‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 61 sur 126 · Le baron Gary à M. de Serre · texte numérisé non relu

Le baron Gary à M. de Serre

Toulouse, le 91 novembre 18^.

Monseigneur,

Les élections étant terminées, je pense qu'il y a lieu d'affranchii* les procureurs du Roi de l'obligation que je leur avais imposée, d'après votre lettre confidentielle du 9 septembre dernier*, de m'adresser tous les dix jours un rapport sur la situation do leur arrondissement. L'obligation primitive de me transmettre immédiatement tout ce qui arriverait de remarquable dans leur territoire subsistera dans toute sa force, et Votre Grandeur en sera aussitôt instruite par moi.

Tout ce que je vous ai dit, monseigneur, dans ma lettre confidentielle du 18 du courant est aujourd'hui connu de tous et répété par toutes les bouches.

Je vous donnais, comme l'un des motifs de ma

^ Après avoir combattu le ministère de M. de Richelieu, M. de <}renëdan et ses amis combattirent le ministère de M. de Villèle ; ils contribuèrent à la chute de l'un et de l'autre.

« Voyez l'Appendice rfi XXIV.

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sécurité, des propos cpii m^avaient été rapportés par ceux qui les avaient entendus. Pour, entre un grand nombre de témoins, ne vous en citer qu'un à portée de vous ou qui y sera très-prochainement, je ne vous parlerai que de M. de Cardonnel, député, en présence de qui M. de Villèle dit hautement aux bains de Bagnères-de-Luchon, à la fin d'août, que je devais être et serais nommé, le premier, député ; qu'il ne voyait pas de meilleur choix à faire à Toulouse.

Quant aux éloges que faisaient de moi encore quinze jours ou trois semaines avant les élections M. de Rigaud et ceux qui ont pris un soin si acharné de m'exclure, veuillez, si vous le jugez convenable, interroger M. de Puymaurin, député, Tun des 105 libéraux qui m'ont donné leurs voix ; car aujourd'hui un certain parti veut que je n'aie été porté que par les libéraux.

M. de Villèle, que je n'avais pas vu depuis que j'avais dîné chez lui, le jour de l'ouverture de l'assemblée, est au surplus venu me voir hier. Il a eu la franchise de ne me témoigner aucun regret de mon désappointement ; et il a eu l'honnêteté de me demander mes commissions pour Paris. II part le 25 de ce mois et sera rendu le 29. J'ai dit que, la nouvelle loi ayant produit les efiets qu'on en attendait, et une très-grande majorité dans la Chambre étant évidemment dévouée à la cause royale, c'était le moment propice pour fermer Vabtme et pour donner, de concert avec les ministres du Roi, le repos à la France ; que lorsque, après tant de troubles, la force se trouvait entre les mains des gens de bien ;

Ihh CORRESPONDANCE.

la sagesse devait en régler l'usage et ôter jusqu'aux prétextes aux désordres et aux alarmes de tout genre; que, la nation voulant la loi que son Roi lui a donnée, c'était une belle mission dans de pareilles circonstances que d'avoir à tout affermir et consolider. M. de Villèle est entré dans toutes ces pensées, ou plutôt elles ont toujours été les siennes. II est décidé à user de toute son influence pour modérer la fougue de quelques esprits ardents qui veulent peut-être le bien de la France autrement qu'il n'est aujourd'hui permis ou possible de le vouloir. J'aurais désiré qu'il eût pu, dans ce moment, être entendu de ceux qui prétendent que mes principes lui ont autant déplu que ce qu'ils appellent improprement des talents.

Sa modération n'est pas ici la vertu de tous les hommes qui se sont montrés si dociles à sa volonté. Leur fureur est particulièrement dirigée contre ceux qu'ils appellent ministériels, car ils ont ressuscité cette dénomination qui commençait à passer de mode.

M. de Castelbajac, qui a passé à Toulouse pour se rendre dans le département du Gers, a dit dans un lieu public : Surtout point de ministériels, et la leçon n'a pas été stérile. Les sous-ordres ne manquaient pas de répéter et publier: Plutôt Grégoire, etc.; il s'agissait beaucoup plus d'en exclure certains que d'en faire entrer d'autres. Les électeurs, en arrivant dans les hôtels, dans les auberges, étaient avertis, avant toute autre chose, des exclusions obli-gées et nominatives, et c'est alors que les calonmies

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€t les mensonges étaient mis en jeu. Je vous aï raconté cela dans ma lettre du 16 ; je n'ai pas besoin de développer les motifs et le but de ces combinaisons.

Il est de mon devoir de vous dire que le parti de l'exagération, ainsi instruit et réchauffé, manifeste un esprit évidemment hostile contre les institutions nouvelles et contre les principes du gouvernement du Roi. Cela s'explique facilement dans un pays où il y a beaucoup d'ardeur et en général absence de lumières et d'instruction, surtout dans les classes où une plus grande fortune devrait cependant faire présumer une éducation plus soignée.

Ce qui fait la gloire des ministres du Roi, leur dévouement à sa volonté et l'emploi de toute leur puissance pour la faire respecter, les accuse aux yeux de ces hommes aveugles et passionnés. Ils s'aigrissent de ces sages instructions répandues dans les provinces pour recommander aux agents de l'autorité de ne point séparer, dans leur conduite et leurs discours, le respect dû aux lois constitutionnelles, du dévouement à la royauté étala légitimité.

Ces agents sont encore moins épargnés : il faut que les nouveaux députés demandent tout de suite le renvoi du procureur général, du maire, du commandant du département, du préfet^, qui, quoique

* Le baron Joseph de Saint-Chamans, ne à Paris en 1779. Auditeur au Conseil d'État en 1810, il fut nomm^, un peu plus lard, intendant de Palencia (royaume deLëon). Charge par Louis XVIII, en mars 1815, de la préfecture de l'Isëre, il ne put pénétrer dans Grenoble, déjà au pouvoir de Napoléon. Il se tint à l'écart durant les Cent-Jours. A la seconde Restauration, il devint préfet de JV. 10

uni dans le moment au parti qui a triomphé, n'en est pas moins impardonnable, à leurs yeux, de sa conduite à Avignon dans les élections de 1816.

Dans votre lettre du 9 septembre, vous avez dit que je ne devais pas craindre de vous fatiguer par des détails minutieux. J'abuse peut-être en vous confiant ceux-là. Us deviendraient importants si, dans d'autres parties de la France, tous les amis de la royauté ressemblaient à ceux qui s'en disent ici les amis exclusifs. Mais je suis convaincu qu'ils n'ont pas ailleurs de modèles, et surtout qu'ils n'en serviront pas.

Ce qui est très-certain, c'est que la masse, l'universalité des habitants éprouve un bien^tre général de la majorité royaliste qui va se montrer dans la Chambre des députés. On croit au repos, à la fin des révolutions, au maintien de l'ordre, à l'affermissement du corps politique. Toutes ces espérances sont un commencement de bonheur, et prêtent une force énorme au gouvernement du Roi; elles réalisent dans l'esprit du peuple tous les biens que promettent le trône et la légitimité.

Je suis avec un profond respect, monseigneur, De Votre Grandeur

Le très-hiunble et très-obéissant serviteur.

Gary,

Procureur gënéral.

Vauclose et, en 1817, préfet de la Haute-Garonne. 11 mourut i Paris en IBISf* des suites d'une chute de voiture qui l'avait force d» quitter la préfecture de Toulouse un an auparavant.

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