IV
lâb CORRESPONDANCE.
faites. Je vous adresse ses hommages et ses remercîments.
Toutes mes conversations sur le prochain Congre» me laissent dans le vague. Vos raisons sont bonnes; je m'en suis pénétré, et, après les avoir déduites à d'autres, je les ai exposées à M. Laine, qui les a goûtées et qui, pendant mon absence, s'en servira auprès de son voisin.
Je vous ai nommé diverses personnes qui me parlent fréquemment de vous; j'en parle à beaucoup d'autres et je trouve partout des oreilles attentives. Mais il ne faut pas se faire illusion : on ne s'occupe
Cbastelluz, Ticomte d'Aralloo, etc., et d'Ang^lique-Victoire de Durfort-Ciirrac. Son père ëtait cheralîer d'honneur et sa mère dame d'honneur de madame Victoire, fille de Louis XV. Il suivit cette princesse dans l'émigration au mois de février 1791 ; il prit du service dans l'armëe napolitaine et y resta jusqu'en 1806; il rejoignit »a famille à Pise et revint arec elle en France (1810). Le S7 septembre 1815, Louis XVlll le nomma colonel des chasseurs de la Côte-d'Or. Le 13 novembre 1890 et le 10 octobre IBStl, les électeurs de l'Yonne le choisirent pour député: il siégea sur les bancs de la droite. Le 95 juin 1893, il reçut le commandement d'une brigade de cavalerie légère, avec laquelle il mit en pleine déroute, le 8 octobre suivant, prés de Trameced, les troupes du général San-Miguel. Il fut nommé pair de France le 93 décembre de cette même année. En apprenant la révolution de 1830, il écrivit au président de la Chambre : « J'étais loin de Paris lorsque des événements qui se sont succédé avec une rapidité inattendue ont
changé la face de la France Il ne me reste plus qu'à protester,
autant que je le puis, contre les actes qui se sont consommés dans la séance du 7 août : je ne reconnais à aucun corps de l'État le droit de disposer d'une couronne qui n'est pas vacante. »> Il mourut au château de Chastellux le 8 septembre 185/». — Voyez l'Histoire générale de la maison de ChasielluXy par le comte H.-P.-C. de Chastellux, p. 919-996. Auxerre, 18d9.
ANNÉE 18S». /i35-
ici que de ce qu'on a sous les yeux ; îl n'y est pas plus question de vos anciens collègues que du dernier ministère de Louis XV, et Ton n'y parle pas^ plus de Decazes que du duc d'Aiguillon*. Vous, faites exception à la règle autant que possible, parce que les débats des Chambres vous rappellent aux esprits dans tous les moments difficiles, parce que l'on regrette votre règlement^ et que, en le regrettant, il faut convenir que vous aviez de l'avenir dans la tête. On entend volontiers bien parler de vous, on répond sur le même ton et, de la même haleine, on loue tout ce qui fait du bruit. Les délicats sont rares, les fidèles plus rares encore. Le fiel de la doctrine ne s'adoucit pas ; on se félicite toujours d'avoir renversé celui qu'on ne pouvait plus séduire. Qu'est-il besoin de talent, lorsqu'il suffit d'ouvrir la bouche pour avoir raison ? Vous voyez où le flot nous porte. Bien des gens, toutefois, trouvent que l'on ne va pas assez vite. Bien des gens appellent, de tous leurs vœux, des hommes plus entreprenants ; leur résistera-t-on ? Il faudra chercher son point d'appui dans le centre droit. Si l'on cède, nous irons jusqu'aux dernières limites du gouvernement d'un parti. Tout est encoi*e fort enveloppé. Les déterminations du dehors influeront nécessairement sur notre position intérieure. On trouve que vous voyez bien : persévérez ; songez à
^ Armand de Vîgnerot, duc d'Aiguillon, n^ en 1790, mort en- 1780. Il fut ministre des Affaires étrangères de 1771 à 177/*. * Voyez les Discours de M. de Serre, t. I*^ p. 169-191.
la correspondance dont je vous ai parlé. Je vois que M. le duc de Laval prend congé; et je ne m'explique pas bien comment cela s'arrangera avec la présence du duc de Blacas au Congrès. Ne serait-il pas possible que M. le vicomte de Montmorency voulût y aller lui-même et s'entendît à ce sujet avec lord Castlereagli*? C'est une idée qui me vient et que rien ne motive, si ce n'est qu'il est tout simple d'induire, de la manière dont vont les choses en France, que les mêmes hommes pourraient les faire marcher ailleurs avec la même facilité. Le succès donne de la confiance.
Nous avons eu hier à la Chambre une scène violente relativement au réquisitoire du procureur général de Poitiers*. M. de Villèle est le seul qui s'en soit bien tiré. Quelque meneur du centre gauche voulait revenir sur cette demande d'enquête. Les parties intéressées consultées, Laffitte etFoy en ont témoigné l'ardent désir; Benjamin et Lafayette n'étaient pas si pressés. S'il y a parmi ces libéraux
* Robert Stewart, vicomte Cas tlereagh, marquis de Londonderry, né en 1769. Minislre des Affaires étrangères depuis 1813, il ëtait le membre le plus important du cabinet.
* M. Mangîn, dans l'acte d'accusation centre le gënëral Berton, ayait désigne plusieurs députés comme complices de la conspiration de Saumur. Le 3 août, un membre du centre gauche, M. de Sain'e-Âulaire, demanda que le procureur gênerai de la Cour de Poitiers fût appela à la barre et jugé pour oGTense envers la Chambre. Le 5, SfiÔ voix contre 197 repoussèrent cette proposition. — Voyez l'Histoire de la Realauration, par M. de VieUCastel, t. XI, p. S30-8Û5. Consulte! aussi l'Histoire de la Resiaaratien, par M. Nettement, t. VI, p. 160-160.
ANNÉE ISaa. /i37
des hommes à conscience nette, ils devraient profiter de semblables circonstances pour se mettre hors de pair; mais tout le parti est bien gâté. Il a fait d'ensemble les fautes les plus grossières, et tel qui n'a commis que des fautes se trouve englué par ceux qui vont ou voudraient aller jusqu'au crime.
M . Pasquier doit partir incessammentpour l'Italie.
Il y a longtemps que je n'ai vu les Jaucourt, qui habitent à présent Combreux.
Je n'ai pas pu joindre le duc de la Châtre, qui a eu une rechute et qui est presque toujours à Meudon : le duc de CastriesS son ami, est gouverneur de ce château.
Les Rivière vous estiment et vous aiment. Nous parlons souvent de vous.
De nos débats publics, de nos intrigues secrètes, il n'y a rien à dire; tout cela est sans couleur et sans consistance. Les libéraux s'élèveront jusqu'à la potence ou tomberont dans la plus complète abjection. Les doctrinaires, après les avoir aidés à se perdre, porteront à d'autres leurs funestes secours.
^ Armand-Nicolas- Augustin de la Croix, duc de Castries, né en 1756, dtait le fils du marëcbal de ce nom. Il fit, comme colonel, la campagne d'Amërique. Il obtint, en 1788, le grade de mardchal de camp. Dëputé par la noblesse de la vicomte de Paris aux Etats- Gënërauz, il dut s'exiler après un duel avec le comte Charles de Lameth. Il leva un corps d'ëmigrës et le conduisit en Portugal vers la fin de 1795. £n 18]/i, il devint pair de France, lieutenant gënëral et gouverneur de la 15° division militaire (Rouen). Louis XVIIl le nomma, en 18^, gouverneur de Meudon, et Charles X, en I8â5, chevalier de ses ordres. Il mourut à Paris le 19 janvier 18i*â. — Voyez Tarticle inse'ro' par M. Durozoir dans la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. VII, p. 191.
Ii38 CORRESPONDANCE.
La majorité, fort unie en apparence et^en réalité très-divisée, en partie échauffée d'ambition et d'espérances, eu partie suivant à regret et sans affection un gouvernement sans dignité, fait ce qu'on lui demande, les uns attendant tout et les autres n'espérant presque plus rien de l'avenir. Il faudrait avec Villèle, qui est un fort bon ministre des Finances, une couple d'hommes habiles pour que la force, ornée de raison, devînt populaire.
Tout à vous, cher ami; disposez de moi pour
tous vos besoins.
1101. — M. de U Boalaye & M'"^» de Serre.
Paris, 9 août 1^3.
Dans la profonde affliction que m'ont causée, ma- ♦dame et chère amie, les événements survenus depuis notre séparation, votre lettre du 23 juillet a été une consolation. Identifié comme je le suis à vos affections de famille et à vos destinées politiques, je puis dire que nous avons fait de grandes pertes. Le Midi m'a toujours été funeste. J'ai failli deux fois y per- <ire la vie, et j'ai vu mourir à seize ans comme vous a,vez vu mourir à seize mois. Mes douleurs paternelles se sont ranimées pour se mêler aux vôtres. Je les conçois, je les partage. I^'enfant était charmant, 5a perte est affreuse; mais le sacrifice est consommé.
ANNÉE 1899. J(i39
Songez à ce qui vous reste. Gomme à notre duchesse de Berry, Tavenir vous garde peut-être une grande consolation. Ne vous défiez pas de la Providence, qui, jusqu'à ces derniers temps, avait été prodigue envers vous de ses faveurs. Il n'est donné à personne d'être parfaitement heureux sur cette terre, et les grandes adversités y sont presque toujours compagnes des grandes fortunes. Lorsque le malheur •commence à nous faire sentir ses traits, il faut se soumettre et ne pas irriter l'ennemi. Ménagez-vous. Redoublez pour vous-même de précautions dans ce •climat ardent, où il faut bien maintenant se résigner à vivre. Redoublez de précautions pour ces beaux et bons enfants dont vous êtes riche encore. Là plus qu'ailleurs je crois nécessaire de soigner leur nourriture et de les astreindre tout doucement à quelque régularité et à beaucoup de modération dans leur régime. Les chaleurs enflamment et aigrissent les humeurs ; heureusement elles sont déjà plus suppor tables et vont bientôt devenir très-modérées. Quelle que soit ma tendresse pour vous tous, je ne puis pas songer en ce moment à quitter la France. J'ai besoin de repos, d'un long séjour à la campagne et de surveiller mes propres affaires trop longtemps négligées. Paris me déplaît et me rend malade. Je n'ai plus à qui parler, comme vous dites, à cœur ouvert, et vous savez que les correspondances ne dédommagent pas de cette perte. Nous n'avons et nous ne pouvons avoir tous deux qu'une manière de voir le fond des choses. Avec une conscience pure, des opinions loyales et quelque énergie de vo-
JM CORRESPONDANCE,
Ion té, on ne gâte nulle part son caractère. Le passé ne nous appartient plus. Quant au présent, sous le rapport politique, rien n'est perdu, mais la scène a changé. L'absence a.des inconvénients sans remède. Toutes les combinaisons que l'on peut faire sont subordonnées à tant de volontés, à tant d'intérêts divers, et les petites considérations ont souvent une si grande influence qu'il est sage de se résigner d'avance aux contrariétés. Il faut faire ce qu'on doit pour les éviter, témoigner pour la dignité de son caractère qu'on y est sensible et attendre le moment de les dompter.
J'ai vu hier M"""" do Dortan. M. le duc de la CluUre dit qu'il vous a répondu. Je tiens de M°*® de Dortan un valet de chambre qui me paraît parfaitement convenable sous tous les rapports, et je vous l'envoie.
M. Hesse m'a remis votre portrait, qui sera religieusement conservé. Je lui ai remis 500 francs. Le portrait est fort ressemblant.
Toute ma famille se recommande à votre souvenir et vous présente hommages et respects.
Le marquis et la marquise de Rivière^ me parlent souvent de tout ce qui nous intéresse.
Mille bonnes amitiés à Eugène et au cousin*. Qu'ils redoublent de tendresse, de soins, d'efforts pour adoucir les rigueurs de l'exil. Il faut peu compter sur le dehors, il faut se suffire à l'intérieur dans la position où vous êtes.
^ La marquîso do Rivîërc ëtaît fille du comte de la Fertë-Meun. > M. Victor de Saînt-Mauris.
ANNÉE 18S9. Alil
Courage, madame et chère amie; vous avez beaucoup perdu, maïs le Ciel vous a conservé des trésors. Vous les appréciez, jouissez-en. Gardez-moi votre amitié et comptez sur la mienne, sur mon respect, sur mon inaltérable dévouement. J 'embrasse vos enfants et je presse ma filleule contre mon cœur.
1102.— Le duchesse de Reggio* à M. de Serre.
Saînt-Clond, ce S août 18SS.
J'ai reçu, monsieur le comte, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 9 juillet, et je me suis empressée d'en communiquer le contenu à M'"*' la duchesse de Berry ; Son Altesse Royale en a été très-affligée et m'a chargée de vous l'exprimer ainsi qu'a M""*" la comtesse de Serre ; elle regrette
* Eugënie de Coucy, fille d'Anloîne de Coucy, capitaine au rdgiment d'Artois, chevalier de Saint-Louis, et de Mnrie-Gabrielle de Mercuay, naquit à Mercuay (Franche- Comte) le 90 janvier 1799. Elle dpousa, en 1819, le marëshal Oudinot, duc de Reggio. En 1816, elle fut choisie par Louis XVIII pour dame d'honneur de M*"® la duchesse de Berry. Le souvenir n'est pas encore eflUcd du tact avec lequel M°^® de Reggio secondait la princesse dans ses bonnes œuvres et dans la protection qu'elle se plaisait à donner aux beaux-arts. La marëchale est morte à Bar-le-Duc le 90 avril 1868.
bien sincèrement sa petite filleule et pour elle et pour vous.
Après avoir été Torgane de la princesse, permettez-moi, monsieur le comte, devons exprimer particulièrement la part que je prends à votre douleur; je vous aurai une véritable obligation de parier de moi à M°*® de Serre dans cette triste occasion. Recevez, je vous prie, en même temps, l'assurance de ma haute considération et de mes sentiments les plus distingués.
La maréchale Oudinot, duchesse de Reggio.
1103. — M. de Serre & M. de Wendel.
Naples, 8 août 18S3.
Mon cher ami,
Vous ne m'avez pas écouté dans le temps sur l'affaire de mes impositions, et je crains bien, si les élections ont lieu avant janvier, que nous n'y soyons fort embarrassés. M™* d'Huart ne peut me céder des droits qu'elle n'a pas. C'est M. d'Huart qui était propriétaire d'Herserange, et ce sont aujour#hui ses enfants et moi, aux droits de ma femme pour un quart. Toute la question pour cette année est donc de savoir si Timpôt personnel , près de 900 francs, que je payais à la place Vendôme, peut
me servir, et j'avoue que je le crois si les éleetioas se font cette année, puisqu'elles se feront alors sur les rôles de 18S1. C'est, au surplus, ce qu'on vous dira avec certitude à la préfecture de Paris. En désespoir de cause, il y aurait un expédient, mais il faudrait que vous voulussiez et pussiez vous en entendre avec vos amis du collège de Briey : ce serait de vous laisser nommer et de donner plus tard votre démission, ce qui rejetterait l'élection en 1823. Je suppose, comme me l'écrit la Boulaye, que vous persistez à mettre xm intervalle dans votre carrière législative.
Votre ami,
H. DB Serre.
1104. — M. de la Boulaye U M. de Serra.
Paris, 8 août ISâl
Nous avons voté aujourd'hui, cher ami, le budget à une très forte majorité. Les efforts de l'opposition pour prolonger la session ont été vains ; c'est affaire faite, et, dans trois heures (il en est huit du soir), je serai sur la route de Champagne ^
Mon cousin a la permission de quitter la Hollande pendant qu'on déménage de la Haye à Bnixel-
' La session ne fut close officiellement que le 17.
UiU CORRESPONDANCE.
les; sa femme vient de Stuttgart. Ma belle-fille* et Forestier* m'arriveront de Paris. J'attends M"** Bourjot ^ des Affaii'es étrangères. Je vais donc tenir mes grands jours. II ne me manque que d'avoir le cœur content ; mais vous êtes trop loia et nous avons fait de trop grandes pertes pour que je puisse jouir de l'espèce de bonheur qui convient à mon âge. Ma santé est assez bonne : une course à Mézy et à Evreux m'a rétabli.
Les Laine, Chantereyne, Bourdeau, Vandeuvre, la Vieuville, Clievalier-Lemore, Mézy, Mounîer et beaucoup d'autres vous présentent leurs hommages.
M. Pasquier part décidément jeudi prochain, et vous le verrez dans six semaines ou deux mois; c'est son projet.
Turmel est parti depuis trois jours. Maud'huy partira dimanche. J'ai remis à ce dernier des notes sur vos récentes acquisitions afin que, dès son arrivée, il vous fasse porter sur les rôles. Il n'y perdra pas une minute, et il ne doute pas de votre élection. Wendel et Courvoisier voyagent de compagnie et doivent venir à Ay sous peu de jours.
^ Son mari ëtait fils de M™® de la Boutraye, laqueUe avait épouse en secondes noces M. de la Boulaye.
f ' Par ordonnance du 9 août J831, M. Forestier, intendant des
• dépenses de la maison du Roi, avait été nommé intendant hono-
raire; son emploi avait été supprimé. 11 était conseiller d'État i en service extraordinaire depuis le 9 janvier IBVSl. — Voyez t. IH,
' Femme de M. Bourjot, chef de division aux Affaires étrangères.
J'ai vu Desprez, qui vous est toujours tendrement attaché et qui n'est pas plus gai que nous. Bontemps s'est croisé avec moi. Je vous envoie deux lettres, dont une de lui; l'autre m'a été remise par Wendel.
M. de Blacas doit s'arrêter en Provence et ne venir à la cour, pour y prendre son service, qu'en janvier prochain.
On n'est pas encore bien d'accord sur les petits et grands Congrès L'empereur de Russie est fort invité à venir à Vienne ; on croit qu'il y viendra. M. de Metternich voudrait qu'on préludât à Vienne, puis qu'on s'occupât à Vérone des affaires du Piémont et des Deux-Siciles, affaires sur lesquelles on paraît assez coulant, et enfin qu'on parlât à Florence sur ce qui concerne l'Espagne. De ce dernier côté, le premier rôle paraît nous être réservé, si nous voulons le jouer. Les Anglais, toutefois, ne se sont pas prononcés à cet égard.
Villèle a fort grandi pendant notre petite session. Il a soutenu le poids du jour.
J'ai vu aujourd'hui M"® votre mère. Je lui ai fait de tendres adieux, et, sans son déménagement, je l'aurais décidée à venir à Ay.
Mes bien chers amis, je n'ai pas eu de vos nouvelles depuis le 23 juillet. Je suis inquiet de vos santés. Courage et aimons-nous.
1106. --M. de Wendel & M. d» Serre.
[Août l9StSL]
La position politique ne s'améliore pas : on voit dans la droite des dispositions d'attaque contre le ministère actuel, ce qui est, de sa part, le comble de la démence. Comme je pense que vous avez tous nos journaux, vous verrez cela dans un amendement de M. Clausel de Coussergues^ ; /4O ou 50 membres se sont levés pour, malgré les sages observations de M. de Villèle. C'est bien ce dernier qui soutient tout et qui suit la vraie ligne. Je vous le répète, c'est un homme qu'on n'a pas assez apprécié ; tout marchait en le faisant entrer dans votre ministère.
Je ne verrai pas l'ouvertui^e de la session prochaine, bien décidé que je suis à me retirer d'une Chambre où la modération ne peut plus rien, et où le parti modéré a été licencié par la retraite des ministres dans la Chambre des pairs, par la grande délicatesse de M. Laine et par votre ambassade à Naples
Je ne verrai pas la session prochaine, vous disais-je ; mais la pierre d'achoppement de la session actuelle sera probablement la demande que fera la
* A propos du budget de la Guerre (sdance du 30 juillet ISSâ).
droite d'une rente de plus de 20 millions eu faveur des émigrés. Cela ébranlera entièrement l'opinion et fera scission dans le ministère. L'Espagne doit aussi être un sujet de division. Les ardents croient qu'il n'y a qu'à se présenter. Les hommes d'expérience pensent que, si l'on entre dans ce pays, tous les partis se réuniront contre l'invasion, sauf à se déchirer ensuite à plaisir. Si Ton a le malheur de se laisser aller à cette guerre, les libéraux en profiteront.
Mandez-mei si le climat de Naples vous convient, si vous comptez y rester, enfin si cela est supportable. D'après ce que vous me dites, ce serait au mois de janvier qu'il faudrait y aller; quelle serait la meilleure route et ne vaudrait-il pas mieux s'embarquer à Toulon ou à Marseille?
Je dois avoir une conférence avec M. de Villèle pour nos élections. Mandez-moi si vous jugez fort important d'être nommé, je proportionnerai mes démarches à cela; car, sauf ce qui vous regarde, ma position indiquerait l'isolement entier de toutes ces opérations, ,
Il viendra, sans doute, un temps où l'on reconnaîtra que la modération est l'amie du pouvoir; mais tout est modo en France, et celle-là n'est pas encore près de venir.
Votre ami,
F. DE Wendel.
léJi8 CORRESPONDANCE.
1106. — M. Hermann ^ & M. de Serre.
[Août (7) 18».J
Monsieur le comte,
Je me suis acquitté avec empressement de votre commission pour M. le duc de la Châtre; le souvenir de M°*® de Serre lui a fait le plus grand plaisir , je le conçois, tout le monde en serait fier.
La santé de M. de la Châtre a été un moment inquiétante; il est bien rétabli, Tair de Meudon lui a fait reprendre des forces et sa gaieté naturelle.
Dans une seule dépêche, vous avez, monsieur le comte, présenté un tableau si vrai, si exact du pays où vous êtes qu'il me semble que nous n'avons plus rien à apprendre. Ce que vous me dites est assez triste pour le présent, et, comme les caractères ne changent point, il n'y a guère d'espérance pour l'avenir que dans la force des choses ; s'il y a main d'homme qui puisse contribuer à une amélioration, ce sera la vôtre, j'en suis convaincu.
Vous recevrez d'ici tout l'appui moral que vous pourrez désirer, et le Congrès fera le reste. Les af-
^ Depuis le commencement de février 183S, M. Hermann exerçait les fonctions de directeur des travaux politiques au ministère des Affaires ëtrangéres, dont il ëtait un des plus anciens agents. A la fin de cette même annde, il donna sa démission et reçut la croix de commandeur de la L^ion d'honneur.
faires d'Italie sont des rosés en comparaLîson de celles d'Espagne, qui font le tourment de rEurope, surtout le nôtre. Les mêmes causes produisent les mêmes efiPets, mais des Espagnols ne sont pas des Italiens.
M. de Rayneval doit être arrivé à Berlin à l'heure qu'il est; j'envie son sort, celui de tous les gens qui voyagent et surtout celui des gens qui ont de la santé : la mienne est détestable et empire tous les jours.
Adieu, monsieur le comte. Faites-moi la grâce de faire agréer mes hommages à M™* de Serre, et recevez, je vous supplie, celui de mon dévouement et
de ma haute considération.
Hermann.
1107. — M. de Serre k M™« de Serre.
CasteUamare, samedi soir [17 août (7) ISSSt].
Tu ne seras pas fâchée, chère amie, de savoir que nous sommes arrivés à bon port, quoique pas tout à fait sans encombre. Jusqu'à moitié chemin je faisais fort bonne contenance. Malheureusement j'avais à gauche M. Lefebvre^ qui a commencé par
«^Charles Lefebvre, né à Pontarlîer (Doubs) le h avril 1775. î\ vint en, Italie vers 1802 à la suite des armëos françaises, et resta longtemps à Venise, chargé d'une mission imiK)rtante. Puis il se IV. 29
UEO CORRESPONDANCE.
des grimaces, puis des sottises; à droite, M. de Saint-Mauris, qui s'est mis à ressemblera un citroo, ou si tu veux à un cédrat du plus beau jaune de Naples possible. En face de moi, M. de Belleval^ câlinait, se couchait, dormait. Bref, j'avais beau tenir mes yeux attachés sur l'imperturbable M. de Prévilie*, j'ai fini par n'être pas plus sage qu'un
rendît à Naples, ou son aptitude an travail et son esprit des grandes affaires lui valurent la recette générale de Lecce (d^crat du l/i mars 1811). Il conserva cette position au retour des Bour> bons (1815). Âpres l'avoir élevë à la dignité de pair du royaume (ordonnance du 11 août I8I18), le roi Ferdinand II le crëa comte de Balsorano (ordonnance du 10 avril I8G/1). M. Lofebvre moarut à Naples le 10 janvier 1853, laissant un fils, le comte Emesi de Balsorano, marié à Thérèse Doria, des princes d'Angri. Il avait eu deux filles, dont l'aînée, Flavie, avait épousé le marquis Raoul de Raigecourt, et la cadette, Louise, le prince Joachim de Le- (piilé.
< Le baron (puis vicomte) Gabriel-Philibert de BcUeval, né à Montpellier le 19 août 1795. Attaché au ministère des Affaires étrangères en 1818, second secrétaire d'ambassade â Naples le 1 1 mars 1832, à Madrid le !!7 avril 18S5, secrétaire de légation à Dresde le S3 août 18%, il devint premier secrétaire à Berne le 5 mars 1833, et fut mis en disponibilité, sur sa demande, le S3 septembre 1837. 11 mourut au Havre le l/i août ISUd.
* Le comte de Gras-Préville, d'une ancienne famille de Provence, entra dans la marine sous les auspices du bailli de Suffren, fit la guerre d'Amérique et s'y distingua. Chevalier dç Malle, il fit SOS caravanes en 1780 et 1786. L'île de Malte ayant été coïkquise, en 1798, par le général Bonaparte, M. de Préville la quitta pour prendre du service à Naples. Lors de la Restauration, Louis XVII T, par une faveur spéciale, lui conserva la qualité de Français, lui donna le cordon rouge de Saint-Louis, et le fit mettre dans le cadre de réserve de la marine française comme contreamiral : il avait le même grade à Naples, et commandait la mar ri ne napolitaine. C'est dans cette ville qu'il mourut en 181I9.
ANNÉE 183S. Ifil
antre. Nous sommes donc arrivés un peu étonnés et déconfits. Nous avons été fort bien reçus; M"''' et M"'' Acton^ semblent de la maison. La dernière est Jolie. Tu connais la mère.
Nous arrivons d'une promenade à pied sur la côte
plantée d'un fort joli bois Je compte qu'une
bonne nuit me remettra des fatigues de la journée. Je m'endormirai en pensant à toi, qui, je crois, regardes en ce moment, les flammes du Vésuve.
Au revoir. Je t'écrirai encore demain soir. Je prie notre ange de veiller sur toi, sur son frère et ses sœurs. Soyez tous bien sages. Je vous embrasse en bon père.
1108. — >M. de Serre U W^^ de Serre.
Castellamare, dimanche aolr (18 août (7) l&tSt\.
Demain lundi, à six heures du matin, nous re- Muonterons, chère amie, sur notre canot. On nous promet une mer calme : ni vent, ni roulis, ni ce qui s'ensuit. En trois heures, la rame nous conduira dans le port de Naples. Envoie-moi la voiture à
' Marie-Anne Acton ëtait la nîéce et la veuve de sir John Ac- Ion, premier ministre de Fwdinand I®', roî des Deux-Siciles.
Elisabeth Acton ëpousa, en 18S9, sir Robert ThrockmortoB et mourut en 1850.
Ii5a CORRESPONDANCE.
neuf heures, chez M. de Fontenay. J'arriverai à Capo-dî-Monte pour déjeuner avec toi.
Nous avons assez bien passé notre dimanche, et je suis, en somme, content de ma petite course; je le serai encore plus de te revoir. Je ne te donne pas plus de détails pour garder quelque chose à te raconter.
Je t'embrasse, de tout cœur, toi et nos chers enfants, et je le ferai de plus près peu d'heures après que tu auras reçu ce billet. Au revoir, bien-aimée.
Tout à toi.
1100. — M. de la Boulaye à M™® de Serre.
Ay, prés Épernay, 18 août IBS3L
J'avais, madame et bonne amie, de tristes pressentiments. Les chaleurs se sont ranimées dans nos contrées; je craignais qu'où vous êtes elles ne fussent excessives et qu'elles ne produisissent sur toute votre famille, inaccoutumée à de telles ardeurs, et sur vous, particulièrement dans l'état où vous êtes, de fâcheux effets.
J'avais raison de craindre. Votre lettre du 30 du mois dernier, quoiqu'elle porte avec elle son baume, me donne de tristes nouvelles. Notre ami a eu pendant cinq jours une forte fièvre ; Marie a été malade ;
ANNÉE 18S9. k53
Becquet est, pour la troisième fois, sur le grabat; père, mère, parents, enfants, domestiques, tous ont tour à tour payé ou payent encore de douloureux tributs. Espérons qu'après ces jours caniculaires tous seront, et pour longtemps, quittes de ces épreuves ; sans quoi nous serions forcés de dire que ce n'était en véiûté pas la peine d'aller chercher si loin de mauvaises santés.
Cependant ne perdez pas courage, car, pour me servir d'une bien commune expression, le vin est tiré, il faut le boire; il faut s'accoutiuner le moins mal possible aux temps, aux lieux et prendre patience : nous en aurons besoin.
Le valet de chambre chemine et doit être maintenant près de Naples. Vous serez contente de ses. dehors ; il est fort recommandé par le palais Bourbon. L'ambassadeur d'Angleterre à Paris ^ m'a écrit qu'il avait servi dans sa famille à la satisfaction générale. Espérons. Rien n'est, à présent, si rare qu'un bon, loyal et zélé serviteur. J'ai beaucoup de peine à réorganiser ma maison.
Soit que M. de Blacas n'ait pas compté sur une si prompte acceptation de sa démission, soit que ce que je vais vous dire se soit fait à son insu, il m'est revenu que Sa Sainteté avait écrit pour témoigner ses regrets de le perdre et pour manifester le désir de le conserver On a répondu, m'a-t-on dit, que ce qui était fait ne pouvait pas se défaire. Mes informations peuvent être véreuses; je vous les donne
« Sir Charles Sluart. — Voyez t. II, p. ASi.
JHUr CORRESPONDANCE.
pour ce qu'elles valent * . La scène va donc se peupler, à Paris, de nouveaux personnages. M. Hyde de Neuville vient de débarquer au Havre, M. de Blacas arrivera plus tôt ou plus tard, et M. de Chateaubriand demandera sans doute quelque congé. On se démènera beaucoup d'ici à la prochaine session. Nous verrons sous quels auspices s'en fera l'ouverture.
Que dites-vous de la déplorable fin du marquis de Londonderry * ? Les hommes ne sont plus assez forts pour les choses. Plus est grand le rôle qu'ils sont appelés à jouer, plus tôt leurs facultés s'épmsent ; la fermentation continuelle de leur cerveau amène la prostration des forces ou la démence. Si vous êtes tous assez heureux pour recouvrer la santé, profitez-en pour vous reposer. Laissez quelque temps bouillir le monde. Je ne puis rien vous dire du ou des Congrès. Si vous n'y êtes pas appelé, il faudra bien s'en consoler. Le temps s'adoucira, vous respi-
* « M. de Blacas» dans un mouvement d*irritatîon cause par un mécontentement personnel, avait donné sa démission de l'ambas* sade de Rome. On s'empressa de l'accepter, bien que le Pape et le roi de Naples, qui croyaient sa présence eii Italie utile à la cause de l'ordre et de la monarchie, eussent écrit au Roi pour l'en détourner. Cette ambassade fut donnée au duc de Laval, qui, depuis son retour de Madrid, se trouvait sans emploi. » {Histoirô de la Restauration, par M. de Viel--Castel, t. X(, p. 150.)
* « Lord Londonderry s'était coupé la gorge, le 13 août, dans un accès d'exaltation mentale, causé, suivant les uns, par la préoccnpation d'une politique qui commençait à devenir bien difficile; suivant les autres et plus vraisemblablement, par un excès de travail compliqué de quelque chagrin personnel. » {Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. XI, p. k33.)
rerez un meilleur air, vous vous rafinuchirez sous un beau ciel.
Je suis ici en assez bonne santé » entouré d'une partie de ma famille et prêt à recevoir d'autres parents. Wendel et Courvoisier m'avaient promis une visite ; ils ne m'ont pas tenu parole. J'ai Forestier et d'anciens amis.
Je songe beaucoup à vous. Je vous aime et vous aimerai toute ma vie tendrement. Agréez-en l'assurance et l'hommage de mes respects. J'embrasse vos enfants.
F. DB LA BOULAYB.
1110. — M. de Serre à sa mère.
Naples, aO août 185^1
Depuis votre lettre du ST? du mois dernier, j'ai reçu, chère maman, celle du 22, où vous nous parlez de notre pauvre petite. C'est une blessure qui saigne toujours. Cependant la santé de ma femme est raffermie. Je vais mieux aussi; j'ai fait sur le golfe un petit voyage qui m'a fait du bien» et j'ai à peu près repris mes forces.
, Nous avons loué à. Naples un appartement avec vue sur la mer, dont le bord est occupé par un beau jardin public, où nos enfants peuvent se promener sous nos yeux
Um^ CORRESPONDANCE.
Nous ne pourrons guère y être installés que pour le 15 du mois prochain. Jusque-là nous resterons à la campagne.
Il parait certain que le roi de Naples va au Congrès qui se réunira à Vérone à la fin du mois prochain. Il eût été à la rigueur possible qu'on m'y envoyât, maïs je ne reçois pas de nouvelles, et je suppose que cela ira à d'autres. Je m'en console facilement. Je commence à trouver que j'ai assez couru le monde. On m'a conseillé l'exercice du cheval; j'en fais usage avec succès. Nous avons aussi un billard à la campagne, de sorte que je suis assez dans les habitudes que vous me connaissez.
Au revoir, chère maman ; ma femme et mes enfr.nts vous font mille caresses, et moi, je vous embrasse du fond du cœur.
1111. — M. de la Boolaye à M. de Serre.
Aï, prés Éperoay, S7 août l&3t%.
Votre n*^ 1 A, cher ami, étiquetant vos lettres des 8 et 10 août, m'est bien arrivé et a passé de la valise
du courrier de MM. Rothschild dans celle de mon
secrétaire, que j'avais laissé à Paris pour s'y marier tant bien que mal à une demoiselle qui, depuis longtemps, lui chatouillait le cœur.
Je vois que vous avez reçu toutes mes lettres, sauf un n"" 17, qui n'était pas encore mûr, et, rêve-
nant sur le n° 8, je pense comme vous qu'il y a une divinité vengeresse dans les choses humaines. Les mauvaises actions restent m<auvaises malgré le succès, et Celui qui a précipité du faîte des grandeurs. Celui qui a frappé de l'esprit de vertige le plus puissant des guerriers et l'homme qui, pendant quatorze ans, avait été l'effroi de l'Europe, n'a pas apparemment abandonné ces divines balances, où le juste et l'injuste sont rigoureusement pesés.
Vos accès de fièvre m'ont alarmé. Ménagez-vous.
Meubler un hôtel est une grande entreprise. Il le faut bien, puisqu'on ne trouve rien de meublé. La raison veut qu'en pareil cas on se borne à l'absolu nécessaire. Les défroques se vendent toujoursmal. Je n'entrevois maintenant rien de prochain, rien de probable qui puisse amener une pareille vente.
Il n'y a- plus lieu à s'inquiéter de la translation de votre frère. Son chef de division doit venir ici ; il a acheté une maisonnette du côté de Château- Thierry. Nous reparlerons du Nord, mais il me semble que nous devons être fort tranquilles.
J'aurais bien encore à jaser sur l'Espagne et les libéraux; j'y reviendrai. Le temps me presse aujourd'hui.
Malgré les lenteurs de Wendel, je compte sur Turmel et Maud'huy, que je stimulerai d'ici.
J'embrasse vos enfants, et je vous répète, mea chers amis, que je suis tout à vous pour la vie.
U» C0RR£8P0in>ANC£.
1112. — M. de Serre à sa mère.
Ni^Ies, 99 août I8S3L
J'ai reçu, chère maman, votre lettre du 3 août; c'est une bonne et excellente lettre. Je suis biea aise que M. Breton ait adopté mon avis; vous serez, enfin débarrassée de ces tracasseries. Vous savez bien que j'ai toujours entendu les choses comme cela. Je suis heureux toutefois de vous contenter; jeté si loin de vous, c'est ma seule consolation
11 y a bien de l'embrouillement dans l'affaire de mes contributions, et, si l'élection, comme c'est probable, se fait cette année, cela pourrait bien faire obstacle à ma nomination; l'an prochain, je serai en règle.
La sécheresse continue, mais la chaleur est moins forte. Je me suis mis à me promener à cheval le matin, de cinq heures et demie à huit. On a alors de la fraîcheur qui se prolonge dans les chemins creux et entre les haies et les arbres dont ce pays est couvert. Je m'en trouve bien pour le reste de la journée. Eugène est mon compagnon habituel; quelquefois il s'y en joint d'autres.
Il paraît décidé que j'accompagnerai, le mois prochain, le roi de Naples au Congrès qui doit se tenir à Vérone ; ceci est encore à n'en pas parter . Ma femme le désirait par pointe d'ambition assez na-
ÂHNtE 18». IM
turelle et s'en afflige pour se trouver isolée et séparée de moi au moment de ses couches. Vérone est dans la haute Italie, entre Milan et Venise, à 180 lieues de poste d'ici. Les courriers avec Paris seront fréquents, et en envoyant vos lettres à M. Prévost, nous correspondrons plus rapidement. La perspective de cette mission m'a fait me livrer, depuis quelque temps, à de grands travaux préparatoires.
Mes enfants vont bien, ma femme aussi, quoiqu'elle ait besoin de ménagements. Souvent je la trouve toute en larmes pour sa pauvre petite. Je suis allé pour la première fois dans l'église où elle est enterrée, en grande représentation, au Te Denm de la Saint-Louis. J'en étais tout troublé; j'ai éjirouvé, cette fois comme bien d'autres, que la douleur porte à la piété : elle élève vers Celui qui nous a créés et doit nous recueillir.
Au revoir, chère maman; moi, ma femme et mes enfants vous embrassons tendrement.
Votre bon fils et meilleur ami.
1113. — M. de Serre it M. de Wendel.
Naples, 99 août 18^.
Je reçois, cher ami, votre lettre sans date. Vous y êtes fort à la baisse. Je ne désespère pas comme vous de la modération : c'est elle, dit Montesquieu,
JM CORRESPONDANCE.
qui gouverne les hommes. N'est-ce pas beaucoup que deux exagérations coalisées n'aient pu produire qu'une administration modérée en gros? Depuis longtemps le levain d'exagération s'affaiblit chez les royalistes; il ira s'affaiblissant d'autant plus qu'ils prendront plus de part au gouvernement, aux emplois, etc. Quant au passé, vous savez que ce n'est pas ma faute si l'on n'a pas autrement manœuvré, que j'ai seul fait l'arrière-garde et n'ai quitté le poste que quand le poste me quittait.
L'indemnité aux éniigrcs est en contradiction avec la guerre d'Espagne. On ne saurait avoir de l'argent pour tout. J'aimerais mieux mille fois la première que la seconde; ma plus forte crainte serait que les royalistes ne se fissent un grand tort dans l'opinion en s'indemnisant ainsi eux-mêmes.
Vous ne voulez plu5 aller à la Chambre. Il faut l'état de vos affaires que vous m'avez montré pour que j'y souscrive. Vous seriez réellement coupable» si vous ne consacriez quelques années à assurer sécurité à votre famille et indépendance à vousmême. Alors vous* verrez.
Vous me demandez si Naples me convient, si je compte y rester. Cet été brûlant m'a fort fatigué, moi et les miens. Mon traitement n'est pas en proportion avec la représentation indispensable, mon établissement est ruineux. Je doute qu'à l'user les gens du pays me conviennent. Voilà pour le présent.
Vous me demandez si je juge important d'être nommé député. Ce n'est qu'ainsi que, dans desmo-
ANNÉE 1899. Iffï
ments difficiles, qui ne sont pas impossibles, je puis rendre des services réels. On a pensé jadis que -je le pouvais. Quant à moi, cette qualité donne beaucoup de force à ma position personnelle ; elle m'est utile pour courir ma carrière diplomatique. Mais vous ne me dites pas un mot sur mes impositions. Je ne veux pas être nommé pour ne pouvoir entrer et rester dans les limbes.
Si vous venez en janvier, le plus court sei*ait de vous embarquer à Marseille : vous n'auriez pas à passer les Alpes en hiver.
Votre ami,
H. DE S
1114. — M. de Serre à sa mère.
Napl4)S, 3 septembre IBM,
Je vous ai écrit il y a peu de jours, chère maman; mais je saisis l'occasion d'un député, M. de la Panouze\ qui retourne à Paris, pour vous donner de nos nouvelles. Nous avons eu depuis huit jours un retour de chaleur, et la sécheresse n'a pas discontinué. Cependant nous nous portons tous bien.
* Alexandre-Cësar de la Panouze, banquier. Il dlait dëputë de la Seine depuis 1c mois de mai 183^. Il devint pair de France en 18S7 et reçut le titre de comte. Il mourut le ih juin 1836.
JMB CORRESPONDANCE.
Dans quinze jours notre hôtel à Naples sara meu*blé et nous quitterons la campagne. D'ici là je ferai une ou deux courses de mer vers les rivages voisins ; je me suis bien trouvé d'une que j'ai faite. Je me suis mis aussi à me lever matin et à me coucher de bonne heure, à monter à cheval avec le lever du soleil, et je me trouve bien de ce régime.
Quand cette lettre vous arrivera, vous pens^neft déjà à votre déménagement. II me tarde de vous savoir installée rue Saint-Honoré. J'espère que vous y trouverez un peu de ces distractions que toute la résignation et toute la piété dont vous êtes douée ne rendent pas moins nécessaires à notre pauvre nature humaine.
Si, comme il s'y prépare, le roi de Naples va au Congrès à la fin de ce mois, je pense toujours que je l'y accompagnerai. Sa Majesté est fort aimable pour nous ; il n'y a pas de semaine qu'elle ne nous envoie du gibier de sa chasse et des fruits de ses jardins. Le prince et la princesse héréditaires sont également pleins de bonté pour nous.
Je viens de voir M. de la Panouze, qui m'a promis d'aller vous voir et de vous donner de nos nouvelles. C'est un ami de M. de Villèle, et il m'a paru un excellent homme; Gaston, Louise et Marie lui ont donné des baisers pour leur bonne maman Serre.
Au revoir, chère bonne maman ; Annette vous fait ses tendresses, et moi, je vous embrasse du meilleur de mon cœur.
Votre bon fils et meilleur amî.
ANNÉE 18M. Xœ
1115. — M. de Serre it M^* de Serre.
Castellamare, h septembre 189SL
M"** de PrévîUe' me procure, chère amie, une occasion pour t 'écrire. Jusqu'ici notre voyage s'est passé le mieux du monde. Couchés sur les bancs dm canot, moitié lisant, moitié dormant, nous n'avons point eu de mal de mer. Nous avons eu à dîner M. et M™** de Stackelberg^, chez lesquels nous dînons de^ main, au retour de Sorrente, où nous allons de grand matin.
Nous arrivons, à huit heures, d'une grande promenade sur le mont Copola, duquel on a une trèsbelle vue quand il fait soleil ou clair de lune ; il ne faisait ni l'un ni l'autre. Cependant nous avons pu en juger au crépuscule. De là, nous avons aperçu de très-belles flammes du Vésuve et même des laves couler sur le sommet.
Te voilà, chère petite, au courant de ma journée
* La comtesse de Prëville, femme de Tamiral de ce nom«
* Le comte Gustave de Stackelberg, d'une famille orîgioaire de rEstonie> était né en 1766. 11 avait ëtudié le droit public à Strassbourg soas le célèbre Christophe-Guillaume de Koeh. Ministre de Russie d'abord à Turin, puis à Vienne, il assista, au Congrès de 181/h1815. En 1819, il se rendit à Naples pour y exercer les mémçs fonctions. Il prit sa retraite en 1835 et, depuis, vécut à Paris, où il mourut le 18 avril 1850. — Consultez le Conversai tions-Lexikony 11* Auflage, l/i*' B., S. 39. Leipsig, 1868.
Mb CORRESPONDANCE.
et des projets du lendemain. J^espère que la tienne se sera bien passée
Je vous embrasse et attends de vos nouvelles demain soir. Au revoir. Ména§e-toi bien et aime toujours ton plus tendre ami.
J'ai vu le général Mohr ; il est très-douteux que la santé du général Frimont permette au premier de s'absenter. Je le reverrai samedi matin. Ces dames doivent revenir du 12 au 13. J'irais la surveille et reviendrais avec elles. Tu vas crier : Le coureur' une course n'est pas finie, qu'il faut qu'il en arrange une autre. — Chère petite, c'est vous qui avex arrangé tout cela
1116. — Le duo de Blacas à M. de Serre.
Bagnaja, prés Viterbe» h septembre 18^
J'avais différé, monsieur le comte, de répondre à la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, dans l'espoir que je pourrais vous mander quelque chose de positif sur mes projets, et particulièrement sur celui qui devait me procurer le plaisir de vous revoir, quoique ce ne fût que pour peu de jours ; mais je n'ai pas encore reçu les réponses qui doivent fixer ma marche. Je ne veux cependant pas tarder davantage de vous exprimer, monsieur le comte, combien je suis sensible à tout ce que vous voulez bien me dire d'obligeant et d'aimable sur les
regrets que mon éloignement vous cause, et je vous assure que j'en éprouverai à ne plus me trouver à portée de suivre avec vous des rapports journaliers auxquels j'attachais un prix extrême. Mais vous ne devez pas avoir été surpris de ma détermination ; je vous l'avais confiée à votre passage à Rome, et, quand je me trouverai à même d'entrer avec vous dans de plus grands détails sur les motifs de ma retraite, je ne doute pas que vous ne trouviez le parti que j'ai pris le plus convenable à ma position et aux circonstances dans lesquelles je me suis trouvé placé.
J'ignore encore l'époque précise où le duc de Laval sera à Rome ; je sais seulement qu'il devait se mettre en route vers le l'^'^ septembre : je l'attends et je pense, d'après cela, qu'il me sera possible de quitter Rome avant la fin de ce mois. Je m'empresserai de vous tenir au courant de ma marche, et je saisirai toujours avec bien du plaisir l'occasion de vous renouveler les plus sincères assurances de l'attachement et de la haute considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Blacas d'Aclps.
P.- S, Veuillez bien offrir mes respectueux hommages à M"**^ la comtesse de Serre et recevoir, ainsi qu'elle, tous les compliments de M"™*" de Blacâs.