‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 2 sur 126 · M. de la Boulaye à M. de Berre · texte numérisé non relu

M. de la Boulaye à M. de Berre

Paris, mardi !•' août 18â0.

Je ferai demain ma dernière visite à vos fillettes après vous avoir écrit et au moment de monter en voiture. Mon absence sera aussi courte que possible; elle m'est amère. Vous aurez de mes nouvelles par l'entremise de Germeau, qui saura ma marche et m'enverra vos lettres.

J'ai celle du 28 juillet et toutes ses annexes. Sauf Royer, l'impertinence est excessive. La lettre de Camille a deux ou trois fois tombé des mains du duc. Il n'a voulu garder que Royer, qu'il se charge de mettre sous les yeux du Roi. Votre opinion sur le haut assentiment du Conseil aux mesures prises est la sienne; elle doit être celle de tous les gens d'honneur. Ce que vous dites à ce sujet sera communiqué à M. Pasquier, avec lequel mon intimité se resserre. Je n'ai qu'à m'en applaudir.

Le duc a reçu les doléances de Portai sur ce que

Boursaînt* lui avait été inhumaînement refusé comme maître des requêtes. Boursaint est un homme utile, essentiel même à la Marine. Lui et M. Tupinîer * m'y paraissent les capables. M. Portai a crû qu'il calmerait les douleurs de Boursaint; elles

< Pierre-Louis Boursaint, fils d'un marchand de Saint-Malo, naquît en celte ville le 19 janvier 1781. 11 s'embarqua, en 179/i, • comme novice-timonier. Quelques années plus tard, son zélé et son intelligence lui valurent la protection de l'amiral Ganteaume, qui le choisit pour secrétaire. 11 fut nomme en 1808 commissaire de l'escadre de la Méditerranée. Après avoir exercé les fonctions de sous-chef, puis de chef du personnel au ministère de la Marine, il devint, eii 1817, directeur de la comptabilité de la Marine et de la caisse des Invalides, en 18Sâ conseiller d'État, en 1831 membre de Tamirauté ; il était en outre commandeur de la Légion d'honneur. Mais des souffrances physiques, causées par l'cx* ces de travail, et des chagrins d'ambition l'ayant dégoûté de la vie, il se tua le /» juillet 1833, â Saint-Germain-en-Laye. — Voyez la Notice insérée par M. Blanchard dans la France maritime y février 1836.

* Jean-Marguerite Tupinier, dont le père fut juge au tribunal de cassation et membre de plusieurs Assemblées législatives, naquit à Cuisery (Seiue-et-Oise) le 18 décembre 1779. Élève de l'École polytechnique à quinze ans, officier du génie maritime à dix-neuf, il fit la campagne de Saint-Domingue comme ingénieur de l'escadre (1801-1603). Sous l'Empire, il dirigea les travaux de l'arsenal de Venise. 11 devint sous-directeur des ports et arsenaux de France en 1817 et directeur en 1833. Toulon, Brest, RocheforI, Lorient, Cherbourg lui doivent de grandes améliorations. 11 prit une part importante aux préparatifs des expéditions d'Espagne, de Navarin, de Morée, d'Alger, de Saint-Jean-d'Ulloa et de Mogador. Député du Finistère en 1833, de la Charente-Inférieure eu 1837, il fut élevé à la pairie en 18/i5. Il eut le portefeuille de la Marine du 9 au 11 août 1830 et du 31 mars au IS mai 1839. II mourut le 9 décembre 1850. Son éloge fut prononcé à ses obsèques par

M. Charles Dupin. Le roi Charles X avait conféré à M. Tupinier le titre de baron.

ne cessent pas d'être très-vives. M. de Richelieu désirerait que cela s'arrangeât. Il ni*a prié de vans I& dire et de vous demander de le pr^idre pour négo- ' ciateur. S'il ne vous écrit pas lui-même, c'est par cet excès de délicatesse qui sied à son beau caractère. Il désire même que vous me répondiez à ce sujet avant qu'il s'établisse entre vous deux des communications directes. Mon absence n'y fait riea, dit-il« cela n'est pas pressé^ et de ma Chaaipagae je lui transmettrai vos préliminaires. Quant au désir de Portai d'avoir un officier général dans le Conseil , le duc ne demande pas mieux que de surseoir tant que vous le jugerez convenable. II n'est éma que pour Boursaint parce qu'il remarque ailleurs un peu d'émotion.

Je vous garderai les épitres de Camille et de Guizot. La première m'a expliqué ces bruits de Paris. Le duc a retenu la lettre de Royer. Ces messieurs nous trouveront généreux en temps convenable. Si nous succombons d'ailleurs, ils ne seront pas nos héritiers.

Beugnot a eu une audience de Monsieur^ et il m'a dit que, dans une conversation de trente à quarante minutes, il avait trouvé cet auguste prince excellent, plein de confiance dans le ministère et s'étendant sur vos éloges. Les réponses faites aux objections sur la convenance d'employer certains hommes ont été bien écoutées. On a manifesté quelques regrets de ce qu'on s'était éloigné, quelque désir pour qu'on se rapprochât, etc, , et Beugnot a redit la conversation à Pasquîer, après me l'avoir narrée.

AHNÉE 18S0. 11

J'ea ai fait part à M. de Richdiea. Nos versums sont semblables.

Un grand incendie a ravagé hier les entrep^ de Bercy. Je n'ai pas enccMne pu savoir si Louis ^ était du ncHubre'des victimes. On parle de soixante mille pièces de vin p^dues.

J'ai vu ce majtin le duc de la Châtre, qui vous fait mille tendresses. Le Roi a fait quelques pas dans ses appartements. U va bien.

Germeau laboure, vous recueillerez.

A d^nain.

m. •^ M. €tanneaa à M. de Serre.

Paris, le 1*^ août 18310.

Les journaux que j'ai Thonneur de vous adresser vous appretidront TafEreux incendie qui a éclaté hier à la Râpée ; on n'en connaît pas encore bien les causes, et quelques feuilles semblent l'attribuer à la malveillance ; on m'assure que plus de soixante mUle pièces ont été coulées, et, en les évaluant au prix moyen de 100 francs, il en résulterait une perte de 6 niillions. L'incendie était alimenté par les huiles et l'esprit-de-vin qui se trouvaient en quan-

* Le baron Louis.

tîté dans les entrepôts ; les travailleurs avaient du vin jusqu'au genou, et beaucoup de pompes n'ont été servies qu'avec le vin répandu.

J'ai vu revenir le soir les légions de la garde et des troupes de ligne qu'on avait envoyées au feu ; elles étaient horribles de vin et de fumée.

J'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Excellence que Guillemin s'était constitué prisonnier. On attendait beaucoup de ses déclarations ; mais celles qu'il a faites jusqu'ici ne me paraissent pas remplir complètement l'idée qu'on avait pu en concevoir, et encore n'a-t-il consenti à les signer qu'en déclarant qu'il ne voulait pas qu'on en fît usage judiciairement, car alors il les démentirait. L'explosion des projets conçus devait, selon Guillemin, avoir lieu au mois de mai et être remise à la Saint-Louis, si elle ne réussissait pas au mois de mai. Ce qui résulte assez clairement de tous ces renseignements, c'est qu'il y a eu complot, que Combes, Planzeaux, Guillemin, etc., etc., en étaient les principaux agents; mais un projet conçu sur une aussi grande échelle devait, selon toutes les apparences, avoir des meneurs plus importants que ceux dont les noms sont jusqu'ici prononcés, et c'est sur quoi je ne vois rien de nouveau dans les découvertes faites jusqu'ici par la justice. Le but du projet était l'expulsion de la dynastie des Bourbons, le rappel de Napoléon et, en attendant son retour, la régence de Marie-Louise*.

* Marie-Louîse» archiduchesse d'Autriche, nëe en 1791; impératrice des Français en 1810, duchesse de Parme en I8I/1 ; mort« «n IB/i?.

Une lettre de M. le préfet de la Moselle \ que j'ouvre à Tinstant, propose pour procureur général à Metz M. Nault*, premier avocat général de Dijon. Je n'ai, quant à moi, entendu parler de ce magistrat que sous les meilleurs-rapports, soit comme talent, soit comme honnêteté.

M. Courvoisîer écrit de Baume-les-Dames qu'il y a été retenu par nije maladie très-grave de sa femme, qu'il a failli perdre ainsi que son enfant.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence, ainsi qu'à M'^^^de Serre, mes plus respectueux hommages.

Germeau.

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