HENRI
1451. — Le comte de Montalembert * à M. G. de 8«Te
Ce 9 inar« 1966.
Monsieur le comte,
Kn revenant à Paris avant-hier, j V ai trouvé lr> deux volumes des Discours de votre illustre pên-. que vous m'avez fait Tlionneur de mVnvoyer. Jr vous en suis profondément reconnaissant. I>e tau> les hommes publics qui ont précédé la période politique où j'ai vécu, aucun n'a excité chez moi plu* d'admiration et de sympathie que M. de Sem Vous avez rendu un vrai senice à Thistoirr et a l.i France en recueillant ces discours et vn les livran: à l'étude de la postérité. Je vous en suis p<»rs<3î]nellement on ne saurait plus obligé, et je vouri pri» d'îu^réer l'homniaiie de ma sincère frratitiule a^r celle de ma haute considération.
Cn. I)K MoNTALFMBEm.
^ Le comte Charles de MoiUalemberl, nâ à Londres le 2î ni^ 1810, mort à Paris le 10 mars 1870.
1462. — M. Riboulet à M. O. de Serre.
>retz, 7 avril 1867.
Monsieur le comte,
Ou, si voUs me le pennettez, mon cher (laston (appellation qui, sans porter atteinte à ma juste déférence, est bien plus conforme à l'ensemble des sentiments de mon cœur), votre lettre du P"" de ce mois m'a trouvé dans mon lit, où m'a ivtenu jusqu'ici une violente gî*ippe contractée, je le suppose, dans une assez longue station à notre belle cathédrale, au retour d'une promenade à pied chez ma fille et dans un état de demi-transpiration. Pardonnez-moi ces détails, qui n'ont pour but <iue d'excuser mon i-etanl et de vous montrer mon empi-essement à vous n'*i)ondi'e. Ce n'est malheui*eusemcnt que par cet empressement qu'il m'est donné de vous montrer tout mon désir de vous être agn*able7 car je ne scîrai utile en rien à votn-^ louable pensée de it'^unîr tout ce ((ue vous pourrez de documents sur votn» noble péi'e.
J'étais bien jeune et je quittais seulement les l)ancs du collège lors((ue je fus adopté par lui ; en retour de tout ce qui m'était pi*odigué d'affectueuse
A9S 8CPPLËKENT A LA CORRIÎSPON DA \CE.
bonté dans votre famille, raoïi cher Oa^iton, je n'ai «1 aj^rter que dévouement, .et que tendresse pour vos excellfflats |);irent3, pour vous tous. Avec ilfr telles dispositioiis, on ne fait pas d'observations,!» ■ne recueille pas de notes; pendant trois ans. je n'ai su que TOUS aimer tous, que me laùaer TÎne doocement daw It dtiici9«Xf.9MUMt <pi Ji^tMiU fiûL Rien d(Hic à tous 'transmettre de Tér^aUcment utile à la réalisation de votre généreuse pouèe, rien que des impressions toujours vives, tonjoun chères à mon cœur.
V<Ktre tton et noble père, qui n'avait paa autour de lui de^ ^rits à la haottenr du sàm, vivait gèoéralooii^t tris-absorbé dans ses méditatioiis, qui sJDuvenit 8«. traduisaient, juupw dans las ngaa de fuidlle, par des mouveniânta de ses mains, de se» bras, de sa jAysionomie si ejqireasive. Du reste, danp toutes ses relations d'^touz, . de père, dt maître, il était toujours de la plus constante égalité de tendresse, de bonté, de douceur. Un de ses plaisirs était ses promenades à cheval, le matiii. dans les environs de Naples, promenades auxquelles il avait voulu m'adjoindrc et par lesquelles il essayait vainement de faire de moi un habite écuyer; je dis vainement parce que, rejoints un jour dans une de ces promenades par un général autrichien, le prince de Hesse, je crois, j'enteocU encore ces quelques mots peu encourageants du prince à M. de Serre : « Vous voule:n donc la mort de ce jeune hcumne! » Mais lui, dans sa bonté et alattachant à son œuvre, me rendait toujours de la
ANNÉE 1867. JM
confiance et me disait : « Vous montez déjà mieux c[ue Saint-Mauris et qu'Eugène. » Le soir, et aussi assez habituellement, c'était en voiture et avec toute la famille que se faisaient les promenades. Quelquefois, dans les derniers temps surtout, votre noble père sortait seul de grand matin et allait entendre la sainte messe à la chapelle des capucins, derrière riiotel de l'ambassade. Bossue t, et particulièrement V Histoire des variations j a été longtemps sa principale lecture ; nous avons lu ensemble, avec persévérance et du commencement à la fin, Virgile et les <i*uvres philosophiques de Cicéron; dans ces lectures, il y avait beaucoup moins de difficultés pour lui que pour moi, pourtant tout frais émoulu. Une fois la semaine j'écrivais, sous sa dictée, ses lettres au ministre des Affaires étrangères et à M. de Villèle. (Quelquefois, mais assez rarement, la soirée se passait à San-Carlo,dans la loge de l'ambassade, et, si je vous signale ce souvenir, ce n'est que pour ra.ppeler qu'à Castellamare, pendant sa dernière maliidie, il trouvait plaisir à me faire jouer sur la flûte la musique que nous avions entendue ensemble, et surtout Mosé et la Semiramide^. Ce souvenir m'en rappelle un autre du même temps, mais plus douloureux pour moi. Quand, après Tavoir quitté le soir, le retrouvant le lendemain matin, je lui demandais comment il avait passé la nuit et comment il se trouvait, pour toute réponse, le plus souvent,
* Rossini a?ait fait représenter Moêé en 1818, à Naples, au th^tre San-Carlo, et Semiramidct en 1823, à Venise, au théâtre de la Fenice.
■L SCrrLÊMEXT A LA COBKESPOHDAKCE.
3 Me preaût la main qu'il plaçait sur son tAU ■v le cfvax de l'eâionuic qni l'tait un Foyor lirùiat,,
. îl me l^à^t à coiicIuR) ce qu'3 frùtaasse pUîodre.
Ab dnnitr jour, les nti'drrtns ayant, d'i
rrconnu an fnic un abct^s avisez z\%xxx t l'extrardon en pût î-ttv faite le lenilenain. Ue p*rr, toujours avec 4* calme et ortie hfiuiqoe dont il oe se d(-partit jamais, me ■ fMl^BH Bg^M par kMpHllM a 1«MB-
Looii XVm, Tou «lyrift tgoa é» Ib^les à CMeBiBaie, oA la noté de lolm baaMBaèn«Blàî«vûtpBS peimîs de venir jnaqp»-. Ià«t flk -fwir le pvMre qm, en sortant de n eh»hre rl^péta. àphniera reprieee, «a Igraatleslwt aa CM: «Èm wiyin. è nu aaigelo! » P» de as doute sods raetJoa des émol'aboès s'éCaH ouvert et Fatphyxie devait s^ensuirre. Vous savez \e reste, rona chw Gaston ; TOtre mère, vous tous, vous êtes arrivés. 1^'agonie était conîmeiieée; elle a duré plusieurs heures d'angoisse, certainement, car uo(i5 n'avons cessé d'essuyer tle linges frais son corps ruisselant de sueur froide jusqu'au mcHnent où. toujours sans plainte et sans mourement, il rendit doucement â Dieu sa grande àme.
Je ne sais où l'on a recueilli le fait de la confession en Intin, faute d'une connaissance suffisante Je ritalien; je n'ai jamais rien entendu de cela, et M. de Serre pouvait se servir de l'italien aussi facilement que du latin
Vous voyez, mon cher Gaston, que, comme je vous le disais par avance, je ne puis, à mon grand regret, vous être bon à rien ; mais il m'a été tout à la fois bien doux et bien amer de faire avec vous et pour vous un rapide retour sur un passé qui tient une si grande place dans l'existence de voire à jamais dévoué serviteur,
RlBOlILKT.
Soyez, je vous prie, près de M""" votre mère et de ^jmen YQg gQjypg^ l'interprète de mes respectueux
hommages.
i4B3.— X«e.baroii EngèM tfàio^i à lift tkÈoSiâm
LoulM de 8«rre^
Quel était Tâge exact de ta mère? J*ai une pdne extrême à me rappeler, non les faits, mais les dates précises. Avec quel intérêt j^écoutaîs tagrand*mère me raconter ce que je n'avais pu connaître ! La Terreur faisait tout trembler en France. Cependant les habitants du village de Saulne, dont mcm pèie avait été seigneur, s'étaient contentés de dansa* et de hurler la Carmagnole devant les fenêtres du château, de l'autre côté de Tétang qui séparait alors la France de la Belgique Excités par les jacobins de Longwy, ils accoururent armés de piques et de fusils pour arrêter les infâmes aristocrates et les jeter en prison : c'était la mort sur Téchafaud à bref délai. Mon père, ma mère eurent àpeîne le temps de s'enfuir vers Luxembourg, et, non loin de cette ville, ma mère se vit forcée de descendre dans une
* Après la mort de M. de Serre, M. Eugène d'Huart abandonna la carrière diplomatique. En 18S9, des motifs de santé et de fortune le déterminèrent à se rendre à la Nouvelle-Orlëans, qa'il n'a point quittée depuis cette époque.
ANNÉE 1876. im
papeterie dont j'ai oublié le nom^ C'est dans cet asile que ta mère vint au monde. Nos parents allèrent ensuite à Francfort attendre des jours plus paisibles. Les paysans avaient bien voulu se borner à mutiler ou abattre les statues des cours et des jaixlins, statues en pierre, mais de bons modèles classiques; c'étaient des dieux et des déesses, que, dans leur zèle révolutionnaire, ils avaient pris pour des rois, des empereurs ou des images d'ancêtres. IViions-leur compte de leur modération, soyons reconnaissants : ils auraient pu incendier le manoir, tout détruire.
( juant au mariage de ta mère, les circonstances eu sont aussi présentes à ma mémoire que notre séjour à Naples.
L'Empire avait tailladé à sa guise la Belgique : le duché de Luxembourg était devenu le département des Forets. La Sauvage dépendait, comme autrefois, pour le spirituel, de la paroisse d'Oberkorn (nous y possédons des tombes), mais, pour les actes lécaux, il fallait avoir recours aux autorités de la commune de DiflFerdange. Les officiers munîripaux eurent la condescendance de se transporter a la Sauvage, et le mariage civil eut lieu dans le salon*. Le lendemain, c'était un dimanche, entre dix et onze heures, tes parents reçurent la bénédîction nuptiale dans la chapelle du château. L'officiant fut l'abbé Remy^, ancien professeur de M. de
* Wcimorskircli.
^ Voyez t. !•', p. I/18.
» Voyez t. II, p. 76.