‹ Correspondance du comte de SerreChapitre 68 sur 78 · N<> XXXVII · texte numérisé non relu

N<> XXXVII

Mémoire sur V Italie^.

Les affaires de la Grèce ont distrait Tattention du public des affaires de l'Italie; pour les hommes d'Éiat, au contraire, ces dernières n'en sont devenues que plus graves et leur solution satisfaisante plus nécessaire au repos de l'Europe. Ce sont, en effet, des foyers correspondants qui se sont allumés l'un par l'autre et qui se prêtent une force mutuelle. D'Espagne, l'incendie a gagné de proche en proche, à Test, à l'ouest et au delà des mers ; d'Espagne en Portugal et au Brésil; d'Espagne dans les Siciles, la haute Italie et la Grèce. Ce premier effet produit, l'état révolutionnaire de l'Espagne et du Portugal isole encore davantage cette péninsule du reste de l'Europe ; elle paraît devoir se consumer en elle-même, sans autres progrès au dehors, jus- <p'à ce que l'excès et la lassitude de l'anarchie y. amènent le retour à l'ordre et replacent ces peuples <lans un système d'harmonie avec les auti-es Etats européens.

Ij'état de la Grèce, mettant deux peuples en présence, est autant un état de guerre qu'un état de ré\-olution; il est surtout grave, parce qu'il peut impliquer dans ses mouvements les grandes puîsH sances de l'Europe, affecter leurs rapports ou în-

« Voyez t. IV, p. 6».

fluer sur leurs possessâoiis les fkm importantes. Mais il ne menace p|if «.^^^^^^P^^^^^^ paxim, l'Eu- Tope d'une réaction révoluticmiiaire; la Grèce se deident inquiétante foiia^fi^.^lipf^ la suppo-

sant en connexion avec Tltalia et lISiqpagBe, de MQfb^jq^ to^t le midi de Tllurope^ fût lié par im aysttoie anarchique di|iit TltiijUe^^ ^seput le psiid, Lfts ^émeiits de «ette .si|{q[M)sitim existpEitt Inea qi]^!çl|a soit dilBcile ik réaliser, et elle nous ramène natordJieiiient ^ . r^mportanca politique de llulie dans le moment actuel.

C'^ là que couve aii cœur même de rEuropeun foyer révolutionnaire bien plus dangereux que ceux qui ont fait éruption à ses extrémités, un foyw évidemment inquiétant pour la France et pour TAllema^ne, pu foyer qu'il (çst urgent d'éteindre profondément pour rendre aux États continentaux qui ont conservé ou recouvré une organisation réjgulîùre, la sécurité et l'énergie si nécessaires clans le cours présent et imminent des choses. Quel intérêt pressant n'a pas, par exemple, 1 Autriche à détruire jusque dans leur germe ces troubles d'Italie qui la tiennent en échec sur Tune de ses ailes, taudis qu'il peut se présenter telle occurrence où elle devrait porter sur Tautre toutes ses forces et son attention?

Dans tous les pays civilisés, aujourd'hui, les peuples sont devenus d'une sensibilité, d'une imtabilité même qui les rend difficiles à gouverner et exige impérieusement qu'ils soient bien gouvernés. Cette difficulté est plus grande encore dans les cou-

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trées où les Français ont porté leur révolution et leurs armes ; là, ils ont détruit ou altéré les lois, les coutumes, les habitudes, les mœurs, liens heureux et insensibles qui contiennent ailleurs les peuples ; là, ils ont familiarisé les esprits avec les changements de gouvernement et de domination. Il ne faut donc point espérer guérir ces contrées de la contagion révolutionnaire, si la politique ne les place dans une situation aussi heureuse, aussi honorable et surtout aussi irrévocable que possible. Que si l'on faisait la faute de les laisser dans une position ab- .solumeut contraire, le mal, au lieu de s'atténuer, ^^'aggraverait indéfniiment, l'exaspération et le désespoir porteraient les peuples aux pai*tis les plus extrêmes.

Ces réflexions s'appliquent naturellement aux États de terre ferme du roi de Sardaigne, et elles s'y appliquent d'autant mieux que leurs habitants ont de rin^truclion, de l'industrie, du coui'age, de l'esprit] national, qu'à d'anciens titres de gloire ils en unissent de récents. La secousse révolutionnaii*e que ces États viennent d'éprouver les a plongés dans ime sorte d'humiliation et de dégradation politic(ue dont il est difficile d'apercevoir le terme et qui toutefois est insupportable pour un peuple généreux. C'était toujours une position difficile que celle d'un petit État situé entre deux grandes monarchies et composé lui-même de parties fort diverses par la langue, les intérêts, les mœurs, les souvenirs. Pour maintenir un tel État, il ne fallait rien moins que des prodiges de sagesse et d'habi-

veU, là des predflfM «DHAfatf«l <» iMiiiwr—ir te pmtffimà^knit wotnmtié. AiiJiiÉrtMiii éwé ■MiÉi

imwÊÊmi ànpàé alnsplïèiilaviil WlMftiriMrtMii ntl^ la figoear de ■M'ilHMttWi^OM JMplww iNMièlpaé «oleiiHnt'ioMfaév naaeètaMtaMnt looi PkMnrfté de r^Arangari U» ont perd» iMtto lot à lev Inài^ieat&uio»; il» ste \»' mnaftuvmt pw, Ht oe «MîMmf'i^us à-leor adsieRofr oMDBe nstioB. n n'existe peut'être pM de jprinoe dmt les qwdités pencmneïleB ponnsient aottàr va pays d'me pontlon amsi fernsee, et biea oetiûaemeBA il n'estdoaaé ai au œonaïque actuel, dî à smi succesMor piééooftptSf , d'y vtasdr.

' Ixtfsqne le cours des érénemeiiis a ainsi amené vae sitoatitHi qui n'est pins tenable, la politique doit la modifier pour la maîtriser.

Dans les vues des gouvernements intéressés au rétablissement de l'ordi* et de la tranquillité eo Italie, c'est surtout de la haute Italie qu'il impt»le de s'occuper, non-seulement parce que c'est déjà Un immense avantage d'avoir relégué le péril à l'extrémité de la presqu'île et de l'éloigner ainsi dn centre du continent, mais encore parce que Tltalie supérietu^ domine politiquement l'Italie inférieure et que la stabilité bien fondée dans la première est aussi la garantie de la stabilité dans la seconde. Mais tout ce qui a été dit démontre qu'il' ne peut s'agir ici de modificatioog légères ; le mal <

tant dans la fausse situation de ces peuples, dans l'altération profonde et irrémédiable de leurs rapports avec leur souverain, le remède efficace ne peut se trouver que dans un changement total de position, que dans un déplacement de souveraineté qui serait l'objet d'une grande transaction entre les souverains intéressés.

Les bases en seraient la réunion du Piémont et de rÉtat de Gênes aux États italiens de l'Autriche ; la réunion de la Savoie et de Nice à la France ; TAutriche indemniserait le roi de Sardaigno par rabandon de la Toscane et se chargerait de dédommager le grand-duc; la France fournirait une indemnité en argent. Ces bases devraient être appliquées de manière que les grandes puissances en usassent avec équité, générosité même, de sorte que cet arrangement ne parût être que le produit des convenances réciproques et ne pût même être soupçonné d'avoir été arraché par la force à la faiblesse et au malheur.

Il reste à parcourir les avantages qui en résulteraient pour toutes les parties intéressées et pour le repos général, puis à prévoir les objections qui pourraient se présenter.

Les peuples qu'il s'agit de pacifier, les sujets de terre ferme du roi de Sardaigne, sortiraient évidemment de l'état d'humiliation et de mal-être où ils sont habituellement pour arriver à un état fixe, heureux et honorable. Les nations tiennent, et avec raison, plus à l'indépendance qu'à la liberté, et Ton ne croit plus à l'indépendance des petits États

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fiant et piUiernel; elle pcHiff|N^,|>(HMNK^ aeri pniM qile oe«'e6t pASt^oiitm i^4i«MlniBot qui» les 46rn«&ras félenies àa% été oeonoiee»; die le pcMifrait paix» qu'elle est lortef perw^ qu^dOe dot* ocrait è ses iiouvea;!» euj^ uû eort défioitif . Les avaotages politiques, civils lA •eoniaiereiaixi: qa*iii* jnût d'aiileui^ pour GêuM et le Piémmit une teUe féunion |i^i4^nt tous les .yeux* Il ne Cuit pas #nundro les préyuf es qui se sont manifestés en ees •pays eootra r Autmhe ', ils ne sairt pas mieux en* iMinès que ne Tétaient des préventions analogues excitée dans le Milanais et TÉtat vénitien : ils oé^ deraient à cette idée qui préoccupe toutes les têtes pensantes en Italie, la réunion de plusieurs États italiens en une masse imposante telle que serait le nouveau royaume de Lombardie. C'est ainsi que des préventions non moins fortes, fondées sur de plus justes griefs, des Polonais contre les Russes, ont cédé à la mesure éminemment politique de reformer un royaume de Pologne.

La formation en un seul royaume, de toute la haute Italie, avec les montagnes qui Tenclavent, débouchant sur les deux mers par Venise et Gênes, assurerait à TAutriche les principaux avantages de cette transformation^ les montagnes et les forte-

i-esses du Piémont et de l'État de Gênes formant le boulevard naturel de ses possessions d'Italie ; ce serait la garantie de leur fidélité. Le bien que ferait à l'opinion cette réunion de pays homogènes dans des limites. naturelles, réagirait sur les sujets italiens actuels de l'Autriche et les unirait plus étroitement à cette monarchie.

La division des États sardes de terre ferme par la réunion de la Savoie et de Nice à la France achèverait d'ôter toute idée de retour à l'état actuel et par là même afîermirait le nouvel état de choses. C'est avec joie, d'ailleurs, que Nice et la Savoie reviendraient à la France; tous leurs versants, tous leurs débouchés commerciaux sont vers la France, et la réunion doublerait la fortune de ces peuples ; la langue, les mœurs, la situation en font naturellement des provinces françaises. Mais la France en recueillerait d'autres avantages matériels et moraux. Le Dauphiné serait couvert par une nouvelle frontière, et l'esprit inquiet d'une partie de ses habitants ne trouverait plus dans un voisinage suspect ni aliment ni refuge. Le tort fait si impolitiquement, dans l'opinion de la France, à la maison de Bourbon par les rognures de territoire qu*on lui a fait subir en novembre 1815 serait en partie réparé. La France serait glorieuse du résultat d'une telle négociation et verrait sans jalousie que r Autriche en obtint des avantages incomparablement plus considérables.

Le problème de la consolidation des choses « de la pacification des esprits dans le nord de l'Italie,

an APPENDICE.

serait ainsi promptcment riïsolu. ( .c serait le plia' gi-aiid et le phis sur aclicmiiiemcnt à lu {Kiciticatiop de l'Italie méridionale. L'Autriche pouil'aît bîCDtâi y réduire ses troupes d'occupation; elle eotre^ep* rait le moment de les retirer tout à lait el de m borner i un simple rôle d'observalion; elle recouvrerait dès loi-s la liberté de ses uiou\'eint;iitâ sur tous les auti'cs points de sa vaste moDarchic.

Le roi de Sardaigne ne saurait i-egi-elter le tr'istt rôle qui, dorénavant, l'attend à Turin, où il paraît peu se soucier d'arriver; il trouverait au «.'ontnùn-

ea Toseue ua pea^idciax atw^BaaeatyiTBPi^ ■dont il n'aamit 4|ii*#: oDotlnptE le iMidwar, et sa rdfttioBa aviw la-Sayd^ignealeo a«»icnt ^pteplu prochaines^ ptaip IkcttWv

Vk fiuit s'atteodv» qiift«».pU» dfangfin, les lydiîtudes M pluneura dij^eotatM qu croient A Ti^ Uté de petite États iatennédiures oitreles gruds puissances et admettent qu'âne telle interpositioa, encmpêdiant le contact, empêcheaussi, ou au moins rend plus rares, les froissements et les guerres. Mais nous sommes sur le terrain même où l'histoire a le plus coDstanunent démonti-é l'erreur de cette vue politique. L'existence de la Savoie et du Piémont comme État n'a pas empêché une seule des 'guerres d'Italie, si nombreuses dans ces derniers siècles; elle a seulement fait de ces territoires le champ de bataille habituel des puissances belUgéi-antes; elle a condamné leurs princes à une poUt tique pleine de duplicité et souvent de perfidie. Le vrai moyen de prévenir toute lutte entre deux

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grands États, c'est de les constituer de manière qu ils n'aient raisonnablement rien à prétendre Tun de l'autre , que raisonnablement ils doivent mutuellement désirer le maintien de co qui est. On dît raisonnablement parce qu'il n'est donné à aucune politique humaine de prévoir la déraison. Or, le plan que nous indiquons place précisément la France et l'Autriche dans ces situations ivspectives, limitées par les hautes Alpes; l'une et l'autre auraient acquis sur ce point le complet de leur développement naturel, elles seraient /wées, arrêtées.

Sans doute la France toucherait alors à l'Italie, mais elle n'y contestera jamais à T Autriche toute influence qui ne tendra qu'au maintien de la justice et de l'ordre; elle la secondera, au contraire.

Que si cette influence pouvait jamais devenir oppressive, l'Autriche sait bien que, même dans l'état actuel, elle n'aurait pas seulement à craindre la contradiction de la France, mais celle de toutes les {grandes puissances européennes.

La plus grande objection à ce plan est dans l'inéi^alité comparative du territoire de la Toscane el des Etats de terre ferme du roi de Sardaîgne, inégalité à laquelle on ne voit pas trop comment il serait possible de remédier. Cette objection tient

l'IN t)K L APPENDICE.

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