Le comte de Montlosier à M. de Serre
Clermont, ce 27 juin 1821.
Je m'applaudis beaucoup, monseigneur, de voir dans le Journal des Débats un article signé : de Brav de Valefresne, référendaire en la chancellerie et près la commission du sceau, au sujet de ceux qui s'attribuent des titres qui ne leur ont point été légalement conférés. C'est ce qu'on appelle en
conduite des membres du parquet, leur reprochant d'avoir abandonne les intérêts de leurs concitoyens, et de devenir en quelque sorte étrangers au milieu de la France, les comparant à des troupes étrangères qui ne servent que pour de l'argent. M. de Serre prit leur défense, mais non sans exciter les interruptions et le§ colères de la gauche. — Voyez les Discours de M. de Serre, t. II, p. 3D9-375, et \ Histoire de la Restauration, par M. de Viel- Castel, t. X, p. 1A9^151.
SÛA CORRESPONDANCE.
anglais un hint ou avertissement. Cependant il serait bien exti'aordinaire de faire exécuter purement et simplement, en le regardant comme suffisant, un article prohibitif rédigé dans une intention toute différente ; car c'était contre la noblesse ancienne elle-même, au profit des prérogatives de l'usurpation . Ne serait-il pas convenable, aujourd'hui, appuyé comme on l'est par cette disposition, de prendre cette matière en considération? Je continue à la regarder comme d'une grande importance dans un pays où les riens de faveur et d'honneur ont un volume infini et font la meilleure partie du Trésor et des domaines de la couronne. Vous aurez rendu un grand service au Roi et à la France si, rétablissant à cet égard nos anciennes mœurs, vous découvrez de nouveau cette mine de diamant que la Révolution avait enfouie et que Bonaparte avait su exploiter à son profit. Vous effacerez par là même ces prétentions niveleuses d'aujourd'hui, qui, sous prétexte de l'égalité devant la loi, se jettent à corps perdu dans une égalité absolue. Une revue générale des titres, dans toutes les provinces, par des commissaires qui aient quelque importance, des archives nobiliaires dans chaque département, un état de préséance fixé dans les cérémonies politiques, etc., etc. , voilà, je crois, comment il faut commencer relativement à la noblesse. Si je puis vous être utile en ce point, qui, par beaucoup de circonstances, m'est assez familier, je m'y emploierai de tout mon cœur. Donnez-moi vos ordres. Je vois avec plaisir et avec peine que vous n'êtes
plus aux séances. Je pense que ce régime de repos vous aura été suggéré comme préparatoire de celui du Mont-Dore, pour lequel les séances de l'Assemblée ne valent rien. Vous avez fait une belle et bonne campagne. La gloire doit vous valoir du repos. Le temps me dure bien de vous revoir dans ce sauvage Mont-Dore qui contraste singulièrement avec nos belles et riantes plaines. J'aime à croire que la santé de M"*^ de Serre est bonne et que nous la reverrons avec vous. J'ai vu un instant M. et M"*'' de Chabrol. Dans huit jours ils seront dans nos montagnes. Je vais les aller chercher à Crouzol et passer avec eux quelques moments.
J'offre à Votre Excellence mes hommages et mon
respect.
Le comte de Montlosieb.