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Mémoire sur V Espagne^.
Ce n'est point sans une extrême surprise que j'entends parler de ce projet qu'on prête au gouvernement espagnol d'arborer le drapeau tricolore sur la cime des Pyrénées, d'exciter des troubles dans nos provinces frontières, de nous porter la guerre, d'envahir notre territoire.
Je demanderai d'abord sur quelles données, sur quels rapports officiels ou particuliers repose cette assertion, et j'examinerai ensuite si elle porte les caractères de la vraisemblance, et dans ce cas même si elle est de nature à exciter de sérieuses inquiétudes.
L'esprit de prosélytisme est l'un des traits ks plus marquants de nos révolutions modernes, et chacun de nous, sans en rechercher la preuve matcrielle, est disposé à croire que les moteurs de la dernière révolution d'Espagne n'ont cessé d'entretenir des intelligences secrètes avec les mécontents (le tous les pays. A ceux qui le nieraient, il nous suffirait de répondre : Jetez les yeux sur Lisbonne et sur Naples.
« Voyez t. in, p. 17 et 136.
Voilà de la part de l'Espagne le seul genre d'aession que nous ayons à redouter en ce moment Qt nous puissions peut-être nous plaindre, mais Dt nous saurons toujours nous préserver, je Tesre, en nous ralliant autour du trône constitua onel.
pliant aux préparatifs militaires dont on nous oace, je prie qu'on me fasse connaître les arlaux où se forgent les armes qui doivent être irnées contre nous ; quels sont les corps qui marnt vers nos frontières ou enfin par quelle magie finances et le crédit de TEspagne se trouvent en t de subvenir aux frais de cette hasardeuse enprise.
Lorsqu'un grand État, tel que TEspagne, est une s lancé dans la carrière des révolutions, tant de obinaisons se présentent qu'il faudrait être non ins heureux qu'habile pour discerner, disons 18, pour deviner celles que la Providence doit ttre en jeu, et dont il importe, par conséquent, prévoir et d'apprécier les conséquences.
Nous ne présentons donc qu'avec une juste méooe nos idées sur la révolution d'Espagne. Nous croyons entièrement concentrée dans la classe lyenne de la nation, celle qui lit, qui s'est imbue I doctrines modernes, à qui le gouvernement artraire était devenu insupportable, et qui aspirait l'établissement d'une monarchie représentative. Cette classe n'est point à comparer au tiers état France au commencement de notre Révolution. « est relativement beaucoup moins considérable.
Elle a très-peu de part à la propriété territoriale. Elle est même très-peu riche en'capitaux, parce qœ le commerce et les manufactures n*ont fait jusqu'ici que de faibles progrès en Espagne. Elle se compo» de la petite noblesse, des officiers de Tarmée, de la bourgeoisie, du commerce, d'une pai*tie du cleifr ot de la grande majorité des employés.
Le peuple, depuis un an, n'a pris aucune paît active à la révolution et, dans les troubles partid» qui ont éclaté sur plusieurs points, on a vu qu'il était divisé de sentiments.
C'est l'immobilité du peuple qui constitue la grande dififérence entre la révolution de TEspajjic et celle de la France.
La révolution de la Péninsule a été facile à coqduire, paixje que le peuple ne s'en est point nk-lr; mais comme il est divisé de sentiments, il ne ])a* raîtra sur la scène qu'avec la guerre civile.
Le parti de la révolution ou cette classe movfUDf se divise en deux sections.
La première compte parmi ses chefs le nnni&ttiv actuel et la grande majorité des Cortès. Elle ne j^ dissimule point Timperfection de la Constitution actuelle, mais elle veut rétablir et ne la modirier que par les voies et les formes constitutionneIIc^.
La seconde section, que nous appellerons le parti exalté, nourrit encore une telle déliance de l'aut^»rité rovale, une telle crainte du rétablissement lii réi^ime arbitraire qu'il se laisserait facilement ontrainer à des mesures révolutionnaires.
Le ministère lutte depuis six mois contre ce
parti. Il lui a fait quelques concessions en rappelant et employant Riego, Velasco, etc; mais il a résisté sur deux points plus importants en éloignant la convocation des Cortès extraordinaires et en faisant fermer les clubs.
La lutte continue cependant, et, si les exagérés " l'emportaient, la révolution de TËspagne prendrait anssitôt le caractère le plus désastreux.
Alors, je ne serais point étonné que les chefs du parti cherchassent à provoquer une guerre étrangère pour rendre la révolution populaire sans éti'e arrêtés par l'idée des malheurs qu'ils attireraient sur leur pays.
Une provocation envers la France, du genre de celle dont ou parle, ne pourrait avoir lieu, suivant nous, qu'après le triomphe du parti des exagérés.
La convocation des Cortès extraordinaires fortifierait certainement le parti exagéré et ouvrii-ait la carrière d'une nouvelle révolution. Le ministère 8*y oppose avec fermeté, mais il est deux circonstances qui pourraient le faire changer de résolution : la première, si Ferdinand VII était appelé au Congrès de Laybach, et la seconde, si les hostilités contre le royaume de Naples commençaient avant le 1*' mars, époque de la réunion des Cortès ordi* naires.
Si le projet que l'on suppose aujourd'hui à l'Espagne conservait encore à d autres yeux qu'aux nôtres quelque vraisemblance, il restei'ait à examiner jusqu'à quel point il pourrait être dangereux pour nous.
SBÊ APPENDICB.
Ici les dangers sont de deux espèces : intérieuis et extérieurs. Les germes révoluticmnaires, que la Eqiagnols tenteraient d'introduire chez notis,Be pourraient s*y développer que s'ils trouvaient le terrain disposé à les recevoir, et j'aime à cniic qu'il n'en est rien. Ce sol, au contraire, trc^ kog* tanps agité par les révolutions, les repousse iree force aujoiu^'bui, et nous qui l'habitons, nousqii depuis quelques années seulement jouissons da repos si chèrement acheté, nous saurons nous pit> server de la contagion qui nous menace. Heureuâc Espagne, si, mettant à profit 1^ leçons de nûOt expérience, elle airive au but que nous avoK atteint en évitant les écueils fameux par nos naufrages!
Quant aux movens militaires de TElspa^ne, noi» ne croyons pas déprimer une nation honon^ (k tant de glorieux souvenirs, en affirmant qu*autaot elle est forte sur la défensive, autant elle serait faible aujourd'hui pour l'agression.
Qu'on parcoure les rapports officiels prè>euio aux Certes à l'ouverture de leur session, on v wm que les cadres de l'armée de ligne ne comi)ontni point 00,000 hommes de toutes armes, cjue cvit^ armée est loin d'être au complet, qu'elle manqiK de vêtements, d'armes, de munitions de guemr. que celles-ci seraient à peine suffisantes |X)uri:n jour de bataille, que les places sont dégarnie?, les arsenaux vides, et que FËspagne, dénui^ de fabriques, crouvriers, sans crédit, embarrassée clan> ses lînances, ne peut offrir aux yeux de l'Europe ces
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prodiges d'activité qiii ont marqué les premières années des guerres de notre révolution.
Le tableau change si TEspagne, au lieu d'entreprendre une guerre 4'invasion, avait à défendre son indépendance. 33,000 hommes de milices provintiales se joindraient immédiatement à Tarmée de ligne: les gardes nationales formeraient un troilième boulevard, et au besoin tout Espagnol deriendrait soldat.
Dans la situation actuelle de TEspagne, une igression de sa part serait aussi impolitique que ïeu redoutable. On ne peut donc ajouter foi. à la "omeurqui se répand.
II est cependant une hypothèse que nous voulons ncore examiner.
En supposant que le ministère actuel fût renmé ou que, par suite de la défiance qui subsiste Btre le Roi et lui, il se rallie au parti exagéré, a'il modifie son système et qu'il se prête, ainsi ue le veut ce dernier parti, à lancer le peuple IDS la révolution, alors, dîs-je, il serait possible lie le ministère provoquât une guerre étrangère ms l'intention de prévenir la guerre civile et de ninir le peuple pour la défense des nouvelles initutions déguisées sous le nom d'indépendance naonalc. Ce calcul est peut-être faux, certainement ingereux, mais nous sommes convaincu qu'il entre ans les plans du parti exagéré.
Dans cette supposition, l'Espaj^ne pourrait faire es démonstrations hostiles contre la France, muliplier les provocations ; mais il est démontré par la
de ses moyens qu'elle ne pourrait, eo aucun cas, songer sérieusement à une guerre d 'invasion.