‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 114 sur 126 · IV. a/i · texte numérisé non relu

IV. a/i

ble : je pourrais conclure avec lui une amitié comme je n'en ai pas contracté depuis bien des années. Quant au cœur et à l'esprit, il répond entièrement au portrait que je m'étais fait de lui : c'est un des hommes les plus rares et les plus nobles que j'aie jamais rencontrés. Nous nous sommes expliqués réciproquement et avec franchise sur tout ce qui préoccupe l'esprit humain : sur le passé et le présent, sur l'Allemagne et la France. La nationalité ne nous sépare point ; il possède complètement notre langue, quoiqu'il parle plus volontiers français, parce que je m'exprime plus facilement en cette langue que lui en allemand. 11 connaît parfaitement notre littérature; il juge comme nous, par exemple sur Gœthe^ et les écrits des diflércntes périodes de sa vie. Admirateur des poésies de sa jeunesse, Wilhelni Meisier^ et les , œuvres de ce genre l'affectent péniblement. 11 cojivient à une cour autant que moi, si ce n'est qu'il se prête à toutes choses avec plus d'enjouement. Nos convictions politiques sont, à vrai dii*e, identiques^.

^ Jean-VVolfgang Gœthe, né à Francfort-sur-le-Mein le 3S6 août 17A9, mort à Wcimar le â2 mars 183â.

^ La première partie do ce roman parut en 1795, la seconde en

3 Dans une lettre postérieure, M. Niebuhr dit de M. 4e Serre : « Je le promenais à travers le Forum, ei notre entretien but la topographie de la ville nous amena à parler de son histoire : nul n& pouvait mieux que lui me rappeler les orateurs antiques, aucun Iteu ne pouvait m'étre aussi agréable avec lui. Je parlais, avec une vivacité que lui-même mo communiquait, de la Constitution, des mœurs» de la religion, de leur développement à travers les sié-

iCTSU — lie marquis de la Toiiivda-Pm à M. de Serre.

Turin, 8 juin 1822.

Je profite d'un courrier qui passe, monsieur le comte, pour vous parler de nos petits événements, car, nous aussi, nous nous avisons d'en avoir.

Le Roi abdicataire\ auprès duquel toutes les grandes puissances avaient fait, directement ou indirectement, des instances pour le détourner de rentrer dans ses anciens États, est arrivé avant-hier, à minuit, au château royal de Moncalieri, à trois milles de Turin. Qui que ce soit ne le savait à midi; le Roi régnant^, peut-être, était dans le secret,

des; il entra dans toutes mes rues et comprit ma façon de justifier les Graoques, Marins et Sylia. Il me demanda si je Taimds assez pour lui mettre en ëcrit mon plaidoyer. Ce travail, je me propose de Taccomplir sans aucun appareil dogmatique; il pourra d'ailleurs me dispenser de continuer l'histoire. Il me dit : « Ecriic vez, comme si vous le taisiez pour un ignorant. » Je lui répondis: « Vous n'êtes ni plus ni moins docte que Ddmosthdne, et je vous « aime comme lui. » — M oyez Lebensnachrichten iiber B.-G,Nie-

buhry a»" B., S. /^gs.

* Victor-Emmanuel I®'» fils puînë de Victor-Amédée III, roi de Sardaigne, naquit en 1759. Son frère Charles-Emmanuel IV ayant abdique en 1803, il lai succéda pour abdiquer lui-même lors de l'insurrection de 18S1. D'abord il se retira à Modéne; mais, en \Wi.% il vint se fixer au château de Moncalieri, où il resta jusqu'à sa mort, qui eut liea en 18â/i.

* Ciiarles-Félix, quatrième fils de Victor-Âmddëe III, naquit en 17t>5. Il succéda en 18^1 à son frère Victor-Emmanuel I^^. II mourut en 1831, et eut pour successeur Charles- Albert, d'une branche collatérale.

mais il ne Tavait dit à personne, et il est bien sûr que, s'il a cédé aux instances de son frère, c'est que sa conscience ne lui a pas permis de résister, car.il désirait beaucoup que cela ne fût pas. Au reste, et c'est la seule chose intéressante, il ne paraît pas jusqu'ici (et le premier moment pouvait être le plus épineux) que cette rentrée ait le moindre inconvénient. De petites précautions, assez adroitement prises, ont paré aux démonstrations trop empressées envers le Roi rentrant comme critique contre le Roi régnant. Les soldats surtout, dont on craignait les Viva el re Vittor! n'ont rien dit; ainsi tout est pour le mieux et promet de rester tel. Il faut convenir, au reste, que ce peuple-ci est d'une merveilleuse docilité.

Je me garderai bien de vous parler de Paris. Je ne sais ce qu'on veut me dire quand on m'écrit qu'on s'attend à une lutte violente : il me semble qu'il n'y aura lieu ni au substantif ni à l'adjectif.

Agréez, monsieur le comte, mes sincères hommages.

La Tour-du-Pin.

1073. — M. de Serre à sa môre.

Naples, 11 juiuldia

Chère maman, Depuis la triste nouvelle que vous m'avez annoncée, je vous ai écrit deux fois, de Florence et de

Rome. Je profite d'une voie extraordinaire pour vous annoncer notre heureuse arrivée ici. Nous n'avons éprouvé aucune atteinte ni des marais Pontîns que nous avons rapidement traversés, ni des brigands que nous n'avons pas même aperçus : il est vrai que nous étions bien escortés. Malgré les fatigues du voyage et. l'affliction qui en a marqué la fin, ma santé se soutient, celle d'Annette aussi. Louise va beaucoup mieux et les autres enfants vont bien. Caroline marche seule.

On ne peut pas être reçu avec plus d'amitié que nous le sommes par le brave général Frimont, sa femme et les autres généraux et dames autrichiennes que nous avions connues à Colmar; c'est une grande consolation dans un pays si éloigné. Ce n'est pas que le premier accueil ne soit d'ailleurs fort aimable; mais rien ne vaut les sentiments éprouvés .

J'espérais bien trouver ici au moins une lettre do vous; j'ai été privé de cette joie. Vous auriez tort de m'écrire rarement ; cela ne vaudrait rien ni pour vous ni pour moi. Le comte d'Agoult\ ministre de

* Le comte Hector- Pliilippe d'Âgoult, d'une des plus anciennes familles de la Provence, naquit à Grenoble le 16 septembre 1789. Il ëtait fils du comte Jean-Ântoine d'Agoult, marëchal de camp et députe du Daupliind aux États-Gënëraux. En ]81/i, il fut nomme secre'laire d'ambassade à Madrid et y exerça plusieurs fois les fonctions de charge d'affaires. Il devint ministre plénipotentiaire à Hanovre en 1819, à Stockholm en I8S0, à la Haye en 1823. En 1^8, une ordonnance royale lui transmit la pairie de son cousin, le vicomte Antoine-Jean d'Agoult, mort sans rejetons. Après la ^volution de 1830, il se retira dans ses terres, non loin de Voreppe

37li CORRESPONDANCE.

France en Suède, auquel j'avais écrit pour lui recommander Hyacinthe, m'a répondu de manière à me faire espérer qu'il fera tout ce qu'il faut pour lui rendre service. Nous pouvons donc nous rassu* rer de ce côté-là .

Je n'ai pas trouvé non plus ici la lettre de Thérèse; elle aura été perdue. Faites-lui toutes mes amitiés.

J'espère que vous avez maintenant la Boulaye et nos députés de Metz . Je vous engage encore à changer de quartier et à vous rapprocher de vos connaissances.

. On nous a loué ici une maison de campagne petite, mais propre et jolie, située à vingt minutes de la ville*, dans des coteaux tout plantés d'arbres, ayant en vue le Vésuve et Ja mer. Nous irons dans peu de jours. Chacun nous dit que presque tout est aussi cher ou plus cher ici qu'à Paris. Nous devrons y mettre beaucoup de simplicité.

Nous avons un beau chapelet bénit par le Pape pour vous ; nous vous l'enverrons à la première occasion favorable.

Au revoir, chère maman ; sans savoir quand, le cœur me dit cependant que ce sera. Ma femme et mes enfants vous font leurs tendresses, et moi, j'embrasse de tout mon cœur ma bonne mère et mon

excellente amie.

Votre fils,

H. DE S

Les chaleurs sont ici plus fortes qu'à Rome, mais l'air est souvent rafraîchi par la brise de mer.

* A Capo-di-Monte.

ANNEE ÏS^% 375

1074. — Le duo de Blacas à M* de Serre.

Rome> ce 11 juin 18^.

J'ai l'honneur, monsieur le comte, de vous faire passer deux lettres qui m'ont été adressées pour vous ; Tune est de M"*** votre mère, qui a bien voulu m'écrire pour me la recommander, et je me flatte •qu'elle vous parviendra très-exactement. Je sais que vous êtes arrivé fort heureusement à Naples, que vous avez trouvé la route très-belle, les postes bien servies et les chemins très-sûrs; j'espère qu'à l'avenir M""® la comtesse de Serre aura plus de confiance dans mes rapports que dans ceux de M. le marquis de la Maisonfort^

Vous avez trouvé le gouvernement napolitain changé et le ministère réorganisé ; nous en attendons les heureuses conséquences. Ici nous n'avons l'îen de nouveau ; la chaleur accable, et l'assoupissement le plus salutaire règne dans les États romains.

* Louîd Dubois -Descoors, marquis de la Maison fort» né dans le Berry en 1763, ëtait officier de cavalerie au moment de la R^vo« lution. Il ëmigra, servit à Tarmëe des princes et remplit diverses missions : il fut arrêta à Paris en 1800 et déporte â l'île d'Elbe, d'où il s'ëvada. Il reçut, en I8I/1, le grade de mardclial de camp ; t\ suivit, en 1815, ie roi à Gand. IMputë du ISford cette même ann^, il commença par voter avec la droite, puis il soutînt Te ministère. 11 ne fut pas rëëlu en 1816. Il devint, en 1817, conseiller «l*£tat, et, en 18â0, ministre plénipotentiaire prés le grand-duc de Toscane. Comme il regagnait son poste après un congé, il mourut subitement à Lyon le tl octobre 1837.

Vous aurez appris le mouvement de Lyon; il n'a servi qu'à donner une nouvelle preuve du bon esprit des troupes et de la faiblesse des malveillants ^

Je vous prie de ne pas oublier M*"" de Blacas auprès de M™* la comtesse de Serre, de lui offrir mes hommages et d'agréer une nouvelle assurance des sentiments d'attachement et de haute considération, avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, votre trés-humble et très-obéissant serviteur,.

Blacas d'Aulps.

1075.-— M. de Serre à sa môre.

Naples, \U juin 18S2.

Je suis fort triste, chère maman, de ne pas recevoir de vos nouvelles depuis votre lettre du 1 1 du mois dernier qui m'annonçait la perte que nous avons faite de mon pauvre père, d'autant que je n'ai aucune lettre de Paris, de personnes qui vous aient vue depuis ce même jour. Desprez m'a bien mandé qu'il vous avait vue, mais c'était le soir même.

* Les coU^ges ëlectoraiix d'arrondissement de la première sërie s'étaient réunis le 9 mai ; Tordre n'avait été trouble nulle pari, excepte à Lyon, ou le triomphe de M. Delpliin, candidat royaliste, sur M. de Corcelles, candidat libëral, fut Toccasion d'une ëmeute bientôt rëprimëe. — Voyez ÏHistoire de la Resiauraiion, par M. de VielCastel, t. XI, p. 8h.

Voici ma quatrième lettre depuis la même époque. Sans écrire beaucoup, j'écrirai souvent ; à une telle distance, c'est le seul moyen de ne pas ce donner des inquiétudes réciproques.

Un jeune homme qui quitte cette légation pour aller à une autre doit partir d'ici dans huit jours; c'est M. du BlaiseP, qui vous verra, j'espère.

Nous nous portons tous assez bien et sommes occupés de notre établissement à la campagne, que nous ferons à la fin de cette semaine ou au commencement de l'autre.

J'ai été reçu par le Roi, le prince et la princesse héréditaires de la manière la plus aimable. En tout j'ai eu beaucoup à me louer de l'accueil qui m'a été fait ici et sur toute ma route.

Au revoir, chère maman et tendre amie. J'attends avec impatience le prochain courrier, dans l'espoir qu'il m'apportera de vos nouvelles. Nous vous embrassons tous.

Votre bon fils et meilleur ami,

H. DE S

* Le chevalier (depuis baron) Charles-François-Amë du Blaisel, ne à Abbeville le 30 août 1785. Attache à Tambassade de Naples le 11 juin 1818, il remplit les fonctions de second secrétaire durant prés de quatre années. Secrétaire de légation à Darmstadt le 1 1 mars ISÏtSt, il fut chargé des aflaires, en l'absence du ministre, de septembre 1830 à mars 1831. Le 5 juillet 1832, il fut mis en disponibilité. Il épousa, le 31 janvier 1837, Pétronille-Sidonie Dary de Sénarpont. Il est mort à Montreuil-sur-Mer le 17 novembre 187S. En 1835, à l'occasion du sacre de Charles X, il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur.

2m CORRESPONDANCE.

1076. — M. de la Boulaye à M. et à M"« de Serre.

La Haye, 18 juin 1833.

Je ne m'accoutume pas, mes chers amis, à être si longtemps sans recevoir de vos nouvelles. C'est toujours cette lettre de ^lilan du 16 mai que je rumine. Or, depuis, vous avez reçu de si tristes messages et il a fait si chaud, même où je suis, que l'inquiétude me gagne. Il me tarde donc de savoir comment vont le père, la mère, les enfants, le frère et le cousin^

Mon cousin* vous présente ses hommages; sa santé paraît se raffermir et, sous peu de jours, nous visiterons Amsterdam et quelques petits coins de la Noord-HoUand. On baptise aujourd'hui à Amsterdam le quatrième fils du prince d'Orange^. C'est aussi l'anniversaire de la bataille de Waterloo. Quoique ce grand succès ait répandu sur la famille régnante ses plus douces influences et ait coûté quelques gouttes de sang au prince royal, on porte ici dans la commémoration des triomphes la modération et la modestie, qualités habituelles et presque toujours caractéristiques du peuple batave. Si

* M. Eugène d'Huart et M. Victor de Saînt-Mauris.

* M. de Mareuîl.

3 Nd en 1793, le prince d*Orange devînt Roi en IShB sotis le nom de Guillaume II. Il mourut en 18/i9.

Ton avait des victoires à célébrer à Naples, nous serions aux antipodes Tun de l'autre ; mais, si Ton a A s'y réjouir de quelque chose, ce sera d'un changeaient de ministère. On parle ici pour vos Affaires étrangères de M. de Campo-Chiaro^ hcmime froid, délié, avisé, qui a su plaire à MM. Ruffo* et de Metternich. S'il reste sur cette promotion des incertitudes, on n'en manifeste pas sur le rappel de M. de Médicinaux affaires, etj'en félicite Naples et vous

* Le duc de Campo-Chiaro avait servi, en 1805, comme capitaine, dans les gardes de Ferdinand I®"*. 11 devînt ministre de la Maison royale sous le gouvernement de Joseph Bonaparte, et mî-> nistre de la Police gdnërale sous celui de Joachim Murai, qui, en 1815, le nomma son pldnipotentiaire auprès du Congrès de Vienne. La révolution de 182') valut à M. de Campo-Chiaro le ministère <3es Relations extérieures; mais il le perdit bientôt, et ne reparut plus sur la scène politique. — Voyez V Encyclopédie des gens da monde, t. IV, p. 586. Paris, 183/».

* Le commandeur, puis prince Alvaro Ruffb, avait éié, en 1797 et 17t8, ministre de Ferdinand P' auprès du Directoire; ensuite il avait rempli une mission à Lisbonne; enfin il avait résidé à Vienne comme ambassadeur et pris part au Congrès de 1815. II devint, en I8ââ, ministre des Affaires étrangères. II mourut à Vienne le l^^ août 1825, instituant pour exécuteur testamentaire le prince de Metternich, son ami intime. — Voyez la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. XXXVII, p. 55.

3 Louis de Medici, fils de Michel de Medici, prince d'Ottajana •et duc de Sanno, naquit à Naples le 22 avril 1759. Après avoir èta régent de la Vicaria (fonctions analogues à celles de préfet de police), il devint, en 1803> vice^président du Conseil des finances,, et rendit des services importants. II accompagna, en 1806, le roi Ferdinand l^**, lorsque celui-ci dut se retirer de^'ant l'invasioa française d'abord en Calabre, puis en Sicile. Il reçut, en 1810, le titre de ministre des Finances. En 181ii, il se rendit à Vienne, avec le commandeur Alvaro Ruffo, pour faire valoir auprès du Congrès les droits de leur souverain. La restauration accomplieir

Je ne quitterai pas les Pays-Bas sans vous parler de leurs impôts, de leurs dettes et de leurs ressources Au premier aperçu, il me semble que,

toutes proportions gardées, ils -sont à peu près dans la même situation que nous, sauf une certaine habitude et une certaine volonté de persévérance et d'économie qui nous manquent, sauf encore im sol, des ressources et une activité que nous avons et qu'ils n'ont pas, sauf enfin une plus grande dépendance d'un système étranger.

C'est au surplus un fort beau et fort boa royaume. Roi et sujets y veulent le bien, le cherchent et l'atteignent. J'ai fait un agréable voyage; j'ai reçu bon accueil, ma santé est meilleure; l'appétit est revenu, je trouve la nourriture excellente, et, lorsque je le dis, on me répond que je ne suis pas bon juge, parce que je n'ai affaire qu'aux meilleurs cuisiniers. Je m'humilie.

On ne sait pas encore si le roi d'Angleterre échap-

îl fut de nouveau charge du ministère des Finances et rétablit l'ordre dans cette partie de l'administration. La révolution de 18^ l'obligea à une nouvelle émigration. En mai 183S, il reçut pour la troisième fois le portefeuille des Finances. Quand le Roi partit pour le Congrès de Vérone, il lui confia la présidence du Conseil des ministres (l®' novembre). Après la mort du marquis de Circello, M. de Medicî réunit au portefeuille qu'il avait déjà celui de la Police et celui des Affaires étrangères. Il consena cette haute position sous le règne de François !*'''. II mourut le 36 janvier ISdû à Madrid , où il avait accompagné le roi et la reine des Deux-Siciles pour assister au mariage de la princesse Marie- Christine avec Ferdinand VII, roi d'Espagne. Sa dépouille mortelle repose à Ottajnno (près de Naples), dans le tombeau de ses ancêtres.

pera à ses ministres et leur escamotera un grand voyage. Tout près de la grande Grèce, vous savez mieux que moi les nouvelles de la petite. Nous comptons sur la paix et, s'il y a un Congrès à Florence, j'espère bien que vous vous arrangerez pour en être. Prenez vos mesures dès ce moment, car on parle du mois de septembre.

Le discours du cardinal de Bausset* sur notre

^ Louis-Françoîs de Bausset naquit, le Ih décembre 17/«8, A Pondichëry, dont son père ëtait gouverneur. II vint jeune en France et fit ses ëtudes au séminaire de Saînt-Sulpice. Évêquo d'Alais en 178i^, il se trouva charge d'un diocèse où les protestants e'taient nombreux : il eut pour maxime, dit l'abbè de Montesquiou, « de ne voir dans tous les hommes que les enfants d'un même Dieu» dont lui seul s'est réserve la justice, et dont les égarements ne doivent être qu'une raison nouvelle de les plaindre et de les secourir Déjà ces cœurs ulcérés se rapprochaient. Ils célébraient

cet esprit de conciliation, qui parlait peu de religion et qui la voyait toujours; et, si la trop courte durée de ce ministère de paix ne put pas ramener dans le sein de l'Église cette portion égarée, elle lui rendit du moins ce caractère de bonté qui est son plus bel ornement et qui lui assure le respect de ceux même qui ne vivent pas sous ses lois. >» M. de Bausset prit part aux Assemblées des notables de 1787 et de 1788 comme député des États du Languedoc. L'Assemblée constituante supprima, en 1790, l'évéclié d'Alais. Incarcéré sous la Terreur, M. de Bausset fut délivré par la mort de Robespierre. 11 devint en 1806 chanoine de Saint-Denis : on doit à ses loisirs V Histoire de Fénelon et V Histoire de Bossuet. En outre, il remplit, sous l'Empire, les fonctions de conseiller de rUniversité et, sous la première Restauration, celles de président de ce même Conseil. Il reçut, après les Cent-Jours, la dignité de pair de France et, en 1817, le chapeau de cardinal. H mourut à Paris le SI juin 182A. — Voyez le Discours prononcé à la Chambre des pairs le h août par M. de Quélen, archevêque de Paris, suivi d'une Notice sur le cardinal de Bausset par l'abbé de Montesquiou.

dSÏ CORRESPONDANCE.

cher duc de Richelieu m'a fait venir les larmes aux yeux. Vous l'avez lu dans le Moniteur dix Ih*. Si j'étais du conclave, le cardinal serait Pape; aucun autre prince de l'Église n'aurait ma voix.

Elle me manque avec le papier. Adieu donc, mes^ chers amis. Je vous écrirai encore vers le 30, et je partirai sur-le-champ pour Paris, où je serai dans les premiers jours de juillet. Mille tendresses d tous.

F. DE LA BOULAYE

* « Le discours ëiait plus fort. Le ministère en a éié efTarouclié ; il a demande des rectifications. Le cardinal a re^sistë, puis s*est soumis à la décision du Roi. » Les lignes qui précédent ont ét^ ajoutées par M. de la Boulaye en marge de la lettre. Le récit de M. de Viel-Castel les complète : m Ufte notice écrite par le cardinal de Bausset, un des plus intimes amis de l'illustre mort, fut lue par M. de Pastoret à la Chambre des pairs, à l'ouverture de la session suivante, les infirmités du cardinal ne lui permettant pas de la lire lui-même. C'était un magnifique éloge de l'ancien ministre dont elle retraçait, avec une éloquence simple et grave, le

noble caractère, la carrière si méritoire et si bien remplie

Comme le cardinal n'y dissimulait pas ses regrets des circonstances qui avaient enlevé le pouvoir à un homme si utile à son pays et si digne de respect et de reconnaissance, les ministres le prièrent de consentir à ce qu'on y fît plusieurs retranchements en le livrant à l'impression. 11 n'en accorda qu'un très-petit nombre, et on lui sut mauvais gré de sa résistance. » (Ilistoû^e de la Réè-^ lauratiofiy t. XI, p. 88). — Voyez l'Appendice n® XXXI V.

ANNÉE l^dS. aS3

±<fll. ^ II. de Sarre à sa mère.

Naples, 19 juin 18^.

Chère maman,

Je profite, pour vous écrire, d'un courrier qui doit se rendre rapidement à Paris. Je suis plus tranquille, ayant reçu il y a trois jours votre lettre du 27 du mois dernier, qui me rassure un peu sur votre santé et me fait espérer que je recevrai successivement de vos nouvelles. Je suis bien aise de vous voir résolue à changer de logement et à louer à portée d'une promenade et en bon air. Cela me paraît indispensable pour vous remettre

Je ne cesse de penser à vous et à Fisolement dans lequel vous ont laissée les deux tristes événements qui se sont succédé si vite : mon départ et la mort de mon pauvre père. 11 paraît que le danger ne s'est pas annoncé longtemps d'avance. Lorsque votre douleur vous le permettra, je tiendrais à avoir quelques détails sur ses derniers moments. Quelque triste que soit ce récit pour tous deux, vous comprendrez que je désire no pas l'ignorer.

Nous sonunes depuis avant-hier installés dans notre maison de campagne, où nous sommes tous fort agréablement. Elle est située à trois quarts de côte, le Vésuve en face, la mer au loin sur la droite, le terrain tout autour est très-accidenté, couvert

^8h CORRESPONDANCE.

d'arbres qui donnent de la fraîcheur ; le vent de mer en donne aussi, et cependant la chaleur est souvent extrême, Tannée étant partout plus chaude que de coutume. C'est trois mois pénibles à passer après lesquels nous en aurons neuf du plus beau temps du monde; mais notre campagne serait trop humide pour l'habiter alors, et en septembre ou octobre nous irons nous établir à la ville, dont nous sommes au surplus très-près ici : vingt minutes pour y aller en descendant la cote, et quarante pour en revenir. J'ajourne toute espèce de courses dans le pays jusqu'à ce que les chaleurs soient passées II y a peu d'affaires ici, et j'y aurai tout lei repos dont j'ai besoin. La cour est fort simple. Les ministres des diverses puissances, les généraux autrichiens sont à l'avenant. Cela est bien nécessaire, car la foule des Anglais et des Autrichiens a tout enchéri ici, au point que bien des objets sont plus chers qu'à Paris.

Nous avons été généralement bien accueillis, et particulièrement par le Roi et sa famille. Annette leur a été présentée lundi, et, la veille, dimanche, il nous avait engagés à dîner chez lui à la campagne et nous avait promenés en calèche toute la soirée dans son parc, qui est grand et beau, et à quatre pas de notre campagne. Il nous a permis de nous y promener, nous et nos enfants, quand nous le voudrons. Le Roi est un beau vieillard de soixante et douze ans, fort ingambe, fort gai et fort actif.

La Fortelle m'a écrit ; il me dit seulement que mon père a peu souffert. Renouvelez-lui mes remercîments des soins qu'il vous adonnés. Faites-les aussi.

avec mes hommages, à M""® de Marcol ; de même à M. et à M"' de Mallet. Cette dernière a raison de compter sur mon tendre attachement.

Quand vous verrez Desprez, faites-lui mes amitiés; je lui ai écrit de Rome.

Au revoir, chère maman et tendre amie. Le plus grand bonheur que je concevrais maintenant serait de me rapprocher de vous.

Dites mille choses amicales de ma part à Turmel et à Maud'huy . Eux et leurs femmes ont été extrêmement aimables pour moi pendant mon court séjour à Metz.

Nous vous embrassons tous de cœur, et moi plus que personne.

Votre bon fils et meilleur ami,

H. DE Serre.

1078. — Le baron Pasquier à M. de Serre.

Paris, le 33 juin 1823.

Je n'avais pas eu le courage, mon cher ami, de vous écrire cette cruelle nouvelle*. J'étais sûr qu'elle

^ La mort de M. de Richelieu. « Les deux partis qu'il avait successivement combattus s'unirent pour rendre hommage à la loyauté de son caractère, à la noblesse de ses sentiments, à la sincëritë de son patriotisme. Quant à ses anciens collègues* et à ses amis politiques, ils faisaient une grande perte, et ce ne fut pas sans une profonde douleur qu'ils virent disparaître l'homme qui, un jour

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