‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 27 sur 126 · M. Germeau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germeau à M. de Serre

Paris, 13 août 1890.

Monseigneur,

Je reçois, aujourd'hui, 13 août, votre lettre du 9; elle m'apprend que vous devez quitter Clermont le 17 au plus tard ; et, comme il serait fort à craindre, dès lors, que mçs dépêches ne vous trouvassent

dut, le S/i juin IB!1% un traita de commerce avantageux aux deux nations. Ambassadeur à Lisbonne le 10 juin 18323, il conserva au roi Jean sa couronne. Ministre de la Marine du 3 mars 18âS au 8 août 18^, il améliora le régime colonial, tâcha de réprimer la traite des nègres et concourut à l'émancipation des Grecs; Le 11 août 18S0, il envoya sa démission de député. Il mourut à Paris le ^ mai 1857. Louis XVIU l'avait créé baron ; Jean VI lui avait conféré le titre de comte de Bemposta. Une notice sur sa vie a été écrite par M. H. de Vatimesnil. — Voyez le Correspondant du 35 juin 1857.

plus dans le Puy-de-Dôme, je me suis décidé à n'y envoyer que cette lettre seule et par duplicata, tandis que j'adresse à Lyon, poste restante, tout ce que j'ai d'important. Je sais tout ce qu'il y a d'inconvénient à faire suivre des lettres, et j'en ai vu revenir un si grand nombre de Nice, si longtemps après leur envoi, que j'aime mieux, à moins de circonstances urgentes, les.faire attendre que les faire courir.

Une lettre de Rouen, qui arrive aujourd'hui et porte la date d'hier, annonce que M. Laffitte, arrivé nouvellement dans cette ville, y a reçu, à l'hôtel qu'il habite, une sérénade accompagnée des acclamations les plus bruyantes d'un rassemblement de douze cents personnes. On a entendu, entre autres cris, ceux de Vive la République! A bas Beugnot! il faut le pendre !

Ce voyage de M. Laffitte dans les circonstances présentes, ce rassemblement, ces cris, tout cela paraîtra sans doute assez remarquable à Votre Excellence.

Entre autres détails curieux de notre correspondance de la Bretagne, je remarque que les jeunes gens du département du Finistère ont pris entre eux la résolution d'essayer d'abord la marche du nouveau préfet* ; puis, s'il ne marche pas tout à fait dans leurs idées, à'assommer tous ceux qui le fré-

* Par ordonnance du 19 juillet 18S0, M. Desroiours de Chaulieu, sous-pr^fet de Cherbourg, arait été nomm^ préfet du Finistère, en remplacement de M. d'Arros, appelë à la préfecture de TAveyron.

<Mi CORRESPONDANCE.

quenteraient. Ce sont les termes mêmes de la lettre de Tavocat général.

M. le ministre des Affaires étrangères m'adresse pour vous, monseigneur, un paquet que je dirige sur Lyon, parce qu'il m'est recommandé comme important. Je suppose qu'il vous parle des nouvelles d'Angleterre; mais je croîs devoir, surabondamment, vous dire ce que j'en ai appris : le télégraphe a annoncé que les 36,000 hommes de troupes qui entouraient Londres ont été éloignés, qu'un arrangement avec la reine avait été conclu, et que le procès ne se suivrait pas. On n'apas d'autres détails jusqu'ici, et l'on en attend impatiemment à cause de l'influence qu'un pareil événement doit avoir sur le ministère; il semble, au premier aperçu, que l'issue de cette affaire le compromet singulièrement.

M. de Pradt, à ce qu'il paraît, a voulu imiter la reine d'Angleterre ; après avoir quitté Paris précipitamment, il y revient inopinément ; il faut espérer que son procès ne lui réussira pas aussi bien qu'à la reine Caroline.

On a déposé hier et je joins à cette lettre la fatale brochure de M. C. de Coussergues contre M. Decazes : ce livre, mal fait en soi et surtout fait dans un mauvais esprit, est un événement bien fâcheux et dont les conséquences peuvent être funestes. M. C. de Coussergues le répand avec grande profusion .

Vos enfants, monseigneur, sont allés aujourd'hui à Carrières : je les ai vus partir très-contents et lesmieux portants du monde.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M"** de Serre mes plus respectueux hommages.

Germeau.

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