‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 4)Chapitre 99 sur 126 · M. de Méfiy à M. de Serre · texte numérisé non relu

M. de Méfiy à M. de Serre

Paris, S août 1891.

Monsieur,

J'ai envoyé par exprès, à la place Vendôme, les deux paquets que vous aviez adressés sous mon couvert. Je ferai passer avec la même célérité tout ce que vous voudrez m'adresser. Si vous aviez quelques commissions à faire faire à Paris quand la Boulaye sera parti pour Ay, j'espère que vous voudrez bien ne pas m'épargner.

La Boulaye aura deux concurrents à l'arrondissement électoral de Châlons et d'Épernay : MM. de Saint-Chamans* et de Lalot. En faisant la Boulaye

* Le vicomte Auguste de Saint-Chamans, d'une ancienne fainiUe du Përigord, naquit â Paris le l^^* mai 1777. Le h juillet 17%, il fut arrête avec son second frère (le baron de Saint-Chamans, plus tard prëfet de Vaucluse, puis de la Haute-Garonne), et fut incar* cërë au collège du Plessis. Il ne recouvra la liberté qu'après la révolution de thermidor, le S8 août. Dénonce, après le 13 vendémiaire comme ayant fait partie des combattants de la section Lepellelier, un mandat d'arrêt fut lance contre lui; il fut oblige de quitter Paris et do se cacher à Courbe voie, chez des amis, pendant deux mois. Il n'exerça aucune fonction sous l'Empire. L'or-

président, le premier sera écarté et se trouvera naturellement en concurrence au département avec M. de Lalot. Si la Boulaye réussit à l'arrondissement, il y aurait double avantage à pouvoir faire nommer la Boulaye à l'arrondissement et à écarter Lalot au département. C'est ce que je souhaite. Mounier a assez bonne espérance pour les élections. On sera bien heureux si l'on réussit à écarter les deux extrêmes ; c'est ce qui devient tous les ans plus difficile. Au reste, tout dépendra de l'attitude que prendront les amis de MM. de Villèle et Corbière. Espérons qu'elle ne sera pas hostile ; le ministère ne l'a assurément pas mérité ; car il est impossible d'avoir montré plus d'envie de les conserver et plus de modération dans toutes les démarches. Les intrigants de l'extrême droite jettent les hauts cris, mais le centre droit et la droite raisonnable verront, j'espère, les choses comme elles sont; et, lorsqu'on verra le gouvernement suivre pendant quelques mois la même marche royaliste et modérée, beaucoup de gens, d'abord effarouchés, seront facilement ramenés. Chateaubriand, en homme de parti, a donné sa démission, motivée sur le renvoi de ses deux amis. Pasquier lui a répondu que ses amis n'avaient pas été renvoyés et que leur retraite volontaire avait beaucoup affligé le minis-

donnance du 19 avril 1817 le nomma maître des requêtes en service ordinaire et l'attacha au comité de la Guerre. £n 183/i, les électeurs de la Marne l'envoyèrent à la Chambre, où il soutint la politique de M. de Villéle. En 1837, il devint conseiller d'État en service ordinaire. En 1830, il donna sa démission, et mourut en son château de Chaltrait (Marne) le 6 décembre 1860. Il a publié plusieurs écrits sur la politique et les finances.

tère. Je croîs que Villèle ne tient guère à Tamitié ele Chateaubriand et qu'ils sont loin d'être dans les mêmes principes p^itiques^

M. Decazes part après-demain pour sa terre. On a fait grand bruit de sa visite au Roi, qui a été unique et qui n'a été qu'une audience de congé.

Veuillez présenter mes respectueux hommages à

M"* de Serre et recevoir la nouvelle assurance de

mon dévouement inaltérable et de ma haute consi-

€lération .

Ddpleix dé Mézy.

^ On lit dans les Mémoires d'ouire^tombey t. IV» p. 990: n M. de Vîlléle se retira. Fidèle à mon amitié et à mes priaeipes politiques, je crus devoir rentrer dans la retraite avec lui. J'Aîrîvis à M. Pasquier:

« Paris» ce 90 juiUet 1891.

« Monsieur le baron,

« Lorsque vous voulûtes bien m'inviter à passer chez vous, le M 1^ de ce mois, ce fut pour nie déclarer que ma présence dtait H nécessaire A Berlin. J*eus l'honneur de vous répondre que, M MM. Corbière et de Villële paraîssant se retirer da ministère^ « mon devoir était de les suivre. Dana la pratique du gouverne- « ment représentatif, T usage est que les hommes de la même a opinion partagent la même fortune. Ce que l'usage veut, mon- « sieur le baron, l'honneur me le commande, puisqu'il s'agît, non «< d'une fiiveur, mais d.one disgrâce. En conséquence, je viens « vous réitérer par écrit l'offre que je vous ai ^ite verbalemeoi M de ma démission de ministre plénipotentiaire prés la cour de M BerUn : j'espère, monsieur le baron, que vous voudrez biea Ift M. mettre aux pieds du Roi* Je supplie Sa Miyesté d'en agréer les •^dotifs, et de croire à ma profonde et vespeetetiise recoonaîa- M. sance pour les bontés dont elle avait daigné niThosorer.

u J'ai rhonoeur d'étrev ele.»

• Cbatiaubriab». »

^86. — M. de la Boulaye à M. et à M™^ de Serre.

Paris, jeudi 9 août 1891 .

Mes chers amîs,

Je reçois à l'instant des nouvelles de Saint-Cloud : vos enfants se portent fort bien et leur bonne maman^ va bien aussi. Les grands parents de Paris suivent ce bon exemple.

M. Corbière est parti hier. Il assistait à la séance •de clôture et disait à ses amis qu'il ne pouvait leur donner aucun détail sur les diverses propositions faites, que toutes ces combinaisons étaient de nature à rester secrètes entre le Roi et son Conseil, mais qu'il pouvait affirmer qu'il n'avait, en ce qui le concernait, fait aucune mauvaise difficulté, qu'il n'y avait pas mis de roideur et que, si les choses ne s'étaient point arrangées, c'était apparemment parce qu'il était impossible qu'elles s'arrangeassent,

M. de Chateaubriand a donné sa démission de l'ambassade de Berlin en assez mauvais termes. Il n'a pas cru devoir rester attaché aux affaires lorsque ses amis en étaient écartés : les formes de notre gouvernement veulent qu'on se conduise ainsi, et îl est bien aise de les suivre. On lui a répondu qu'on n'avait point écarté ses amis des affaires, qu'ils les

« M«« d'Huapt.

ffJt CORRESPONDANCE.

avaient quittées de leur propre mouvement, et qu'on s'était séparé d'eux avec beaucoup de regret.

J'ai peine à croire que M. Decazes parte aujourd'hui. Il était hier au spectacle avec sa femme, qui va bien. C'est du moins ce qu'on m'a dit chez lui, où j'avais été faire des adieux. On a beaucoup jaboté de la longue audience de dimanche dernier. Vous verrez le Drapeau blanc.

M™® de Jessaint vient d'arriver ici dans un déplorable état de santé ; elle| m'a apporté une letti'e de son mari sur nos élections. Chez nous comme ailleurs, la position est compliquée. Le duc de Doudeauville était si pressé, Tan dernier, de faire nommer MM. de Lalot et de Loisson* que l'on a beaucoup insisté près de Saint -Chamans pour qu'il se retirât. Saint-Chamans aurait eu une vingtaine de voix, dont la mienne; il n'a pas eu de peine à faire son sacrifice. On voudrait bien aujourd'hui le substituer à M. de Lalot, qu'on n'aime plus; mais on n'ose pas se prononcer contre ce dernier avant de savoir si l'on pourra le faire impunément, et, en attendant, on entretient, à mes dépens, les espérances de Saint-Chamans. C'est ce que fait très-certainement le fils du duc de Doudeauville*. Le père

. ' Marie-Louîs Loisson de Guinaumont, né le 13 février 1773^ était fils de Ciaude-Marie-Louis Loisson de Guinaumont, conseiller du Roi, maître ordinaire en sa chambre des comptes de Paris, n fut député de la Marne de 18S0 à 18!{7, et membre du Conseil général de ce département jusqu'au mois d'août 1890. Il mourut le 17 février 18A9. 11 était chevalier de la Légion d'honneur. Il avait épousé, en 179/f, M'^^ de Pin te ville de Cernon. 2 Louis-François-Sosthénes, vicomte de' la Rochefoucauld (de-

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est absent. Je ne le juge pas par son fils, mais j'ai besoin de causer avec lui pour savoir sur quoi compter. Je le verrai au Conseil général ; s'il veut entrer franchement dans de bonnes voies, nous pourrons avoir M. Ruinart de Brimont^ dans l'arrondissement

puis duc de Doudeauville), naquit le 15 février 1785. Il refusa toutes les offres qui lui furent faites sous le rëgime impérial, et accueiUit avec enthousiasme le retour des Bourbons : il fut nomme aide de camp du gdndral Dessolles et colonel dans les mousquetaires. En 1815, il suivit le Roi d Gand. Âpres les Cent- Jours, il reçut le commandement de la 5® légion de la garde nationale; les ëlecteurs de la Marne l'envoyèrent à la Chambre, où il vota avec la majorité. Il ne put se présenter aux élections de 1816, n'ayant pas l'âge requis par l'ordonnance du 5 septembre. Il fut charge, en 16â/i, de la partie des beaux-arts, des spectacles et des manufactures dépendant du ministère de la Maison du Roi. En 18â8, il reparut à la Chambre comme dëputë de la Marne. II s'abstint de toute fonction après les événements de 1890, et mourut le 17 octobre 186A. Il a publié des Mémoires.

' François-Jean-Irènèe Ruinarl de Brimont, né à Reims le 30 novembre 1770, était fils de Claude Ruinart de Brimont, conseillersecrétaire du Roi, et d'Hélène Tronson du Coudray, dont le frère s'illustra en défendant, avec Chauveau-Lagarde, la reine Marie - Antoinette. Député de la Marne en 1816, il se plaça au centre droit. Non réélu en 18S1, il fut nommé, par Louis XVIII, maire de Reims. En 18â/i, les électeurs le renvoyèrent à la Chambre. Il eut rbonneur, en 18S5, de complimenter Charles X à l'occasion du sacre, et reçut le titre de vicomte. Il échoua de nouveau aux élections de 1837 et donna sa démission de maire. Il devint, en 18S9, gentilhomme de la chambre du Roi. Député encore une fois en juillet 1830, il se démit de ses fonctions le là août suivant. Depuis lors, il s'occupa exclusivement d'améliorations agricoles et de fondations charitables, et mourut à Reims le 6 janvier 1850. Dom Ruinart, le savant bénédictin, le disciple de Mabillon, appartenait à la même famille. Une notice sur la vie de M. de Brimont a été écrite par M. Lacatte-Joltrois. Châlons, 1850.

Itafc COKRESPONDANCE.

de Reims, Gîllet-Barbat* , procureurduRoî, ouRoyer- Collard, mais le premier plutôt que le second, dans ^arrondissement de Vitry et de Sainte-Menehould, et moi dans l'arrondissement de Châlons et d'Epernay. Au collège du département, on aurait Lolsson et Lalot ou Saint-Chamans. J'aurai pour concurrents, dans Tarrondissement de Châlons et d'Ëpernay, Lalot qui se méfie du duc au grand collège. Chamorin*, le maire de Châlons, et Saint-Chamans, qui gênera les mouvements des deux autres. Si je manque l'élection de Tarrondissement, il faudra que je me batte contre Lalot au grand collège. Loisson a pour lui tous les dévots, et passera sans difficulté. Le Conseil d'État est assemblé. Je le quitte un moment pour expédier cette lettre et vous répéter

que je vous aime de tout mon cœur

^ Jean-Antoine Gillet, ne â Vîtry-le-François en 1765. H y exer- ^it, en 1831, les fonctions de procureur du Roi prés le tribunal civil. De lâSd à 18S7, il fat dëputë de son arrondissement. M. GiU let eut ce rare avantage de fournir toute sa carrière de magistrat dans sa riUe natale, où il mourut, après cinquante-trois années d'exercice, président du tribunal, le 1®' février 1859. 11 a laissé parmi ses concitoyens une grande réputation d'intégrité et d'amabilité. H avait épousé W^^ Barbât de Bignieourt.

* M. de Chamorin était né à Joigny (Yonne) le âO décembre 1755. 11 fut député de la Marne de 1815 à 1816. Maire de Châlons le 13 juin 1816, il conserva ces fonctions jusqu'en 18S5. Il mourut à Châlons le âl février lâS9.

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