IV
itt CORRESPONDANCE.
en passant ; il n'a pas tenu parole. Le biais que vous lui avez indiqué est bon, mais je ne puis pas garantir qu'il lui convienne de le prendre.
Vous êtes probablement en route pour Vérone. Je ne m'adresse qu'à mon beau-fils pour vos lettres, n'étant pas assez sûr des mouvements de M. Prévost. Mon beau-fils est à Ay. Il me reste un cousin aux Affaires étrangères, second de M. Bourjot, M . Challaye, maître des requêtes, et je lui envoie cette lettre avec une autre lettre pour notre belle Excellence. Je conçois toutes les inqpiiétudes que vous cause l'état dans lequel vous la laissez, je les partage et je supplie qu'on emploie la main du frère ou du cousin pour me donner des nouvelles.
Je vous ai dit que M. Laine avait eu la bonté de me venir voir. Vous avez été presque toujours en tiers dans nos conversations. Il vous aime, vous honore et fait de vous le plus grand état. Vous n'êtes pas tout à fait d'accord.
M. Pasquier voyage avec Rebuta Je croîs, comme vous, cpi'îls ne flaireront pas de trop près les Congrès.
Saint- André est à Vienne avec M. le vicomte de Montmorency. Je ne croîs pas qu'il aille plus loin ; cependant je n'en suis pas sûr. Si Vérone vous réunit, vous trouverez eh lui un homme capable dont vous pourrez vous aider.
Depuis ce malheureux âO mars, il n'y a pas un
1 M. Rebut la Rhoëllerie avait éié chef de dirision au ministère de la Justice (organisation du personnel de l'ordre judiciaire) sous M. Pasquier et sous M. de Serre.
porteur de sabre qui ne croie que la gloire militaire tourne toutes les têtes et que les sous-lieutenants peuvent faire des révolutions. Les affaires de Napies, du Piémont et toutes ces infamies de conspirations qui remplissent nos journaux en sont la preuve. Les libéraux se sont faits complices de tous ces crimes ou de toutes ces sottises. Tout est et doit être dirigé contre eux dans les circonstances actuelles. Les esprits des régulateurs du monde ne me paraissent pas avoir une autre direction.
L'Espagne, abandonnée à elle-même, serait sans doute en proie à une longue guerre civile. L'action du dehors, dans mon opinion, décidera momentanément la question. On régnera, on fera partout ce qu'on voudra du droit du plus fort; mais la conquête ne finit pas les questions. Il faut conquérir et acquérir. C'est là le problème à résoudre.
Voici une lettre de Laisné de Villevêque*
Voici en outre une lettre de Pardessus ^ ; ses vo* lûmes sont enrégimentés.
Mille tendresses, bien cher aini; comptez sur moi
jusqu'à mon deniier souffle. Toute ma famille vous
présente hommages et respects. J'envoie à la belle
Excellence mes caresses pour ma chère filleule,
Oaston e t Louise .
< Voyez t. III, p. /i66.
* Voyez ci-dessus p. 308.
UBk CORRESPONDANCE.
1125. — Le oomto de VUlèle à M. de Serre.
Paris» 15 septembre 1899 >*
Je reçois dans Tinstant, mon cher monsieur, votre lettre du 3 arrivée par M. de la Panouze. Comme j'expédie cette nuit un courrier à Rome, j^en profite pour vous remercier de vos bontés pour M. de la Panouze et de votre attention pour moi.
Je viens du château et de remettre moi-même à Monsieur les quatre lettres et le paquet apportés par M. de la Panouze à M™" la duchesse de Berry, de la part de Son Altesse Royale, son père. Elle était partie pour Rosny après la réception de ce matin. Elle jouit de la meilleure santé ainsi que le duc de Bordeaux et Mademoiselle. Elle aura ses lettres demain.
Je lirai avec intérêt le travail sur la Sicile* que vous adressiez à M. de Montmorencv. Il est à Vienne depuis huit jours.
Le télégraphe nous annonce que le duc de Wellington nous arrivera ici le 18, y passera un ou deux jours et ira de là à Vienne. Il est presque certain que c'est M. Canning^ qui prendra la place de lord Londonderry.
* Reçue le S5. (Note de M. de Serre.) « Voyez rAppendice n^ XXXV.
3 Georges Canning, né en 1770. Dëjà ministre des Afifaîres étrangères de 1807 à 1809, il le devint une seconde fois en IBSSi II
ANNÉE 18S3. tô6
Vous pensez avec raison que les occupations ne devraient être utiles que pour rétablir Tordre et préparer l'organisation qui peut seule rendre leur cessation possible et leur retour sans nécessité ; mais il faut convenir que, dans Tétat actuel des choses, cette organisation est bien difficile, et c'est sur quoi comptent avec raison nos ennemis. Il faut néanmoins y travailler de tout notre pouvoir, si nous voulons ne pas succomber dans la lutte : c'est ce que nous faisons chez nous ; c'est ce que nous favoriserons de tous nos moyens chez les autres. Mais à la peine que nous avons à faire notre part, il est bien dur d'avoir à joindre aussi celle d'agir chez les autres.
L'Espagne nous place dans la plus triste situation : l'anarchie et la guerre civile désolent ce malheureux pays. Il nous redoute comme si nous pouvions gagner quelque chose à sa perte, et nous sommes presque aussi intéressés que lui à sa conservation et à sa prospérité. Nous voudrions pour lui tout ce que vous voudriez comme nous pour Naples, c'est-à-dire une organisation sociale et un gouvernement; mais c'est plus facile à désirer qu'à obtenir, et, comme il faut se méfier des fous, nous sommes prêts à tout événement. Nous avons beau- <50up gagné sous ce rapport depuis un an, et, si l'on nous y force, vous verrez, j'espère, l'armée française
fut nomme premier lord de la Trésorerie en 18iK7 et mourut cette même année. H avait publie , dans sa jeunesse , quelques poésies.
sur un pied respectable» animée d'un bon esprit et faisant bien son devoir.
Au Congrès, nous aurons un parti bien arrêté dans son ensemble et dans tous ses détails ; mais à quoi bon, si ce n'est pour nous, alors qu'il est à craindre que tous les intéressés, comme nous, ne voient pas du même œil et n'aient peut-être pas le même but? Au reste, si l'on manquait d'ensemble^ nous ferions encore en sorte que ce ne fût pas par notre faute.
Adieu, mon cher monsieur. Nos plus graves inquiétudes viennent de ce que vous voyez à l'extérieur. L'intérieur va bien, notre situation s'améliore sous beaucoup de rapports. Il y a plus de vie et de force en France qu'on ne le suppose généralement. J'espère que nous surmonterons tous les obstacles; les gouvernements en ont toujours eu ; c'est à eux à les vaincre. Pour ma part, j'y sacrifierai mon existence : Dieu veuille que ce sacrifice soit utile au Roi et au pays !
Croyez-moi, de bien bon cœur, tout à vous
J* DE ViLLÈLE.
ANNEE 18». mi
1126. * M. de la Boulaye à M. de Serre.
Ay, prés Épemay, SA septembre 182^
J'aî bien reçu, cher amî, la lettre que vous m'avez écrite (n® 17) le 3 de ce mois, par M. de la Panouze. Je l'en ai remercié.
M. le duc de Doudeauville, que le Conseil général a appelé en Champagne, m'a chargé de vous dire mille choses aimables de sa part. Becquey m'a écrit, ces jours derniers, qu'il allait partir pour la Bretagne. Concluons-en que ses inquiétudes sont calmées Beugnot, de retour des eaux méridionales (je ne sais pas bien lesquelles), doit être maintenant à Beaulieu avec M. de Jessaint.
On m'écrit de Paris qu'on ne sait pas ce que contient un mémoire sur la Sicile*, récemment envoyé par vous, mais qu'on est sûr que l'ouvrage a été trouvé excellent et qu'il en a été fait un éloge fort remarquable. On me dit encore qu'on a vu l'un des diplomates qui se trouveront à Vérone et que ce diplomate, que je crois être M. de Chateaubriand, vous verra avec grand plaisir.
M. Laine va partir pour Bordeaux. Il faut qu'il ait pris goût ici à nos raisins de Champagne, car il me demande du plant. Je vais envoyer une vingtaine de nos ceps fraterniser avec les siens.
« Voyez rAppendîce vP XXXV.
Uf^Q CORRESPONDANCE.
Le duc de Wellington a passé hier par Epemay, se rendant à Vienne. M. le vicomte de Montmorency n'est attendu à Paris que dans le cours de la première quinzaine d'octobre.
Le marquis de Londonderry s'esi aperçu que sa tête se dérangeait; il n'a pas voulu se survivre. Les Anglais ont quelque chose du caractère des anciens Romains : leurs hommes d'État sacrifient le monde aux intérêts de leur pays, et la vie à la gloire. Le marquis de Londonderry laisse en bon ordre une fortune de 60,000 livres sterling de rente, que les affaires n'ont ni améliorée ni dérangée. li est fort regretté par sa clientèle, dont il n'a jamais abandonné le plus mince sujet,- et par les mînisti'es étrangers, qui comptaient sur sa persévérance dans ses plans. M. Canning est un homme de plus d'éloquence, mais de plus de mouvement.
J'ai vu à Ay Félix d'Hunolstein^ qui ne doute pas de votre élection dans la Moselle, et qui m'a chargé de vous assurer de son entier dévouement.
Après une longue sécheresse, nous avons de la pluie depuis deux jours. Le vin sera bon, et, lors-
* Pbîlîppe-Charles-Fëlix, comte d'Hunolsteîn, né à Paris le Sa avril 1778, était fils de Philippe-Antoine-Vogt, comte d'Hunolstein. Il fut ëlevë à la dignité de pair de France le 5 mara 1819. Il mourut au château de Hombourg, prés Thionville, le 19 octobre 1838. Il avait épousé, en 1803, Claire de Bourdeille, fille du marquis de Bourdeille, massacré à Paris pendant la Révolution. Devenu veuf, il épousa, en 1819, sa cousine germaine, Sopliie d'Hunolsteîn, fille de Jean-François-Léonor, baron d'HunoUtein, major des dragons de Chartres en 1789, maréchal de camp en ISlh.
ANNÉE 1893. Wè
qu'il vous conviendra d'en venir boire, vous n'en manquerez pas. En attendant, nous buvons à votre santé.
Je suis en correspondance réglée avec M"® votre mère, que j'aime bien, dont la santé est bonne, et qui se fait fête de s'installer, le 10 du mois prochain, dans le voisinage des Tuileries.
Les bontés que vous témoigne S. M. le roi de Naples me font grand plaisir. Le voyage de Vérone vous sera utile de diverses manières, je me plais à le croire, et, si vous pouvez persuader aux pasteurs des peuples que, pour se procurer tout l'argent dont ils ont actuellement besoin, il faut que la majeure partie de leurs troupeaux puisse se mouvoir avec quelque liberté, vous aurez bien mérité du genre humain. Les libéraux ont tout gâté et partout. Tant que l'état actuel des choses durera, leur compression est certaine.
J'espère que notre belle Excellence me donnera oume fera donner de ses nouvelles.
Je ne sais où cette lettre vous parviendra; mais je ne l'en charge pas moins de mes tendresses pour toute la colonie.
Tout à vous,
F. DE LA BOULAYE
m CORRESPOND Ah CB.
1127.— M. de Sarre au comte de Villèle.
{ConfdentielieK)
N^ples, 96 septembre IS3QL
J'ai reçu hier, mon cher monsieur, votre lettre du 15. J'ai tout de suite donné à S. A. R. le duc de Calabre des nouvelles de M°^^ la duchesse de Ben'v et de ses enfants. Le duc de Calabre soufiFre encore beaucoup de sa fluxion sur les yeux ; le Roi est parfaitement rétabli ; il a reçu hier et avanthier.
Le ministère n'a encore pu tomber d'accord des conditions de son acte d'amnistie; il barguigne tant pour prendre le pai'ti le plus sage, qui serait aussi le plus simple, que j'ai bien peur qu'il n'en prenne un autre. J'y ai fait ce que j'ai pu.
Lorsque vous aurez lu mon travail et si vous en approuvez les vues, je pourrai vous en envoyer un spécial sur le royaume de Naples, qui sera le complément du premier et dans lequel seront expliquées les causes des dernières révolutions de l'Italie*. Vous y verrez que le protectorat de ce pays, dévolu à une seule puissance depuis sept années, a été exclusivement exercé dans l'intérêt particulier,
* Non expédiëe. (Note de M. de Serre.) « Voyex l'Appendice no XXXVL
souvent mal entendu, de cette puissance, que le motif ou le prétexte pour lequel elle s'est emparée de cette suprématie et la conserve a été de préserver l'Italie de révolutions nouvelles, et que ce sont précisément les fausses mesures prises par cette puissance même ou par les gouvernements d'Italie sous son influence directe qui ont amené les révolutions de Naples, de Sicile et de Piémont en 1820; que, depuis ces révolutions et leur ré^ pression par la force, cette puissance agit toujours dans le même esprit et le même système, irritant tout et ne fondant rien, et préparant ainsi des révolutions plus violentes pour le jour où s'éloigneront ses armées, dont elle rend par là la présence perpétuellement nécessaire. Je suis loin de contester à cette puissance, en ce moment et dans l'avenir, une juste influence sur les affaires d'Italie ; cette influence est dans la nature des choses, mais elle ne doit pas être sans contrôle et sans partage*. Et l'un et l'autre appartiennent naturellement à la France, par son intérêt, politique et commercial, au repos et à la prospérité d'un pays limitrophe, par les liens du sang qui attachent sa dynastie à celle des Deux-Siciles. Les malheurs que la France a éprouvés ont trop longtemps neutralisé son influence ; à mesure que ses malheurs s'effacent, cette influence doit renaître ; elle fait partie de l'honneur delà couronne, elle est l'un des besoins d'une nation forte et accoutumée à agir sur les autres, enfin et surtout elle est un besoin pressant de l'Italie. Pour exercer son contrôle et fonder son influence, la France
n'aura besoin de rompre avec personne ; il lui suffira de bien établir quelles sont de tout temps les conditions de la stabilité dans une monarchie, quelles sont particulièrement celles d'une restauration, et de refuser son assentiment et son appui moral à tout ce qui ne serait pas l'accomplissement de ces conditions.
Vous aurez, dites-vous, au Congrès, un parti bien arrêté dans son ensemble et dans ses détails. — Bien, mais n'ajoutez pas : A quoi bon si ce n'est pour nous? Si ce parti est, comme il faut l'espérer, fondé sur la justice et sur l'intérêt général de l'Europe, les organes de la France auront la plus grande force pour le soutenir; ils en auront d'autant plus que la France, faisant plus de progrès vers l'ordre, appuiera ses paroles de son exemple.
La fièvre jaune nous a rendu service en nous mettant dans le cas de réunir un corps d'armée et de prouver ainsi par sa bonne attitude, depuis dixhuit mois, qu'on pouvait le faire sans danger. Nous avons ainsi recouvré l'élément de l'influence au dehors. Il sert sans agir, il sert parce qu'au besoin il pourrait agir. Mais, pour cela, il faut que cette armée reste toujours disponible; si une fois elle était engagée en Espagne, nous perdrions par oc seul fait toute influence en Europe : on ferait, sans nous et malgré nous, tout ce qu'on voudrait en Turquie, en Italie et ailleurs.
ANNÉE 1883. AdS
1128. ~ M. de la Bonlaye à M™* de Serre.
Ay, prés Épemay, 30 septembre l^S.
Il ne faut pas juger sur les apparences, madame et chère amie : je ne suis pas heureux. Qui peut, hélas! rêtre parfaitement dans ce monde? A la tête des affaires et d'une immense fortune, le marquis de Londonderry se coupe la gorge, tandis que le vainqueur de Bonaparte, le duc de Wellington, malade, n'ayant probablement besoin que de repos, est obligé de postillonner après les Congrès pai'ce que son rôle l'exige. La destinée de presque tous ceux qui tiennent le monde en émoi est de payer cher quelques années d'illustration. Le chagrin les tue lorsqu'on cesse de les applaudir, et la continuité des applaudissements les condamne à périr sur la scène. Médiocre, obscur comme je le suis, il semblerait que mon sort dût être différent; cependant il n'en est rien. J'ai mon petit théâtre, mon petit public. Lorsque mon petit rôle est joué et que je rentre dans mon intérieur, je me trouve seul avec des mercenaires qui s'occupent beaucoup de leurs intérêts, fort peu des miens, et sur qui je dois exercer une surveillance perpétuelle pour n'être pas trop grossièrement leur dupe. Ma famille va bientôt me quitter, et le vide sera profond, car ici comme ailleurs, la société n'offre point de ressources. J'ai été
trop mêlé aux aflfaîres pour que leur marche, quelle qu'elle soit, ne me cause pas quelque agitation, et mes habitudes avec votre mari et vous ont été trop longues, trop douces, trop intimes pour que notre séparation ne me soit pas très-douloureuse. Je ne suis donc pas dans la situation où me suppose votre lettre du 10 septembre; il s'en faut bien. Je dois ajouter à cela que ce qui se passe à Metz pour Télection me donne de Thumeur. M. le comte de Tocqueville m'a écrit à ce sujet la lettre ci-jointe. Il nous reste pour dernière ressource à être imposé à Paris, pour 1822, sur le même pied ou à peu près qu'en 1821. J'ai fait pour cela ce qu'il fallait faire, j'ai écrit itérativement à M. Fery, et j'ai prié M"^® votre belle-mère de le voir. Au surplus, vou5 êtes lancés dans la carrière diplomatique et vous me paraissez, pour quelque temps du moins, destinés à la suivre. Notre ami s'y distinguera par la hauteur et la netteté de ses vues, il y fera de nouvelles études, il y obtiendra de nouveaux succès. J'apprends avec plaisir qu'il engraisse, que sa santé est bonne et que les promenades à cheval et sur mer lui font du bien. Le Ciel, en vous donnant un garçon, vous consolera autant que vous pouvez l'être de la cruelle perte que vous avez faite. Ma cousine^ est fort touchée du bon souvenir de M. Civita. Elle est sûre que vous ne pouvez pas être en meilleures mains, et elle vous prie de dire de sa part mille choses gracieuses à cet habile et aimable
* La baronne de MareuiU
ANNÉE 18». Mfe
homme. Toute la population de la maison d'Ay présente hommages et respects aux Napolitains. Vous habiterez bientôt la ville, et il me tarde de savoir
si Becquet vous y a commodément installés Ce
valet de chambre doit enfin être arrivé, et sa bonne mine vous aura donné un avant-goût de ses bons services. Pour Louise et pour tous vos enfants, je recommande toujours de la modération dans la nourriture et de la régularité dans le régime
Quant à ma chère petite Marie, je l'embrasse ainsi que les autres de tout mon cœur; mais je lui donne, en outre, le baiser du parrain et je la remercie de ne pas m'oublier
Eugène me paraît retombé dans ses rêveries, tan* dis ipe Saint-Mauris fait le dehors. Il n'y a pas de mal à ce qu'il se trouve dans la légation (quelqu'un qui explore le monde et vous en rapporte les nouvelles. Amitiés à tous les deux.
Après de fortes chaleurs et une longue sécheresse, qui avaient réduit nos fontaines à n'être plus que des pleureuses et notre Marne à n'être plus cpi'un ruisseau, nous avons retrouvé notre climat, et nous nous acconunodons du feu pendant les soirées. Je vais me remettre à tisonner dans les appartements d'Ay, car que feràis-je à Paris? Je soignerai mes vins, mes vignes et mes plantations.
Adieu, mes bien chers amis; je vous aime tendrement.
'P. DE LA BOULAYE
J^g6 CORRESPONDANCE.
ilM.^M. de Serre à sa mère.
Naples, 1«' octobre 18SS.
Je VOUS ai écrit, chère maman, il y a peu de jours par un courrier extraordinaire, mais je le fais encore par la poste pour éviter un trop long intervalle, la poste paraissant d'autant plus lente que le courrier a été plus vite
Dans quatre jours nous quittons décidément la campagne pour nous installer à Naples. Notre hôteP est fort bien arrangé, fort agréablement situé : une promenade et la mer en face, tout le corps diplomatique, les généraux autrichiens et la société à portée. Nous y serons fort bien.
Le 8 de ce mois, le Roi doit partir poxu* le C!ongrès. Je le suivrai deux jours après, à moins que d'ici là je ne reçoive des ordres diflférents, ce que je ne présume pas.
Vous serez dans votre nouveau logement à l'arrivée de cette lettre, et je l'y adresse. Puisse-t-elle vous trouver aussi bien portante et aussi heureuse que les circonstances le permettent !
Je suis charmé de ce que vous avez obtenu pour le jeune Buquet; c'est une estimable famille*. J'en
* Le palais Strongoli, sur la Cliiaja.
> Famille lorraine, de Charmes-sur-Moselle. Elle a donne deux généraux : Louîs-L^opold Buquet (176B-1835) et Charles- Josepli Buquet (1776-1837).
ANNÉE 1852. /i97
suis avec vous reconnaissant envers M. et M""* d'Augier. Je vous prie de faire mes amitiés au mari et mes tendresses à, la femme. Je vous félicite de votre rapprochement.
Mes hommages à M™** de Brie si, comme je l'espère, elle est avec vous. Grâce à elle, vous ne vous serez pas trop fatiguée dans votre déménagement.
Amitiés à Desprez; il y a longtemps que je n'ai eu de ses nouvelles.
J'ai une longue lettre d'Hyacinthe ; il désirait en recevoir de vous. Tout son monde allait bien
Au revoir, chère maman ; ma femme et mes enfants se joignent à moi pour vous embrasser tendrement.
Votre bon fils et meilleur ami ,
H. DE Sebbe.
1130. *- Le baron Mounier à M. de Serre.
Paris, 2 octobre ISStâ.
Il y a longtemps, mon cher monsieur, que je voulais vous écrire. Je tenais à me rappeler à votre bon souvenir ; mais je ne sais comment les choses se sont arrangées, je n'ai pas encore exécuté mon projet, quoique, dans plusieurs occasions bien pénibles, j'eusse particulièrement désiré ne pas vous rester étranger. Vous avez perdu M. votre père, vous avez perdu,. depuis, un de vos enfants. J^'auraiç ' IV. 33 *
Toulu VOUS dire la part que je {H'enais à vos chagrins Peu après, le duc de Richelieu a été ôté
de cette terre d'une manière aussi inexplicable que le coup était inattendu. Cette perte a eu pour moi toute Tamertume d'une perte de famille, et il s'y est jœnt le sentiment de tout ce que perdaient la Franœet l'Europe. Je sais que vous Favez ressentie viTement. Vous êtes de ceux qui devaient s^itir tout ce que l'âme de cet homme de bien avait de grand, de n<^Ie et d'élevé, et personne mieux que vous ne peut apprécier le vide immense qu'il laisse dans la phalange des honnêtes gens.
On nous avait donné quelques inquiétudes sur votre santé, mais j'ai appris avec une véritable satisfaction que vous étiez tout à fait bien et que vous étiez à la veille de quitter Naples pour accompagner le Roi, qui se rend au Congrès. Je suppose donc que ma lettre vous trouvera à Vérone. Ce sera pour votre esprit observateur un spectacle bien intéressant que celui d'une réunion qui peut avoir une si grande influence sur les destinées de tant de millions de nos semblables. Vous y verrez, je pense, le bon Rayneval, qui viendra probablement nous rendre une visite avant de regagner les sables de la Sprée. Vous y verrez aussi M. Pasquîer, qui emploie les loisirs que malheureusement la France lui laisse à parcourir votre belle Italie. Il se faisait un grand plaisir de vous y rencontrer, et je ne doute pas de l'intérêt quevousaurez à parler du passé, du présent et de l'avenir avec un pareil compagnon d'armes.
Adieu, mon cher monsieur; agréez les assurances de mon attachement, et trouvez bon que j'offre ici à M"""" de Serre les hommages de mon respect.