QUATRIÈME QUESTION
Mouvements de la Sicile en 1820; leur but.
Pour comprendre le mouvement de la Sicile eu 1820, il faut exposer quelle était sa situation depuis sa réunion au royaume de Naples.
La législation introduite par les Fi-ançaîs dans ce dernier royaume avait opéré en sens inverse de celle donnée par les Anglais à la Sicile, bien que marchant, sans le savoir peut-être, au même but; It* régime militaire de la dynastie napoléonienne était un despotisme pur, politiquement parlant, puisque la destruction de la féodalité et de toutes les anciennes institutions avait tout aplani en présence du pouvoir souverain. Ce régime contrastait ainsi avec la liberté renfermée dans la Constitution anglaise, adoptée en Sicile; mais, en revanche, dans le royaume de Naples, les Codes français avaient, par leurs formes et leurs dispositions évidemment meilleures que celles des lois anciennes, favorisé la
liberté civile des individus; la division des domaines avait accru le nombre des propriétaires ; la spoliation des barons avait profité aux communes, -et le système administratif et judiciaire avait relevé les provinces dont chacune possédait une Cour d'appel dans son sein. Sans cacher ce qu'il y avait d'injuste et de violent dans ce système, on ne peut nier que le royaume a prospéré malgré les guerres civiles et étrangères, malgré la stagnation et plus tard la révolution commerciale ^ .
Le système administratif français était fort et despotique, mais éclairé et régulier dans son action; si peut-être une nation civilisée supporte impatiemment cette tutelle administrative, elle était fort nécessaire chez un peuple qu'il fallait sortir d'une sorte de barbarie et pousser vers la civilisation. Quand Naples donna ses lois à la Sicile (ce qui peut s'appeler une conquête posthume de Napoléon), elle tendait au fond à établir l'égalité la où elle avait ôté la liberté ; elle donnait la liberté civile après avoir enlevé la politique; elle exécutait p&r ses décrets ce que la Chambre des communes avait projeté. Les barons siciliens durent ployer
' Le système continental dans lequel l'Italie se trouva comprise» en lui ôtani tout commerce maritime, la débarrassa de la concurrence des pays les plus fertiles, les bords de la mer Noire, l'Egypte, la Barbarie, où les produits agricoles sont do qualit^f.s •opMeures, abondants et à bas prix; Tagriculturo de l'Italie put fleurir, son industrie mtoe s'ëveilla par une cause analogue ; c'est ce qui explique comment, sans s'appauvrir, l'Italie a pu sup~ porter la domination française, si coûteuse d'ailleurs. (Note d M. de Serre.)
310 APPENDICB.
SOUS la loi qui abolissait les iidéicoiiiinis; ils durart sabir Tégalité devant la loi et les eoneéquenees matérielles de Tabolition de la féodalité, auxquelles ils avaient opposé une négatk» oonstaatê dans la
Chambre des psdrs.
D'après cet exposé, il paraîtrait simple de conelure que, à l'exception des barons, le reste des Skiliens devait être ccmtent de voir remplir ses vceux et punir TégoYsme de ceux qui s'étaient refusés aux sacrifices indispensables qui les auraient popularisés, auraient fait marcher la Constitution et par là empêché la cour de l'attaquer avec succès et peutêtre avec raison ; mais l'orgueil national, qui se voyait réduit au rang de province napolitaine après des siècles d'existence séparée, réunit, en dépit des dissensions intestines , tous les esprits contre ce nouveau système; le régime français était fiscal et onéreux ; les dépenses administratives et judiciaires excédaient de beaucoup celles de l'ancien système: rolif^archie communale était mécontente de la tutelle des intendants; la conscription exaspéra le peuple qui n'avait jamais été sujet à cette loi, et les employés napolitains chargés de rétablissemeut du nouvel ordre, malgré les qualités personnelles (W plusieurs d'entre eux, révoltaient la fierté dCv^ masses comme celle des individus. La Sicile supportait à la fois le poids de ses anciens abus et celui des nouvelles institutions; la paix, la translation de la cour, la révolution commerciale, attaquaient sa prospérité, et un dégoût général était dans toutes les classes, lorsque éclata la révolutioo
■ de Naples et que la Constitution d^Espagne y fut
■ jiroclamée. D'après ce qui précède, il est clair que fi le vœu des Siciliens était de se séparer du royaume
■ de Naples, à la domination duquel toutes les classes de la société reprochaient les maux divers qui les
e affligeaient. L'indépendance devint ainsi la parole f magique dans laquelle chacun vit son amour-propre p Tengé et son intérêt satisfait. Tout Palerme fut r d*accord pour répondre à la voix des barons, qui crurent, en se séparant de Naples, pouvoir reprendre la Constitution de 1812, la pairie et leur ancienne existence. Mais Taccord ne dura qu'un moment ; lorsqu'ils voulurent proclamer cette Constitution, ils découvrirent le secret de leur faiblesse; ils se virent à la queue d'une révolution à la tête de laquelle ils croyaient être, et le peuple les força d'accepter la Constitution espagnole qui était leur sentence de mort. Des seigneurs furent massacrés, et ceux qui restèrent à leur poste devinrent les dociles instruments du peuple. La détermination de Messine et des autres villes de la Sicile tenait à une rivalité locale contre Palerme, odieuse comme capitale et comme séjour des grands, et elle ^tait antibritannique. Catania,qui aune Université, représente la partie instruite de l'île. Par opposition aux barons, ces deux villes prirent parti pour Ni^les et envoyèrent des députés au Parlement napolitain ; ils y furent les organes de la disposition des peuples qu'ils représentaient, et la loi sur les barons, adoptée dans ce Congres, fut leur
On voit clairement par cette narration que, dans la révolution de 1820, les Siciliens voulaient se détacher de Naples, que les barons voulaient conserver la pairie, mais que le peuple, dans une partie de rîle, les força à subir sa loi, et, dans une autre partie, préférait la dépendance de Naples à celle des barons, et qu'enfin ceux-ci, mesurant leur faiblesse, durent leur salut personnel à ces troupes napolitaines qu'ils avaient maltraitées et à cette dépendance contre laquelle ils s'étaient prononcés. Ainsi, non- seulement il ne fut pas question de Tancien Parlement, mais il n'y eut pas même possibilité de rétablir le nouveau, bien qu'il eût consené des partisans.