‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 53 sur 126 · M. Becqaey à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Becqaey à M. de Serre

Auchy U octobre 1820.

Mon cher ministre,

Lorsque j'ai reçu votre lettre à laquelle je réponds, en vous envoyant signé le certificat que vous me demandez, j'allais vous écrire pour vous exprimer ma satisfaction sur la distinction que le Roi vient de vous accorder. Vous savez quel intérêt je vous porte, et puis j'aime à voir récompenser uu grand dévouement et de grands talents consacrés à la sainte cause de la royauté et de la patrie qui ne font qu'un. Le Roi ne pouvait pas oublier que vous avez vaincu la sédition à notre tribune, et j'espère que la France ne l'oubliera jamais : votre cordon est une couronne civique.

J'étais prêt à quitter Bordeaux quand est arrivée la mémorable nouvelle. J'y suis resté un jour de plus pour prendre part à la manifestation de la joie sincère, profonde, universelle dans cette belle fête. Nous autres, gens du Nord et de l'Est, nous sommes également sensibles au bonheur, mais nous ne savons pas si bien nous réjouir. Quelle vivacité dans

ISS CORRESPONDANCE.

rexpression des sentiments ! J'ai parcouru toute la Gascogne, le Béarn, le Bigorre : partout même contentement et même admiration.

La naissance d'un prince si nécessaire, si désiré, et la révélation d'un courage céleste^ dans celle qui nous le donne, tout cela va droit aux cœurs français. Je suis bien sûr que dans tout le royaume on éprouve les mêmes impressions. Elles serviront à resserrer les liens du peuple avec la famille royale. Elles affaibliront ses ennemis : le trône des Bourbons triomphera. Aussi, quand on me parle de candidats inquiétants, je dis qu'il doit suffire, pour s'en garantir, d'avertir que le duc de Bordeaux ne leur donnerait pas sa voix et que son auguste mère en serait affligée. Au surplus, j'ai bonne confiance dans les élections que feront dans le Midi les collèges les plus imposés. On aura même de bons choix dans les arrondissements de la Gironde, sauf un seul. Tous les préfets que j'ai vus auraient redouté la dissolution. Tout annonce que le gouvernement

^ « Dans la nuit du S8 au â9 septembre, vers deux heures du nuttin, la duchesse de. Berry se sentit prise des douleurs, et avant qu'on n'eût eu le temps d'appeler personne, elle avait mis au jour le prince qu'on appelle aujourd'hui le comte de Chambord. Avectme rare présence d'esprit, elle défendit (pie Ton détachât l'enfant de sa personne avant l'arrive'e des témoins. Elle ordonna de faire entrer, avec quelques gardes nationaux, un garde du corps et un officier de la garde qui se trouvaient de service. Le Roi, qu'on était allé avertir, arriva bientôt dans la cluunbre de la prinoesse, où se trouvaient déjà Monsieur ^ Madame, le duc d'Angoulénie, et où le duc et la duchesse d'Orléans vinrent se réunfr à eux quelques moments après, n {Histoire de la Restauration, par M. de Viel-<:astel, t. IX, p. 9A,)

ANNÉE 18S0. ISd

aura la majorité, et j'espère qu'il sera enfin possible de faire tout ce qui est nécessaire pour préserver la France de nouveaux bouleversements. Le gouvernement deviendra très-populaire quand il sera bien connu, bien prouvé qu'il ne veut que ce qu'il veut en effet: l'affermissement du trône, qui est -notre première nécessité sociale, et le maintien de tous les droits comme de tous les intérêts garantis par la Charte. Le temps seul pourra convaincre les inquiets que vous ne voulez pas plus qu'eux de contre-révolution ; que la royauté peut être puissante sans qpie, pour cela, les droits du peuple soient restreints. Les terreurs que l'ennemi s'applique à répandre seront alors sans influence, on ne le croira plus, et les élections cesseront d'être menaçantes, qu'elles soient confiées ou non aux collèges les plus imposés.

Dans quinze jours, au plus tard, je serai à Paris. Je me réjouis de vous y revoir bien portant. Soyez assez bon pour metti*e aux pieds de ces dames mes hommages respectueux, et recevez la nouvelle assurance de mon inviolable et respectueux attachement.

Bkcquey

lau CORRESPONDANCE.

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