‹ Correspondance du comte J. CapodistriasChapitre 12 sur 33 · AU BARON JML SAINT- VINCENT · texte numérisé non relu

AU BARON JML SAINT- VINCENT

c est par la nature et Timportance des eVenements que le temps doit se mesnrar^

Ceux dont les journaux nous rendent compte , et que votre lettre du 14' août résume en peu de mots, exerceront nécessairement une grande influence sur les destinées de lu Grèce. Espérons que les questions majeures dont vous voulez bien m*entretenir par votre lettre du 24 juillet, seront sans retard ultérieur décidées par la triple alliance, dans la noble et grande pensée d'affermir sur une base plus large le nouvel état. Espérons aussi que la Grèce contribuera à cet immense résultat, par le système qu'elle suivra dans sa restauration sociale et politique.

J*ai eu rhonneur de vous faire part de mes observations sur cette partie de la tuclie difficile que je m*efforce de remplir; permettez-moi de les rendre encore une fois présentes à votre mémoire. Peut-être serez-vous. Monsieur le baron, dans le cas d'en faire un bon usage. Je le. crois d'autant plus que quelques-uns de vos compatriotes, qui ont comme vous visité ce pays, s*obstinent à le voir, non dans la situation morale et matérielle oit l'ont placé quatre siècles d'esclavage et huit années d'anar* chic , mais dans celle oit voudraient le placer, dans des intentions sans doute louables , les hommes à doctrines républicaines.

Ces derniers voient avec peine que le gouvernement actuel se refuse k donner dès aujourd'hui à la Grèce des institutions constitutionnelles, et c'est h ce titre qu*ils le

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blâment. Sans m*en inquiéter, je poursuis ma marche; et plus je consulte de bonne foi Texpérience de tous les jours 9 plus je suis intimement convaincu que, si j*en suivais une autre, je trahirais la confiance de cette nation et je manquerais à tous mes devoirs.

Selon mon opinion il ne peut être question dans Te'poque actuelle, et pendant quelques années encore, que de préparer les éléments d'une bonne organisation sociale et politique, à Taide de Tinstruction, du travail et du temps. En partant de Ih, je m'occupe avec persévé* rance surtout de trois choses : d'établir dans chaque commune une ou plusieurs écoles d'enseignement mutuel; de jeter les bases d'écoles normales et d'écoles d'arts et métiers ; de donner enfin aux nombreux prolétaires dont se compose la presque-totalité de la popula- [ tion, la jouissance de la propriété territoriale, en accordant à chaque famille de laboureur un morceau de terre à des conditions équitables.

Quelque insurmontables qu'aient pu paraître au premier aspect les difficultés qui s'opposaient à l'exécution Je ces mesures, elles sont en grande partie exécutées. Il n'existe plus de commune sans une école, et les établissements d'Ëgine font des progrès notables.

•T'ai déjà rassemblé des matériaux pour faire une espèce de cadastre. Une commission statistique s'en occupe, et sous ])eu j'espère que le gouvernement pourra assigner aux habitants des provinces, qui n'ont pas de propriétés, quelques stremmes de terre à chacun.

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Cette ope'rution achevée, ces lioinmes sortiront du véritable esclavage qui les opprime, et devenus libres ils jouiront du droit de suffrage et se constitueront en communes, non comme par le passé par Faction du plus fort, mais par la puissance des lois. Un système municipal sera aisément organisé, et de ce même système résultera, par une conséquence toute naturelle, une représentation nationale.

Jusque-là toute constitution ne ferait que favoriser des intérêts individuels, et fonder le pouvoir du plus fort sur rignorance et 1* abrutissement de la masse. Ce pouvoir une fois établi, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, qu'il n'arrivât de deux choses Tune : ou le renversement de ce pouvoir par une explosion révolutionnaire, ou l'affermissement de la plus funeste des tyrannies. Je ne deviendrai jamais complice ni de l'un ni de l'autre de ces deux résultats.

Telle est ma profession de foi sur ce grand chapitre des intérêts les plus chers de la Grèce, et telle est aussi la pensée dans laquelle est conçu le second décret du congrès d'Argos qui le concerne. En m'expliquant par mes lettres particulières à ce sujet avec S. \. l\. le prince de Cobourg, je lui ai énoncé cette même opinion. J'en agirai de même h l'égard du prince qui sera nommé ; et s'il veut bien m'honorer de son attention , je lui développerai toutes les considérations qui viennent à son appui. Lorsqu'il sera sur les lieux il en jugera.

Je ne vous en dis pas davantage, Monsieur le baron,

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