M. Ghare* à M. de Serre
Paris, [mai 1821].
Monseigneur,
Votre exemple nous prouve assez qu'un grand orateur porte sa recommandation avec lui-même, et que la gloire et la faveur publique sont inséparablement attachées à son nom. Aussi ne me serait-il pas venu dans la pensée de publier les Discours de Cazalèi^ sous les auspices de Votre Grandeur, si les
* M. Chare, avocat, publia, en 1821, les Discours et opinions de Cazaïèsy en les faisant prec(^der d'une Notice historique et de cette Épître dédicatoire. La Défense de Louis XVI termine le volume.
^ Jacques-Antoine-Marie de Cazalés, fils d'un conseiller au Parlement de Toulouse, naquit à Grenade-sur-Garonne le 1®' fëyrier 1758. A quinze ans, il entra dans un re'giment de dragons et obtint bientôt une compagnie ; il donnait une partie de son temps aux exercices militaires et aux plaisirs de son âge, l'autre à l'ëtude des historiens et des publicistes .: V Esprit des lois était sa lecture favorite. Députe de la noblesse du bailliage de Rivière- Verdun aux Etats-Généraux, il siégea sur les bancs de la droite. Après l'arrestation du Roi à Varennes et sa suspension, il passa en Angleterre ; puis il fît la campagne de 179S dans l'armée des princes. Ayant appris que Louis XVl allait comparaître devant la Convention, il sollicita Tlionneur de le défendre et un sauf-conduit, mais il ne reçut pas de réponse. Il revit la France en 1803, et, l'année suivante, épousa Marie-Jeanne de Roquefeuil de Bars, veuve de son cousin Charles- Bal thazar-Louis de Roquefeuil-Cahuzac, capitaine de vaisseau, fusillé à Vannes le l^^ août 1795, peu de jours après le combat de Quiberon.
émînentes fonctions que vous exercez n'eussent été rehaussées par les vertus du citoyen et les dons de l'éloquence, et si votre patriotisme et votre dévouement à nos princes ne me faisaient voir en vous l'image du grand homme dont j'ai tracé l'histoire. Combattre les factions, mépriser leurs rumeurs, conquérir leur estime, forcer leur admiration est une gloire qui vous est également commune. Il est, en outre, deux intérêts que, comme Cazalès, vous confondez dans votre âme, celui du prince et celui de la patrie, de sorte que j'appliquerais, en toute confiance, à Votre Grandeur ce qu'on disait du chancelier Clarendon* : Tant qu'il conservera de l'autorité, nos lois et notre liberté seront à couvert, car il se ferait un crime de relever l'autorité royale aux dépens de la liberté publique ; je ne craindrais pas d'ajouter : Jamais il rie se prêtera à l'affaiblissement de cette prérogative, sous le vain prétexte de fonder la liberté sur ses ruines, n'ignorant pas que « c'est aussi un crime de lèse-nation que de livrer l'autorité royale, qui seule peut défendre le peuple du despotisme des Assemblées nationales, comme les Assemblées nationales peuvent seules défendre le peuple du despotisme des Rois*. »
* Edouard Hyde, comte de Clarendon, grand chancelier d'Angleterre, né à Dinton (Wiltshire) le 11 février 1608, mort à-Rouen le 7 décembre 167A. Son portrait a été dessine par M. Guizot. — Voyez les Etudes sur la révolution d Angleterre. Paris, 1855, p. 278-S85.
' Paroles prononcées par M. de Cazalés dans la sëance du 19 oc • tobre 1790. — Voyez ses Discours, p. 113.
J'ai rhonneur d'être avec le plus profond respect, monseigneur,
De Votre Grandeur Le très-humble et très-obéissant serviteur,
CUARE.