‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 54 sur 126 · M. Corbière à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. Corbière à M. de Serre

Rennes, 15 octobre 18â0.

Monseigneur,

Puisqu'il est décidé que la Chambre ne sera pas dissoutes il ne faut plus penser qu'à faire, chacun de son côté, ce qu'il convient pour n'avoir pas de regrets. Nous ne pouvons désormais nous occuper que de ce qui est devant nous, et c'est bien assez.

Vous croyez à la majorité; j'aime à l'espérer comme vous; mais, du moins, elle ne sera pas bien forte, et, par conséquent, il faut songer à ce qu'elle ne puisse pas se diviser. Toute séparation ferait perdre la majorité : vous ne pouvez pas manquer de le prévoir comme moi, et ce n'est pas avec vous que j'ai besoin d'insister sur ce point. Permettezmoi seulement une réflexion que je crois importante dans la position actuelle : s'il se présente dans les prochaînes élections un germe de division, il se reproduira, presque à coup sûr, dans la nouvelle Chambre ; chacun y arriverait avec les impressions prises dans les collèges électoraux et viendrait pré-

* Une ordonnance royale dat^e du 1 1 octobre et ins<^r^e dans le MoniU'ur du 1 S convoquait pour le h novembre les collèges ëlec toraux d'arrondissement appartenant à la quatrième série, et pour le 13 tous les collèges de département. — Voyez Y Histoire de la Restauration, par M. de Viel -Castel, t. IX, p. 1S7.

paré à lutter contre ce qu'il aurait cru remarquer comme étant opposé à ses amis et à ses principes. C'est là le mal qu'il importe de prévenir. Je ne connais qu'un remède pour le pays que j'habite et auquel je dois borner mes observations.

Les députés de la Bretagne qui ont voté avec la majorité de 1815 ont conservé l'affection du rf»yalisme ; il ne m'appartient pas de présenter cette observation autrement que comme un fait, mais c'est un fait incontestable. J'ai cru, d'après cela, qu'il était convenable que dans chacun de nos départements on nommât un de ces anciens députés avec un autre royaliste d'un caractère honorable. C'est dans ce sens que j'ai hasardé des indications à ceux de mes amis qui m'ont pressé de rii'expliquer positivement.

Malheureusement il m'est revenu, et c'est pour moi un devoir de vous en faire part, que quelques préfets semblaient peu disposés à marcher franchement dans, ce sens que, en parlant toujours avec égards des candidats les plus chers aux royalistes, ils agissaient de manière à faire craindre qu'ils ne les dessei'vissent. 11 se peut que ces inquiétudes soient le résultat d'anciennes préventions que le temps seul pourra dissiper entièrement. Mais, pour vous parler, monseigneur, avec toute la vérité que je vous dois, il me paraît que, dans le département que je puis le mieux observer par moi-même, la conduite du préfet^ pourrait justifier les craintes

* M. de la Vîllegontîer. — Voyez ci-dessus, p. 100.

qu'on m'a commuiiiquées. Je désire ^ mais je ne crois pas, ma tromper. Si je suis assez, heureux pour que mas vues sur les élections de la Bretagne soient conformes à celles du ministère, il sera bien facile de dissiper tous ces petits nuages, et il en est encore temps ; il suffit d'une instruction positive à chaque préfet sur les candidats qui sont actuellement sur les rangs. Il ne me reste qu'à confier à Votre Grandeur quels sont ceux que je crois le plus désirable de nommer dans le véritable intérêt du Roi et de l'Etat, et qui ne peuvent guère manquer d'être choisis, s'ils sont agréés par le gouvernement.

Seinb-Inféri£cr&. m. de Sesmaisons^ et un autre royaliste au choix du commerce qui se portera sans doute sur M . Re velière ^ , M . du Fou ^ ou M . Levesque * .

^ Le comte Louis-Humbert de Sesmaisons» né au châteav de Neuville (Seine-et-Oise) vers 1777. Sous la première Restauration, îl entra dans la maison du Roi et le suivit à Gand. Députe de la Loire-Inférievre à la Chambre do 1815» il si^ea sur les bancsda la. majorité. 11 ne fut pas réélu en 1816, n'ayant pas at. teint l'âge prescrit par l'ordonnance du 5 septembre, mais il le fut en l^Sth, Cette même année il perdit son père et le remplaça dans la charge de gentilhomme de Monsieur. En 1897, il obtint la dignité de pair de France, nonûiuitîon qui fut annulée après la ré* YolutLoa de juillet II ne reparut plus sur la scène politiq[ue» et mourut à Vannes le 30 décembre 1836. — Voyez la Biographie bretonne, par P. Levot, t. II, p. Sh9. Paris et Vannes, 1857.

* m. Rev^ières commissaire Qêoinl de marîae^ devint, cette* mâoie année, dépuié de la Loire-In£érieuire.

9 François-Marie-Bonaventure du Fou, préaident de la chambre, de commerce de Nantes et maire de cette ville de 1813 â 181& (sauf Fépoque des Cent-Jours). — Toyaz la Biographie bretonne^ t. pr, p. 593-595.

^ Louis-Hyacîntbe-Nîcolas Levesque, président de la chambre

Morbihan. M. de Margadel^ ou M. Dubotdéru', celui des deux qui sera le plus agréable aux élec* teurs, et avec lui M. le Bobinée, ou M. de Perriea^ ou M. le Miatier de Lehelee.

FiNisTËRB. M. de la Villemarqué et M. Penaurun*.

CôTES-Du-NoBi>. M. de Saint-Luc* et M. de la

de commerce de Nantes en 1818» maire de cette rille de 1819 à 1830» dëputë de la Loire-Infërieore de 1825 à 18^ et de 1830 d 1831. — Voyez la Biographie bretonne ^ t. II, p. 337-339.

• Le chevalier Louis- Joseph de Vargadel, né à Xivray (Meuse) en 1771. 11 ëmxgra et servit dans l'arma des prnices. Puis il prit pari à Texpëdition de Quiberon ; mais le bateau qui le portait fut éloigne des autres par la tempête et jeté sur les côtes de la Yendée. Il combattit avec les Vendéens jusqu'à la paix. Il passa Tëpoque de- l'Empire dans une petite terre qu'il possédait prés de Vannes. U reprit les armes pendant les Cent-Jours. Nommé» en 1815, dé* puté du Morbihan, il représenta ce département, sauf deux années d'interruption, jusqu'à la révolution de 1830, après laquelle il fut déclaré démissionnaire pour refus de serment. II mourut à Vannes 0m 1838. M. A.-F. Rio, qui avait eombattn sons ses ordres, en 1815, a tracé de lui un intéressant portrait. — Voyez VÉpilogue à Fart chrétien; ip, 133 et 138. Fribourg-en-Brisgau, 1870.

' Le comte Dubotdéru, député du Morbihan de 1815 à 1816, STsit tonjonrs roté avec la majorité. H fut réélu en 1890.

' Le comte de PQiri6n,.dépftilé du Morbihan en 1815, avait si^é sur les bancs de la droite.

^ MM. deila Villemarqné et Penaurua furent élus.

^ AUuuaaâe-Maffie«^Françoi& Conen^ comte de Sainl-Lne» né k Rennee la 15 janvier 1769, était aie d'vn président au ParlemaAi de Bretaipe. 11 enixa. fort jeune dans la marine ; il émigray. et fit» à l'armée des princes^la campagpe de 1793. (Son frère aîné périt 4 Qniberon.) II rentra sous le Consulat et vécut dans la retraite jucK ^u'ea 18U«. Nommé préfet du Finistère par Louis XVllI, il fut an* rété ei incarcéré à. l'époque des Ceni^Jours. U représenta ce^ département à la Chambre de 1815. et siégea sur les bancs de Tes^

laB CORRESPONDANCE.

Ville-au-Comte, maire de Saînt-Brieuo, qu'on m'assure avoir consenti positivement, après d'assez longues hésitations qui tenaient à Tétat de sa fortune. Ce département est de la quatrième série qui nomme intégralement cette année. Les voix ne sont pas assez fixées dans les arrondissements pour que je puisse faire des indications nominales ; il faudra se réunir aux choix les meilleurs et les plus faciles à faire prévaloir.

Ille-et-Vilaine. m. de la Vieuville, que vous voulez bien me faire espérer d'avoir pour président, et M. Garnier du Fougeray. Quant au troisième (car il en faut trois dans ce département), le grand nombre des concurrents ne permet pas encore de prévoir celui qui aura le plus de chances parmi les royalistes ; mais il est hors de doute que les électeurs royalistes sont en majorité. J'espère, sans pouvoir l'assurer aussi positivement, qu'il en sera à peu près de même dans les quatre autres départements .

J'ai l'intime confiance, monseigneur, que, quelle que puisse être votre opinion sur les élections dont j'ai pris la liberté de vous entretenir, vous verrez,

trême droite. H échoua aux élections de 1816, et obtint la préfecture des Côtes-du-Nord ; mais il la perdit en 1818, à cause de ses opinions ultra-royalisteri. Les électeurs de ce département le renvoyèrent à la Chambre en 1890 et lui continuèrent leur mandat jusqu'en 1830. 11 obtint, en \B!tU, la préfecture du Lot, puis administra successivement celles de Loir-et^her, de la Creuse et delà Mayenne. 11 s'abstint de toute fonction sous le gouvernement de juillet et mourut à Quimper le 30 mai IShb. — Consultez la Biographie bretonne, t. II, p. 813.

dans la franchise avec lac[uelle j'ai dû m'explîquer avec vous sur un objet aussi sérieux, la preuve de mon dévouement sans bornes à la cause que nous servons, et de mon ardent désir de concourir à l'œuvre si heureusement commencée dans notre dernière session.

Je suis avec respect, monseigneur, De Votre Grandeur

Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Corbière.

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