‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 87 sur 126 · I«e comte de Ifontloeier fr M. de Serre · texte numérisé non relu

I«e comte de Ifontloeier fr M. de Serre

Randanne, SO avril 182K

J'apprends par une dernière lettre de Paris que M, Bergasse\ d'abord très-affecté de son renvoi à

^ Nicolas Bergasse, né à Lyon en 1750. Avocat d'abord au barreau de sa ville natale» puis au barreau de Paris, il se fit surtout connaître par ses plaidoiries et ses mémoires dans Taflaire Kornmann, où il eut pour adversaire Beaumarchais (1787-1789). DëpuUi du tiers ^tat de Lyon à la Constituante» il donna sa démission lorsqu'il vit les réformes dépasser le but qu'il s'était propose. 11 fut arrêté sous la Convention et rendu à la L'bertë sous le Directoire. Il accueillit avec joie le retour des Bourbons, et publia, de 1815 à 18S1, plusieurs brochures dont la dernière avait pour litre : Essai sur la propriété, oa considérations morales et PpUiiques sur la question de savoir s'il faut restituer aux émigrés ^ liéritages dont ils ont été dépouillés dans le cours de la Révolution. Traduit devant les tribunaux, défendu par lui-même et par M. Berryer fi!s, il fut acquitte le 38 avril. Une ordonaaooe du â5 juillet 1830 le nomma conseiller d'État. Il mourut à Lyon la S3 mai 183^. Durant plusieurs années, il avait été en corre^oa-

la Cour cT assises j est aujourd'hui plus tranquille ^t attend son Jugement avec une noble résignation. Ses amis et lui désireraient beaucoup que je fusse à Paris pour le 28, jour du jugement. Si quelque <^ose pouvait m'y engager, ce serait la seule pensée de le rétablir dans une attitude convenable, car €e serait, selon moi, un très-grand malheur, je dirais presque un malheur public, si un homme de ce •lustre de caractère et de réputation venait à s'abaisser par quelque inconvenance. J'ai écrit à M. de Fitz- James et à Matthieu de Montmorency qu'ils eussent la bonté de s'occuper de lui. Ce n'est pas une petite affaire dans ma position, embarrassé comme je le suis de réparations et de dépenses engagées^ d'aller faire deux cents lieues et une absence d'un mois pour n'être utile à rien. Je ne sais pas même si ma présence, en augmentant l'importance de l'affaire par une apparence de liaison entre nous et d'intelligence, ne desservirait pas au lieu de servir. Je m'en rapporte à vous pour dire en pareil cas au substitut du procureur du Roi et au président de la Cour d'assises tout ce qu'il est convenable de dire en faveur de M. Bergasse. Je suis très-fàché que cette affaire se soit engagée ; mais elle a pu absolument l'être à raison des circonstances. Je serais au déses* poir pour vous, pour nous, pour tous qu'elle tournât

danee avec rempereur Alexandre, qui faisait cas de ses avis. Il aTaii épotuéf en 1792, M^^* du Petit-Thouars, sœur du naturaliste de ce nom. — Voyez r^iimnaîre historiqae nnwergdpour IdSI^ par G.-L. Lesur, p. 707, et la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, t. IV, p. 3-10.

mal. Je viens de relire cet ouvrage pour la troisième fois ; il y a des parties admirables ; il n'en est aucune de positivement répréhensible, car il n'y en a aucune qui provoque à la désobéissance et à la révolte. Les parties qu'on pourrait attaquer ont été biffées positivement et raturées, soit par l'avantpropos, soit par le post-scriptum, soit par la note expresse de la page 28, ou seulement par la réserve exprimée à la page 110 : « Les bases de notre édifice social sont ébranlées si, autant qu'il est possible (en italique), on ne s'occupe pas de restituer aux émigrés les héritages qu'on leur a ravis. » Remarquez, monsieur le garde des Sceaux, ministre de la Justice, cette réserve expresse autant qu'il est possible. Remarquez surtout la force de cette énonciation en italique. Liez cela avec l'avant-propos, la note de la page 28 et le postscriptum; jugez ensuite l'ouvrage. Cependant il importe beaucoup, et plus que dans une aiTaii*e particulière, qu'il n'y ait point de méprise, toujours un peu facile de la part d'un jury qui serait composé dans le sens de la Révolution ou dans celui des vanités plébéiennes. Monseigneur, votre esprit est à nous, votre cœur est à nous; prenez garde à vous et à nous dans ce moment ci^ .

* « Les peurs sont chimériques, et tous les acquéreurs de biens nationaux sentent bien qu'ils sont plus sûrs de leurs acquisitlonSr qu'ils ont une sëcurittf bien plus immense qu'ils ne l'avaient avant

le retour des Bourbons Quant à Tincrimi nation gëntfralequi

tendrait à faire croire que, sous le gouvernement du Roi, l'antorit^ administrative, et spécialement le Conseil d'Étati que pendant trois

On m'envoie des fagots de Paris ; voici ce que c'est :

« On donne comme un fait notoire qu'avant-hier

{10 avril) Il ne sera pas étonnant de voir, d'ici

à un mois, un ministère libéral outre mesure. On craint que, dans ces intrigues, M. le garde des Sceaux ne soit sacrifié. Venez donc! »

Oh! certainement, si je soupçonnais seulement un mot de cela, je viendrais bien. Je ne suis que la mouche du coche; mais une mouche qui, dans écrans j'ai e u l'honneur de présider, aurait porte atteinte par ses actes à Tinviolabilit^ des domaines nationaux, cette alltfgation est

de toute fausseté Sa rigueur a été inflexible, peut-être plus

grande que du temps du régime impérial. Le Conseil d'État, tribunal politique, a dû craindre que la foi publique écrite dans la Charte, que la foi royale ne pût être soupçonnée. La rigueur qu'il a mise à maintenir dans leur intégrité, et pas au delà, car cela ne devait pas être, les ventes dites nationales, cette rigueur, dis je, a contribua à faire diminuer le nombre des procès. J'ai cru cette explication indispensable, parce que le discours du préopinant ^le général Demarcayl aurait le double eflet de décréditer, d'avilir les propriétés de cette origine, et d'inquiéter, d'agiter les propriétaires eux-mêmes, lorsqu'ils ont tous les motifs de sécurité qu'ils pouvaient jamais obtenir. » (Paroles prononcées par M. de Serre dans la séance du 26 janvier 1823; Discoavs, t. II, p. 519-53L)

« Toutes les propriétés sont inviolables, sans aucune exception de celles qu'on appelle nationales, la loi ne mettant aucune différence entre elles. » (Article 9 de la Charte constitutionnelle de I8lh.) — Consultez les Mémoires du comte Bengnot, t. II, p. l/i9- 165. Paris, 1866.

M. de Serre détestait les proscriptions et les confiscations de 93; mais la raison d'Etat non moins que la loyauté exigeaient que la promesse royale fût ponctuellement exécutée. Toutefois, on pouvait indemniser les anciens propriétaires dés que la situation des finances le permettrait; et c'est ce que fit, jusqu'à un certain point, M. de Villéle en 18^.

tains cas, s'agite et bourdonne bien ; elle peut piquer aussi quelquefois.

Il ne faut pas se le dissimuler, votre composition ministérielle, très-bien faite pour correspondre à la composition actuelle de T Assemblée, et qui par là même est très-bien imaginée pour préserver de certains dangers, est un danger elle-même. L'opinion générale de Paris, je parle ici des obser\'ateurs et des hommes forts, c'est que, avec votre Assemblée telle qu'elle est, aucun ministère ne peut se composer sans M. Laine et sans M. Pasquier. On compte M. Laine pour 80 voix, on pense que M. Pasquier, avec M. Beugnot, peut en déterminer 60. Cette coalition, toutefois, formée d'éléments divers, toujours forte, toujours unie en présence d'une minorité menaçante, présente la perspective qui est commune à toutes les coalitions de ce genre : c'est une division certaine au moment d'un revers positif, et une division également certaine au moment d'un triomphe positif. Le côté gauche ne veut pas et ne peut pas abandonner ses principes de désorganisation, car ce n'est qu'avec ces principes qu'il a au dehors du soutien et de la popularité. Au moment d'un revers qui donnerait au coté gauche une prépondérance décidée, vous verriez le centre s'y réfugier aussitôt pour partager le butin, et le côté gauche s'empresser de le recevoir pour se donner un vernis de probité, comme l'Empereur admettait quelques Rohan et quelques Montmorency pour donner un peu de lustre à sa cour encanaillée. Au moment d'un triomphe positif, il en sera de même Jamais les

ANNÉE 16S1. l£9

illustres de ce centre, tels que MM.X., Y., Z., ne se supporteront à une place qui les mette, eux et les leurs, au second rang. Tous ces gens-là sont, par rapport à la noblesse, ce que je suis pour la morue : j'en mange quand j'ai bien faim; si vous voulez me régaler, ne m'en servez pas. Ce n'est pas qu'ils craignent la noblesse : ils veulent l'être. Ils veulent aussi le Roi légitime, mais à condition d'être les premiers auprès de lui. Examinez quelquefois l'attitude de MM. X. et Y

Ces aberrations ne viennent ni de la tête ni du cœur, mais de tout le système de la veine porte et du foie condensé dans la vésicule du fiel. Ces hommes ne voudraient pas tout à faît nous exclure; ils voudraient un système dans lequel ils seraient les maîtres et où ils nous permettraient d'entrer sous leur protection. Ce n'est pas la Révolution de 1793 qu'ils désirent, c'est celle de 1792; ils ont pour Robespierre toute la haine de la Gironde.

Assurance éternelle de dévouement et de profond

respect.

Le comte de Montlosier.

J'ai été fclché que M. le garde des Sceaux ait, à l'exemple de M. de Bonald, parlé de trois pouvoirs ^ . Je vois dans mon catéchisme qu'il y a trois personnes en Dieu, mais non pas trois dieux.

* Voyez les Discours de M, de Serre, t. II, p. 289.

SnO CORRESPONDANCE.

Page 1