‹ Correspondance du comte de Serre (1796-1824) (volume 5)Chapitre 4 sur 7 · ANNE£ 189A. W · texte numérisé non relu

ANNE£ 189A. W

1362. — M. do Sorro au vicomte de Chateaubriand ^

Naples, ^ février ISStk,

J'ai reçu, monsieur le vicomte, votre lettre particulière du 28 janvier dernier. Je vous remercie de vus bonnes dispositions ; je joins, sous ce pli, trois lettres dont je vous prie de vous réserver la connaissance en me faisant savoir par M. de Belleval, ou par toute autre voie aussi sûre, vos résolutions sur chacune d'elles.

Dans une de mes dernières dépêches , je vous annonçais la rupture entre Alger et l'Angleterre. Les Anglais ont maintenant dans la Méditerranée un vaisseau de liane et trois fréfi;ates sous les ordres de l'amiral Neale. Il pourrait y avoir un second vaisseau de ligne si celui qui ramenait l'amiral Moor a pu être arrêté au passage de Gibraltar. La flottille algérienne, qui s'était combinée avec la flotte turque contre les Grecs, n'est pas rentrée et va courir de grands risques ; mais une entreprise de vive force contre Alger présente actuellement de bien plus grandes difficultés que n'en a rencontré lord Exmouth* dans sa dernière expédition; elle a

* D'après une copie faite par le secrétaire de M. de Serre.

2 Edouard Pellew, né à Douvres le 19 avril 1757. Embarque à *'â£e de treize ans, il ëtait, en 1808, vice-amiral, et, en 181/*, pair du royaume, sous le titre de lord Exmouth. £n 1816, comme le

JdJO CORRESPONDANCE.

fait reconnaître les points faibles. Le Dey a fait venir des ingénieurs européens, et le port est maintenant hérissé de batteries. Il y faudrait donc une armée de débarquement et cela devient, sous plus d'un rapport, une grande affaire. On présume que les Anglais se contenteront de bloquer ce port et chercheront à exciter dans la ville quelque soulèvement, quelque révolution.

Sur la septennalité j'ai dit le mieux, mais je sais que force est souvent de se contenter du possible.

L'Espagne vous donnera bien des peines encore : ce sont les épines des immenses avantages que vous avez recueillis ; il n'y a pas à se plaindre. Toutefois, nous avons un grand intérêt à ce qu'un gouvernement régulier s'établisse là plus tôt que plus tard. Tout arrangement des affaires d'Orient sera nécessairement précaire, et, quoi qu'on fasse et qu'on ait raison de faire, des éléments essentiellement contraires finiront par se heurter. L'influence qu'il nous appartiendra d'exercer alors exige absolument que nous ayons nos derrières assurés, que nous n'ayons plus d'inquiétudes sur les Pyrénées. Dans ce pressant intérêt de simplifier, d'abréger la besogne, l'Angleterre vous rend service, à mon sens,

dey d'Alger refusait d'exécuter un traite relatif, entre autres choses, à Tabolition de Tesclavage des chrétiens, il se mit à bombarder la ville (â7 août), et força le Dey à lui remettre tous les esclaves d'origine chrétienne (ils étaient douze cents). Les deux Chambres lui votèrent des remercîments, le Roi lui conféra le titre de vicomte, plusieurs États lui décernèrent des témoignages de leur reconnaissance. Il mourut dans son domaine de Teîgnmouth le 23 janvier 1833.

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en vous empêchant de vous engager dans une médiation nécessairement infructueuse, en mettant les colonies espagnoles hors de la question, enlevant ainsi à l'Espagne de pures illusions et la restituant aux ressources réelles qu'elle ne peut puiser qu'en elle-même, sa population, son admirable position géographique et son sol. C'est la tige afiFaiblie qui ne pouvait supporter davantage de vastes rameaux. Que demanderait l'Espagne à des colonies que pendant des siècles elle a mal et durement gouvernées, que depuis seize ans elle ne peut plus, qu'elle ne pourra jamais plus protéger? En s'y prenant plus tôt, on eût peut-être implanté un ou deux princes au Mexique et au Pérou que bien que mal, comme dom Pedro* l'est au Brésil ; mais il est bien tard. Quant à l'Espagne elle-même, s'il fallait réduire sa politique intérieure en formule, je dirais : Organisez les royalistes. Je sais qu'on craint l'abus de cette force ; mais avant tout, et comme principe de gouvernement, une force est nécessaire. Il n'y eu a à espérer ni du Roi ni de sa cour; il faut donc la chercher là. — Des excès ? — Il n'y avait que le choix entre ceux des révolutionnaires et ceux des royalistes : vous avez avec raison préféré les derniers ;

* Dom Pedro, né en 1798. Son pére, Jean VI, ayant quitte le Brésil pour le Portugal, il fut proclame empereur du Brésil (1832) ; il hcrita du Portugal en 18S6 : aussitôt il cëda yolontairement la seconde de cc3 couronnes à sa fille, dona Maria; en 1831, il dut abandonner la première à son fils, dom Pedro II. Son frère, dom Mignol, ayant mont^ sur le trône de dona Maria, il Ven expulsa et mourut peu après, en 183li.

JM» CORRBSPONDANCE.

puis VOUS les modérerez ; puis Toi^anisaticHi amène la règle, la discipline, rinstniction ; elle accroît sa f(»rce en s^incorporant une masse moins vive et par là modératrice. Pour l'organisation, il faut préférer les anciennes formes ou, pour mieux dire, les anciennes dénominations ; car cm ne sait plus trop ce qu'elles renfermaient. Tant mieux, elles ont quelque chose de vague, de national et de religieux, où un nouvel esprit se loge, et qu'il développe selon le besoin du temps.

Si je laisse un peu courir ma plume sur ce sujet, monsieur le vicomte, c'est que j'ai si bien vu ici tout ce qu'il eût fallu faire et qu'on n'a pas fait que je puis avoir un pressentiment de ce qu'exigent des circonstances différentes, mais analogues. L'Autriche peut se flatter de prolonger indéfiniment la tutelle de Naples; nous, au contraire, ne saurions trop tôt mettre l'Espagne sur ses jambes.

J'ai l'honneur

1363. — Le baron Xomiier à X« de Serre.

Paris, 85 février 182Zi.

J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le SÎO décembre. J'ai fait part au général Roche du conseil que vous aviez la bonté de lui donner. Il s'est empressé d'en profiter,

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et \e prends la liberté de mettre sous cette enveloppe une lettre qui porte àM. Dubois-Desmeures*, avec les instructions nécessaires, les procurations du général Roche et du colonel le Bon, son beaufrère. Ils espèi'ent que vous voudrez biai leur continuer votre appui, dont ils vous témoignent leur reconnaissance. Je puis vous répéter que M. Roche, qui m'est particulièrement connu, mérite véritablement intérêt, et que sa position, comme père d'une nombreuse famille, lui rend la privation de sa fortune doublement sensible.

Nous avons pris b^iucoiip de part à tous les chagrins que vous avez éprouvés. Ma femme désire que M™® de Serre en soit bien persuadée. Elle a été elle-même un peu souffrante cet hiver

On s'est fort entretenu ici des circonstances relatives au projet de vous élire, soit dans la Moselle, soit dans le Haut-Rhin. Goamie aucun des deux partis qui s'agitent en ce moment ne vous portera, j'espère bien peu le succès, je ne sais même si vos amis doivent le souhaiter pour vous-même ; mais il est vrai qu'ils doivent songer à la chose publique. D'ailleurs, ils y trouveraient l'avantage de vous revoii* bien plus tôt que sans cela ils ne peuvent l'espér&r; c'en est un qui, du moins, est hors de contestation.

M. Siraéon et M. Portalis, ainsi qae M. Portai, se rappellent à votre souvenir. Je Mippose que

< Garant du consulat gënëral de France <]an9 le royaume des Deux-Siciies. •

JM CORRESPONDANCE.

M. Pasquîer vous écrira par une prochaine occasion. M. Laine est allé à Bordeaux donner un suffrage d(î plus à M. Ravez.

Agréez, je vous prie, les expressions de mon attachement et permettez-moi de vous demander de faire accepter mes hommages à M"™® de Serre.

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