‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 63 sur 78 · SEPTIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME QUESTION

Richesse de Vtle.

La prospérité de la Sicile a suivi la marche lente du temps, privée de l'action des lois et favorisée par la paix dont elle a joui; dans les trente dernières années, son mouvement ascendant est devenu plus rapide par suite de roccupation de Naples par les Français, de la présence de la cour et de celle d'une armée et d'une flotte anglaises. Ses céréales acquirent une grande valeur par suite de la guerre d'Espagne et de l'approvisionnement des Sept-IIes; en échange, elle recevait à bon compte les denrées coloniales et les marchandises anglaises ; mais cette richesse passagère ne pouvait devenir permanente qu'à l'aide des institutions et des ouvrages publics, tels que routes, ports, etc. On fît peu de chose ou rien. Une combinaison politicjue inverse fut accompagnée d'une révolution commerciale; Tile pcT- VI. SI

APPEXniCE. (lit la cour et les armt'es anfElaises; le prix de as denrées tomlxt, celui des prodiiilâ cotnniaiix ei b»nufacturî's s'éleva; ce fut pÎA ijue la psavrrté, tr fut r appauvrissement, la privation d'uu êtot protpère. Les impôts établis dan.s la prospériaè itvinrentplns pesants api-ès qu'elle eut cess«; lesd»penses du nouveau système, sans la n-dnetioii dtf eorporatioDs religieuses et de ses autres aocins fardeaux, ont accru les maux de la Sicile. Iji révolution n'a certes pas concouru à les alléger: eUei rendu difficile le payement des charpi-s puMiquts et des revenus particuliers. Les seigneurs de U cour exagèrent peut-être cette siiu.il ion, maisfUr existe, et s'ils se trompent, c'est sur les caoM» comme sur les remèdes, puisque le mat est la cmoséquence du système qu'ils voudraient rétablir.

Indépendamment de l'embarras des çnûns ([si lui est commun avec TEspagne, la .Sirile «oofft» particulièrement de la concorrence des saliaes^tiblies en Sardaigne et dans les îles ioaiennea, qm ont fait tomber cette branche lueratÎTe de son iR> dustrie.

NUrriÈHE QtTSSTKm,

Impôts.

Les impôts de la Sicile étaient légers : ils consistaient en une imposition personœUe, Hmw ]b douanes et dans les coatribiiti(»BS extraordinaim pour les donatifs. Allais les terrés possédées jpv b

ANNÉE 189S. aSO

Qoblesse et par le clergé étaient exemptes d'impôts, et, comme ils faisaient la répartition des donatifs, ils en rejetaient le poids en grande partie sur les conmiunes et les possesseurs étrangers; ainsi la mauvaise répartition de l'impôt le rendait onéreux. Le Parlement de 1812 fixa le revenu à 2/i millions de francs* ; il a été conservé tel depuis la restauration et la réunion à Naples. On admet que l'impôt swr les terres est de 12 p. 100, tandis qu'à Naples il est de 20* ; mais cette appréciation est aussi difficile que Test une répartition exacte dans un pays peu connu et qui manque de statistique. Les dépenses de l'administration et du gouvernement en absorbent la plus grande partie, et il en est toujours venu peu de chose à Naples et rien aujourd'hui ; on y envoie au contraire de l'argent pour les troupes. Le public demanderait la diminution des impôts ; les personnes éclairées se contenteraient d'une meilleure répartition. Le préjugé populaire est que Targent de la Sicile se mange à Naples, bien que Tadministration soit séparée. Tant que des conseillers ou des députés siciliens, ne verront pas l'emploi des contributions et ne persuaderont pas au peuple ipi'elles sont nécessaires ou utiles, la défiance refera et cette disposition redoublera le mécontentement et le vœu pour l'indépendance du royaume de Naples.

• 1,800,000 onces de Sicile. (Note de M. de Serre.)

*n paraît n'être en réalité que de 13 à Ih p. 100 dans le royaume

de Naples. n ne doit guère être que de 9 pour la Sicile. (Note de

M. de Serre.)

Amn»iom

BBUXlàBfE FASIIK.

OOlBIDBBAnORB»

niioa trop 4xwun]iiio aiiz patt^lM dn Ifiils oftlM compimat à tons 1m i iwiiMiy Wiwiti qftH % eudUISt il cniit pouvoir dira qu^dlMoffiraiitvi UeniasMB oomplefc et même aans fiiMe deréM octnel de la Sicile et des causée qpu IViiifteMBeàf Ces censée y sont toutes dédnitee de fiute neloiqpi ou d*ectee publics ; le rfisnltet, o^eefe-érdira le eeÉ^ fiance et rextr£me mécontenteoienft de teotasl» classe des Sidlfens, la jalousie hainenee des |ei^ vinces contre la capitale, des classes moyennes et inférieures contre les classes élevées, le vœu commun de tous pour Tindépendance, ne sont contestes par personne. Le président du ministère actuel ùir sait observer à Tambassadeur du Roi que les classes élevées sont précisément les plus irritées; œb doit être : ce sont elles que l'état actuel humilie le plus, celles dont il menace davantage Texistence. Il faut insister sur ce triste résultat comme point de départ; il est certain, il est constant à Xaples, pour tous les hommes éclairés, nationaux ou éti-angers; la Sicile est en ce momeot moralement échappée à l'autorité du roi de Naples.

Les Autrichiens eux-mêmes, au nombre de près de 10,000, n'ont pas pris pleine possession de Tîle; ils sont concentrés dans une position militaire ; ils la tiennent en respect comme la garnison d'une citadelle maintient la population d'une ville prête à se révolter. Le ministre d'Angleterre à Naples a souvent répété au chevalier de Fontenay qu'il suffirait d'une frégate anglaise pour décider l'île à se jeter dans les bras de l'Angleten-e. Si jamais les foyers révolutionnaires allumés maintenant à l'est et à l'ouest de la Méditerranée jetaient de nouvelles étincelles au dehors, elles trouveraient des matières prêtes à les recevoir en Sicile. Il est même à craindre que, spontanément et du jour où les armées étrangères s'en seront éloignées, elle ne fasse une explosion funeste aux troupes que Naples y aurait envoyées. Tous les amis de Tordre public en Europe doivent redouter un tel avenir et ses conséquences trop faciles à apercevoir; mais la France doit, en outre, éloigner de toutes ses forces un événement qui ferait perdre à une branche de la maison de Bourbon l'un de ses deux royaumes, menacerait l'autre et les livrerait peut-être à ses ennemis, sûrement à ses rivaux dans la Méditerranée.

Ces motifs n'atténuent en rien les difficultés; elles sont telles que beaucoup d'hommes d'État en désespèrent. Ils voient dans l'occupation autrichienne une sécurité provisoire; au delà, ils n'aperçoivent que dissolution et sanglante anarchie. Après avoir longtemps réfléchi, longtemps hésité,

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o'oofc qa'on oopootiepnodM k dont ko oinqonBéeo écowlioo depoio Bot à Noidoo jooqa'à kiiAfoIntMB <lo laao, ootte flMUEoho A oBiooè ootte rtvolntion» Oo dmfontaigo ponè?érer dono lo ojotAmo onivi la restauratioa de 1831, puisque ce système, si toatefois <»i peut l'appeler ainsi, laisse la Skfle dans le déplorable état où elle se trouve. Et ronvquons que, grâce à Tannée autrichienne, le Roi t possède maintenant la plus grande force physkpe quïl y pourra jamais déployer. Allcxis firoDofae* ment au but, et reconnaissons que Ton est rédoili cette alternative : le pouvoir absolu dans toute aoo énergie ou un gouvememoit appuyé sur des foites morales existant dans la naticHi.

Voici les raisons en faveur du pouvoir obaobu

• Voyez t. nr, p, 373.

Ce système est le plus simple, seul il plaît réellement au Roi ; seul il est dans la pensée des ministres, au moins n'en ont-ils jamais pratiqué d'autres ; ce système s'applique d'une manière parfaitement uniforme à Naples et à la Sicile. Si la liberté dont les peuples sont capables est en raison directe de teur moralité, Naples semble y avoir bien peu de droits; les droits de la Sicile elle-même seraient contestables. Enfin, la monarchie pure, dans ces deux royaumes, est plus en harmonie avec la situation générale du reste de l'Italie soumise à la même forme de gouvernement. La France elle-même et les autres monarchies constitutionnelles peuvent avoir intérêt à ce que le nombre des États qui essayent de la liberté en Europe ne se multiplie pas prématurément et indéfiniment, à ce que leur mouvement ne vienne point ajouter à l'ébi'anlement du sol politique ; la France peut désirer du temps et du calme autour d'elle pour y jeter les racines qui manquent encore à ses institutions.

Sans prononcer en ce moment sur la solidité de ces diverses raisons, (juelque foftdées qu'elles puissent être, encore faut-il que le gouvernement absolu soit possible à Naples et en îSicile, encore faut-il ifu'il y ait quelcjnes chances de durée.

Observons d'abord que, si l'intention du Congrès de Laybach eût été de soumettre les Deux-Siciles au régime absolu, ce Congrès aurait commis une erreur içrave en séparant l'administration du royaume de Sicile de celle du royaume de Naples. En effet, TuniUs

la fusion sont bien plus dans le sens de l'absolu pou- VI. 21*

voir qui gouverne par la simplicité et la force de son administration. Il faut, dans l'intérêt de ce pouvoir, efl'acer toutes ces nuances, toutes ces rivalités de peuple à peuple, tous ces droits fondés, tous ces privilèges qui embarrassent son action et lui offrent des résistances. Administrer la Sicile séparément, c'est l'administrer dans des intérèls siciliens et à l'aide des Siciliens : cela seul jette déjà bien loin du régime absolu.

Commençons par bien expliquer de quel régime absolu il peut s'agir ici. Ce n'est pas ce gouvernement paternel fondé sur les mœurs, les traditions de respect et d'affection, tempéré parles droits particuliers des corps, des classes, des individus, tel que l'Europe en cite plusieurs exemples. Ce n'est point le despotisme de Constantinople qui a une religion politique pour appui et régulateur, qui, à l'égard des Turcs au moins, ne saurait braver impunément les mœurs sauvages, mais franelies tt fortes, du peuple et de Tannée. Ce n'est pas davantage le despotisme de Napoléon, despotisme agissant, qui, à coté de simulacres d'institutions, avait

dans un Conseil d'Etat fort et nombreux un coutrôle réel pour ses ministres, dont rarmée était brave, dévouée et sans cesse occupée, qui enfin flattait l'orgueil de la nation par l'ascendant qu'il lui donnait sur l'Europe, par ses monuments et piu* les chefs-d'œuvre des arts. Le pouvoir absolu a fonder à Naples et en Sicile est d'une plus tri?ie nature ; c'est 1 arbitraire pur, sans règle ni fi-ein, sur des peuples avilis et dissous.

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En supposant un tel régime possible dans le temps de tourmente où nous vivons, quelle en serait la première condition? Un caractère fort et une volonté ferme dans le monarque. Or, dans un long règne, le Roi actuel n'a point fait preuve de ces rares qualités, et malheureusement le monde a déjà pu juger qu'elles manquaient au prince, son fils. Pourrait-on au moins espérer la chance d'un ministre fort, dominant à la fois son prince et son pays ? Pour produire un tel phénomène, il faut un autre théâtre. Les ministres, même les plus habiles, ne sont ici que de faibles courtisans essentiellement dépourvus de respect pour la règle et d'estime pour leur pays. Peu après le dernier retour du Roi, le prince de Canosa, ministre de la Police, s'avisa de déclarer de sa seule autorité et de faire afficher dans Naples la condamnation à mort de deux généraux heureusement fugitifs. C'était la seconde fois que le prince de Canosa était ministre. Tout le corps diplomatique, en émoi, ne put lui faire comprendre tout ce (ju'un pareil acte avait d'illégal et d'absurde. Dans les premiers jours du présent mois, et lorsque Naples jouissait depuis longtemps d'une trancpiillité parfaite, il tombe tout dun coup, comme des nues, un ordre du ministre actuel de la Police, portant, jusqu'à ce qu'il ait été présenté au Roi un statut de police complet, établissement d'une commission de police avec pouvoir de faire ^pliquer jusqu'à cent coups de bâton et trois mois de prison à toute personne qui troublera l'ordre ou la paix dans un lieu public, par paroles, cris, sif-

llements, gestes ou autrement; Tordoiiiiaiioe ne £ait distinction ni de rang, ni de sexe, ni d'âge; elle ne le pouvait sans blesser l'égalité devant la loi, introduite dans ce pays. Il est tel individu pour lequel cent coups de bâton seraient la mort. Le prince de Canosa s'était seulement fait juge souverain; son successeur s'est fait législateur, et quelle législation ! Cependant il siège dans le C!onseil des ministres d'habiles jurisconsultes, les Medici, les Tonunasi et un président du Conseil versé dans les idées et les convenances européennes.

Les lois, les décrets, les rescrits ministériels se compliquent et ne s'exécutent point dans les provinces. La corruption et la vénalité infestent les bureaux de tous les ministères. Les injustices, les méprises sont fréquentes à Naples ; qu'on juge si elles doivent être fréquentes et irréparables en Sicile lorsqu'elle est administrée de Naples même! Si tels sont les symptômes de défaillance et de cadiicit»* du gouvernement absolu à Naples, dans ce royaiinif où la domination française a tout pulvérisé, club le moment où, appuyé par plus de 5(),L)(K~) Autrichiens, il devrait puiser quelque force dans sihi mouvement de réaction contre les derniers ivvolntîonnaîres; si Ton n'oserait lixer le tonne niénif éloigné jKHir lui de Toccupation étrangère et ivpondre qu'à ce terme ce gouvernement saura contenir dans l'obéissance ses sujets napolitains, comment se flatter que, au moment de l'évaenatiou ài royaume, il s'élèvera à l'énergie, condition de son existence? comment se tlatter qu'il puisse alors cou-

ANNÉE 1893. 33k

ierver la Sicile sous ses lois? Pour imposer son. oug contre le vœu de tous les habitants à un État léparé, à un État insulaire, il faut une grande su- [)ériorité matérielle et morale dans TËtat domi-^ lant. La France a dû faire une guerre sérieuse à la petite île de Corse, et l'Angleterre en a fait une semblable pendant plusieurs siècles à Tlrlande. On peut, de ce qui précède, conclure que la durée du pouvoir absolu à Naples, et à plus forte raison en Sicile, par lui-même et sans Tappui d'une puissante armée étrangère, est une véritable impossibi-lité politique ; mais, si l'armée autrichienne reste l'indispensable et unique appui du gouvernement de Naples, si cette armée doit conserver une forte avant-garde en Sicile, on doit prévoir que la raison militaire empêchera le cabinet de Vienne de consentir à toute réduction notable de cette armée. Cependant les emprunts s'ajoutent aux emprunts ; il faut en ce moment 17 millions de ducats pour combler le déficit entre la recette qt la dépense d'ici à la fin de 1823". Le crédit de M. de Medici usé, et il s'use, à quelle ressource recourir? à de nouveaux impôts? Ils sont déjà lourds, et le commerce est nul, et l'agriculture languit; à des économies, des suppressions d'emplois? Il en a été beaucoup fait, et nombre de familles sont plongées dans la détresse ! Que reste-t-il enfin? La banqueroute et ses funestes conséquences ! liCs puissances occupantes en seront-elles réduites à répéter aux peuples siciliens cette réponse d'un ministre de Bonaparte aux doléances des Prussiens accablés : « Vous ne savez

pas tout ce qu'une nation peut souffrir. >• Mais des Calabrais et des Siciliens peuvent aussi connaître le désespoir et Texaspération ; ces peuples ne sont rien moins qu'étrangers au courage des passions. Et qui sait si les Autrichiens combattront un jour les ennemis que Toccupation indéfinie ferait au roi de Naples? Que de causes faciles à indiquer peuvent d'ici là troubler l'Europe, qui a déjà joui d'une paix de sept années, et appeler bien loin des Deux- Siciles l'attention et les forces de TAutriche ! Les dernières vicissitudes de l'Europe ont dû éclairer sur les dangers que courent les gouvernements absolus posés sur un sol révolutionné. Ce sont ces dangers que doit avoir constamment sous les yeux l'homme d'État qui lutte, dans un pays récemment constitué, contre les inconvénients de tous genres que suscitent les libertés nouvelles. Les gouvernements absolus de Madrid, de Lisbonne, de Xaples et de Turin sont tombés successivement et presque Tun sur Tautre; cq qu'il y a de plus eflmyant dans ces chutes, ce ne sont point les chutes oUeM-nK-nK-?. mais c'est (jue ces trônes soient tombés devant la plus faible attacjuc sans l'ombre d'une résistance, sans qu'un bras se soit levé, sans qu'une «''jhV ait été tirée pour leur défense, malgré les maux incalculables que leur écroulement devait nécessairement attirer sur leurs sujets; c'est cjue ces gouvernements, semblables dans leurs principes, mais opposés dans leur conduite, n'en aient pas moins eu une destinée commune, que l'administration douce et paternelle de Ferdinand de Naples n'ait

pas été mieux défendue que le gouvernement capricieux, dur et funeste de Ferdinand d'Espagne; comme pour démontrer le vice irrémédiable de ce système, pour manifester qu'il n'a aucune espèce d'adhérence aux peuples dans lesquels il ne rencontre que des indifférents ou des ennemis, Qt que, quoi qu'ils fassent, un Roi et des ministres, isolés par l'arbitraire au-dessus d'une nation dissoute et désorganisée par les révolutions et les guerres, doivent tomber au premier souffle.

Imitant au contraire l'exemple de l'Angleterre, qui ne s'est reposée de ses révolutions que dans la iDonarchie mixte et tempérée, la France, à la Restauration« a reçu des institutions, de véritables cadres où les hommes intéressés au maintien de l'ordre public peuvent se ranger, s'entendre avec le gouvernement et entre eux et combattre, ainsi réunis, avec des aimes légales, leurs communs ennemis. La France lutte sans doute et luttera longtemps encore ; elle lutte, mais elle prospère, mais par le combat même elle acquiert de nouvelles forces morales et doit finir par se trouver supérieure aux États qui seraient restés plus tranciuilles.

Les autres États de l'Europe qui sont entrés sagement et légalement dans les voies de la monarchie tempérée présentent tous de même des résultats plus ou moins satisfaisants. Il était impossible qu'un tel contraste eût échappé aux souverains et aux mi- Qistres înten'enant à Troppau età Laybach et qu'ils Q*eussent pas compris les vérités si fortement expri- 'ftéespar les événements. Aussi, hâtons-nous de le

33li APPENDICB.

dire, ce n'est point le pouvoir absolu que le Congrès de Laybach a entendu fonder à Naples et en Sicile. S'il leur a refusé le gouvernement représentatif, c'est au moins sur la route d'institutions nationales qu'il a entendu mettre ces deux royaumes en arrêtant leur division l'un de l'autre, l'établissement

d'une Consulte d'Etat assez nombreuse dans chacun d'eux et celui des Conseils provinciaux dans chacune de leurs provinces.

On peut se rappeler qu'à ces Congrès la France avait pensé, d'après cette sorte de tact qui tient à l'analogie de situation, que des institutions sagement restreintes étaient devenues un besoin des Deux-Siciles, que d'ailleurs la foi du roi Ferdinand et de son successeur était par trop compromise envers leurs sujets. La Russie sembla d'abord entrer dans les vues de la France; l'Autriche consentait. Elle sentait bien néanmoins que le roi de

Naples n'avait pas, comme elle, des Etats immense? dont la force et la contiguïté lui gai'antissaient ^e^ possessions italiennes, et que, pour régner lon2temps à Naples et en Sicile, c'était dans ces pays mêmes qu'il devait finir par trouver des forces. A Tarrivée du roi de Naples à Laybach, le projet ile> Consultes d'Etat, avant obtenu Tassentiment de ce monarque, rallia le plus grand nombre des suffrages. Ce plan, publié par le roi de Naples, à son retour, comme loi fondamentale de TÉtat, pouvait être bon, juste et suffisant quant au ix)yaunie de Naples; à l'égard de la Sicile, il avait tous les défauts contraires. L'erreur grave dans laquelle 1<'

ANNÉB IMt. 38»

CkHigrès nous parait être tombé ne peut être expli- Huéb que par Tabsence de notions exactes sur cette fie, par celle de tout défenseur de ses droits, par la bâte qu'avait TAutriche de conunencer la guerre,, rimpatience qu'avait laissée dans le Congrès de longs et infructueux débats. Toutes ces causes firent adopter presque sans discussion les bases du ftitar gouvernement des Deux-Siciles. Accorder une véritable Constitution au royaume de Naples, quelque circonspecte qu'elle fût dans ses disposi* tkms, semblait récompenser, légitimer la révolte. La Consulte d'État n'était point une Constitution, fHiisque le Roi en nommait et en changeait à volonté tous les membres et que ses résolutions ne liaient point la volonté souveraine. Toutefois, loyalement exécutée, composée de trois ou quatre des propriétaires les plus influents de chacune des quinze provinces du royaume, saisie de la discussioa de toutes les matières d'intérêt général, investie par l'enregistrement du dépôt des lois, la Consulte d'État devenait à la fois un point d'appui pour le tronc, un contrôle pour le gouvernement et un point de sécurité pour les peuples. Les services que la Consulte d'État rendait, quant à l'administration générale, les Conseils provinciaux les rendaient pour l'administration provinciale dans chacune des subdivisions du royaume. C'était beaucoup, 4^étaît peut-être assez pour un État privé depuis plusieurs années de tous droits politiques et nivelé par l'application des lois françaises. £n supposant même que ce système n'eût pas rendu tous les

avantages pratiques qu^ons'en promettait, au moins plaçait-il le monarque dans une position de droit parfaitement légitime envers les Napolitains; il était même dans une position de bienveillance, et ces deux points sont décisifs pour la confiance. Quelle différence en Sicile ! Ce royaume n'avait pas seulement recueilli le Roi et sa famille, deux fois expulsés de Naples, il avait subvenu à ses besoins et à ceux d'une partie de ses parents de France; il avait versé ses trésors et son sang pour sa défense et pour lui reconquérir deux fois le royaume de Naples. Et pour récompense de sa fidélité et de tels services, la Sicile est dépouillée de tous ses droits, de ses anciennes et de ses nouvelles libertés; ses pairs, ses barons, ses communes sont dégradés, asservis! La surprise seule peut avoir fait sanctionner une pareille résolution par l'Europe assemblée. Les Siciliens seraient dignes de leur sorts'ik n'en avaient point été indignés. Un plus mûr examen ne peut manquer d'éclairer le nouveau Congres sur un acte aussi impolitîque qu'injuste. Dès ce moment, nous pouvons conclure que, si le Roi jx^ut. dans le royaume de Naples où il a trouvé tal)le rase, se mettre à la tête de la propriété, alliée naturelle de tous les gouvernements qui ne la repoussent pa^. par le système d'une Consulte d'Etat et de Conseils provinciaux, ce système serait insuffisant en Sicile: (|ue le Roi n'y regagnera la confiance publique qu'en y maintenant, dans leurs parties essentielles au moins, les existences et les droits, ouvraize du temps et le sien ; que ce sont des antécédents qu'un

ANNÉE 18Sâ. 337

gouvernement habile est heureux de trouver dans un pays et qui se tournent contre lui s'il les repousse au lieu de les employer ^

La pensée des souverains alliés doit planer sur l'Europe entière. D'autre» révolutions que celle de Naples ont éclaté; il n'est malheureusement pas impossible que d'autres éclatent encore ; la Sainte- Alliance peut se croire appelée à y intervenir. Supposons, par exemple, ce qui ne pai-aît pas être encore, qu'une inter\'ention en Espagne fût légi-

< Le Congr<3A aorait fait ce que le roi de Naples n'avait pas osé hârt ; son décret du 9 novembre 1816, qui rëunit la Sicile A Naples, ne supprime pas le Parlement, et un décret du 1 1 du même mois ddclare que les impôts de la Sicile demeureront tels qu'ils ont été fixés par le Parlement de 1813, et qu'ils ne peuvent 6tre éïerés que par une nouvelle résolution da ParlemcnL On sait ^6 les membres de la Consulte de Naples ont etë nommds d'une manière dérisoire; sur trente, à peioe se trouve-t-il cinq ou six personnes possédant une ve'ritiblo influence. La Consulte n'a jammis été réunie, et tombe dans l'oubli. Mais, en Sicile, la Consulte a'a pas môme été nommée, et la loi de sa création a été, quant A cette île, regardée comme non avenue. Il était impossible de la erder, en effet, sans créer autant d'organes des plus justes réclamations. Le comte do Ficquelmont, ministre d'Autriche, a dit A l'ambassadeur du Roi qu6||depuis il avait, d'après le désir de l'An- ^eterre, sondé le roi de Naples sur le rétablissement du Parlement en Sicile; le prince y montra beaucoup de répugnance; il dit entre autres choses : «* Le moi Pcirlcmcni a maintenant une tout antre signification que jadis. » Il résulterait de ce fait: l^qiie TAngleterre ne regarde pas encore sa garantie morale comme dégpi^éey au moins que le gouvernement veut pouvoir dire au besoin qu'il a fait des démarches ; S^ que l'Autriche ne croit pas non pins la Consulte d'État possible en Sicile, et qu'elle n'était pas effrayée de l'extstenceKl'un Parlement dans cette tle. (Note de M* de

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