IV. se
ne vons arriverait que trop tôt, et que nous nous entendrions sur ce fatal événement sans avoir besoin de nous parler.
Ce que vous me mandez me prouve que je ne me suis pas trompé, et la manière dont vous associez la douleur de cette perte à celle d'une autre pertfe qui est la première de toutes dans Tordre des sentiments naturels, est très-certainement ce qu'on peut dire et faire de plus expressif.
Quel coup imprévu, bon Dieu ! et quelles en peuvent être les conséquences ! C'était l'arbre planté sur la pente d'une montagne escarpée, et dont les racines soutiennent les terres amoncelées au-dessus de lui. Cet arbre succombe enfin, et le premier orage qui succède à sa chute peut combler la vallée des décombres que désormais il peut entraîner sans obstacles. Celte conséquence a été assez vivement et assez généralement sentie dans le premier moment, mais vous connaissez trop bien les partis pour douter que bientôt ils n'aient plus vu dans cet événement que les chances nouvelles qu'il offre aux uns pour un triomphe momentané plus complet, aux autres pour un succès plus éloigné, mais qui ne leur en paraît que plus certain. Cela vous sera, du reste, confirmé par tout ce que vous lirez de ce qui se dit, se fait et s'écrit à présent. Bien habile serait celui qui trouverait aujourd'hui moyen de faire entendre
peut-être, pouvait encore servir de trait d'union entre les libéraux et les royalistes. •» (Histoire du gouvernement parlementaire, par M. de Hauranne, t. VII, p. IS.) — Voyez aussi V Histoire de la Restauration^ par M. de Viel-Castel, t. XI, p. 86.
ANNÉE lÈ^i. 38?
une voix raisonnable. Pour quiconque est sage, fidèle, dévoué à ses principes et à ses devoirs de cito^n et de sujet, il n^ ^ présentement qu'à baisser la tête et à se taire; car des paroles inutiles ne feraient qu'accroître le mal, et la modération même la plus parfaite ne pourrait que fournir des armes aux passions qui sont en présence. Il faut attendre et espérer dans des temps meilleurs. Ils peuvent venir. Plaise à Dieu que ce soit sans crise violente !
Dans une telle situation et avec une telle manière de voir, vous devez penser que je tiens plus que^ jamais à mon projet de voyage pour cet automne. J'ai de toutes manières besoin d'accorder cette diversion à la morosité de mes pensées habituelles. J'espère beaucoup des impressions que je recevrais de l'aspect de cette belle Italie, vers laquelle, depuis mon enfance, mes regards ont toujours été tournés, sans que j'aie jamais pu Taborder. Ce qui me manque, c'est un compagnon de voyage à mon gré ; je ne l'ai pas encore trouvé.
Je ne suis pas étonné de ce que vous me dites de mon ancien collègue au Conseil d'État que vous avez trouvé à Genève; avec un extérieur qui ne l'annonçait guère, je lui ai toujours reconnu une âme fort ardente. Toutefois, c'est un homme de mérite et dont on pourrait tirer grand parti en le prenant bien. Quant à don Neri Corsini*, celui-là est
' Le prince Corsini ëtait ministre du grand-duc de Toscane. W fut l'un des plénipotentiaires au Congrès de Vërone.
un homme tout à fait propre aux affaires, une tète bien faite et que j'aurai un grand plaisir à revoir, surtout puisqu'il veut bien conserver de moi quelque bon souvenir. Pour vous faire juger de la ténacité de mon projet, je vous dirai que je passe tous les matins deux heures avec un maître d'italien. Mon peu de facilité pour parler les langues étrangères ne me permet pas de faire de grands progrès, mais j'en saurai cependant assez pour demander mon chemin et entendre la réponse.
Cette lettre vous trouvera sûrement à Naples et bien reposé, j'espère. J'espère aussi que, avant de la recevoir, vous m'aurez donné de vos nouvelles.
Veuillez faire agréer à M™** de Serre l'hommage de mon respect et rappelez-moi au souvenir de M. de Fontenay. Je souhaite qu'il ait gardé une aussi bonne mémoire de moi que moi de lui.
Le jour où votre lettre m'est arrivée, je dînais précisément chez Portai avec Siméon et Portalis. Ainsi vous voyez que vos intentions ont dû être remplies.
Mille et mille amitiés ; je vous embrasse de tout mon cœur.
Pasqiier.
1079. — Le général Desprez à M. de Serre.
Paris, 23 juin 1822.
J'attendais, mon cher ami, une lettre de vous avec une vraie impatience. Je savais qu'elle renfermerait Texpression de vos justes douleurs. J'avais pressenti tout le chagrin que vous causerait la perte de M. de Richelieu. Je n'avais pas été comme vous à portée d'apprécier ses vertus publiques et privées ; cependant la générosité de sentiments que révélaient toutes ses actions et toutes ses paroles m'avaient vivement frappé. Je regarde sa mort comme une véritable calamité. Combien de circonstances possibles et même probables dans lesquelles son intervention aurait pu nous être salutaire ! Tous les gens de bien que la passion ne domine pas ont fait cette réflexion ; aussi peu d'hommes publics ont-ils laissé autant de regrets.
J'ai vu M""® votre mère il y a deux ou trois jours. Sa santé se maintient bonne. Son esprit est beaucoup plus calme. Les lettres qu'elle a reçues de vous ont puissamment contribué à produire cet heureux effet*
Ma femme et ma fille ^ sont depuis un mois à la campagne. J'y ai passé cinq ou six jours avec elles, et j'espère aller bientôt les y revoir.
* Marie Desprez, aujourd'hui duchesse de Dalmatie.
aOO CORRESPONDANCE.
Adieu, mon cher et vieil ami. Je vous embrasse et vous prie de mettre aux pieds de M""* de Serre Thommage de mon affectueux dévouement. Ma femme vous fait à tous deux mille affectueux compliments. Rappelez-moi au souvenir de MM. d'Huart et de Saint-Mauris.
1080. — M. Nlalmlir à M. de 8«rre.
Rome, le SUt juin 18â9.
Monsieur le comte,
Lorsque j'eus l'avantage et l'honneur de voii* Votre Excellence à Rome, je vous demandai la permission de recommander à votre protection un jeune savant allemand, occupé de recherches intéressantes, pour lesquelles les bibliothèques et les archives du royaume de Naples renferment d'amples matériaux; mais il est à craindre qu'ils ne lui restent inaccessibles, à moins qu'une puissante protection ne lève les obstacles que l'ignorance, la paresse et la vanité nationale opposent en Italie aux travaux des savants étrangers. Ce jeune savant est M. PertzS qui
* Georges-Henri Pertz, ne à Hanovre en 1795. Il devint, en iBA^i directeur de la bibliothèque royale et membre de l' Académie des sciencos de Berlin ; il fut ëlu, en 1863, associe étranger de l' Académie des inscriptions et belles-lettres comme snccessenr de J'' cob Grimm. Parmi les ouvrages de ce savant et laborieux ëcrivainr se trouve une Vie du barooi de Stein.
ANNÉE 18SSL âÛl
aura riioaneur de vous remettre ces lignes. Le travail qui Ta conduit en Italie, c'est la grande entreprise, conçue par mon ami, M. le baron de Stein\ de publier un recueil complet, et corrigé d'après les meilleurs manuscrits, des \Scripiores rerwn germanicarum^ depuis les temps les plus reculés jusqu'au XIIP siècle : auteurs dont les écrits n'existent encore que dans des collections très-incomplètes et faites sans aucim soin. On voudrait réunir à cette collection des documents inédits, appartenant à notre histoire nationale et choisis avec discernement dans le nombre infini que les archives renferment.
M. Pertz réunit toutes les connaissances et tous les talents qu'exige un travail aussi vaste et difficile : mais ce qui le rend surtout recommandable, ce sont ses qualités morales, auxquelles il joint beaucoup d'esprit, et un esprit très-juste : dans un âge que je regarde comme le commencement de la décadence littéraire de ma nation, je nous félicite de compter parmi nos jeune$ savants im honune comme lui.
A Naples et à la Cava, ses recherches seront principalement dirigées vei's l'histoire des Lombards et celle des princes de la maison de Souabe ; je suis sûr, monsieur le comte, que, Français et ambassadeur de France, vous ne considérerez cepen-
* Henri-Frëdëric-^^harles, baron de SlaÎB, uë à Nassau en 1757, mort à Frttcht en 1S31. 11 avait été ministre de Frëdëric-Guillaume III ; nul plus que lui n'avait contribua à relever la Prusse de la défaite d'iëoa. Sa maxime était : Ce que l'État perd en grandeur extérieure, il le doit reg^ner en force intime.
dant pas avec prédilection Charles d'Anjou ^ et que vous ne refuserez ni votre estime à l'empereur Frédéric II*, ni votre sympathie à sou malheureux petitfils'.
J'eus l'honneur de m'entretenir avec vous, monsieur le comte, sur l'état de l'Angleterre ; si je trouve assez de loisir pour achever un mémoire écrit en allemand sur ce sujet, et qu'il se trouve une occasion sûre pour l'envoyer à Naples, souffrez que je vous le soumette.
Puisse l'air de Naples produire un effet durable et salutaire sur votre santé, et affermir les forces dont tôt ou tard vous aurez besoin pour sauver votre patrie et l'Europe, dont le salut dépend de l'affermissement paisible de vos institutions ! C'est un de mes vœux les plus ardents, et je vous conjure de
* Charles, comto d*Anjou et de Provence, né en 1330, mort en 1385. Il ^tait fils de Louis VIII et frère de saint Louis. En 136li, le pape Urbain IV l'avait couronne roi de Naples et de Sicile. — Consultez V Histoire de la latte des Papes et des Empi^reurs de ta maison de Souabe^ par C. de Cherrier, membre de l'Institut, t. Ill, p. 130-133. Paris, ia58.
• Frëd^ric II, fils de Henri VI, empereur d'Allemagne, et de Constance, reine des Deuz-Siciles. Il naquit en 119/i, succéda à son père dés 1197 et mourut en 1350. Il ëtait doue d'une intelligenca peu commune, mais de nombreuses cruautés ont terni sa mémoire. — Voyez ce même ouvrage, t. IIÏ, p. 395-399.
3 Conradin, fils de Conrad IV et petit-fils de Frédéric, naquit en 1353. A Tâge de seize ans, il revendiqua la couronne impériale et celle des Deuz-Siciles. Vaincu par Charles d'Anjou à la bataille du Salto et condamné à mort, il monta courageusement sur l'échafaud (1366). Avec ce prince disparut la dynastie des Hobenstaufen. — Voyez ce même ouvrage, t. III, p. 361-383.
veiller attentivement à l'effet que fera sur votre santé Taîr que vous respirez actuellement.
Il a pu vous paraître singulier, monsieur le comte, qu'un étranger vous stit montré ime vénération et un attachement presque passionnés : sentiments que la seule observation de votre vie publique et l'étude des principes que vous avez développés ont pu inspirer à un individu qui n'avait jamais eu l'avantage de vous connaître personnellement. Mais j'ose me flatter que vous n'y trouverez rien de ridicule, et que vous ne dédaignez pas l'idée d'une Église invisible politique, répandue parmi toutes les nations, ni le sentiment qui embrasse les principes politiques et se porte sur ôeux qui, malheureusement en si petit nombre, les établissent et les défendent noblement et courageusement ^ C'est ce sentiment que je vous ai voué à jamais, monsieur le comte, et à l'expression duquel je ne veux ajouter aucune courtoisie banale.
NiEBUHR.
* u Nîebuhr avait beaucoup modifie ses idëes sur la France ; il
suivait avec intérêt le progrés des institutions constitutionnelles
Il avait une dgale aversion et pour les révolutions et pour Texcés du pouvoir; et le grand orateur qui, du haut de la tribune française, osa proclamer qu'il fallait p/a/itor V étendard royal au mi^ lieu de la nation avait exprime la pensëe de Niebuhr avec l'éloquence et la noblesse d'un ancien. Ses vëhëmentes et chaleureuses improvisations, ses vues nobles et généreuses si souvent développées dans les discours les plus brillants, lui avaient conquis l'estime de l'ambassadeur de Prusse, et, quand M. de Serre vint à
Naples, il lui parut plutôt arriver d'un autre temps que d'un autre
lieu »— Voyez la Notice sur B,^G. Niebuhr, insérée par M. do
Golbéry dans le t. VII de V Histoire romaine, p. 339.
»h CORRESPONDANCE.
La Concordia de JVL Schlegel ^ ne paraît plus : vous me Tavez demandée.
1061. —M. de ^^endel à M. de Serre.
Hayangei ce SXi juin IS3SL
J'ai reçu, mon cher ami, votre lettre de Rome. Déjà Puymaîgre m'avait mandé que vous ne lui aviez pas produit la preuve de vos impositions et qu'il n'avait pu vous porter sur les listes que de sa propre autorité. Ici, la chose sera plus simple; le seul obstacle sera qu'un arrondissement veut un député qui fasse ses affaires et que l'éloignement est contraire à cette prétention ; au surplus, nous n'en sommes pas encore là*.
L'élection dernière, qui pouvait faire perdre à la droite, lui a, au contraire, donné de la force; elle y a véritablement gagné, et même plus qu'on ne le
< Frëdtfrîc Schlegel, un {des critiques les plus célèbres de rAUema^e; né à Hanovre en 177â, mort à Dresde en 18^. De 185KO â 1831, il publia, sous le nom de « Conoordiat une revue destinée A concilier les opinions sur la politique, la religion et les arts V. (Biographie univer^eUe^ nouveUe édition, t. XXXVUI, p. 3(i9.) M. Schlegel avait quitté, en 1803, le protestantisme pour le catholicisme.
* M, de Serre» député du Haut-Rhin depuis 1815, ne se présenta pas, en 1832» aux électeurs de l'arrondissement de Colmar. Le Inron d'Anthés, candidat du ministère, l'en^orU sur M. Kcechlin» candidat de Toppositioii.
ANNÉE 18SS. 8f»
pense ; il y a plus d'ensemble, il y a aussi plus de modération depuis qu'on se croit sûr de la victoire. Il ne faut pas juger Topinion par Paris, qui est le centre de toutes les oppositions, de tous les libellistes, et qui ressemble assez, pour Télection, à la Cité, à Londres ; mais il faut , ce me semble, examiner les provinces, et, siTon juge par elles, la cause des Bourbons gagne beaucoup en ce moment; c'est, mon cher ami, un spectacle utile à l'opinion que de voir les hommes qui veulent la dynastie arriver successivement aux places, tandis que ceux qui n'en veulent pas vont à 1 eur centre naturel , à l'opposition; l'armée est sensiblement améliorée
M. de VîUèle est l'âme du ministère, et je vous assure qu'il remplace avantageusement, par un rare instinct et par de l'adresse, ce qui peut lui manquer d'ailleurs; mon avis est que ce ministère peut marcher, s'il ne survient pas de circonstances trop extraordinaires; il a un grand avantage, celui d'être franchement soutenu par les royalistes, tandis que vous ne l'étiez que bien faiblement. Il n'y a pas de doute que la masse en France a l'opinion du centre ; mais, comme la masse n'agit pas, on ne peut prendre en considération que ce qui prend part à la querelle, et dès lors les passions amènent tout naturellement à la division en deux camps ennemis ; tout ce qui est entre les deux camps est exposé au feu croisé et doit faire retraite après une honorable défense.
C'est, comme vous le dites, une immense perte que celle de M. de Richelieu; le chagrin l'-a tué ; il
avait trop de loyauté pour faire partie d'un gouvernement d intrigues ; en somme, tous ces beaux systèmes de Chambres, de représentation, c'est la corruption et la dégradation de l'espèce, et je trouve plus de grandeur dans un jour de notre monarchie de Louis XIV qu'il n'y en aura dans un siècle de ce gouvernement-ci, en supposant toutefois qu'il aille jusque-là, ce que je suis loin de croire : à moins de changer entièrement nos mœurs, nos habitudes, on ne permettra pas que des bavards abusent des dons de la parole pour prêcher sans cesse en face du trône des doctrines subversives et dont les sauvages auraient souvent honte.
J'ai vu M"" de Serre, je l'ai trouvée bien ; vous savez qu'il y avait longtemps que M. de Serre ne vivait qu'à force d'art et de soins ; il était impossible d'espérer plus.
J'espère aller vous voir au printemps prochain ; mandez-moi à quelle époque il commence àNaples, car il faut tâcher de le rencontrer le plus tôt qu'on le peut.
Vous aurez appris avec peine que vos anciens collègues, M. Roy particulièrement, se sont joints à l'opposition de Paris dans les élections
La Boulaye n'était pas encore à Paris à mon départ; je l'y retrouverai, j'espère, à mon arrivée pour le budget. Je vous écrirai à cette époque avec plus de détails.
Votre ami,
F. deWendel.
1082. —Le baron Portai à M. do Serre.
Paris, le SUi juin 1823.
Je suis affligé, mon ami, que la première lettre que j'ai à vous écrire soit destinée à vous faire mon compliment de condoléance sur la mort de M. votre père, et à vous parler de la mort de notre respectable ami, M. le duc de Richelieu.
Je sais l'attachement que vous portez à votre famille, le tendre respect que vous aviez pour M. votre père, et je comprends, par conséquent, votre chagrin, que je partage de tout mon cœur. La mort de M. le duc nous a plongés dans la plus grande consternation. Les Bourbons ont perdu en lui un ami lîdèle, la France, un vertueux citoyen, et l'Europe, un . conciliateur peut-être encore nécessaire ^
Si l'on pouvait se flatter que ce nouvel exemple de tout ce qu'il y a de fragile dans notre pauvre
* u L'impression profonde produite par la mort de l'ancien président' du Conseil ne se borna pas à la France. L'empereur Alexandre dit en l'apprenant : m Je pleure le duc de Richelieu « comme le seul ami qui m'ait fait entendre la vérité, n A Odessa, dans cette ville qu'il avait fondée et gouvernée pendant tant d'an-, n^es et qui lui devait sa prospëritë comme son existence, l'émotion fut d'autant plus vive qu'on s'y croyait certain qu'il allait profiter de ses loisirs pour y faire une visite. Le jour où arriva la triste nouvelle, le théâtre fut fermé; on célébra pour lui, avec toute la pompe possible, un service religieux, et une statue lui fut élevée par souscription sur une des places publiques. » (Histoire de la licsiauraiion, par M. de Viel-Castel, t. XI, p. 90.}
aOB CORRESPONDANCE.
existence pourra concourir à nous rendre plus raisonnables, plus consciencieux, ce serait, du moins, un motif de consolatioQ ; mais cmnbien déjà ne songent plus qu'à profiter de ses dépouilles ! Toutefois, dans quelques années, Thistoire redira ses qualités, ses vertus et les services émînents qu'il a' eu le bonheur de rendre à son Roi et à son pays.
Vous avez démêlé quelques noms parmi ceux cjuî ont été signalés dans les collèges électoraux de Paris *. Ce fut un piégCy une tactique abominable, et malheureusement on ne sut pas s'en garantir autant que cela eût été nécessaire. Mais ce n'est pas à vous que j'ai besoin de dire que vos anciensc oUègues, bien qu'ils soient aux prises avec la méfiance des uns et les outrages des autres, resteront fidèles à leurs principes et à leur sincère dévouement à la famille royale. Les royalistes peuvent varier, et malheureusement varient beaucoup sur les moyens de bien servir, de servir d'une manière utile et durable cette excellente et illustre famille; mais un point sur lequel ils doivent être et sont tous d'accord, c'est que le premier intérêt est de faire tête aux ennemis communs et de rendi*e impuissants leurs criminels projets.
Vous savez que j'ai toujours été et que, par tempérament, je serai toujours l'homme le moins au fait des petites anecdotes, des nouvelles à la main, des dessous de cartes qui amusent les oisifs et occupent quelquefois les hommes politiques. Je vis
* Sur les élections de Paris, voyez V Histoire du gouvernement parlementaire y par M. de Hauranne, t. VII, p. 6-9.
dans un quartier fort éloigné ; je ne vois presque
personne; je cause peu, et toute mon ambition et
tous mes soins consistent à me procurer une petite
maison de campagne où je puisse respirer un bon
a.ir et rétablir ma santé tout à faeit délabrée.
Mes hommages à M"** de Serre, et tout à vous de
tout mon cœur.
Port AL.
1083.— M. de la Boulaye à M. de Serre.
La Haye, 35 juin 18^.
Mon n** 8, sous la date dû 31 mai, vous a été adressé à Turin, cher ami, et vous avez dû trouver tous les autres numéros à Naples, où je crois que vous êtes arrivé du 10 au 15 de ce mois
Le seul nom de cette route de la Corniche indique ce qu'on en doit attendre; il y a longtemps que j'en entends mal parler, maïs enfin vous êtes arrivé sans accident au bout de cette rocailleuse banderole. Nous n'avons pas eu le même bonheur sur les chemins unis, plats et étroits de Hollande. Assaillis, à quelque distance de Leyde, par une espèce de sédiole que traînait un jeune cheval effarouché par une chèvre bondissant sur la lisière du chemin, notre voiture a été brisée, et le pau\Te homme qui
/lOO CORRESPONDANCE.
était dans cette sédiole avec son fils, enfant de quatorze à quinze ans, a été si violemment renversé, qu'il est mort sur la place. L'enfant a fait la même chute et n'a point eu de mal; car, effrayé de ce terrible accident et sans s'inquiéter de son père, îl s'est mis à fuir à toutes jambes . Nous étions à quelques pas d'un village dont les habitants ont trèsbien vu le mal et sa cause. Nous avons su que le mort était à sa troisième femme, père de vingt enfants, en ayant encore huit, marchand de chevaux, et qui, le matin même, s'applaudissait de l'achat de celui qui l'a tué. Triste incident, cher ami; nos encres sont bien noires.
Le 8 de ce mois, j'ai eu cinquante-neuf ans. Donnez-moi vos anniversaires, père, mère et enfants.
Vous êtes donc à Naples, nous sommes donc à cinq ou six cents lieues l'un de l'autre, le duc de Richelieu est donc mort, et les Donnadieu , les Lalot boudent, chacun dans leur coin, jusqu'à ce qu'on leur accorde la royale faveur. Vous êtes à Naples, et vous y êtes arrivé, ainsi que je l'avais calculé, du 10 au 15; car, à l'instant même, j'apprends indirectement que vous avez dû quitter Rome le 8 ou le 9. Vous avez parcouru la même voie que Cicéron, que des ingrats envoyaient en exil. Ah! lisez ce Moniteur du \h juin. Les sages et douces paroles du cardinal de Bausset vous iront au cœur. On aura beau faire, il y aura sur ce lit décembre 1821 quelques pages où l'histoire parlera comme le cardinal, et plus haut encore. Ils donneront à X. la place de Z.; pour mettre les rênes
ANNÉE 1822. Wl
du contentieux en des mains plus souples, ils l'enveiTont Y., etc., etc. Tout cela ne fera pas que nous soyons efifectivement mieux, et nous n'en aurons pas moins donné une nouvelle preuve de cette déplorable mobilité qui nous caractérise, et s'oppose à ce qu'on puisse rien bâtir dans de nobles et solides proportions sur le plus beau sol du monde. Cependant la situation de la France n'est pas relativement ce qu'elle était autrefois; l'accroissement et le développement, dans ces derniers temps, des autres grandes puissances ont changé l'état des choses, et cette force d'agrégation, dont avec raison nous félicite M. de Bonald, serait bien amoindrie si l'esprit et le corps de la nation, telle que les circonstances l'ont faîte, n'en ressentaient pas également l'influence.
Je vous ai promis quelques détails sur les finances des Pays-Bas. Le budget se divise
Hier, jour de Saint-Jean, mon patron, mon bon cousin avait réuni à dîner les ministres néerlandais et les ministres étrangers. J'ai beaucoup parlé de vous avec le ministre de la Justice, M. Van Maanen, qui vous a tous deux vus et promenés en juillet 1813 ; brave et galant homme, qu'on estime beaucoup ici et que j'ai d'autant plus goûté que nous étions d'accord sur votre compte. Je suis bien aise que vous connaissiez le bois et Scheveningen. J'y trotte avec vous.
Je ne voulais vous écrire qu'à mon retour de la
Noord-HoUand, mais votre lettre du 26 mai m'a
provoqué. Je vous dirai encore un petit mot avant IV. 26
kM CORRESPONDANCE.
de partir. Aimez mon cousin, qui vous honore. Mille tendresses, chers amis, et le baiser du parrain.
1064. — M. de la Bonlaye à M. de Serre.
La Haye, 30 juin 18SS.
Je partirai cette nuit, cher ami, et je serai le h juillet à Paris.
La loi de douane sera probabl^nent faite. Comptes et budget restent entiers : il ne m'en manquera pas un chiffre. Là majorité n'est plus à quelques voix près; les libéraux deviennent de moins en moins formidables che^ nous et de plus en plus ridicules de ce côté-ci de l'Europe. J'ai visité avec intérêt quelques points importants ou curieux de la Noord-HoUand ; j'ai passé un bon mois en assez bonne santé, bien vu, bien accueilli, auprès d'un intime ami; j'ai dcMio le cœur content et la conscience nette.
La chaleur est toujours forte ; les gazons sont brûlés, chose rare au milieu des eaux. La sécheresse a fait ici et dans le Nord grand tort aux céréales; le prix des grains augmente d'une manière sensibl^t et d'anciens magasins de la compagnie des Indes, qui sont maintenant pleins de blé à Amsterdam, ont
ANNÉE iStS. JbOS
léoemment plié sous le £aix ; 5 à 6 millions de livres de blé ont péri dans cet entassement. L'aboodanœ nous venait du Midi; la disette nous viendra du Nord. Placés entre les deux, nous aurons toujours quelque sujet de nous plaindre; il ne nous faut rien de plus.
Avez-vous une maison, un intérieur de maison à Brooke ? Nous avons eu cet insigne bonheur et sans nous déchausser. Le bourgmestre, ni plus, ni moins, nous a ouvert sa petite porte, car la grande, comme vous savez, est inviolable. Nous avons vu en dorures, en peintures, en porcelaines du Japon, en magots, en exquise propreté, tout ce qu'on peut voir, et, pour petite pièce, nous avons visité une ferme.. Entre la maison de M. Baker, maire de Brooke, et celle de Pierre le Grand à Saardam, grande est, je vous le jure, là dififérence. J'ai cherché votre nom dans ces encyclopédies de noms propres qui sont étalées sur la table du czar ; mais comment trouver un petit nom de cinq lettres dans tous ces griffonnages?
Amsterdam! belle ville, quoique déchue; ville en efifet située pour être une des reines du commerce du monde, entourée de cette mer de Haarlem, de cet Y, de ce Zuyderzée, qui forment pour elle autant de rades sûres, autant de grands asiles où les navires, magasins flottants des produits de toutes les contrées du monde, peuvent attendre sans danger qu'on les décharge ou qu'on les réexpédie. Nous avons vu de beaux tableaux et revu de plus beaux encore. Enfin, nous avons entendu cet orgue de Haarlem qui passe pour le plus beau des orgues et qui imite ïo-
Mh CORRESPONDANCE.
rage de façon à faire croire que le tonnerre tombe sur Téglise.
J'ai reçu une lettre d'Hyacinthe, grosse de deux lettres, Tune pour vous, l'autre pour M"' votre mère. J'achemine la vôtre par l'Allemagne; je porte sa compagne à Paris.
Mille tendresses, mes chers amis; j'embrasse vos enfants de tout mon cœur. Mon cousin vous présente tous ses hommages.
F. DE La Boula ye.
P.'S. Décidément le grand voyage du roi d'Angleterre n'aura pas lieu,
1065. — M. de Serre à sa mère.
Naples, S juUlet 1823.
J'écris toujours, chère maman, même lorsque je n'ai pas de nouvelles, et je pense encore que, dans cet éloignement et dans notre tristesse, mes lettres sont votre plus grande consolation. Je vous renouvelle la prière de m'écrire souvent, ne fût-ce que quelques mots, en les envoyant à M. Prévost*, aux Affaires étrangères. C'est beaucoup, à cette distance, de se
* M. Prévost ëtaît chef de la chancellerie au ministère des Affaires étrangères ; il ëtait, en outre, maître des requêtes.
ANNÉE 1822. /i05
savoir réciproquement en vie et en santé il y a quinze ou vingt jours.
Si vous avez eu, comme je le vois par les journaux, des chaleurs excessives, jugez ce que c'a été ici. C'était à ne rien pouvoir faire pendant toute la chaleur, et presque tout le monde tombait malade. Bien qu'à la campagne, sur une hauteur et profitant du moindre vent de mer qui s'élève, nous avons beaucoup souffert
Vous comprenez donc bien, chère maman, que la chaleur, l'étrangeté, les embarras d'un établissement, les regrets de ce qu'on a quitté et les comparaisons nous désenchantent un peu de Naples. L'automne et l'habitude viendront un peu réparer tout cela; mais le plus brillant poste, loin de son pays, est toujours un exil.
Au revoir, chère maman ; nous vous embrassons tendrement, et moi plus que personne.
Votre tendre fils et meilleur ami,
H. DE S
1086. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
Pa^is, 5 juiUet 1822.
J'arrive, cher ami; je trouve deux lettres de
vous
Ma première course a été rue de Buffault.
JM CORRESPONDANCE.
M"'" votre mère est bien, très-bien ; elle vous a écrit hier.
Votre lettre du 11 juin, de Naples, est sans numéro ; mais l'essentiel est que vous soyez tous arrivés à Naples en bonne santé.
Je verrai M. Rothschild*, et nous nous concerterons.
Ce que vous dites sur les élections de Paris est plein de raison ; je pense comme vous. Quant à notre pauvre duc, je n'ai qu'un mot à répondre : il ne serait pas mort ; lisez le cardinal.
Vous avez été bien reçu partout. Ah ! je le crois bien ! Pourquoi vous reçoit-on? Vous devriez recevoir les autres.
Je suis pressé ; je marque ma chasse et je vous -embrasse tous.
A bientôt.
F. DE La Boula yb»
* James Rolhschild, fils de Meyer Rothschild, né à Francfort le 15 mai 1793, mort à Paris le 15 novembre 1868. Lui et ses quatre frères, Anselme, Salomon, Nathan et Charles, ne formaient qu'une maison qui avait cinq comptoirs : Paris, Francfort, Vienne, Lon~ dres et Naples. « La source de leur crëdit ëtait honorable, remarque M. Charles Lacretelle ; elle était due à la fidélité scrupuleuse avQC laquelle leur péra avail rendu à l'électeur de Hesse, après un long exil, un trésor considérable en tenant compte des intérêts. » {Histoire de France depuis la Restauration, t. IV, p. 76. Paris, 1835.) L'empereur d'Autriche, qui les avait anoblis «n 1815, leur conféra en \S^^ le titre de baron.
ANNEE 189». JW7
1067. — M. de Serre à sa mtoe.
Naples, U 9 juillet 18âS.
J*aî de bien tristes nouvelles à vous donner, chère maman ; nos afflictions se succèdent : nous avons perdu hier matin notre pauvre petite Caroline. Cette charmante enfant nous a été enlevée comme par la foudre ; un mouvement de dentition presque général lui a donné une fièvre continue ; elle a passé dans une convulsion. Que vous dire après cela, chère maman, de notre douleur? L'état de ma femme a rendu la sienne alarmante. Elle est fort affaissée, et je ne suis pas sans inquiétude. Sûrement ce n*était qu'une enfant de seize mois à peine, et il nous en reste; mais celle-là était si belle et si bonne! Depuis trois mois elle était sans cesse dans nos bras ; c'était vraiment la joie de la maison ; aussi tout le monde la regrette. Gaston et Louise ont été bien bons l'un et l'autre, bien tendres pour leur mère dans cette triste circonstance. Pour moi, je ne savais pas par moi-même ce que c'est que de perdre son enfant ! Aussi ce sont bien des pertes en moins de deux mois: mon père, ma fille et un ami comme M. de Richelieu ! Et être si loin de vous, si loin dans de si cruels moments !
Je voulais écrire à la Boulaye, mais j'ai veillé une grande partie de ces deux nuits. Je n'ai de force et
MB CORRESPONDANCE.
de temps que pour écrire à vous. Apprenez -lui notre malheur. Quelle triste réalisation de vos craintes à tous deux sur ce voyage de Naples! Priez Dieu qu'il détourne de nous d'autres malheurs, et conservez- vous pour soutenir mon courage dans cesépreuves.
Au revoir, chère maman et tendre amie ; j'aurais dû ne vous envoyer que des consolations, et ce sont de nouvelles douleurs.
Votre bon fils,
H. DE S
1088. — M. de la Boulaye à M. de Serre.
PariiS, lOjuiUetld».
J'ai reçu avant-hier, cher ami, par M. duBlaisel,
votre n"" 10 du 29 mai On espère que la session
n'ira pas plus loin que le 10 août, et je retournerai sur-le-champ à mes vignes. Le soleil mène le raisin en poste ; il y aura du vin nouveau à la Saint- Louis, et je vendangerai dans les premiers jours de septembre.
Vous aurez vu par mes Hollandaises que nous pensons de même sur le Congrès. J'en causerai demain avec M. de Villèle selon votre mesure. Villèle est en effet un homme habile et nécessaire ; aussi porte-t-il ombrage. C'est contre lui que sont dirir
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gées ces grandes phrases et tout ce bataillon de chiffres sur les canaux. La gauche, toujours prête à appuyer la droite lorsqu'il s'agit de mal faire, joue son rôle accoutumé. A mon avis, il en sera des canaux comme des emprunts; les canaux feront du bien ; et, lorsque nous nous interdisons la mer et la terre par nos lois prohibitives, il est sage d'agrandir notre propre marché, d'accroître et de multiplier nos communications intérieures. Prétendre qu'on peut trouver des compagnies pour exécuter en ce genre des travaux sur une grande échelle est absurde.
En Angleterre, en Irlande, les compagnies qui ont entrepris les grands travaux ont fait banqueroute, et le gouvernement a bâti sur leurs ruines. En Hollande, les grandes opérations s'exécutent aux frais et par les soins du gouvernement ou des provinces. De tous les canaux que l'on nous propose, celui de Bourgogne est le seul contre lequel il y ait beaucoup à dire; mais on y a déjà dépensé une quinzaine de millions ^ .
Wendel est à ses forges ; Turmel et Maud'huy ont par moi de vos nouvelles, vous font mille amitiés et sur les prochaines élections montrent assez
* ce Des dëbats, longs et approfondis, eurent lieu, non sur l'utilité des canaux que tout le monde reconnaissait, mais sur les moyens d'éxecution proposes par le gouremement, et surtout sur les conditions trop favorables qui, disait-on, étaient faites aux compagnies. Néanmoins la loi passa telle que le gouvernement l'avait présentée, à la majorité relativement assez faible de SOO voix contre 137. » (Histoire du gouvernement parlementaire, par M. de Hauranne, t. VIT, p. 1^.)
de confiance; Tun et Tautre prétendent que, pour leur propre compte, ils s'abstiendront.
M. de Clermont-Tonnerre m'a fait demander de vos nouvelles et fort prié de le rappeler à votre souvenir. M"* de Noirville était chez lui ; elle se plaint de votre silence; elle a écrit à notre belle Excellence.
J'embrasse vos enfants et ma filleule. Nous étouffons ici sans brise de mer.
Mille tendresses, mes chers amis.
1060. — Le duo de Blaoas à M. de Serre.
A Bagnaja, préa Viterbe, ce lit juillet IQ99L
J'ai appris avec une sensible peine, monsieur le comte, la perte que vous venez de faire, et je sens trop vivement tout ce que vous devez éprouver pour ne pas partager votre bien juste douleur. Je veux me flatter que Tétat de M™** la comtesse de Serre n'aura pas souffert d'un coup aussi cruel. Vous m'obligerez beaucoup si vous voulez bien lui offrir mes hommages et me donner de ses nouvelles et des vôtres : ce sera rendre justice à mon attachement, dont je vous prie de recevoir l'assurance réitérée en même temps que celle de la haute considération avec
ANNÉB 18S9. Jdl
laquelle j'ai rhooneur d*étre, monsieur le eomte, Yotre très-humUe et très-<^i3sant s^viteur,
Blacas d'Aulps.
P.-S. Je suis établi à la campagne depuis quelques jours. Je n*ai pas reçu de nouvelles importantes; je me serais, sans cela, empressé de vous les transmettre.
1090. — Le comte de Pusrmaigre à M. de Serre.
Colmar, U juillet [IdSSl.
Nous venons, monsieur et ami, de donner une mystification complète aux libéraux de ce pays ; je sais combien le moyen était dangereux et j'en ai été bien inquiet; ce sont de ces choses qu'il ne faut pas risquer souvent; enfin cela a réussi et cela a produit un grand effet.
Ne pensez pas, du reste, que l'opposition perpétuelle que je rencontre dans ce pays ait pu me jeter dans des opinions exagérées ; je tiens plus que jamais au système constitutionnel, je sens bien mieux «icore, depuis que je sois préfet, que c'est le seul qui «onvieime à la France ; mais je m^indigne de toutes les trames, de toutes les perfidies du parti révolutionnaire, et je désire bien n'être jamais obligé de le combattre parles baïonnettes, ear je n'hésiterais pas .
/lia CORRESPONDANCE.
Au résultat, je vais tâcher de quitter un département où je suis tous les jours exposé à prendre une initiative qui pourra me perdre un jour; je ne demande qu'un département égal.
Que je voudrais vous voir un instant, m'assurer si vous vous trouvez bien près du Vésuve, si M°®de Serre ne regrette pas trop la place Vendôme ! Ah ! partout où je serai, je n'oublierai point l'amitié que je vous porte de si bon cœur, et dont je prie aussi jyjme ^g Serre de recevoir l'assurance en- y joignant l'hommage de mon respect.
Pu YM AIGRE.
p. s. J'irai voter dans la Moselle aux premières élections et nous vous ferons sortir, je l'espère ; ce sera moins ridicule que dans le Haut-Rhin.
1091. ^ M. de Serre à sa mère.
Naples, 15 juiUet 183S.
Vous aurez été assez longtemps sans recevoir de nos nouvelles, chère maman, et cela arrivera toutes les fois que je vous écrirai par un courrier particulier qui gagne sept jours sur la poste ; celle-ci en met quinze, ce qui fait au moins trois semaines d'intervalle.
ANNÉE 1839. /il3
Ma dernière lettre vous annonçait la perte que nous avions faite, la veille, de notre pauvre petite Caroline, et mes inquiétudes sur les suites qu'auraient pour la santé de ma femme la secousse et .l'extrême douleur inséparables d'un tel événement. Elles n'étaient que trop fondées Elle doit constamment et devra longtemps encore garder le lit ou
la chaise longue Ces soins et ces craintes sont
venues faire une triste diversion aux regrets que je donne à mon pauvre enfant. Les autres se portent bien. Il semble que ce malheur les ait rapprochés de nous, les ait rendus plus tendres pour nous, comme ils nous sont plus chers. Ce sont, au vrai, de bonnes petites créatures. Celle que nous pleurons promettait infiniment. Au milieu de ces traverses, ma santé se soutient. Comme nous tous, maîtres et gens, j'avais été un peu éprouvé par le climat; mais je me suis remis. Les chaleurs sont d'ailleurs diminuées et la température actuelle est fort tolérable.
Je désire bien apprendre par votre première lettre que vous avez trouvé à vous loger convenablement et à portée d'une promenade. J'espère que vous aurez préféré le faubourg Saint-Germain. C'est aussi le quartier que je chercherai à habiter, lorsque le cours des choses auquel je me suis abandonné me ramènera à Paris. En attendant, nous avons bien de la peine à faire notre établissement
à Naples J'ai vu bien des palais, tous fort chers,
et pas grand'chose qui convienne.
Vous devez maintenant avoir à Paris, en sus des
klU CORRESPONDANCE.
dépotés de la Moselle, la Boulaye. Je compte un peu sur eux pour vous distraire de votre solitude.
Nous sommes ici étrangers au pays, n^ayant guère vu que la cour et le corps diplomatique. Ce ne 8«ra que vers l'automne et ITiîver que nous serons dans le cas de faire des connaissances napolitaines.
Au revoir, chère maman ; nous vous embrassons
tendrement
Votre bon fils et meilleur ami,
H. DE Serre.
1002.— M. de Wendel à M. de Serre.
Pans, le 16 juillet 18SL
Ayant appris, mon cher ami, qu'on devait dans le département chercher à prouver que vous ne payiez pas l'impôt, j'ai vérifié hier ce que M™* de Serre paye elle-même : cela ne va qu'à 38 francs. M. Ravez m'a dît qu'il faudrait faire faire une vente des droits de M""** d'Huart et que par ce moyen d'abandon on n'était pas obligé d'avoir pris ses précautions un an d'avance ; vous savez que, depuis l'amendement de Duvergier^ il faut payer réellement
* Jean-Marie Duvergier de Hauranne, ne à Rouen le 91 mars 1771, comptait parmi ses grands-oncles le cëlébre ahhé de Saint- Cyran. Après avoir servi sur les raîsseaux de FËtat en 1793 et
ANNÉE 18âS. km
le jour de Télection^ ; au surplus j'ai le temps d'attendre votre avis sur cela; le préfet y met et y mettra beaucoup de bonne volonté.
La position est toujours la même ici : M. de la Bourdonnaie a renoncé, pour cette année au moins, à ses attaques contre le ministère; M. de Villèle gagne tous les jours dans l'opinion ; les autres ne sont rien ; votre successeur est sans doute un homme très-bien pensant, mais il n'est vraiment pas de force.
Voilà les Espagnols au lendemain de leur 10 août: les souverains se conduiront-ils aussi lâchement que dans les événements analogues de 1792? Voilà toute la question. Elle se complique un peu plus cependant par la conduite de ce malheureux roi d'Espagne : il ne veut pas se montrer, il reste dans son cabinet. Former un bon parti royaliste en Espagne
I79h et avoir assiste au combat du 13 prairial (an II), il s'adonna au négoce et, à plusieurs reprises, fil partie de la chambre de commerce de Rouen. Député de la Seine-Inférieure en 1815, il se montra dévoué au Roi et à la Charte et s'opposa aux excès de la droite. Réélu en 1816, la Chambre le choisit pour un de ses questeurs. Il échoua aux élections de 1819 et réussit à celles de 1820. n soutint la politique de M. de Richelieu; mais, ayant combattu U politique de M. de Viliéle, celui-ci empêcha, en l&Ut, le succès de sa candidature. Il fut réélu en 1837 et fit partie des 921. Réélu de nouveau en 1830, il mourut à Paris le 20 août 1831. — Consultez V Histoire du gouvernement parlementaire en France^ par son fils, M. Prosper Duvergier de Hauranne. Voyez aussi la notice insérée par M. Durozoir dans la Biographie universelle (^îchsM&)j nouvelle édition, t. XII, p. 171.
^ La prc^Ktsition de M. Duvergier de Hauranne avait été développée en comité secret le 29 novembre 1817. — Voyez le Moni^ ieur de cette année, p. 1335.
Mo CORRESPONDANCE.
et le bien soutenir, voilà, cerne semble, le seul moyen
d'en finir ; maiscela demande à être mieux combiné
que la dernière affaire de Madrid^
La dernière loi de douanes, en donnant de grands
avantages aux forges de France, détruit mon projet
d'amélioration pour la Quint ; je verrai cependant
encore d'un autre côté ; il y a, malgré tout cela, deux
amateurs qui se présentent; puissions-nous vendre!
Votre ami,
F. DE Wendel.
1093. — M. de la Bonlaye à M. de Serre.
Paris, 19 juillet 1839.
Je reçois, cher ami, votre n° 10 du 2 de ce mois,
n^ 10 bis Wendel est de retour. Il a reçu la lettre
relative à vos impositions, il vous a répondu; mais je ne vois pas clair dans cette affaire d'impositions, et je crains qu'elle n'amène quelques difficultés. Au surplus, voici une autre lettre de Wendel, où sans doute il est question de vos impositions et de l'élection.
* Quelques jours auparavant (dans la nuit du 6 au 7 juillet), Ferdinand Vll avait essaye de ressaisir le pouvoir que lui avait arrache le parti révolutionnaire ; mais la garde royale fut bientôt repoussée, dispersée, et le Roi dut capituler. — Voyez V Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. XI, p. h07-h^.
ANNÉE 1825. hl7
Vous avez raison d'applaudir au discours du trône, aux réponses des Chambres, aux motifs de la loi de finance; tout cela est, en effet, fort sage. Les libéraux ne cessent pas d'être des insensés et d'exhaler une forte odeur de faction. M. de Villèle fait tête à forage et se défend bien. La force et l'union de la majorité mettent jusqu'ici du vent dans ses voiles. Il est probable que les affaires seront finies à notre Chambre dans les premiers jours d'août. J'irai surle-champ à Ay, près Eperncnj [Marne) ; c'est là qu'il faudra m'écrire à la réception de cette lettre.
La santé de M"*® votre mère est bonne. Je n'ai plus à me plaindre de la mienne. Je désire ardemment que les vôtres résistent à ces excessives chaleurs, et je ne suis point étonné qu'elles leur aient payé tribut. Ne négligez aucune précaution.
Des marins non suspects, qui reviennent du Levant, me disent que les bâtiments grecs sont bien armés, bien gréés, que leurs équipages les manœuvrent à merveille et se battent avec une grande bravoure. Si des étrangers n'aident pas les Turcs, leur destinée sur mer sera mauvaise.
MM. Laine, Portai, de Riocour, de Gestas^ Bourdeau, Chantereyne*, Mézy, Saint-Cricq, Gar-
* M. de Gestas, dëputé des Basses-Pyrdn^es en 1815, ne fut pas re'elu en 1816, l'âge requis ayant éié porté de trente à quarante ans. 11 reparut à la Chambre en 1818, puis en 18S0; il siégeait au centre droit. Il est mort en 18ii9, âgd de soixante et douze ans. 11 avait exerce les fonctions de conservateur des eaux et forêts et reçu le titre de comte.
* Victor Avoyne de Chantereyno, ne à Cherbourg en 1765, ëtalt en 1789 avocat au Parlement de Paris. Rentrd dans son pays na-