IV
1117. — M. de Serre à M™^ de Serre.
Casiellamare» 5 septembre 1839.
Je reçois le paquet, chère amie, et ta bonne lettre à huit heures et demie
Lorsque Emmanuel verra Wendel, je ne doute pas qu'ils ne s'entendent. Ce n'est pas là le point critique, mais celui des contributions. Au surplus, tout cela même n'est que secondaire.
Hier soir, ces dames nous avaient tenus à causer jusqu'au delà d'une heure. J'avais lu chemin faisant la nouvelle tragédie des 3/ac^afeefes ^ Nous n'en sommes pas moins partis à six heures. Nou» sommes allés et revenus par eau. Nous sommes restés trois heures à dos de mulet pour monter èur la hauteur d'où l'on voit à la fois le golfe de Saleme
et celui de Naples. Nous étions de retour à midi
Le soir, nous avons fait une course à âne dans la vallée et ramassé force poussière. Après ces deux journées et devant partir demain, à six heures, pour Pompeîa, tu penses bien que j'ai de bonnes dispositions à m'aller coucher. Je ne répéterai pas la soirée d'hier, et à dix heures je donne le bonsoir à ces dames.
* Les Machàbées ou le Martyre^ Iragëdie en cinq actes, par M. Alexandre Guiraud. Elle fut reprc^sentëe, pour la première fois, le \h juin 1822, sur le thëatre de l'Ode'on. Les principaux rôles ëtaîent joues par M^^' Georges et Joanny.
ANNÉE I8S3. hS?
Au revoir, chère amie ; je m'endormirai en pensant à toi et à DOS chers enfants. Envoie-moi samedi la voiture à neuf heures sur le rivage et attendsmoi pour déjeuner. Je t'embrasse, toi et nos cbers
bambins.
Ton meilleiu* ami.
1118. — M. de la Bonlaye à M. de Serre.
Ay» prés Éperuay, 8 septembre 1893.
Votre lettre du 20 du mois dernier, cher ami, a fait bonne route pour la Champagne et m'y a trouvé sous mes pampres. Vous êtes inquiet de ma santé pendant que je suis inquiet des vôtres : les mois entiers s'écoulent avant qu'on puisse s'entendre. Naples n'a pas que des délices, mais ce serait l'Elysée qu'à pareille distance je ne lui voudrais pas le moindre bien.
M. le vicomte de Montmorency a passé sous mon canon vendredi 30 août se rendant à Vienne*, accompagné de M. de Gabriac, premier secrétaire à Pétersbourg, de Bourjot* et de deux jeunes em-
* Une conférence préparatoire devait se tenir à Vienne et être suivie du Congrès de Vërone. — Voyez l'Histoire de la Restauratiofiy par M. de Viel-Castei, t. Xi, p. it3o
2 Ânge-Françoia-Charles Bourjot, ne à Paris en 1780. A dix-neuf ans, il fut admis aux Affaires étrangères, et devint, en 1807, souschef de la division politique du Midi. En 18U*, il fut choisi* par
/,e8 CORRESPONDANCE.
ployés des Affaires étrangères, MM, Damour' et Pontois*. Saint- André l'avait devancé de vingtquatre heures. J'ai eu des nouvelles du passage par M. le comte Reinhard^, ministre de France à Francfort, qui venait chez moi, mais qui, prévenu sur la route de Tarrivêe de M. le vicomte de Montmorency, s'est arrêté à Epernay pour échanger avec
M. do Tallcyrand» qui appréciait sa capacîtc^, pour chef do la division politique du Nord, à laquelle il joignit, en 18S5, celle du Midi. Nommé ministre plénipotentiaire à Francfort en ]8â9, le dérangement de sa santé Tempecha de se rendre à ce poste, dont il se démit après la révolution de 1830. Il mourut le \U août 1831!. U avait été nommé maître des requêtes en 1815 et conseiller d'État en 18^. Il avait reçu le titre de baron et la croix d'officier de la Légion d'honneur. — Voyez la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. V, p. 3â5.
^ Augustin- Jean Damour, né à Paris le S8 août 1775. Il entra au ministère des Relations extérieure's au mois de février 1800 en qualité d'attaché au secrétariat. Indépendamment des travaux habituels de ce service, il était particulièrement chargé de la correspondance chiffrée. 11 accompagna les ministres aux Congrès de Vienne, d'Aix-la-Chapelle et de Vérone. Nommé chef du bureau des chi fifres en décembre 18â5, il introduisit d'utiles perfectionnements dans ce service. Sur sa demande, il fut admis à la retraite le 31 janvier 1832. Il mourut à Paris le J^ janvier 1857. Il était chevalier de la Légion d'honneur depuis I8II1. Nous lisons dans l'Histoire générale des traités de paix, par le comte de
Garden, t. X, p. x : « M. Damour, homme d'un mérite posé,
solide et le plus laborieux de tous les secrétaires. *>
' M. Pontois fut nommé, en 1837, ministre plénipotentiaire à Washington et, en 18tO, ambassadeur à Constantinople.
3 Charles-Frédéric Reinhard, né à Schorndorf (Wurtemberg) le S octobre 1771, était le fils d'un ministre protestant. Premier se>crétaire de légation à Londres (1793K), à Naples (1793) ; chef de division au département des Affaires étrangères (179âi) ; ministre plénipotentiaire auprès des villes hanséatiques (1795), à Florence U798), le portefeuille des Relations extérieures lui lut confié du
ANNÉE 18S3. m9
son ministre quelques paroles à la portière de la voiture. M. Reinhard est arrivé ensuite avec sa famille. C'est un homme de mérite, vieilli dans les affaires, ayant, sous une enveloppe tiidesque, beaucoup de finesse, d'esprit et même de grâces dans l'esprit. Il pense comme nous pensons sur les affaires générales. Effrayé de la force du torrent, son opinion est que, pour le contenir et même momentanément, il faut lui ouvrir une large voie.
A M. Reinhard a succédé M. Laine. Sa visite inattendue m'a fait le plus grand plaisir: elle a été trop courte. Nous avons employé deux ou trois jours à causer de nos amis, de vous surtout et de cet excellent duc de Richelieu. J'ai su de quelle manière l'empereur de Russie avait parlé de sa
20 juillet 1799 au SS novembre suivant. U exerça de nouveau les fonctions de ministre plénipotentiaire en Helvëtie (L800)> dans la basse Saxe (1802), en Westphalie (1808); il resta auprès du roi Jérôme jusqu'à la chute de l'Empire. Au mois de mai I8I/1, il fut place à la tête de la chancellerie des Affaires étrangères. Il se tint à l'écart durant les Cent-Jours. Du 1®'' décembre 1815 à 1829, il résida à Francfort comme ministre plénipotentiaire. Après la révolution de 1830, il fut envoyé à Dresde ; en 1832, la dignité de pair et des lettres de grande naturalisation lui furent conférées. Il mourut à Paris le 25 décembre 1837. En I8I/4, il avait reçu, de Louis XVIII, le titre de comte. Depuis 1795, il était membre de l'Institut. « Sa parole écrite était abondante, facile, spirituelle, piquante, dit M. de Talleyrand; aussi, de toutes les correspondances diplomatiques de mon temps, il n'y en avait aucune à laquelle l'empereur Napoléon, qui avait le droit et le besoin d être difficile, ne préférât celle du comte Reinhard. Mais ce même homme, qui écrivait à merveille, s'exprimait avec une grande
difOcuIté Malgré cet inconvénient réel, il réussit toujours à
faire, et à bien faire, tout ce dont il était chargé. » (Eloge lu le 3 mars 1838 à l'Académie des sciences morales et politiques.)
k70 CORRESPONDANCE.
mort. « Jamais, a-t-il dit, le roi de France n'aura de serviteur plus loyal, plus capable, plus désintéressé ; il avait rendu de grands services à son Roi et à son pays, il devait en rmdre encore. »
M. de Chateaubriand va décidément à Vérone, si l'on en croit les gazettes; M. de Villèle est président du Conseil des ministres S et je n'entends pas parler de vous dans tous ces mouvements. Si l'on vous laisse à Naples, il faudra bien en prendre saa parti et profiter, pour affermir votre santé, de ces moments de loisir.
La mienne est beaucoup meilleure depuis que je respire le grand air. Je reprends mes habitudes campagnardes. Je suis maintenant en pleine vendange ; le temps est superbe et tout nous promet de bon vin.
Notre Conseil général ne s'assemble jamais que le huitième jour de la convocation. M. le duc de Doudeauvîlle, notre président-né, doit y arriver demain 9. J'aurais voulu pouvoir me trouver au rendez-vous, mais de grosses vendanges et l'arrivée de ma cousine s'y opposent ; M™® de Mareuil doit coucher ici ce soir, et son mari ne tardera pas à la rejoindre. Je n'irai à Châlons que le Ih ou le 15.
J'embrasse Louise et Marie de tout mon cœur. Mille tendresses au père et à la mère.
F. DE LA Boula YE.
^ Une ordonnance du 29 août chargeait M. de Viîléle du portofeuille des Affaires étrangères pendant l'absence du ministre de ce département ; une autre ordonnance, du h septembre, le nommait prdsident du Conseil des ministres.
ANNEE 183S. Ji71
1119. — Le comté de Villèle à H. de Serre.
Paris, 9 septembre 18S9<.
Mon cher monsieur,
Je vous écris par M. de Laval, qui part cette nuit et pourra, j'espère, terminer à Rome nos affaires de circonscription et de chapeaux*.
J'ai reçu avec plaisir les lettres particulières que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire. Comptez sur la sincère réciprocité des sentiments qu'elles m'expriment.
Vous aurez V^u que j'ai aussi reçu, en l'absence de M. de Montmorency, les dépêches que vous aviez adressées au ministère des Affaires étrangères. C'est une bien triste expérience qu'on nous fait faire du lieu où vous êtes, qu'une occupation étrangère aussi longue sans une amélioration assez sen-
^ Reçue le S8 par le duc de Laral. (Note de M. de Serre en tête de la lettre.)
' « Une bulle pontificale du IS octobre, concertée avec le gou- Ternement du Roi, établit la circonscription des quatorze archeyêchës et des soixante-six ëvéchës entre lesquels ëtait partage le territoire du royaume, et une ordonnance royale du 31 du même mois autorisa, avec les resserves ordinaires, la publication de cette
bulle M. de Cler mont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, fut
nomme cardinal, n {Histoire de la Restauration, par M. de Viel- Castel, t. XV, p. 367.)
Ui^ CORRESPONDANCE.
sible dans la situation pour pouvoir en supporter l'A diminution et en prévoir le terme.
Dans notre Sud, on nous met aussi à une terrible, épreuve,, et la situation, de ce côté, n'est pas plus satisfaisante que du vôtre.
Nous avons plus de force et de sécurité chez nous malgré les procès' qu'on a été obligé d'y faire et les déclamations que nos libertés autorisent. L'opinion s'y conserve assez bonne; la disposition des troupes s'améliore; nous sommes plus en état qu'à toute autre époque, peut-être, de supporter sans danger les inconvénients extérieurs qui sembleraient devoir nous compromettre.
J'ai la plus grande confiance que nous surmonterons toutes les difficultés et que, après avoir fait l'effroi de l'Europe, nous pourrons lui donner de bons exemples.
Vous me connaissez assez, j'espère, pour être sûr que ce résultat est le seul but auquel je puisse faire tous les sacrifices que ma position m'impose. Il ne dépendra pas de moi qu'ils ne tournent à l'honneur et au profit de mon pays. Je demande aide et secours à tous les bons Français pour cette difficile entreprise, et je sais combien vos sentiments généreux vous portent à vous y associer. J'y compte tout à fait, comme vous savez, mon cher monsieur, que vous pouvez compter sur la confiance et les sentiments affectueux que vous porte depuis longtemps
J" DE ViLLÈLE.
* Les procès du g^n^ral Berton, du lîeulenant-colonel Capon, etc.
Je VOUS remercie bien du bon accueil que vous avez bien voulu faire à M. de la Panouze pour moi.
Corbière a été bien malade avant-hier ; il est fort bien aujourd'hui; le travail Ta fort affaibli; il va prendre quelques jours de repos en Bretagne. Pour moi, c'est un miracle: la fatigue ne m'a fait aucun mal ; je suis de ceux que la misère engraisse.
1120. — M. de Serre & sa mère.
Naples, 10 septembre 1822.
Votre dernière lettre, chère maman, est du 16 août et adressée à Annette. Vous y exprimez vos craintes sur la petite maladie que j'ai faite à la fin de juillet. J'espère que vous aurez été bientôt tirée d'inquiétude par mes lettres du commencement d'août, qui ont dû vous arriver peu de jours après par courrier extraordinaire. Ce n'est pas un des moindres inconvénients d'un aussi grand éloignement que la prolongation des inquiétudes, lors même que leur cause a cessé depuis longtemps. Pour y remédier autant que possible, il faut s'imposer la règle d'écrire au moins une fois toutes les semaines. Je vous remercie, chère maman, de l'avoir fait jusqu'ici et vous prie beaucoup de continuer. De mon côté, je ne resterai point en arrière. Toutefois, si, comme je le présume, je devais partir pour le Con-
JiTZi CORRESPONDANCE.
grès à la fia de ce mois, pensez qu'un voyage dérange toujours les correspondances et n'ayez point d'inquiétudes. Rien n'est encore décidé sur le moment où partira d'ici le roi de Naples. Je ne partirai vraisemblablement que deux ou trois jours après lui. En attendant, bien que la chaleur soit encore assez forte, je continue à faire quelques excursions préférablement par mer. La semaine dernière, j'ai vu Sorrente et Castellamare, et Pompcia, cette ville romaine qui fut ensevelie sous les cendres jetées par le Vésuve il y a dix-huit siècles, et que depuis trente ans on travaille à découvrir. Depuis trois ou quatre jours, tous les soirs, le Vésuve jette beaucoup de flammes et de pierres ; on prévoit une éruption. Mais ces prévoyances sont souvent trompées. Ce soir, je m'embarque avec Eugène pour l'île d'Ischia, où nous trouverons une générale autrichienne et sa fille*, que j'ai connues à Colmar et qui y prennent les eaux. Nous y passerons deux jours et reviendrons avec elles. Sur mer, on ne souffre presque pas de la chaleur.
L'ameublement de notre hôtel à Naples avance beaucoup et nous pourrions aller l'occuper dans huit jours. Mais nous sommes plus fraîchement à la campagne et nous y resterons jusqu'à l'arrivée des pluies. Nous continuons à nous porter tous assez bien et même à prendre un peu l'habitude du pays. Annette et les enfants me chargent de leurs tendresses pour vous
* M«e et M»* de Molir.
ANNÉE l8îSt l»:5
Au revoir, dière maman ; j'espère toujours que la Providence rapprochera ce moment désiré. Jusquelà aimons-nous et écrivons-nous -le souvent. Je fais des vœux pour que votre santé se soutienne bonne -et que vous soyez contente de votre nouveau logement.
Je vous embrasse de cœur comme ma bonne mère et tendre amie.
Votre dévoué fils,
H. DE S
1121. —M. de Serre à M. Remy.
Naples, 10 septembre 182SL
J'ai reçu, mon cher ami, ta bonne lettre du 27 juillet. J'étais bien sûr que tu comprendrais la douleur que nous a causée la perte de notre cher enfant. Dans les moments les plus pénibles de ma vie, j'ai tâché de dire du fond du cœur le votre volonté soit faite! Je l'ai dit aussi, mais avec plus de déchirements que jamais, lorsque cette chère petite nous a été retirée. Heureusement ma femme a pu soutenir ce malheur sans, je l'espère au moins., que l'enfant qu'elle porte dans son sein soit compromis.
Je te remercie des nouvelles que tu me donnes de tous les tiens et particulièrement de ton respectable père ; que Dieu le conserve longtemps encore sur la
JTtô CORRESPONDANCE.
terre pour rédîficatîon de tout ce qui le connaît! Présente-lui mon tendre et reconnaissant hommage.
Ta correspondance avec M. Riboulet doit te faire juger jusqu'à quel point nous sommes réciproquement contents l'un de l'autre. Je n'ai qu'à me louer de ses rapports avec toute ma famille et particulièrement des soins qu'il donne à Gaston. Il s'est fait aimer et respecter par l'enfant, ce qui est beaucoup. Quant à lui-même, je ne dirai pas s'il se trouve heureux. C'est une grande épreuve à son âge qu'un changement de situation aussi absolu. Ses nerfs sont délicats et sa fibre molle. Beaucoup d'exercice le fortifierait, l'endurcirait; il n'en fait pas. Pour un jeune homme, il ne vit pas assez dans le présent; il nage trop dans le vague.
Au revoir, cher ami, quand il plaira à Dieu me rapprocher de ma patrie. Ma femme et mes enfants vont bien maintenant, et les grandes chaleurs ne peuvent tarder à finir. Je commence à faire des excursions dans le pays et de préférence par mer; je remets les courses de terre à une saison plus fraîche. J'espère que ta femme et tes enfants se portent bien ; je leur dis mille choses, particulièrement à mon filleul. Je t'embrasse du meilleur de mon cœur.
1122.^ M. de la Boulaye à M°^^ de Serre.
Ay> prés Epemay, IS septembre 1822.
Dans sa lettre n** 16, du 29 août, madame et bonne amie, notre cher ambassadeur me dit que vous êtes toute prête à m'accuser d'inconstance si je n'écris pas d'Ay, où il me regarde comme enterré. Il a Tair de croire que les cousins et les cousines m'absorberont et que j'ai fait mes adieux au monde. Je réponds d'abord que 'depuis le 9 août, jour de mon arrivée à Ay, j'ai écrit le 18 à une belle Excellence de vos amies, le 27 sous le n"* 21 au mari de cette belle Excellence et le 8 septembre au même mari sous le n"" 22. La Champagne ne m'a donc pas fait oublier l'Italie. Ensuite, quant aux cousins et cousines, j'en suis en effet fort agréablement entouré. Les uns me sont venus d'Allemagne, d'autres des Pays-Bas, puis de Paris, puis les naturels du pays. Tout ce monde vous est connu. Les Durant de Mareuil, les Saint- André, les Adrien de Jessaint, même mon beau-fils et ma belle-fille*, tout cela vous est dévoué ; tout cela a plus ou moins été comblé de vos gracieuses bontés ; tout cela en est fort reconnaissant et vous offre de tendres, de respec*
* M. et M™® Jules de la Boutraye.
tueux hommages. M. Joseph de Mareuil, mon filleul, qui accompagne son père et sa mère et sur lequel vous savez que j'ai des projets, est un fort joli
enfant C'est un jeune garçcm qui s'élance et
prend en grandissant Tair et les manières de son oncle Saint- André. Nous allons mettre cet enfant au collège. Voilà pour le cousinage. Quant à Tinconstance, ce n'est pas à soixante ans qu'on se donne des airs de farfadet. Des amis comme vous sont rares et précieux. Lorsqu^on a le bonheur de les avoir, on les garde. Je ne puis trop vous répéter q[ue je vous suis dévoué jusqu'à la mort, que je vous regarde comme de chers parents et que vous êtes sans cesse présents à ma pensée Enfin, quant à l'abandon de Paris, il n'est que trop vrai qu'à présent Paris m'est insupportable, et, je vous le demande, n'en êtes-vous pas la principale cause? Après vous^ que m'y reste-t-il? que voulez-vous que j'y fasse? J'ai horreur des salons, des courbettes, de toutes ces figures sans cesse tournées vers les puissants, et je n'aurais ici nulle aôaire au lieu d'en avoir beaucoup à mettre en ordre, que mes vignes, mes champs, ma maison me paraîtraient encore un précieux asile.
Notre ami sera sans doute à Vérone lorsque cette lettre vous parviendra. Saint- André est avec M. le vicomte de Montmorency à Vienne. Je crois qu'il n'ira pas plus loin, Saint- André ; cependant je n'en suis pas sûr. S'il allait à Vérone, M. de Serre y trouverait en lui un homme capable, dévoué, reconnaissant. Je regarde Saint-André comme uu des
ANNÉE 183S. /i79
meilleurs ouvriers des Affaires étrangères, et tôt ou tard il y jouera son rôle.
J'embrasse vos enfants, votre frère, votre cousin J'écris à Vérone et je baise vos mains.
J'envoie cette lettre et celle pour Vérone à mon cousin Challaye^ aux Affaires étrangères. Si l'on n'est pas à Vérone, il le saura.
1123. — M. de Serre à sa môre.
Naples, 13 septembre 1829.
Je saisis une occasion pour vous écrire quelques mots, chère maman. Kien de nouveau dans notre petit ménage et rien de plus décidé dans mes possibilités de voyage
Je suis revenu avant- hier de ma course dans l'île d'Isclîia ; c'est un beau et curieux séjour. Nous l'avons parcourue tout entière sur des ânes, seule monture du pays. Les dames que nous y visitions nous ont fort bien accueillis ; je crois vous avoir écrit que j'étais avec Eugène. Je commence à m'habituerà la mer et n'en souffre plus; quand on en est là, c'est une délicieuse manière de voyager. On
* M. Challaye ^tait soiis-cfaef de la dînsion du Nord à la direction des afiaires politiques ; il ëtait, en outre, maître des requêtes. 11 devint plus tard consul gëndral.
a de la fraîcheur sous le plus beau ciel et Ton parcourt, sans fatigue, de superbes rivages. Vous savez que ces courses me font toujours du bien.
Je vous engage fort à exécuter vos projets et , tous les jours où cela sera possible, à faire un tour de Tuileries; il y a d'excellents endroits pour l'hiver, où Ton est à l'abri des vents et où l'on recueille le moindre rayon de soleil.
Votre dernière lettre est du 21 août; je ne fermerai pas celle-ci que Te courrier ne soit arrivé ; peut-être m'en apportera-t-il une de vous. Si M™* de Brie est arrivée, présentez-lui mes hommages et ma reconnaissance pour l'amitié qu'elle vous montre. J'ai appris avec plaisir que le sort de son fils avait été amélioré.
Le courrier est arrivé et ne m'apporte pas de lettre de vous. Au revoir, chère maman et tendre amie. Je vous embrasse du meilleur de mon cœur; ma femme et mes enfants en font autant. Votre bon fils,
H. DE S
1124. — M. de la Boolaye à M. de Serre.
Ay, prés Epemay, Ih septembre IQXt.
J'ai reçu, cher ami, votre n^ 16 du 29 août; non, mes n**' 19 et 20 ne sont point de vrais adieux. Je
ANNÉE 18SS. !Sl
ne serai point absorbé à Ay, quoique j'y sois agréablement entouré de cousins et de cousines. Aux champs comme ailleurs, vous serez toujours cher à mon cœur, présent à ma pensée ; toujours je vous serai dévoué sans réserve, toujours vos recommandations et vos ordres me seront sacrés. Mais indépendamment de la nécessité de remettre en ordre une assez grande maison presque totalement abandonnée depuis cinq à six ans, que pourrai s-je faire à Paris? Vous n'y êtes plus, je n'ai aucun moyen de vous y servir efficacement, et ce séjour m'est de- A'enu odieux. Maud'huy était parti convaincu que, sans recourir aux impositions de Paris, on vous mettrait en règle dans la Moselle. Je lui ai écrit;
j'attends sa réponse.
J'ai écrit à M. Walckenaer* comme vous le désiriez ; dès que j'aurai réponse, et s'il y a lieu , je m'entendrai avec le préfet de la Moselle et Wendel. Ce dernier m'avait formellement promis de me visiter
* Charles-Atbanase Walckenaer, né à Paris le S5 décembre 1771 . Élève de l'École polytechnique en 179/i, il ëtait, ea 1813, membre de l'Institut. II accueillît avec joîe le retour des Bourbons; il devînt en 1816 secrétaire gênerai de la préfecture de la Seine, en 1896 prëfet de la Nièvre, et en 18S8 pre'fet de l'Aisne. 11 avait reçu, en 1833, le titre de baron. La révolution de 1830 le rendit tout entier aux sciences et aux lettres. En 1839, il fut attaché à La Bibliothèque royale comme trésorier et, peu après, comme conservateur adjoint. £n 18M), il fut élu secrétaire perpétuel de l'A^ cadémie des inscriptions. Il mourut à Paris le 38 avril 186S. On remarque, entre ses nombreux écrits, VHUtoire de la. vis ei des ouxrrages de la Fontaine, la Géographie ancienne de /a Gaute et les Mémoires sur M'^^ de Sévigné. — Consultez la notice de M. Naudet sur M. Walckenaer.