‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 120 sur 126 · MOUNIER · texte numérisé non relu

MOUNIER

1131. —M* de la Bcmlaye à M. de Serre*

Aj, prés Épemay, 5 octobre 18^

Cher ami ,

Le soleil s'humanise; le cheval, le billard, la promenade ont raffermi votre santé, et vous en profitez pour visiter sur terre, sous terre et sur Teau les plus beaux lieux du monde.

Je suis fort aise que, flanqué tantôt du beaufrère, tantôt du cousin Victor et de M. de Belleval, vous ayez fait ces exjplorations. Satisfaire sa curiosité est la consolation d'un expatrié. Il n'y a pas de relation, pas de plan, pas de tableau qui vaillent ce que l'on voit de ses yeux. Les vôtres sont bons, et votre imagination se nourrira longtemps des fruits qu'ils vous recueillent. Il faut se hâter de voir, par le temps qui court ': les Turcs vont détruire ce qui restait en Grèce, et déjà deux des églises ou des temples que j'ai visités pendant mon dernier voyage en Hollande sont biiilés. Je bénis Dieu de ce que

fiOO CORRESPONDANCE.

la terre n'a pas tremblé de vos côtés oomme en Syrie. J'en avais peur en voyant, à 'diverses reprises, dans le mois d'août, le soleil enveloppé de vapeurs,, et précisément du même rouge terne que lors du bouleversement ^de la Calabre ; j'en ai eu l'esprit frappé. Je m'attendais à quelque commotion; or les gazettes m'apprennent que du Ih slu 16 août un tremblement de terre a culbuté toute la ville d'Alep. Les malheureux habitants de cette grande cité n'en sont pas quittes, car, s'il est vrai que vingt-cinq ou trente mille d'entre eux y aient péri, la peste s'établira sur cet amas de ruines.

Je suis fier de ce que, savourant la brise sur vos belles mers, vous vous êtes rappelé les hamacs de la terrasse d'Ay. Mais le mal vient toujours se nicher à coté du bien, et je me serais fort bien passe €le la diplomatie œnologique de M. le comte de Stackelberg. Lorsque vous le reverrez, présentezlui mes hommages et veuillez bien lui dire que je prendrai ma revanche avec les vins de cette année. J'ai trop négligé mes caves, il faut que je les soigne; pour venir de loin, l'avis n'a rien perdu de son efficacité.

M. de Blacas peut désormais quitter l'Italie quand bon lui semblera; la présidence du Conseil n'étant plus à donner, cela rend son retour moins pressant. J'ai toujours pensé que le vent qui soufflait de Rome était pour quelque chose dans cette détermination.

Vous et vos idées, vous irez à Vérone. Jamais il n'y aura eu plus de diplomatie en campagne : c'est

de Tavant-garde, de Tarrière-garde, du corps de bataille; c'est une maison pleine à tous les étages. Vous trouverez là M. le vicomte de Montmorency et Saint-André. Traitez ce dernier en vieille connaissance, et dites-lui que, s'il n'était pas à votre pleine disposition dans toute l'étendue des limites tracées par sa situation, je croirais qu'on l'a changé en nourrice.

M. de Chateaubriand ne se pressera pas d'arriver à Vérone, et Ton croit qu'il attendra, pour y paraître, que M. de Montmorency en soit parti. Les lenteurs du duc de Wellington ou, si vous voulez, sa superbe indifiFérence, comme dit M. de Chateaubriand, mettent une grande perturbation dans les affaires. Il m'importe que vous voyiez de près de quelle manière M. de Metternich les traite, que vous vous frottiez contre cet aimable homme qui joue bien un rôle très-considérable, et il me semble que ces frottements contre leur nature ne dérangeraient pas le jeu de la machine.

Hier j'ai dîné chez les d'Hunolstein avec M. le marquis de Raigecourt et M. et M"® de Las-Cases^;

* Anne-Betnard- Antoine, inarcpiis de Raigecourt, né à Nancy le 10 février 1763, ëtait fiU de Joseph, marquis de Raigecourt- Goumay, lieutenant-colonel, chambellan de Tempereur et de rimpëratrice d'Allemagne, grand séndchal da chapitre de Rémiremont, etc., et d'Adrienne-Louise de Bressey. Il entra de bonne heure, comme sous-lieutenant, au rdgiment de Royal-Allemand. En 1789, la noblesse du bailliage de Nancy le nomma député suppléant aux États-Généraux. Il émigra, fut d'abord aide de camp du comte d'Artois, puis servit sous les ordres du prince de Condé. Il revint en 1800. En I8I/1, il reçut le grade de maréchal dé

m CORRESPONDANCE.

ces voyageurs et la famille d'Htuiolstein vous font mille compliments.

Enfin, le valet de chambre est arrivé. Vous le mènerez avec vous et vous le pèserez dans la balance d'un Congrès.

J'embrasse vqs chers enfants; je baise les mains

de M"**" leur bonne mère, et je suis tout à vous,

bien cher ami.

F. DE LA Boula Y£.

1132.— M. de Serre à sa mère.

Naplesy 6 octobre 18^

Nous sommes maintenant installés à la ville, chère maman, sauf à compléter ce qui manque à notre ameublement, et pour une grande maison c'est

camp, et, en 1815, la dignitë de pair de France. Il mourut à Draveil (Seîne-et-Oîse) le 19 décembre 1833.

l\ avait ëpous^, en 178/i, Louise de Causans, comtesse de Vineens, chanoinesse du chapitre de Saînt-Louis de Metz, dame pour accompagner de madame Élisabetli. A V époque de la Révolution, cette aimable et malheureuse princesse lui conBa son testament avec mission de le porter avz princes ^migres. Dans la correspondance de madame Elisabeth (publiée en 1866 par M. FeiiiUet de Conches) se trouvent un grand nombre de lettres adressées à la marquise de Raigecourt. La marquise est morte i Draveil le 19 mars I835K, âgde de soixante et treize ans.

Le marquis Adolphe de Las-Cases avait époosé une des filles de M. de Raigeoouit.

ANNÉ£ 18SS. fiOS

 n^en pas finir. Ea m'occupant de ce nouveau mobilier, j'ai souvent pensé à la peine que j'avais perdue à celui de Hambourg.

Nous comptions, avec le beau temps qu'il fait, prolonger notre séjour à la campagne, d'autant que le départ du Roi est remis vers la fin du mois, et le mien par conséquent. Une triste cause nous a ramenés ici. Un valet de chambre que nous avait envoyé M. de la Boulaye, sur la recommandation de M"* de Dortan, est tombé malade quinze jours après son arrivée ici et, malgré tous les soins, a été emporté le onzième. C'était un homme robuste, de cinquante ans, qui n'avait jamais été malade ; on nous l'avait donné pour un excellent sujet, et tout en lui l'annonçait. Cette mort nous a tous attristés. J'ai définitivement quitté la campagne et amené tout mon monde ici. Voici la bonne saison; j'espère que nous sommes acclimatés et que Dieu nous préservera de nouveaux malheurs

Je partirai probablement d'ici dans douze ou quinze jours. Dans la perspective de ce voyage, j'ai fait des travaux assez considérables. Je continue à me bien porter et monte fréquemment à cheval. Nous avons ici M"™*^ Mainvielle-Fodor * , qui ravit tout Naples; il me semble qu'elle chante encore mieux qu'à Paris. Elle est presque seule.

Au revoir, chère maman et tendre amie; ma

* Joséphine Fodor» née à Paris en 1793, épousa en 181 !i M. Mainvielle, acteur du Thëâtre - Français. On l'avait surnommée ïa prima deUe prime done; mus un enrouement obstiné la força de quitter la scène dés lâ38«««..

60A CORUESPONDANCË.

femme, mes enfants et moi vous embrassons du meilleur de notre cœur.

Votre bon fils,

H. DE S

1133. — Le duo de Blacas à M. de Serre.

Rome, ce 13 octobre 18S9.

J'ai su, monsieur le comte, que vous deviez accompagner le roi de Naples au Congrès, et j'avais espéré vous voir à votre passage ici ; mais le retard qu'a éprouvé le voyage de Sa Majesté Sicilienne me prive de cet espoir, et je ne veux pas quitter Rome «ans me rappeler encore à votre souvenir. Je tiens trop aux rapports qui existent entre nous pour ne pas désirer de les conserver, et je peux vous assurer que partout je serai charmé d'être à portée de vous donner des preuves des sentiments que je vous ai voués.

Vous savez sans doute déjà que M. de Chateaubriand était, le 27 septembre, au moment de partir de Paris pour se rendre à Vérone, où il paraît que le vicomte de Montmorency devait également aller. Le duc de Wellington était à Vienne le 29. Les deux Empereurs avaient quitté cette capitale le 2 octobrç git devaient se trouver à Vérone le 15 etle 16. M. de Metternich y arrivera à la même époque, et je pense

que les affaires d'Italie seront les premières dont lo Congrès s'occupera, puisque le duc de Wellington a déclaré qu'il ne pouvait pas s'y rendre, et qu'il était obligé d'attendre à Vienne le retour d'un courrier qu'il a expédié à Londres pour demander de nouveaux ordres. Vous ne tarderez pas à savoir à quoi vous en tenir, et, quant à moi, je ne puis que faire des vœux pour le succès de nos plénipotentiaires.

Veuillez bien, je vous prie, monsieur le comte, faire agréer mes respectueux hommages à M™® la comtesse de Serre; les bontés qu'elle m'a témoignées me font espérer qu'elle me conservera un peu de part dans son souvenir, et je serai toujours aussi empressé de m'y rapjpeler que de vous offrir une nouvelle assurance de mou invariable attachement et de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur le comte, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Blacas d'Aulps.

1134. — M. de Serre à sa mère.

Naples, 15 octobre 18^.

La dernière poste m'a apporté, chère maman, votre lettre du 17 septembre. Elle nous a trouvés bien portants et commençant à bien nous habituer

à notre nouvel établissaient de ville. Nous avons devant Thôtel un très^beau jardin public qui borde la mer et où les enfants peuvent, à toute heure, aller jouer sans danger. Tous ces jours derniers ont été superbes : le plus beau ciel, le plus hesm soleil sans trop de chaleur. Nous avons bien profité de ce

temps pour la promenade Mon départ est fixé

pour le 25, le Roi part le 22.

L'affaire de mes impositions n'est pas encore

claire £n cas de non-succès, Wendela Tidée et

l'espoir de faire nommer M. d'Hausen, qui donnerait plus tard sa démission, et l'an prochain je puis me servir des contributions d^ bois que j'ai achetés en janvier dernier. Enfin à la grâce de Dieu, qui m'a bien conduit j usqu'ici et me rapprochera, j 'espère, de vous un peu plus tôt, un peu plus tard ....

Vous êtes sans doute installée, et je pense avec joie que, l'hiver surtout, vous serez moins isolée. L'été, vous aurez aussi la promenade.

Au revoir, chère maman. Les enfants vont bien. Tous nous vous embrassons, et moi le premier, du meilleur de mon cœur.

Votre bon fils et tendre ami.

1135. — M. de la Boidaye à M. de Serre.

Ay, prés Épemay, fÛ octobre 188SL

Je sais bon gré au président* de ses deux lettres particulières, et je ne lui veux aucun mal de son peu d'ouverture sur l'avenir du Congrès, convaincu, i^omme je le suis, qu'il ne pouvait pas mieux faire. Nous ne sommes pas si avant dans les confiances qu'on voudrait le croire ou le faire croire. Je ne sais même pas si les autres puissances s'expliquent franchement entre elles sur notre compte ; elles sont d'accord pour nous craindre ou pour en avoir l'air. Sous ce prétexte, les Anglais étendent leur commerce et consolident leur puissance navale, et les potentats du continent s'arment contre les révolutions en général et contre nous en particulier. On répète sans cesse que notre humeur guerrière, la contiguïté de nos domaines, leur fertilité, la masse de notre population et la facilité de la mouvoir nous donnent d^immenses avantages. Tout cela n'a plus la même efficacité que lors de la lutte entre Charles-Quint et François P'. Des colosses se sont élevés; on se meut avec autant de facilité que nous; les forces se sont agglomérées; les volontés, quelque énergiques qu'elles puissent être, n'éprouvent plus de résistances. L'esprit révolutionnaire,

I M. de Villéle, président du Conseil.

ennemi de toute distinction sociale, de tout ordre, de toute légitimité, doit sans doute être vaincu partout où l'on peut l'atteindre ; mais l'esprit de liberté, l'esprit de nos institutions nouvelles est maintenant indispensable à la France, sous ce double rapport qu'il nous gagne le cœur des peuples et nous donnerait au besoin la force de résister à l'ambition de leurs maîtres, en même temps que nous servirions d'exemple et donnerions de l'autorité à la modération , si ces maîtres eux-mêmes avaient quelque jour à se débattre avec des révolutions intérieures. Il y a donc un juste milieu à tenir, et les hommes d'État qui tiendront ce milieu acquerront de la gloire. Les héros des champs de bataille sont heureusement hors de scène. Soumettre à sa raison xîelle des autres, triompher des esprits, voilà l'héroïsme du jour. Quoique vous ne soyez pas sur le premier plan, il me paraît impossible qu'on ne vous distingue pas. J'entrevois comment le point de Naples vous paraît important relativement à l'Espagne. Quoi qu'il arrive, cher ami, vous aurez fait de nouvelles et d'importantes études ; vous aurez vu les principaux personnages du temps, et vous les aurez vus en action ; vous aurez observé de haut, de près. C'est une époque dans la belle carrière que vous devez fournir.

J'écris à la pauvre veuve et j'aime de tout mon

cœur cette chère famille.

1136. — M. de la Bonlaye à M™® de Serre.

Ay, prés Ëpernay, 31 octobre 18Sâ.

J'ai écrit hier à Vérone, madame et chère amie; mais il en est de Tamitié comme de la flamme, qui, pour être divisée et quoiqu'elle brille en plusieurs lieux, n'en conserve pas moins partout toute son énergie. Je n'oublie point cette belle veuve laissée à Naples, les jolis enfants dont elle est entourée et la recrue qui va bientôt augmenter la famille.

11 faudrait qu'Adèle se portât bien pour vous soigner comme la circonstance l'exige. Dites-lui que je m'occupe souvent d'elle et que j'ai bien des raisons pour souhaiter que sa santé se rétablisse et qu'elle vous serve avec tout le zèle et tout le dévouement que commande votre long et sincère attachement pour elle. Son mari doit être maintenant acclimaté. Comment êtes-vous installée dans ce logis de Naples? Habitez-vous un hôtel entier ou, selon l'usage du pays, n'occupez-vous que les régions élevées? Est-ce sur la Chiaja, est-ce ailleurs? Je puis causer de Naples avec d'anciens habitants du lieu, et il m'importe de savoir où vous y placer. J'ai de plus le panorama de Paris, où j'irai vous faire une visite d'imagination en attendant quelque chose de plus

solide. Le temps doit être admirable. Vous vous rétablirez facilement sous ce beau ciel, et de nou- Telles richesses vous consoleront, autant qu'on peut rêtre, du petit trésor que vous avez perdu.

Je n'entends plus parler du précepteur : a-t- il prisson parti de se bien porter et de se faire au dépaysement?

Des élections de la Moselle, pas un mot depuis une quinzaine de jours : j'ai fait tout ce qu'on m'a demandé, soit de Paris, soit d'ailleurs, mais cm ne me paraît pas avoir de l'héroïsme dans la volootè pour lever les difficultés.

Eugène et Saint-Maurls sont-ils au Congrès, ou l'un ou l'autre ou tous deux restent-ils auprès de vous? Il me semble qu'Eugène vous sera resté fidèle. Ce sera une consolation pendant l'absence. Ce nouveau valet de chambre aurait bien dû différer d'être malade. Je ne vois auprès de vous et de notre ami que peu de gens de confiance. Une bonne nourrice sera bientôt le meuble le plus nécessaire : vous me direz si vous avez bien rencontré. Ma santé est tantôt bonne, tantôt médiocre. J'ai pai*é par là d'assez gros rhumes. Du reste, je m'accommode de la vie des champs. Tant que nous aurons le bonheur d'être en paix, on pourra beaucoup parler et beaucoup écrire dans les Congrès sans que mes coteaux en tremblent. Si cette heureuse paix était tix>ublée, je ne songerais pas sans douleur aux événements qui ont trop approché le vin d'Ay des frontières. J'attends de vos nouvelles avec impatience et, après que vous aurez tendx*ement embrassé pour moi vos

ANNÉB 18S3. 611

enfants et fait mes bcmnes amitiés an bean-firëre et an cousin, jevonspriede trouyer bon que je baise les mains de ma belle Excellence. Toute ma famille lui offre ses req>ectueux hommages.

F. DE LA BOCLATB.

1137. — M. de Serre ii sa mère.

Naples, 95 octobre ISSSL

A peine avais-je fermé ma dernière lettre, chère maman, cpx'en sortant j'ai vu le commencement d'une assez grande éruption du Vésuve ; elle a duré jusqu'à ce moment, où elle paraît à peu près terminée, bien qu'on ne puisse encore voir la monta^ gne. Elle a commencé par une énorme colonne de fumée qui s'est développée en grand arbre dans une moitié du ciel, ce qui a été suivi le soir et toute la nuit d'une éruption de lave s'épanchant en trois courants sur les flancs de la montagne, du haut de laquelle s'élevait une haute gerbe de feu, de pierres enflammées, d'éclairs, de tonnerre et d'étoiles ; le tout brillait sur un fond de fumée noire ; le bouillon* nement intérieur de la montagne était contenu et retentissait avec un bruit violent, bien qu'étouffé ; le sol tremblait tout autour. La nuit je me suis

ftlS CORRESPONDANCE.

senti vivement^ dans mon lit, et mes portes frappaient; je me suis levé ; j'ai ouvert la fenêtre et j'ai vu le rebord couvert de cendres. Celte éruption avait succédé à celle du feu, ou plutôt la fumée et les pierres. Depuis deux jours, il est tombé

beaucoup de petite de cendres même dans Na-

ples Vésuve, il y en a plusieurs pieds de profondeur ; toutes les campagnes et les petites villes qui entourent la montagne ont été abandonnées ; c'était une chose piteuse, tandis que des flots de curieux abordaient les avenues, de rencontrer ces malheureux fuyant et emportant leurs meubles et leurs enfants. Ma femme, Gaston et Louise sont allés sur des ânes jusqu'à la lave brûlante. Cela fut fait à mon insu, et j'en fus fort inquiet lorsque je l'appris ; heureusement tout s'est passé sans accident, et nous avons vu le plus grand spectacle auquel des hommes puissent assister. La division de la lave empêchera qu'elle n'ait fait autant de mal, mais les cendres et les pierres auront couvert et rendu pour longtemps stériles une grande quantité des terres les plus fertiles.

Je pars cette nuit et j'espère être le à Vérone; la distance est d'à peu près 230 lieues De

là nous communiquerons plus facilement. J'espère

n'y pas rester longtemps rejoindre ma femme qui

est fort Nos enfants vont bien, à l'exception de

Marie, qui languit depuis quelques semaines; Dieu garde tous ces êtres si chers ! Au revoir, chère ma-

* L'original de cette lettre a souffert de l'humiditë.

ANNÉB 183S. 5U

maû ; presque tout le chemin que je fais me rappro» che de vous ; il est triste que ce ne soit pas pour nous réunir. Je vous embrasse tendrement. Votre bon fils et meilleur ami,

H. DE S

1138. — Le marquis dé la Tour-dn-Pin à M. de Serra.

Turin, 95 octobre 1^3.

Monsieur le comte,

Je regrette beaucoup l'occasion qui s'offrait de cultiver davantage l'honneur de vous connaître ; mais, soit qu'on n'aime pas mes vérités, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'on les dédaigne, je ne suis point appelé à Vérone. Je me console en disant modestement après Scipion : Uiere sine me consilio meo.

Le fait est, Scipion à part, que je croîs qu'on peut profiter de la circonstance. On le pouvait beaucoup mieux l'année dernière, et, à cet égard, j'ai bien peur, messieurs du Conseil, que vous n'ayez tous des reproches à vous faire.

Au reste, si vous vous repentez aussi vivement que M. de Blacas, il n'est pas possible de vous en garder rancune. Je l'ai mené chez le ministre des Affaires étrangères, et il m'y a édifié par l'immensité de bonnes choses qu'il a dites contre la pré- IV. 33

mh CORRESPONDANCE.

pondéranoe autricliienneet la nécessité d'y arracher ritalic. Je n'aurais jamais cru me trouver aussi bien 4'accord avec M. de Blacas.

Certainement, monsieur le comte, vous ne restez pas en arrière dans cetie voie ; moi, je m'honore de vous y avoir deviné avant le temps. Mais tout cela sera-t'il de quelque poids auprès de nos plénipotentiaires? Eh quoi donc! leur paraîtrait-il trop fort de dire au besoin : Tout cela est détestable, et, loin d'y participer, je me retire? Observez que je ne parle que de l'Italie. Le champ serait trop vaste si j'en sortais, quoique ce fût, au reste, pour exprimer à peu près le même sentiment.

Voilà, monsieur le comte, mon petit bout de politique. Il faut bien se dédommager un peu.

Acceptez, je vous prie, ma haute considération

et, avec quelque retour, le sincère attachement de

votre dévoué serviteur,

La Tour-do-Pin.

P.- S. Je viens de recevoir, mon cher collègue, un -courrier qui m'apporte les nouvelles de Paris du 17 et de Madrid du 10. Les Certes avaient fait une •réponse qui repousse tout rapprochement. Celle qu'ils ont adressée à la Russie est de nature à provoquer une irritation que nous avons eu jusqu'ici bien de la peine à calmer, et je crains bien qu'elle ne provoque dans le Nord une explosion qui pourrait avoir des conséquences fort embarrassantes^

f'Stirlafiituation de l'Espagne et Um dsposiCioos des prbici* pales puissances â son ëgard, voyez YHiêtoire de la ResUxurationi par M. deViel-Castel, t. XI, p. JEiTI et suivantes.

Tout doit être décidé dans ce moment-ci, et j'attends à chaque instant le courrier qui m'annoncera le parti que M. de la Garde ^ aura pris.

Je joins ici, mon cher collègue, quelques gazettes en 16 et du 17. Si vous les avez déjà, vous les jetterez au feu; si vous ne les avez pas, je suis persuadé que vous ne me saurez pas mauvais gré d'avoir grossi mon paquet.

1139. — Le baron Pascpiier à M. de Serre.

Naples, jeudi 31 octobre 18iS.

Il part aujourd'hui, mon cher ami, un courrier pour Vérone, et il m'est impossible de n'en pasprofiter pour vous donner des nouvelles de M"*' de Serre et de vos enfants. Elle est à merveille La petite

* Auguste-Balthazar-Pelletîer, comte de la Garde, né en 1779, Aaas le dëpartement de Vaucluse. Il ëmigra avec ses parents, servit dans l'arma russe, devint g^éral-^major et chambellan de l'empereur Alexandre. De retour en ISl/i, il fut nommé commandant de la subdivision de Nîmes. En 1815, dans une ëmeute excitée contre les protestants, comme il cherchait à rétablir l'ordre, il reçnt nn coup de pistolet à bout portant et en pleine poitrine. (Ve;es les Diêcoûr$ de M. de Serre, 1. 1*% p. %h,) Guéri de cette blessure, il se rendit comme ministre plénipotentiaire en 1816 à Muxiicby et en ISàl à Madrid, n quitta cette ville le 90 janvier 1683 avec toute sa légation. Peu après le Roi lui conféra la dignité de pejr* M. de la Garde est mort à Paris le 5 mars 183/i.

était hier sensiblement mieux, et l'on parlait de la promener aujourd'hui en voiture ; tout le reste parfaitement gai et content.

Je n'ai pas besoin de vous dire combien votre dé* part m'a laissé un sensible vide ; mais je ne vous ai jamais plus regretté qu'hier dans la course que j'ai faite à Pompeia par le plus beau temps du monde. Nous n'avons point eu de fouille extraordinaire, mais il y avait sans cela de quoi satisfaire toutes les curiosités possibles. L'intérêt habituel de ce spectacle unique au monde était accru par celui du Vésuve qui, à quatre pas de là, jetait encore des cendres toutes pareilles à celles qu'il a fallu enlever de dessus ces ruines et qui, quatre jours auparavant, les avait encore recouvertes d'une couche desdites cendres de 5 à 6 pouces. Nous étions M. de Fontenay, votre beau-frère, M. de Saint-Mauris, M. Rîboulet et moi; nous étions suivis d'un admirable pâté de la façon de votre cuisinier ; enfin il ne manquait que vous.

Mais voilà de belles balivernes dont je vous entretiens là à côté de tout ce qui vous occupe sans doute en ce moment; puissiez-vous, tous tant que vous êtes, vous en tirer aussi bien que ihoi de ma belle entreprise du voyage d'Italie !

Je quitte Naples samedi et profite de l'occasion du départ de M. de Ficquelmont^ qui va vous re-

^ Charles-Louis, comte de Fîcquelmont, né le 93 mars 1777 au château de Dieuze, prés do Nancy, appartenait à une ancienne famille lorraine, depuis plusieurs gënërations au service de l'Au*

ANNÉE 18d9. 517

Joindre ; pour être sûr d'avoir bonne escorte et facile ouverture des portes de Capoue, je me mets à sa suite.

Donnez-moi de vos nouvelles à Rome. Rappelezmoi au souvenir de Rayneval, que je pourrais croire mort si je voulais, car il ne me donne pas signe de vie, et puis à celui de M, de la Ferronnays. Vous savez tout ce que je vous en ai dit, et je suis sûr que sa présence ne changera rien à Topinion que j'espère vous en avoir donnée.

Adieu, mon cher ami. Je compte bien passer encore quelques bonnes journées avec vous quand vous retraverserez Rome. Comptez toujours sur mon constant et bien sincère attachement.

Pasquier.

triche. Admis de bonne heure dans Tarmëe autrichienne, il devint colonel en 1809 et gënëral-major en 1813. De 18S1 à ]8£9, il remplit les fonctions de ministre plénipotentiaire prés la cour des Deux-Siciles, et, de 18S9 à 1839, celles d'ambassadeur prés la cour de Russie. Ministre des Affaires étrangères le 9â mars 18/id, il ne garda son portefeuille que jusqu'au h mai suivant. Il mou- ^rut à Venise le 7 avril 1857. Il a publié quelques écrits sur la politique de son temps. — Consultez le Conversations-Lexicoriy 11« Auûage, 6«' B., S. S5S. Leipsig, 1860.

Mg COREBSPOHDAKCB.

1140. — K. d0 la Boolaye à H. d0

At, 31 octobre 18S.

n y a de la perturbation dans notre correspondance, cher ami Votre n"* 90da â6 septembre,

au sujet duquel je vous fais réjiaration d^honneur, et que je croyais passé par les oubliettes, ne m'est parvenu qu'hier au soir, 30 octobre.

Je croîs, comme M. de Blacas, qu'avant Vérone on sera convenu de ses faits. Si Ton n'a pas accédé à toutes les prétentions du grand personnage dont il vous a parlé, c'est l'afiTaire des journaux amis de dorer cette pilule ; ils n'y manqueront pas, et déjà ils se sont mis en mesure.

Ce pauvre malheureux valet de chambre a, comme tant d'autres, été trompé dans ses espérances. Il a pris bien de la peine pour aller bien loin chercher son tombeau. Cette scène de douleur et le lieu où elle s'est passée ont dû redonner une nouvelle teinte de noir à votre chère famille. J'ai songé moi-même à cette jeune fille qui avait quitté avec moi le toit paternel et dont il a fallu abandonner les tristes restes aux bords de la Méditerranée, qu'elle se disposait si joyeusement à franchir. Aveugles que nous sommes tous !. abstenons-nous de désirer, car le mal vient souvent d'où nous attendons

JLNNËE 18SJt U^

le bien. Abandonaons^iious à la destinée et à Dieu, pour qui la destinée n'a point de secrets.

Vous avez eu à Naples vos fatigues de déménagement; M™* votre mère a eu les siennes à Paris. Mais, de part et d'autre, vous paraissez contents de vos nouveaux gîtes et les santés sont bonnes.

Ma famille est reconnaissante de votre bon souvenir et vous présente ses respectueux hommages.

Aimez toujours qui vous aime de tout son cœur..

F. DE LA BOULAYE

1141. -—M. do Berre & cm nière.

Vérone, 3 novembre 1822.

Arrivé avant-hier soir ici, chère maman, j'ai été assez heureux pour y trouver trois de vos lettres. dont la dernière du 21 du mois dernier. Je remercie M. de la Panouze d'avoir été vous voir

M. Pasquier, que j'ai reçu et laissé à Naples, m'a aussi promis d'aller vous voir; il ne sera à Paris qu'en janvier, et probablement à mon retour d'ici je le ti'ouverai encore à Rome.

Les journaux vous auront dit la belle éruption du Vésuve, que j'ai vue avant de quitter Naples. C'est un grand et terrible spectacle.

J'aurai été mal servi pour mes impositions à Paris ; je dois d'abord m'en prendre à moi qui l'ai

•quitté avant de mettre les choses en règle, ce que je pouvais aisément. Tout considéré, j'ignore si Dieu m'appellera encore dans cette pénible arène, mais je sens bien que le moment n'est pas venu. Il saura, je l'espère, trouver d'autres moyens de me réunir à vous.

Adieu, chère maman et tendre amie; je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

Votre bon fils.

1142. —Le comte de Puymaigre à M. de Serre.

Paris, h novembre [1832^].

C'est à mon départ de Paris, mon cher et digne patroriy que je veux vous exprimer tous ines regrets de n'avoir plus trouvé à la place Vendôme le charme que j'y rencontrais autrefois, lorsque vous y étiez et que M"" de Serre m'accueillait avec tant de bonté et d'amitié. Par surcroît de malheur, il faut que vous ayez négligé d'élever à 1,000 francs votre cot« de contribution et que cette fatale imprévoyance vous empêche d'être nommé à Briey.

De retour à Colraar, je verrai si l'on ne pourrait pas vous faire nommer l'année prochaine à Saverne ; j'ai des raisons de croire la chose possible

M. de Clermont-Tonnerre m'a chargé de vous

faire mille amitiés de sa part et de vous exprimer ses regrets de vous voir si loin.

Aujourd'hui^ du Teil (des forêts) a dit à M. de Vîllèle que Wendel lui écrivait : « Le biniit accrédité à Metz est que le ministère éloigne M. de Serre de la députation. » M. de Villèle a répondu que cette assertion lui faisait de la peine, qu'il la démentirait personnellement; que vous aviez rendu de tels ser\âces, notamment en juin 1820, qu'il aurait au contraire désiré vous voir nommer, et que ses sentiments pour vous étaient immuables.

Monsieur m'a dit, il y a quinze jours, devant beaucoup de monde, après m'avoir fort bien traité : « C'est M. de Serre qui vous a fait préfet? — Oui, monseigneur. — Il nous a donné des gens qui viennent de servir avec zèle; nous lui en savons gré. » Je présume qu'il pensait en même temps à Mangîn.

Vous avez ici beaucoup d'amis qui vous regrettent et vous désirent comme moi.

Adieu, monsieur l'ambassadeur; croyez à toute mon amitié.

Comte DE Pu YM AIGRE.

Mille respects, je dirai même mille amitiés à M"^** de Serre.

1143. — M. de Serre à M. de Fontenay.

Vërone> 5 novembre 185Bt.

Vous n'aurez que peu de mots de ma plume, mon cher monsieur : je suis dans le feu des présaitations et des premières explications ^ Plus tard, j'aurai du loisir et de reste.

^M Jamais, depuis le Congrès de Vienne, on n'avait tu une réunion de souverains, de princes, de grands personnages, compa* rable à celle qu'offrit la ville de Vërone dans les derniers mois de l'annëe 18â3t On y vit successivement arriver les empereurs d'Autriche et de Russie, les rois de Prusse, de Sardaigne et de Naples, le grand-duc de Toscane, le duc de Modéne, l'archiduc vice-roi de Lombardie, et aussi l'impëratrice d'Autriche, l'ancienne impératrice des Français, maintenant duchesse régnante de Parme, la reine do Sardaigne avec ses filles, la grande duchesse de Toscane, la duchesse régnante de Lucques, ancienne reine d'Etrurie, la vice-reine de Lombardie, l'archiduchesse princesse de Palerme, accompagnées d'un grand nombre de dames du plus haut rang. Le prince royal de Suéde, le fils de Ber-

nadotte, y fit une apparition Le nombre des diplomates de

tout ordre qui se rendirent au Coagrés était plus considérable encore MM. de Caraman, de la Ferronnays et de Chateaubriand,

ambassadeurs de France à Vienne, à Saint-Pétersbourg et à Londres» étaient, avec M. de Montmorency, les plénipotentiaires du cabinet des Tuileries. M. de Serre, ambassadeur à Naples, MM.de Ray ne val et de la Maisonfort, ministres à Berlin et à Florence, avaient été aussi appelés à Vérone. M. de Metternich, seul plénipotentiaire autrichien, avait avec lui le prince Esterhazy, ambassadeur à Londres, M. de Lebzeltern, le comte Zichy, M. de Ficquclmont, M. de Bombelles, ministres â Saint-Pétersbourg, â

ANNÉE 18SSL MS

M. de Belleval doit vous écrire que j'aî saisi l'occasion où M. de Caraman* me parlait de vous en

Berlin, à Naples, à Florence, et M. de Gentz, le secrétaire habituel des Congrès. Le contingent diplomatique de la Russie éiaât plus considérable encore: outre le comte de Nesselrode» ministre des Affaires étrangères, le général Pozzo et le comte de Lieven» ambassadeurs à Paris et à Londres, et M. Tatischeff, plénipotentiaire  la conférence des affaires d'Orient, il comprenait le comte Mocenigo, MM. de Stackelberg, Italinsky, d'Oubril, ministres à Turin, à Rome, à Naples» et d'autres encore. Le roi de Prusse avait amené son chancelier d'État, le prince de Hardenberg, son ministre des Affaires étrangères, le comte de Bernstorff, et le prince de Hatzfeld, son envoyé à Vienne Leduc de Wellington avait pour assistants l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne, lord Stewart» devenu lord Londonderry par la mort de son frère, M. Gordon, lord Strangford, ambassadeur à Constantinople, sir Frédéric Lamb, et lord Burghers, ministres à Francfort et à Florence. Le prince Ruffo et le comte de la Toiur, ministres des Affaires étrangères des Deux-Siciles et de Sardaigne» et le cardinal Spina, représentaient les cours de Naples, de Turin et de Rome. » {Histoire de la Restauration, par M. de Viel-Castel, t. XI, p. Ii67-A60.)

* Victor-Marie-Josepli de Riquet, marquis de Caraman, né à Paris le fl5 décembre 176^ Destiné à la diplomatie» il s'y prépara par l'étude du droit germanique et par de nombreux voyages. 11 était en 1789 capitaine au régiment de Noailles (dragons). 11 émigra, servit en Prusse, rentra en France sous le Consulat, fut arrêté et subit un assez long emprisonnement. Ministre plénipotentiaire à Berlin en I8I/1, pair de France en 1815, ambassadeur à Vienne en 1816, chevalier des ordres du Roi en 18^, il prit part aux Congrès de Troppau, de Laybach et de Vérone. Il quitta la carrière diplomatique en 1828 et reçut le titre de duc héréditaire. Il continua de siéger au Luxembourg après la révolution de 1830. En 1836, il accompagna le maréchal Clausel au siège de Constantine, et, pendant la retraite, donna l'exemple du dévouement. Il mourut à Montpellier le 95 décembre 1839. Le 16 mai 18i!i0, sou éloge fut prononcé par le duc de Grillon à la Chambre des pairs.

présence de M, de Montmorency pour le prier de se joindre à moi et de lui dire tous vos droits à de Tavancement, ce qu'il a fait de très -bonne grâce. M. de Montmorency a assuré qu'il les connaissait et qu'il désirait vivement trouver une prochaine occasion de reconnaître vos bons services. Vous avouerez, monsieur, qu'il y a à moi plus que de la justice, qu'il y a de la générosité à travailler ainsi à perdre un collaborateur tel que vous. J'ai prévenu le ministre que, aussitôt après mon retour à Naples, vous profiteriez de votre congé pour Paris, ce qu'il a fort approuvé.

Je vous envoie une note que me transmet M. le baron Mounier. Vous me rendrez service de me mettre à même de répondre.

Ma femme vous donne le peu de nouvelles que je

lui mande. Adieu, mon cher monsieur ; vous savez

combien m'est cher tout ce que j'ai laissé près de

vous. Je compte sur vous quand même. Mille

amitiés.

1144. — M. de Serre à sa mère.

Vërone» 5 novembre 18â3.

A mon arrivée ici, il y a deux jours, chère maman, j'ai répondu par la poste à vos trois lettres que j'y

ai trouvées, la dernière du 21 octobre. Vous voyez donc que notre correspondance est bien servie par les Affaires étrangères. Continuez à' y envoyer vos lettres pour moi ; elles seront dirigées sur le point où je serai.

Les premiers jours ici sont fort pris par les visites, présentations, etc. C'estun monde brillant à en être ébloui. Avec tout cela, on prétend qu'on s'ennuie ^ Vérone est une grande ville bien bâtie dans un beau pays ; tout y est maintenant d'une cherté folle. J'ai jusqu'ici à me louer de l'accueil que j'ai reçu. J'ignore de quelles occasions de demandes ma femme a pu vous parler; mon sentiment est que je n'en ai aucune à former et que l'année prochaine cela ne changera pas. Il est, chère maman, des époques dans la vie où il faut abandonner ses voies à la Providence ; je vous le répète, sans savoir ni prévoir comment, j'ai la confiance qu'elle exaucera mes vœux et me rapprochera de vous.

Mandez-moi si vous trouvez dans votre petit logement toutes les convenances et le comfortable^

* Le Congrès de Vërone ne donna pas lieu, comme celui de Vienne, à une suite non interrompue de divertissements bruyants et varies, mais il n'eut pas, non plus, le caractère exclusivement sërieux de ceux de Troppau et de Laybach. Si la cour ne donna qu'une seule fêle, il y en eut plusieurs chez M. de Metternich et chez le duc de Wellington. Des bals, des concerts, des spectacles réunissaient souvent la brillante sociëtë et les hommes d'État qui se pressaient dans les murs de Vérone. Rosslni, déjà célèbre, y dirigeait l'Opéra, où se faisaient entendre les plus grands artistes

du temps, tels que M'"'* Catalani » {Histoire de la Restaura-

tion, par M. de Viel-Castel, t. XI> p. h70.)

comme disent les Anglais, que tous en espériez et que je vous y désire.

Au revoir, chère maman et excellente amie. Donnez-nous souvent de vos nouvelles. Je vous

embrasse.

Votre bon fils.

1145^— Le baron de BeUeral à IL de Fonteiiay.

Vérone, 8 novembre 18S9.

Un courrier autrichien part demain, et je veux vous écrire la troisième lettre

Le ministère veut partir dans huit jours ; mais il est impossible que les premières affaires soient terminées : il n'y a eu encore qu'une conférence.

Je croîs qu'après le départ de M. de Montmorency il y aura du nouveau parmi les plénipotentiaires. Le noble vicomte* s'est montré chez le patron* et il a paru fort modéré, lui parlant sans cesse des excellentes idées que contient le fameux mémoire^.' On commence maintenant à avoir recours aux lu* mîères de notre comte. Les ministres étrangers l'ont reçu avec la plus grande distinction ; les nôtres l'é*

< M. de Chateaubriand. — Voyez le Congrès de Vérone, t. I^» p. 67. Parig, 1698.

s IL de Serre.

8 Voyez TAppendice n^ XXXVIL

<30utent et lui parlent beaucoup. On le recherche, et, une fois nos affaires entamées, son influence, je croîs, sera grande.

Je suis fort content de lui ; il me parle avec confiance. Depuis que je suis ici, je n'ai pas quitté la plume, je suis à peine sorti, mais j'espère sous trois à quatre jours être plus tranquille ; alors je crois que nous irons à Venise, si Ton peut s'absenter.

J'écrirai à M™* la comtesse* l'un de ces jours. Présentez-lui mille souvenirs de ma part et ditesluî qu'à Vérone on ne vit que de ça. Nous languissons, nous ne pensons qu'à Naples

' MM. de Rayneval et de la Ferronnays doivent aller à Naples.

Adieu, mon cher Fontenay. Tout à vous.

1146. — M. de la Bonlaye à M""* de Serre.

Ay, prés Épemay, 8 novembre 1829.

Il n*est pas possible d'écrire à Vérone, madame et chère amie ; je n'ai pas reçu de réponse de notre président du Conseil des ministres, à qui j'ai adressé de bout au corps mes dernières lettres du 31 octobre pour l'ambassadeur et l'ambassadrice de Na-'

« M«« de Serre.

s» CORRESPONDANCE.

pies. J*ignore donc si le ministre des Affaires étrangères veut bien donner cours à nos missives; et comment hasarder par la poste ordinaire des lettres pour un chef-lieu de Congrès où je ne sais pas combien de temps on restera? Les inconvénients de Tabsence et de Téloignement sont déjà si grands que cette gêne de plus à la correspondance est vraiment poignante. Vous donnerez de mes nouvelles au Congrès si l'on y prend racine. Je vais écrire par la voie battue.

J'ai eu des nouvelles de votre frère relativement aux élections. Il m'en adonné de M"* votre mère et de la famille de Lorraine. On se porte bien à Bétange ; mais de Paris on ne répond point à ma pétition. M. de Chabrol^ et les autres sont devenus muets.

Que vous dire d'Ay? J'y végète doucement, heureusement et en bonne santé. Le temps a été superbe, et j'en ai profité pour courir les champs tout le long du jour. Les soirées se passent autour du billard et d'une tablé de boston, et, dès que les pluies auront gâté les chemins, je descendrai dans mes caves Sur teri-e et sous terre, j'ai de quoi m'oc-

' Gilbert- Joseph-Gaspard de Chabrol de Volvic naquît à Riom en 1773. Sorti le premier de l'Ecole polytechnique, il fit partie de l'expédition d'Egypte en qualité de membre de la commission des sciences et des arts. Apres avoir été sous-prëfet de PontÎTy et prëfet de Montenotte, il reçut, en 1819, la préfecture de la Seine et, sauf la période des Cent-Jourâi, administra ce département jusqu'en 1830 : Paris lui doit de nombreuses améliorations, de nombreux embellissements. Il mourut en 18J^3. Louis XVIII lui avait confdrd en 181 A le titre de comte.

cuper, et beaucoup de petites affaires trop longtemps négligées réclament mes soins. Je songe à vous, à votre mari, à vos chers enfants; mais je suis un peu honteux de n'avoir à vous parler que du coin du feu. On abdique ici l{i politique.

Si M. le vicomte de Montmorency revient incessamment à Paris, comme on le croit, il ramènera sans doute Saint-André, et j'aurai par celui-ci des nouvelles de notre ami. La séparation est douloureuse dans tous les temps, et plus encore dans la circonstance actuelle. J'entre dans toutes vos peines, Annons-nous de courage.

Mille bonnes amitiés à Eugène et au cousin. On leur aura sans doute laissé pour consolation cette excellente M""® Mainvielle-Fodor, à laquelle vous souffrez qu'on écrive de si jolies lettres.

J'embrasse la fraise de Marie, les joues des deux on trois autres, et je mets à vos pieds mes respectueuses et vives tendresses.

1147.— M. de Serra à sa mère.

Vérone» 10 novembre 18!^

On nous promet tous les jours, chère maman, un

courrier pour Paris ; voyant qu'il ne part pas, je IV. 3à

me sers de la poste. Voîcî la troisième lettre que, depuis mon arrivée ici le l"" au soir, je vous écris.

Vérone est une jolie ville par sa situation, ses édifices, ses antiquités et le pays qui l'entom-e. Il y a même tout autant de plaisirs qu'il en faut dans une grande ville de province; mais cela a peu de prix pour les hommes d'un goût difficile venus ici de toutes les capitales de l'Europe, et l'on n'a rien fait, de peur de leur donner trop de distractions sans doute, pour leur préparer des plaisirs dignes d'eux. Aussi tous, accourus avec empressement au Congrès, comme les hommes même du plus haut parage se pressent aux choses nouvelles, sont-ils désappointés et ne se trouvent-ils pas suffisamment dédommagés et de la fatigue du voyage et du renoncement momentané à toutes leurs habitudes. Ce sentiment est d'autant plus général que les affaires sont moins actives et que chacun a plus de loisirs. Mais ce dont je profite, c'est de l'instruction qu'offre la conversation de* tant d'hommes plus ou moins distingués de toutes les nations, c'est du plaisir de démêler, au milieu de cette confusion apparente de volontés diverses, la marche réelle de la politique, plaisir d'esprit, qui d'ailleurs, comme vous le pensez bien, n'est pas sans mélange.

On présume et j'espère que, par lassitude du moins, le Congrès se séparera dans les premières semaines du mois prochain. Dieu fasse que d'ici là jereçoive de vos nouvelles et qu'elles soient bonnes ! que j'en reçoive de pareilles de ma femme et de mes enfants !

ANNEE 18S3t. 531

Au revoir, chère maman et tendre amie ; je voua embrasse et vous aime de toute mon âme.

Votre bon fils.

1148. — M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, 10 novembre 1835!.

Nous allons incessamment voir la machine électorale en mouvement, et je ne doute pas que son jeu ne soit très-favorable aux royalistes. Les libéraux se traînent dans les plus mauvaises voies ; ils ne disent et ne font que des sottises. Il me semble toutefois qu'on attaque leurs chefs avec quelque violence. Je ne connaispas le Congrès de l'ancien archevêque de Malines^ et je ne puis pas dire si c'est à tort ou à raison qu'on lui ménage une place sur les bancs de la police conreclionnelle ; mais j'ai lu la lettre de Benjamin Constant, qui, malgré la perfidie habituelle de l'écrivain, ne m'a pas paru sortir des bornes d'une légitime défense*.

Votre ancien collègue, M. Roy, qui a/ chaque .année son tour de France à faire pour visiter ses

< M. de Prâdt. *

* Voyez VlJistoirç delà Restauration, par M. de Viel-Castel> t. XI, p. 353-359. - .

propriétés, seia ici demain. Nous dînerons ensemble à Ay ou à Épernay. M. Laine est dans ses landes.

Vous arriverez à temps pour voir tout le Congrès. M. le vicomte de Montmorency n'est attendu il Paris que pour la fin de novembre.

M""^ votre mère est fort contente de son nouvel établissement; elle se porte bien. J'en ferai une Champenoise l'année prochaine si elle tient ses aimables promesses et si Dieu nous prête vie. On dît que votre santé est excellente. La mienne se trouve bien de la vie champêtre ; je plante à force :

u Mes arriére-neveux me devront cet ombrage. »

Le marquis de Rivière me parle toujours de vous dans ses lettres.

Je ne sais quand nous nous reverrons, mais je vous aimerai tendrement jusqu'à mon dernier jour.

F. DE h A Boula YE.

1149. — M. de Serre à sa mère.

Vérone, Ifl novembre ISHSL

Voici, chère maman, ma quatrième lettre de Vérone; je profite d'un courrier pour vous l'envoyer

Je renoue ici beaucoup d'anciennes connaissances, j'en fais quelques nouvelles; j'acquiers des données l^lus positives sur bien des points. Pour moi au

moins, ce ne sera pas un voyage inutile; mais je serai toutefois fort aise qu'il ne se prolonge pas trop.

\^ous rendez toute justice à la Boulaye et à Desprez. Ce sont à la fois deux excellents amis et deux hommes de bon conseil. Pour moi, une des meilleures et des plus douces preuves de leur amitié est celle qu'ils vous témoignent.

Au revoir, chère maman et tendre amie ; je vous embrasse de cœur.

Votre bon fils.

Le roi de Naples a agréé de nommer l'enfant que nous attendons. Il aura ainsi nom Ferdinand ou Fernande.

1150* » M. de la Boulaye à M. de Serre.

Ay, \U novembre 1825.

Je reçois, cher ami, vos n"*^ 1 et 2 de Vérone, l'un du 3, l'autre du 5 de ce mois; ce dernier est probablement arrivé à Paris par courrier extraordinaire. Avoir de vos nouvelles en dix jours, c'est merveille! Il me semble que nous n'avons qu'à tendre les bras pour que nos mains se joignent

Quant aux affaires, ce qu'on m'a dit, ce que vous me dites, prouve que vous avez dignement payé votre dette. Ayant, pendant plusieurs années, pris part au gouvernement de la France, ayant été plus

^53k CORRESPONDANCE.

OU moins initié à la haute politique, il vous appar* tenait d'avoir votre avis sur la situation actuelle du monde, et, quel que soit le cas que Ton fasse de cet avis au Congrès, vous aurez prouvé, du moins, que vous êtes de taille à figurer dans les rangs où les événements vous ont placé. Si vous n'êtes au Congrès qu'en observation, si votre responsabilité ne s'y trouve aucunement engagée, ce qui a été si hautement et si soigneusement expliqué, je ne m'en afflige^ point. Votre position est plus nette et plus franche que celle de M. de Chateaubriand, tout mouillé d'eau bénite de cour. Dieu veuille qu*on nous fasse de bonne besogne ! Déjà la malveillance s'est emparée de l'avenir. Nos effets publics, ceux de presque toutes les places de l'Europe ont été fort agités depuis dix à douze jours; ces tourmentes, que la vérité ainsi que la raison finissent par calmer ou par apaiser, n'en causent pas moins de grands embarras.

Vous ne m'avez rien dit de ce Vésuve dont vous avez cependant dû voir les premières éruptions. C'est une politesse du volcan pour M. Pasquier. Yoyez, écoutez, examinez les hommes, les choses : rien n'est perdu pourim homme tel que vous ; tout <;ela s'élaborera et trouvera son temps et sa place. . Je suis toujours touché au cœur de vos expressions d'amitié ; ce sentiment gagne à vieillir.

Je vous embrasse et suis tendrement à vous.

,F. DE LA Boula YE.

1161.— M. de Serre à M. Niebulxr.

Vérone, 17 novembre 1823.

Mon cher monsieur,

Je suis parti de Rome le lendemain du jour dont j'avais eu le bonheiœ de passer une partie avec vous; avant mon départ encore, j'ai reçu la lettre que vous avez bien voulu m'écrire. Que vous êtes aimable de vous être si vite occupé de ma fantaisie de tableaux ! Mais ce qui me serait aussi indispensable que l'indication de bons morceaux, ce serait celle d'un connaisseur honnête homme, dans chaque lieu, qui pût me donner son avis sur les prix. Je 4sens qu'une telle indication est délicate et difficile. D'un autre côté, le même désir a sans doute été par* tagé par nombre de personnes qui se sont rendues au Congrès, et lé moment doit être si peu favorable que je n'y devrais peut-être plus penser. Cependant j'ai dans l'idée que Venise, où sont accumulées tant de choses précieuses et qui, tous les jours, devient davantage une scène d'inévitable destruction, devrait être un point propre à mes désirs. Je comptq le visiter, et j'ai pensé que vos connaissances de Rome pourraient peut-être vous mettre à même de m'y bien adresser. N'y prenez point grand'peine, toutefois; si cela ne se trouve pas sous votre main, ne cherchez pas. Ce n'est chez moi qu'une première

velléité, qu'un premier essai ; mes vœux sont aussi bornés que mes facultés ; je suis donc très-disposé à tout ajourner et compte plus sur ce qu'avec le temps vous découvrirez vous-même que sur mes propres recherches.

J'ai vu le comte de Bernstorff^ et lui ai parlé suivant vos intentions et très-fortement. Il vous parlera lui-même ; il ira à Rome après le Congrès et veut vous laisser arbitre de votre propre destinée. Il y a quelque générosité à moi à chercher à éloigner de l'Italie, pour ne plus le revoir probablement, le seul être que j'y aie rencontré dont l'âme ait répondu à la mienne.

Je ne vous écris rien du Congrès, mon cher monsieur; à mon retour, quelque pressé que je sois de rejoindre ma femme et mes enfants, je passerai quelques jours à Rome, et nous causerons. Au re-

.voir. J'attends, toutes les semaines, des nouvelles de l'accouchement de ma femme; le 7, elle et mes enfants allaient bien. Je souhaite qu'il en soit de même des vôtres et que vous soyez plus content de la santé de M""® Niebuhr. Permettez que je vous

* Le comte Christian de Bernstorff, dont le père avait été xni^ nistre de Frdde'ric V, naquit à Copenhague en 1769. Il fut ministre des Affaires étrangères de 1797 à 1810. En 1811, il vînt à Paris comme ministre plénipotentiaire. En ISl/i, il représenta le Danemark au Congrès de Vienne. En 1818, il passa au service du roi de Prusse, qui lui confia aussi le ministère des Affaires ètran* gères et se fit représenter par lui aux Congrès d'Aix-la-Chapelle, de Carlsbad, de Laybach et de Vérone. 11 prit sa retraite en 1831 et mourut â Berlin en 1835. — Voyez la Nouvelle Biographie générale (Didot), t. V, p. 050.

ANNEE 18â2. 537

assure, sans formules, de la haute estime et du sincère attachement de votre dévoué

H. DE Serre

P,'S. J'ai vu M. Italinskj^ qui compte, dans quelques jours, partir pour Rome. Vous m'avez rendu service en m'engageant à le voir : c'est un bon et aimable vieillard. Il a été souffrant, mais va mieux ; nous avons ici des jours froids et nébuleux qui ne lui conviennent pas.

Vous verrez par les journaux que les bruits de guerre, soutenus par un emprunt négocié par Ouvrard* aux royalistes espagnols, ont fait descendre nos fonds de 93 à 86. Cependant je ne crois pas du tout à la guerre.

* Le clievalîer Italînsky, conseiller îniîme et envoya extraordinaire de Tempereur de Russie prés le Saint- Siëge. U mourut à Rome le S7 mai 18327, âge de quatre-vingt-quatre ans.

* Gabriel-Julien Ouvrard, né prés de Clisson (Loire-InMrieure) le 11 octobre 1770. Charg(^, en 1797, du service des subsistances de la marine avec le titre de munitionnaire gênerai, il acquit une fortune de plus de 15 millions. Napoléon, qui d'abord eut recours d son habileuf, le fit incarcérer en 1810, et ne le relâcha qu'en 1813. En 18â3> M. Ouvrard prit à sa charge l'entreprise des subsistances, fournitures et transports de l'armée d'Espagne. Ces marchés donnèrent lieu à des poursuites et à des procès. Après s'être plusieurs fois enrichi et ruiné, après avoir £ubi une nouvelle détcnlion à Sainte-Pélagie, il mourut à Londres en IQJS.

1152. — M. de Serre à M. de Fontenay.

Vf^rone, 17 novembre 183S.

Mon cher monsieur,

Ayant appris, il y a quelques jours, qu'il devait y avoir un mouvement assez considérable dans la diplomatie, je cinis devoir saisir Toccasion de rappeler à M. de Montmorency les bonnes dispositions qu'il m'avait montrées pour vous. Il m'objecta que beaucoup d'autres avaient des services plus anciens. « Sans doute, lui dis-je, mais aucun d'aussi distingués, ^^ous n'adoptez pas sans doute rigoureusement dans la diplomatie l'avancement à l'ancienneté. Âvoir fait aussi longtemps les fonctions d'ambassadeur à ime époque aussi difficile que celle de la dernière révolution, et s'en être tiré d'une manière aussi distinguée, est un titre que lui seul peut faire valoir. — Mais que voudrait-il? Etre en pied? — Certainement; une place de ministre près d'une cour est la seule que vous puissiez lui offrir. — C'est ce que, pour cette fois, je ne puis encore vous promettre. » Rendu vous-même à Paris cet hiver, vous pourrez, monsieur, descendre vos prétentions, sî vous le jugez à propos. Pour moi, il m'a paru convenable d'établir ainsi vos droits. Je voudrais avoir fait mieux, mais vous trouverez, j'espère, dans la capitale, des amis, non plus dévoués, mais plus en crédit.

ANNÉE 189d. 630

Vous avez maintenant le roi de Prusse; il portera à lui seul plus de gaieté et de mouvement à Naples que nous n'en avons à Vérone. Je ne vous dirai rien du Congrès parce qu'il n'y a rien d'apparent, et ce qu'on devine ou apprend du reste n'est guère de nature à s'écrire.

Comment vous passez-vous de gouvernement à Naples? Vous ferez bien de vous y habituer, car vous n'en aurez, je pense, qu'au retour du Roi de Vienne, en avril prochain.

M. de Montmorency, qui avait fixé son départ à après-demain, paraît le remettre encore.

Au revoir, mon cher monsieur ; je suis dans l'attente de vos nouvelles et de celles de ma famille.

Mille amitiés. •

H. DE Serrb.

1163.— La marquise de la Tour-du-Pin > à Bf™® de Serre.

Turin > 18 novembre 18SS.

Il y a bien des jours, madame, que j'aurais dû répondre à la bonne et aimable lettre que vous avez

* Henri ette-Lucy de D.illon, fiUe d'Arthur-Richard Dillon, comte de Dillon, marëchal de camp, et de Lucy-Thërése de Roothe, dame du palais de la Reine, avait e'pousë, en 1787, le marquis de la Tour-du-Pin. Elle est morte à Pise en 1853, âgëe de quatrevingt-quatre ans. — Voyez t. III, p. Sl/i.

bhO CORRESPONDANCE.

bien voulu m'écrîre, et vous remercier des témoignages d'intérêt auxquels j'ai été si sensible ! II faut être malheureuse comme je le suis pour sentir le prix d'un mot amical et d'une parole de consolation. Votre cœur a bien voulu deviner tout ce que j'ai perdu, sans avoir connu ce modèle de toutes les vertus jointes aux agréments et à l'esprit le plus distingué et le plus cultivé*; c'est à tout cela que j'ai le malheur de survivre; c'est tout cela que j'ai vu périr à vingt-cinq ans. Puisse le ciel vous épargner des malheurs comme les miens ! Je fais des vœux pour que le petit Napolitain que vous attendez arrive au monde bien portant, et que M. de Serre vous soit rendu à cette époque; je ne me permets pas même de désirer qu'il passe par Turin, et j'espère que vous trouvez que j'ai du mérite à cette abnégation .

Adieu, madame. J'ai besoin de me dire que nous nous rencontrerons encore au pied du Vésuve, aux bords du Pô ou de la Seine, et, dans quelque lieu que ce soit, je serai empressée de réclamer des bontés et un intérêt auxquels j'attache tant de prix.

DlLLON LA ToUR-DU-PiN.

* Marie-Charlotte-Alix de la Tour-du-Pin-Gourernet, fille de la marquise de la Tour-du-Pin. N^e au château de Bouilh (près do Cubzac) en 1796, elle mourut en 1823. Elle avait ëpousë le comte Auguste de Liedekerke-Beaufort. chambellan, gentilhomme ordinaire et ambassadeur du roi des Pays-Bas.

1154. — Le baron Pasquier à M. de Serre.

Rome> 18 novembre 1822.

^"otre lettre du 8 ne m'est arrivée qu hier, mon cher ami, et je commençais à avoir impatience d'être ainsi sans nouvelles de vous. J'en avais cependant de votre bonne influence là où elle pouvait être employée, car vous aviez très-heureusement rompu les liens qui retenaient ici A. Laborde^ et en

* Le comte Alexandre-Louis- Joseph de Laborde, né à Paris le 17 septembre 1773, était le quatrième fils de Joseph de Laborde, banquier de la cour, qui përit sur Tëchafaud en 179/i. Il ëmigra et servit dans Tarmëe autrichienne jusqu'au traite de Campo-Formîo (1797). Vers la fin de 1800, il accompagna Lucien Bonaparte à Madrid comme attache d'ambassade et recueillit les matériaux de deux grands ouvrages qu'il publia quelques aniiëes plus tard : Voyage pittoresque et historique en Espagne^ Itiné^ raire descriptif de V Espagne, Il fut nomme, en 1808, auditeur au Conseil d'État et, en 1809, maître des requêtes. En 181/i, il prit une part honorable à la défense de Paris comme adjudantmajor de la garde nationale. Cette même annëe, il reçut de Louis XVIII la croix de Saint-Louis et celle d'officier de la Legîon d'honneur. En 1818, il reprit au Conseil d'Etat ses fonctions de maître des requêtes. Il fut ëlu, en 1822, dëputd de la Seine, et siëgea au centre gauche. Il ëchoua aux élections de 18MA, et cessa d'être inscrit sur les listes du Conseil d'État. De nouveau àé^xxié en 18!2T, il redevint maître des requêtes sous le ministère de M. de Martignac. Il donna sa démission à l'avënement de M. de Poli- ^nac. Âpres la révolution de 1830, il exerça les fonctions de préfet de la Seine, qu'il quitta bientôt pour celles d'aide de camp de Louis-Philippe et de questeur de la Chambre, il mourut le SO oc-

5kS CORRESPONDANCE.

cela vous aviez fait chose du meilleur eflfet. Ceux qui peuvent le croire redoutable le connaissent bien mal : il n'est dangereux que pour lui-même. • •••••••••••••••«

J'ai été fort sensible à ce que vous me dites au véritable intérêt de quelques-uns de vos compagnons diplomatiques. Pour ceux-là j'y comptais; remerciez-les cependant pour moi, car c'est un grand bien de n'être pas trompé dans ces confiances-là. Quant aux autres, il faut toujours leur savoir gré de leur bonne mine. Celui que vous me citez plus particulièrement aurait bien quelques raisons cependant, s'il avait de la mémoire, pour donner de la réalité à l'apparence.

Mais savez-vous bien que votre Congrès commence à m'ennuyer; je ne lui pardonnnerais pas de traîner assez longtemps pour m'empêcher de vous voir à votre passage ici, et cependant je dois en partir le 15 décembre; il est même bien difficile que ce soit autrement. Je recevrai donc Rayneval, s'il arrive enfin, comme votre précurseur; mais dites-lui que de grâce il se dépêche un peu. Je l'attends pour aller à Frascati. C'est un plaisir que je yeux prendre avec lui.

Adieu, mon cher ami; comptez et à toujours sur mon plus tendre et plus fidèle attachement.

tobre 18Ji2. Son éloge a été lu par M. Guîgnîauf le 7 décembre 1860, à rAcaddmie des inscriptions et belles-lettres. Il éistli membre, de cette Académie et de celle des sciences morales et politiques.

ANNÉE 18Sâ. 5tô

Mes compliments à M. de Belle val.

Mon compagnon^ , très- sensible à votre souvenir, vous offre ses hommages.

1155. — M. de Serre à sa mère.

Vërone, 19 novembre 1852.

Je reçois, chère maman, votre lettre du 11. Heureusement enfin vous avez de mes lettres et vous aurez reçu successivement celles que je vous ai écrites avant et depuis le 5. Continuez toujours à m'écrire par la même voie. Moi, j'use de toutes celles qui se présentent; mais, malgré tous les courriers reçus et expédiés de tous côtés, on ne se déplace jamais sans troubles dans la correspondance.

Je réprouve de même avec Naples Je commence

à avoir assez de Vérone et à désirer de rejoindre ma femme et mes enfants. Je n'espère guère toutefois pouvoir partir d'ici avant le 15 du mois prochain. Je placerai dans cet intei'valle un voyage à Venise, puis au lac de Garda.

Si laBoulaye eût été à Paris, il eût probablement arrange mon affaire d'impositions, cl par suite ma nomination eût eu lieu. Si je le regrettais beaucoup, je devrais surtout m'en prendre à moi qui, avant dé quiter Paris, aurais dû arranger la chose;

. * M. Rebut — Voyez cî-dossus, p. h6%

bUh CORRESPONDANCE,

mais il est difficile, presque impossible de concilier Naples et Paris. Et comme je me suis demandé ce que je pourrais faire en ce dernier lieu et dans toutes les intrigues qui s'y croisent, je me le demande encore. Il y a donc nécessité d'attendre, et, lorsque la situation des choses sera de nature à me rappeler, il se trouvera bien une entrée. Vous, chère mainan, vous, voilà mon grand et unique regret; c'est aussi mon grand motif pour l'evenir. Sans ma femme et mes enfants, je ne vous eusse jamais quittée.

Vous aurez probablement cet hiver Tunnel avec la Boulaye ; comme ils ont tous les deux bon cœur et bon sens, ce vous sera une consolation.

Au revoir, chère maman et tendi*e amie; je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

Votre bon fils.

Mes amitiés à la Fortelle et au jeune de Vaulx.

1166. -^ M. de la Boulaye à M. de Serre.

A y, 80 noirembre 18Î2.

Si je ne vous ai rien dit des élections dans ma dernière lettre, c'est que je m'obstinais à né pas perdre toute espérance : je n'en ai plus ^ Il faut

^ Une ordonnance du 9 octobre avait fixe les élections de la seconde série au 13 novembre pour les collées d'arrondissement el

ANNÉB 18S9. M6

s'en consoler comme de tant d'autres choses. Voici de grands frais faits pour vous établir à peu près convenablement à Naples ; usez-y vos meubles, la jeune famille vous aidera à vous dépêcher ; et, s'il reste encore parla quelques débris de cet ses triplex^ dont parle Horace \ cuirassez-en votre poitrine. Je craignais pour elle le changement de climat et l'air de Vérone. Vous avez payé votre dette, il faut tâcher de s'en tenir là et se borner aux fumigations du Vésuve, puisque vous n'avez point à vous en plaindre. Cette éruption, que je redoutais, n'a produit sur notre belle Excellence d'autre effet que de la charmer; elle m'a parlé du volcan en bons termes et comme d'un ami très-chaud dont les excès ont fait quelque diversion à ses inquiétudes et à ses peines. Je n'attends qu'en décembre des nouvelles de Ferdinand ou de Ferdinande. Il est impossible d'écrire ces noms sans vous remercier des collègues dont vous m'illustrez. Il reste à connaître la marraine. Je désire que l'un et l'autre de ces augustes patrons du nouvel enfant lui portent bonheur et l'aiment autant que j'aime ma petite Marie. Il me revient de divers côtés que cette chère petite est en pleine convalescence. Je n'apprendrai jamais assez tôt qu'elle est parfaitement rétablie.

Il n'appartient pas aux campagnards, aux vignerons, de se mêler aux délibérations des Ciongrès*

au 90 juin pour les collèges de dëpartexnent M. de Serre n'avait pu se présenter aux électeurs de la Moselle, comme il le désirait, sa qualité d'ëligible n'étant pas rëguliérement établie. «Od, lîb. 1, carm. HT, v. 9.

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