M. de la Boulaye à M. de Serre
Paris, mardi 31 juillet 18SI.
Mon bon et cher ami,
J'avais prié M. Portai de vous écrire dimanche dernier s'il apprenait quelque chose de nouveau dans la matinée. Il n'a rien su et ne vous a point écrit; mais vous avez eu une lettre du duc de Richelieu. M. Pasquier vous écrit aujourd'hui.
M. de Villèle est parti pour Toulouse vendredi, à six heures du soir. M. Corbière avait demandé à Mézy une place dans la malle-poste, il n'en a pas usé ; il est encore ici et ne doit partir que demain. M. Decazes a le projet de s'acheminer après-demain vers, le Gîbeau. Il a dîné hier chez le duc de Richelieu, que j'ai vu le soir très-fatigué du présent et se bornant à mieux espérer de l'avenir»
On attendait hier et l'on compte aujourd'hui
dans vos bureaux sur les ordonnances qui nomment MM. de VîUèle et Corbière ministres d'État.
Les dissidents de la droite accusent le ministère de mauvaise foi envers ces deux messieurs; les sages et les modérés du château blâment leur conduite et pronostiquent un ministère ultra qui préparera les voies au duc Decazes. Le centre gauche veut un changement de système pivotant sur MM. Pasquier et Laine. En général, on ne croit pas que l'on puisse résister au premier choc de la prochaine session.
Le temps a été détestable depuis quelques jours ; MM. Laine et Maine de Biran n'ont pas osé Taffronter, et je ne les ai pas trouvés chez Mézy.
Vous remarquerez un article de la Quotidienne de ce jour sur les deux ministres voyageurs.
Je vous ai écrit d'abord poste restante à Riom et samedi 28 à Clermont.
Je reçois votre lettre du 27. Je vais donner de vos nouvelles au duc de Richelieu, qui m'en demandait hier. Vous êtes sur votre Mont-Dore et j'apprends aYCC joie que notre belle Excellence est mieux qu'en partant. Prenez des forces, vous en aurez besoin. Je vous remercie de ce bon petit mot.
La session va se clore; je vous quitte pour assister à la lecture de l'ordonnance.
Les Conseils généraux s'assembleront de nos côtés vers le 12 août, et je quitterai Paris vers le 9 pour recevoir à Ay M"" votre belle-mère. Dans ma première lettre, je vous parlerai des élections de mon département.
s» CORRESPONDANCE.
question le grand œuvre de la fusicm de tous les royalistes en présence et à la grande joie de Teonemi. Je ne comprends pas que la droite ne se croie pas suffisamment représentée dans le Conseil par MM. de Villèle et Corbière, devenus ministres à portefeuille lorsque M. Portai se retirait, ce qui équivalait à trois voix , une de moins et deux de plus, quand surtout elle a tant de motifs de confiance dans le président du Conseil, dans Votre Excellence, dans M. Laine, etc., et que sa défiance de M. Pasquier serait au fond si injuste et si peu motivée. Mais il faut prendre les hommes avecleurs passions et surtout avec leurs intérêts, et je crains bien que la personnalité ne l'emporte, en cette occasion, sur la pensée du bien public.
Le travail de la Cour royale de Paris et du tribunal de première instance est fait. J'ai eu, avant de le faire porter à la signature du Roi, une longue conférence avec MM. Bellart, Jacquinot et Moreau^ nous avons patiemment revu et épluché toutes les demandes et toutes les recommandations. Cet examen ne nous a conduits qu'à peu de changements. Le travail de la Cour royale est demeuré tel que Votre Excellence l'avait arrêté, à une exception près
M. Chevalier-Lemore* me prie de mettre sa reconnaissance aux pieds de Voti'e Excellence. J'y joius
* M. Moreauëtaît président du tribunal de première instance de la Seine.
* M. Cheval ier-Lemore, ddputë de la Haute-Loire, président du tribunal de première instance d'Issengeauz, l'ut nomme, par ordonnance du l^^ août, yice-prësident du tribunal de première intance de la Seine. — Voyez t. II, p. A75. ' - ,
la mienne pour la nomination de M. Billot^ dont vous avez comblé tous les vœux.
La nouvelle de la retraite de MM. de VîUèle et Corbière n'a pas encore été officiellement annoncée. On a pensé que ce retard avait quelque utilité, et le silence se prolonge. C'est Tavis de M. de Richelieu et de M. Laine, et j'avoue que c'était le mien aussi. Cependant on demande qu'ils soient nommés ministres d'Etat et que leur retraite ne soit connue par le Moniteur que sous cette forme. Si Ton prend ce parti, je crois que l'on satisfera à tout. On n'aura pas l'air de dissimuler la vérité ou de reculer devant elle et l'on donnera à entendre que leur retraite n est point une inipture ou le signal d'un cliangement d'allure, et que le Roi leur conserve l'entrée de ses Conseils.
Jouissez, monseigneur, sans trop de contention d'esprit, des douceurs du repos et de la retraite ; les moments que vous y passerez seront courts; veillez à ce qu'ils vous soient profitables. Vous aurez, à votre retour, plus besoin que jamais des forces de votre esprit et de l'énergie de votre caractère.
* P^ ordonnance du 1^ août» M. Billot» con8eiller à la Cour royale de Metz, fat nommé substitut du procureur du Roi prés le tribunal de première instance de la Seine. La même ordonnance a^ppeUit aax mêmes fonctions M. de Ravignan, conaei lier-auditeur à la Cour royale de Paris : l'année suivante» il entra au séminaire. — Voyea la Vie du R, P. Xavier de Havignan, par le P. A. de Ponlevoy, t. I**", p. 52 et suivantes» 9® édition. Paris, 1809.
ft'» CORRESPONDANCE.
Agréez, je vous prie, les assurances de mon respectueux et bien sincère attachement.
Le comte Portalis.