‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 29 sur 126 · M. Germoau à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Germoau à M. de Serre

Paris, le Ih août 18âD.

Monseigneur,

Chaque courrier nous apporte quelques nouveaux détails sur les réceptions faites aux députés libéraux : c'est aujourd'hui le tour de M. le Graverend*; rien n'a manqué, musique, bravos, cris de Vive le Graverend ! et même cri de Vive VEmpe^ reiir ! Les amateurs ont voulu donner une seconde représentation de cette farce, mais l'autorité locale s'y est opposée.

En somme, on est tranquille à Paris ; mais, dois-je le dire? ce calme me paraît ressembler un peu à celui qui précède un orage : on regarde, on attend, on ne sait précisément ce qui va se passer; on ne

* Guillaume-Marie le Graverend, né à Rennes en 1765. H ëtait avocat et procureur de la commune de cette ville, lorsqu'en 1793 il fut mis hors la loi par le conventionnel Carrier pour s'être déclare contre les auteurs du 31 mai. Il réussit à se cacher pendant plus d'un an, et revint à son poste administratif. Professeur de droit civil à la Facultë de Rennes en 180d, il cumula ces fonctions avec celles de substitut du procureur gënëral prés la Ck>ur d'appel. Il devint avocat gënëral en 1811, conseiller à la Cour royale en 1818 et président de chambre en 1830. De 1817 à 18^1, il fut députa d'I Ile-et-Vilaine et siëgea sur les bancs de la gauche. Il mourut à Rennes en 183ii. 11 était cousin de M. Emmanuel le Graverend, le savant criminaliste. — Voyez la Biographie bretonne ^ pnr P. Levot, t. II, p. ^h, Paris et Vannes, 1857.

ANNÉB 1880. 71

sait si c'est en France que les événements importants doivent se passer, mais on y redoute grandement la crise des élections.

Votre Excellence a sans doute déjà calculé dans sa sagesse toutes les suites probables de la malheureuse publication du mémoire de M. de Coussergues ; mais ce que je puis dire en somme, c'est que les libéraux en sont ravis, que les amis de M. Decazes sentent fort bien tout l'avantage qui peut ressortir pour lui de la lutte qui va nécessairement s'engager sur ce terrain au commencement de la session, et qu'enfin les gens de bien et les gens atta* chés sincèrement au gouvernement sont profondément centristes de voir ainsi ranimer à la fois tous les scandales qui n'ont été que trop communs dans les six années déjà écoulées depuis la Restauration,

M"^ Louise joue en ce moment fort gaiement aux dominos sur le parquet ; M"** Marie fait de grandes démonstrations de joie dans les bras de sa nourrice: tout le monde paraît en fort bon état de santé.

J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence et à M"*® de Serre mes plus respectueux hommages.

GCRMEAU.

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