M. de Serre à sa mère.
Rome) 5 juin 18^5!.
Nous sommes ici, chère maman, depuis cinq à six jours. J'ai fait tristement le voyage de Florence ici, pensant à mon pauvre père, à vous et à l'isole-
ment dans lequel vous vous trouvez. J'y ai bientôt reçu une autre nouvelle affligeante et bien inattendue : la mort de ce bon dUc de Richelieu. Vous savez toutes les preuves d'attachement que j'ai reçues de lui. C'était une amitié que je croyais formée pour le reste de mes jours, et c'est une grande perte que je fais en lui. Tout bon Français lui donnera des regrets, et moi plus que personne.
C'est dans ces dispositions mélancoliques que je parcours les grandeurs de Rome païenne et chrétienne. J'ai beaucoup A me louer de l'accueil que j'ai reçu de M. le duc de Blacas\ notre ambassadeur ici. J'ai été présenté au Pape*, et ce vénérable vieillard m'a reçu avec beaucoup débouté. Annette doit être reçue aujourd'hui. Elle vous enverra un chapelet bénit par lui. Nous aurions été heureux d'en envoyer un à mon pauvre père.
Nous passons encore ici la journée de demain, où nous verrons la belle procession de la Fête-Dieu. Nous partons après-demain et mettrons trois jours pour nous rendre à Naples. Le général Frimont^ m'a envoyé un ordre pour avoir des escortes autrichiennes, de sorte que nous arriverons très-probablement à bon port. Je n'ai pas reçu ici de vos nouvelles ; je pense que vous m'aurez écrit à Naples, et suis pour cela très-impatient d'y arriver
Au revoir, chère maman et excellente amie. Consolez-vous, conservez-vous pour le temps où nous
* Voyez t. Il, p. /il.
« Pie vu. — Voyez t. II, p. 818.
3 Voyez t. II, p. lââ.
nous reverrons. A(a femme et mes enfants vous font leurs caresses, et moi je vous embrasse du fond du cœur.
Votre bon fils et tendre ami,
H. DH Serre.
1070. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
La Haye, 6 juin 18^.
Je ne sais, cher ami, à quel degré d'ébullitîon vous met le soleil de Naples, mais je sais que la mer du Nord doit être plus fraîche que votre belle baie, et nous n'en avons pas moins 2fc degrés de chaleur, selon Réaumur'.
Parti d'Ay le soir du 29 mai après vous avoir adressé à Naples mon n® 9, j'ai franchi, en dormant, de mauvais chemins qui vont de Reims à Laon. Le 30, j'ai couché à Mons, le 31 à Anvers, et le V^ de ce mois à la Haye. Le beau temps, qui allonge les heures et raccourcit les chemins, m'a permis de visiter en courant Mons, Bruxelles, Anvers, Dordrecht et Rotterdam. En quittant Maubeuge pour Mons, on croit sortir d'une chaumière pour entrer dans un palais. Ces immenses et terribles fortifications belges, toutes flambantes neuves, comparées aux masures de Maubeuge, prouvent que l'on a grand'peur de nous, et apparemment que nous craignons peu les autres. Si nos voisins nous
font ti'op d'honneur, il se pourrait que nous ne leur en fissions pas assez. J'oppose à la route du Simplon €t aux embellissements de Milan les bassins et l'arsenal d'Anvers, et je dis comme vous : « Il est temps que nous travaillions pour notre propre compte. )• J'ai d'autant plus raison de le dire que les bassins d'Anvers sont maintenant abandonnés au commerce et que le magnifique arsenal improvisé sur les bords de l'Escaut tombera bientôt en ruiries. Les Anglais, en accroissant la puissance territoriale du roi des Pays-Bas\ en faisant de la Hollande et de la Belgique une tête de pont contre la France, n'ont pas traité leurs amis mieux que leurs ennemis sous le rapport maritime. Le Cap et tant d'autres colonies, l'annihilation d'Anvers, l'amincissement du Texel ont été la monnaie de la Belgique, Je suis fort aise, au surplus, d'avoir fait ce voyage. Je vois un beau pays, heureux, tranquille, paternellement gouverné, aussi libre qu'il est désirable de l'être. Les hommes qui dirigent ici les affaires me paraissent pleins de savoir et d'esprit. Le Roi s'occupe essentiellement et efficacement de l'administration de son royaume. Il a bien quelque peine à marier ensemble les terres à blé et les prairies, les plaines et les dunes; mais il n'a plus à défendre les attributions du statoudhérat contre celles des hauts et puissants seigneurs. Ses occupations sont d'une autre nature.
* Fils de GuîUaume V, siathouder de Hollande, ilëtaitnd à la Haye en 17^, et fut d'abord connu sous le titre de prince d'Orang?. H devint, en 1815, roi des Pays-Bas et prit le nom de Guitlaume l®**. Il perdit la Belgique en 1830, abdiqua en IBkO et mourut à Berlin en ISU3,
Hier j'ai assisté à la séance de la seconde Chambi'c, qui a impitoyablement rejeté, et à une assez grande majorité, un nouveau plan de finances auquel le gouvernement tenait beaucoup, et dont les détails sont trop compliqués pour que je puisse en parler pertinemment. La discussion est tranquille, froide, et cependant les expressions sont assez vives. Soit qu'on parle, soit qu'on écoute, on a des verres d'èau tant qu'on veut; mais il faut avoir son sucre en poche. Les séances publiques sont rares. Tout s élabore dans les sections, et la discussion coram populo ne me paraît être qu'une formalité. J'ai vu chez eux le ministre des Affaires étrangères et celui du Commerce et des Arts, tous deux hommes de mérite et d'esprit. J'ai vu à la Chambre les ministres des Finances et de l'Intérieur, mais je n'ai vu nulle part celui de la Justice*, le seul, je crois, que vous connaissiez
Mon cousin est toujours souffrant et peut à peine quitter la chambre
J'ai reçu ici des nouvelles de M"'® votre mère du 28 mai; tristes nouvelles, mais un peu moins noires que les précédentes. Elle avait reçu une lettre de vous de Milan.
Adieu, cher ami; le ministre de France^ vous présente ses respectueux hommages; j'y joins les miens et mille tendresses pour vous, la mère et les
* Corndlius-Fëlîx van Maanen, né vers 1770,. mort en 181*3.11 fut ministre de la Justice d'abord sous Louis Bonaparte, puis sous Guillaume d'Orange.
* M. de Mareuil, ministre de France prés le roi des Pays-Bas.
ANNÉE 18Sâ. 369
-enfants. Si notre belle Excellence ne me trouve pas
assez loin, elle n'a qu'à dire : on me demande en
Suède.
1071.— M. Niebuhr* à M"« Hensler^.
Rome, 7 juin 18^3.
De Serre a été ici ; nous nous sommes vus de trèsprès, et nous regrettons.de ne pouvoir vivre ensem-
^ Barthold-Georges Niebuhr, fils du cëlôbre voyageur Carsten Niebuhr, naquit à Copenhague le 97 août 1776. n devint, en 1796, secrëtaire particulier du ministre des Finances Schimmelmann, et, en I8O/1, directeur de la Banque. En 1806, il passa au service de la Prusse comme directeur du commerce de la Baltique. 11 fut nomme, en 1808, conseiller d'État et, en 1810, professeur d'histoire à rUniversitë de Berlin. De 1816 à 1833, il remplit les fonctions de ministre plénipotentiaire auprès du Saint-Siëge. De retour en Allemagne, il se fixa à Bonu, et professa l'histoire à l'Université de cette ville. Il mourut le 2 janvier 1831 . L'œuvre qui a rendu son nom immortel, V Histoire romaine, a été traduite par M. de Golb^ry, 7 volumes inS^, Paris-Strasbourg, 18d0-18A0.
t M M<°® Hensler, dont il avait «épouse d'abord la sœur, puis la nièce, et qui fut l'amie de sa vie entière, a imprime trois volumes de correspondance, ou les lettres de Niebuhr sont entremêlées de notices très-prècises sur les différentes époques de son existence.
On apprend aie bien connaître dans ce bel ouvrage *> (Notice
surB.'G. Niebuhr, insérée par M. de Golbéry dans le VII® volume de l'Histoire romaine, p. 989.)
3 Ce fragment de lettre est traduit de Tallemand. — Voyez Lebensnachrichien Ûber Barihold-Georg Niebuhr; 9' B., S. U96. Hamburg, 1838.