‹ Correspondance du comte J. CapodistriasChapitre 13 sur 33 · DE NAUPLIE. -— SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DE NAUPLIE. -— SEPTEMBRE

et je finis en vous priant de me continuer votre amitié'. Vous m*en donnerez une preuve en m^écrivant souvent. Tant que M. Eynard est à Paris, il se chargera volontiers de vos lettres ; en son absence ce ser^ M. le prince Soiitzos qui me les transmettra.

yi

Nauplle, --- septembre 1830.

Je réponds , mon cher Eynard ^ à vo^i lettres du 1 1 août. D'abord les journaux, et plus tard les lettres du prince Soutzos, m*ont donné les nouvelles de Paris des derniers jours de juillet. Comme vous le faites observer, les événements qui caractérisent ces journées sont de nature à remplir un siècle.

Je suis heureux d'apprendre que la santé de M*"* Eynard est rétablie, et que vous êtes décidé de hâter votre retour à Paris, et d'y faire quelque séjour afin de continuer à la Grèce vos généreux services. Le moment est très- décisif pour ses intérêts les plus essentiels, et ce n'est que vous, et vous seul, qui puissiez leur assurer toute la protection dont ils ont besoin. J*aime à espérer que ce sera toujours sous la même sauvegarde de la triple alliance, que ces intérêts seront définitivement réglés*

Je prends la liberté de les placer directement sous les

communiquera les dêpëclies que je lui ai écrites votre absence; il vous communiquera aussi ma au prince Léopold et toutes les pièces qui Ta gnent, et vous en serez satisfait.

Vous êtes assez au fait de la situation financit pays , pour comprendre combien je suis impatic prendre que Temprunt est conclu. Au me 1,000,000 de francs que j'ai reçu, et en ne m' jamais de la plus, sévère économie , je puis £ aux dépenses les plus sti*ictement nécessaires ji I fin d'octobre. Si TÀngleten^e nous envoie dan trefaites les 500,000 francs qu'elle vous a pr pourrai atteindre la fin de Tannée. Mais le g< meut devra s'abstenir de faciliter, comme il le < comme il le doit, l'évacuation de l'Attique et de Les commissaires turcs, destinés à présider à tion de cette mesure sont venus ici , et ont eu | entretiens avec moi. Si l'avais du disDOser de

> D£ MAL'PLIE. — - 8fiFT£nBRK 1830.

>c toutes leui*a propriétés particulières* On aurait >cédé de gre' à gre à Testimation de ces propriétés , et paiement se serait opéré à de longues échéances , sauf Iel)ours immédiat d*une somme d*a peu près 300,000 is. Avec ce fonds les chefs turcs n*auraient plus le prèle de ne pouvoir pas liquider les arrérages de leurs dats, et révacuation ne rencontrerait plus d*obstacle$. léfaut de cette avance les choses restent in statu quo , endu que les capitalistes étrangers et grecs n*ont pas ez de confiance , tant que les Turcs restent en possesn du pays. J*ignore ce que deviendra tout ceci , mais que je sais bien, c*est que Tile d*Eubée comme TAt-^ ue sont livrées dans ce moment à Tanarchie et à la itruction.

Désirant faire tout ce qui peut dépendre de moi pour Dcurer au gouvernement le moyen de faciliter Texécu^ n du protocole, je vous donne, mon cher Eynard, à isidérer les propositions suivantes :

Indépendamment de Temprunt qui, aux termes des nsactions de Londres, doit être conclu sous la garantie s Puissances alliées, le gouvernement grec en contracait un second, qu*il destinerait spécialement à Tacisition des immeubles que les musulmans possèdent Attique et en Eubée , et à Tégard desquels un article protocole du 3 févriei' leur garantit le droit de vente* second emprunt serait de 8 à 10,000,000. de francs, ut le tiers nu moins p<iyable immédiatement. Los sûretés que le gouvernement donnerait aux pré-

AU CHBVAUKR KYNARO. 137

teiii*8 seraient l*liypotbèque des propriétés particulières désignées ci-desius, ainsi que celle des biens appartenant aux mosquées 9 aux fondations pieuses, etc. 9 situés dans les mêmes territoires.

J*ignore la valeur des domaines compris dans cette dernière catégorie , mais elle doit être considérable. Quant à ceux de la première, d*après une estimation approximative, ils peuvent être évalués à une somme de 5,000,000 de francs. Au surplus , si les terres que le gouvernement acquerrait en Attique et en Eubée ne repre'sentaient pas une valeur hypothécaire suffisante, le gouvernement Taccroitrait du prix des autres terres nationales du Péloponèse et de la Grèce continentale.

Le remboursement de l'emprunt s'opérerait par rémission d'obligations portant intérêt, lescpielles stipuleraient que les prêteurs s'engagent à recevoir en paiement du capitall'équi valent en terres, dès que le gouvernement sera en mesures de procéder à la vente des biens nationaux. A son tour ce dernier accepterait alors comme urgent comptant celles des obligations que les prêteurs auraient préféré négocier. Jusque-là les intérêts (ils pourront être de 5 à 6 pour 100) leur seraient exactement payés. Le gouvernement ne se refuserait pas même à leur assigner à cet effet un fonds spécial , savoir une petite partie du produit des domaines, et dans ces entrefaites les parties contractantes auraient tout le temps d'établir d'un commun accord le prix des terres destinées au i*emboursement de l'emprunt, soit au moyen —

138 D£ NAUPLIB. *— SEPTESIBRE 1830.

d*une expertise contradictoire, soit en prenant pour base de TeValuation le revenu de dix annëes.

Ces premières indications seraient bien imparfaites

pour tout autre qui connaîtrait ce genre d^affaires moins

liien que vous. Veuillez donc vous donner la peine de

les deVelopper vous-même , de les rectifier, enfin d'en

former le fond d'un projet que vous présenteriez aux

capitalistes de l'Europe. Si vous voyiez la possibilité d'en

arrêter dès à présent avec eux les dispositions, à des

conditions réciproquement avantageuses, vous avez plein

pouvoir de le faire , et vous m'enverriez dans ce cas

le contrat aussi promptement que possible, pour que le

gouvernement puisse l'approuver et le signer.

Je ne vous cacherai pas que je nourris l'espoir de vous

^oir remplir avec succès la commission dont je vous

olx arge ; car mes propositions me paraissent cadrer avec

celles qu'une compagnie française vient de m'adresser

I>s^r l'entremise de M. Pois de Bard, son fonde de pou-

v<z^îrs. C'est M. Delaborde qui l'a muni d'instructions re^

1^ Cives au projet de cette compagnie, et il vous donnera

P^r conséquent toutes les informations que vous pour-

r^a désirer h ce sujet. M. Pois de Bard m'assure qu'il s'a-

g>x*att de reunir une somme de 12,000,000, que les ac-

^'otinaires emploieraient à l'achat et à l'exploitation de

*^**i:*es en Grèce.

^Xa proposition leur offrirait peut-être, avec non

'^^^îns d'avantages, plus de sùretë. Car ils placeraient

^^t*s capitaux à un intérêt supérieur à celui de tous les

AO PIUMCX 80UTZ0S. 139

effets publics de l^Europe, et h l*expiration de quelques années (je présume que ce ne sera guère au delà de trois à quatre ans) ils se trouveraient en possession de terres^ dont le prix aurait été equitablement arrête. Au contraire, si la compagnie achetait en ce moment des pro« prie'tes soit turques, soit grecques, elle s*exposerait non-seulement à être trompée dans ces transactions si difliciles dans ce pays, mais elle soulèverait aussi un cri gênerai contre elle et contre le gouvernement , que les nationaux accuseraient de livrer des provinces entières h des spéculateurs étrangers, lorsqu*à peine une fraction du peuple possède un morceau de terre.

Je le répète, à moins qu*on ne me donne un fonds de 1,500,000 francs, et cela une heure plus tôt, TEubée et TAttique resteront entre les mains des Turcs, jusqu*à ce que les Puissances puissent concerter des mesures de vigueur pour les en faire sortir ; et je crains que jusque-là il n*y ait plus de temps qu*il n*en faut pour compléter Tépuisement et la ruine du pays et des habitants.

K$/ K^/t\ ^ ciUhce KyauAad, à c^U^.

Nâuplie^ ^ septembre 1830.

Cest&ute d*occasion que j*ai manqué, mon prince à vous accuser la réception de vos dépêches sous les m

mëros 4 et 5. J'envoie la présente à Modon , sans savoir quand elle sera expédiée en France.

Je TOUS transmets ci-jointe une lettre pour S. M. le roi des Français, dont vous trouverez copie dans ma lettre à M. Ëynard, Je laisse cette dernière à cachet volant, pour que vous en preniez connaissance. Si M. Eynard est parti pour la Suisse, vous la lui enverrez, et c*est d*après les directions qu'il pourra vous donner que vous aurez la complaisance de vous occuper des interéts que je lui recommande avec instance.

Je n*ai aucune instruction à vous tracer sur les ques-

ficDns majeures qui sont encore soumises aux décisions

(t^s cours alliées. Je ne le pourrai que lorsque Messieurs

l^^ re'sidents accrédites auprès du gouvernement grec

r^^cîevront Tordre de me faire quelques communications

d^^ la part de leurs cours.

"Vous êtes à portée de connaître , au moment oîi vous

r^c^evrez ces lignes, si la conférence de Londres a conti-

nxie ses délibérations , et quels en ont e'te' les résultats.

I^^ïis ce cas je compte sur l'empressement avec lequel

vous m'en ferez part. Dans le cas contraire le service le

P*Us signalé que vous puissiez rendre à la Grèce, serait

^^ Solliciter en sa faveur le prompt accomplissement des

^^Ux mesures vitales dont l'exécution forme la condi-

tion et la base de son existence. Je vous le re'pète en-

cor^ une fois, ces deux conditions sont le choix du

P^^'^nce souverain et la conclusion de l'emprunt.

I^ar la lettre que j'écris à M. Eynard, vous verrez

' AU PMNCC 80UTZ06, 141

dans quelle situation nous place le manque des ressources suflîsantes pour faciliter TeVacuation des territoires qui sont encore entre les mains des Turcs. Habiles à se prévaloir de la deTe'rence qu*on se piait à leur témoigner, ces derniers ne cessent d'accumuler les prétextes , afin d*ajourner indéfiniment Texécution des engagements que leurs commissaires ont contractés envers Messieurs les résidents. En uttendunt, les musulmans sont toujours maîtres absolus en Attique et en Eubée, et loi*squ*iU devront enfin céder à des injonctions péremptoires, peut-être même à la force, le gouvernement grac ne trouvera plus dans les provinces qu'ils auront abanr données, qu'à réparer des maux et des pertes sans fin.

Si au contraire le gouvernement possédait une partie de l'emprunt, il mettrait un terme à tous ces délais et préviendrait leurs suites funestes, car il achèterait eu bloc et à bon compte les propriétés des Turcs, et fournirait par la à leurs chefs des moyens de liquider la solde des troupes albanaises qui occupent Athènes, Giristos, Nègrepont, etc.

D'ailleurs en supposant que les cours alliées ne puissent aplanir de quelque temps encore les difficultés qu parait rencontrer la nomination d'un prince, commen le gouvernement provisoire pourvoira-t-il dans ces en trefaites aux besoins de l'administration? Ainsi que vous l'ai déjà marqué, les subsides qu'il a i*eçus de 1 France et de la Kussie, joints aux revenus des pr-«^ vinces, sufliront pour cet objet jusqu'au mois de uoveB^"«

142 DB NAPPLIB. — - SEPTXnBlUB 1830«

bre. Mais au-delà de ce terme je ne prévois que nouveaux embarras financiers 9 et avec eux la cessation de i*e'tat de parfaite tranquillité' dont le pays jouit actuel'» lement«

Pcnëti*ë de ces considérations, voici les démarches que je vous conseille de faire, avec tout le zèle et Tactivité qui vous distinguent*

1*. Insistez auprès de l'ambassadeur de S. M. Britannique pour que le subside de 500,000 francs qui nous a ëte promis , nous soit envoyé une heure plus tôt.

2*. Dans vos entretiens avec lord Stuard et M« le comte I^ozzo di Borgo, appelez leur attention sur Turgence de liater le choix du prince souverain, et sur celle encore l^lus grande de conclure Temprunt, ou au moins d*en Xnettre dès à pre'sent une partie à la disposition du gouvernement grec. Autrement les clauses relatives à la délimitation resteront inexëcutees«

3*. Faites plus. Fort des bontés dont le roi daigne Vous honorer, soumettez-lui les mêmes observations respectueuses. S. M. les accueillera, j'espère, avec bienveillance. Je renonce dans la lettre que je prends la liberté de lui adresser. S. M. a tant fait déjà pour ce pays, qu'il doit augurer le plus heureusement des nou** veaux bienfaits qu'il est appelé à recueillir de sa part« Je me flatte que le roi verra un gage des sentiments de gratitude et de confiance qu'il inspire à la Grèce, dans l'empressement avec lequel le gouvernement a donné les ordres nécessaires pour que les forteresses de

AD piuvcB souram. 143

Nuuplie fêtassent ravinement de S, M. 9 en répondant aux salves des bâtiments de guerre français stationnes dans la rade. Cependant M. de Rouen ne m*a encore rien communique officiellement sur les changements qui se sont opérés en France.

Veuillez, mon prince, me rappeler au souvenir de M. le comte Mole. Nos relations d*amitié datent de loin, et je ne saurais désirer assez ardemment que les circonstances me permettent de les renouer et de les cult.i«ver, dans un moment oîi les lumières et les nobles sentiments de M. Mole peuvent exercer une influence si heureuse sur les décisions qui concernent Tavenir et le bonheur de la Grèce.

^ .. 29 septembre Nauplie, , , ^ ^ , — 1830.

11 octobre

J^attache un grand prix, mon prince, à ne pas tarder de répondre a votre dépêche sous le numéro 6 du 17 (29) août. Elle ne m* est arrivée que peu de jours après que je vous ai envoyé la mienne du 8 (20) septembre ; par conséquent je n'ai rien à ajouter sur les intérêts majeurs que j'ai recommandés à votre zèle éclairé et à votre activité.

J'apprends avec infiniment de plaisir que M. et M** Eynard sont a Paris, et que la cure des eaux minérales d Bonne leur a parfaitement réussi.

144 DE NAUPLIE, — - OCtOBRE 1830.

Vous avez trouvé dans ma lettre du 8 (20) septembre lie quoi tranquilliser Monsieur Tambassadeur d*Angle-* terre sur la situation actuelle de la Grèce.

Je vous ai fait observer que nos ressources financières peuvent à peine suflire jusqu a la fin du mois de novem-^ brcy et quau delà de ce terme, faute de nouveaux secours ou de la conclusion de Temprunt, je ne prévoyais que des embarras, et avec eux la cessation de Tétat de parfaite tranquillité dont le pays jouit maintenant.

En eflet la tranquillité et le bon ordre n ont été troublés nulle part, quoiqu une poignée d^intrigants aient mis en mouvement tous leurs moyens pour faire éclater la guerre civile h Sparte, pour infester de voleurs les grandes routes, et pour porter enfin quelques provinces du Pcloponcse à refuser les armes ii la main le paiement des impôts. Le bon sens du peuple a opposé une ré^ sistance admirable a toutes les insinuations perfides de ces hommes de malheur, et ceux d'un ordre secondaire qu ils ont employés, soit à Sparte soit dans les provinces du Pëloponèse, et qui se trouvent compromis envers le pays et le gouvernement, n*ont trouvé leur salut qu*en arrivant ici, en demandant pardon, et en révélant les complots devant Tautorité des tribunaux. Xai fait suivre ces procès, et je ne doute pas de reflfct salutaire que produiront quelques actes de justice.

Je me dispense de signaler ici les intrigants. Ils se sont montrés eux-mêmes par leurs adresses au prince Léopold. Cependant il ne faut pas les placer tous dans la même ca-

tégorie. Il y a des i nombre de Grecs < pour prendre part effet 9 mais sans suc Lies autres sont des anciens primats^ qi choses qui ne leur ques propriétés, et prépondérante. Ce demandent déjà g uns comme les au crédit dans lopin i( que la bourgeoisie, sont ceux qui avaic replongés dans la f

Le gouvernemei mesure de rigueui connaît leurs com] etqu il ne les rcdo fiance de la nation.

La seule mesurer a été de faire séjou quelques-uns des le Pëloponèsc. Leu gants que Tarmée aussi montrer aux à payer 1* impôt, q

116 DE MAUPLIE. «— • OCTOBRE 1830.

Cette dcmonstration a suffi. Les impôts sont payes. Les voleurs sont arrêtés et vont être jugés, et les bataillons par leur conduite me donnent Tespoir que sous peu ils pourront être graduellement organisés et disciplinés d*après les principes des troupes régulières.

Si, comme je n*en doute pas. Messieurs les résidents rendent compte a leurs cours respectives des faits dont ils sont témoins, Monsieur l'ambassadeur d'Angleterre recevra à son tour des informations positives sur ce qui s'est passé et sur ce qui se passe en Grèce. Il se convaincra dès lors que les troubles et les désordres n ont existé que dans les projets insensés des hommes qui prétendent créer ime opposition contre le gouvernement provisoire actuel j mais n'ayant pu accomplir aucune de leurs coupables espérances, ils se consolent en donnant matière au journal 'de Smyrne de remplir ses colonnes de diatribes calomnieuses.

Vous pouvez, mon prince, mettre sous les yeux de lord Stuart l'expose' que je viens de vous faire, et je vous engage à profiler de cette occasion pour prier S. E. d'interposer ses bons ofliccs auprès de sa cour en faveur de la Grèce.

Je ne vous répéterai pas ce que je vous ai recommande' par ma dernière lettre. Que les cours allie'es daignent bâter le choix du souverain du nouvel état. Qu'elles h«itent la conclusion de l'emprunt. Que le ministère de S. M. Britannique veuille bien ne pas retarder l'envoi des 500,000 francs qu'il nous a promis.

AU COLOHEL HBIDECK. Ii7

Je VOUS sais grd des démarches que vous faites, et dont votre lettre du 6 me rend compte. Vous porterez aussi le contenu de la présente à la connaissance de M. le comte Mole et de Monsieur l'ambassadeur de Russie.

I %S^ Ky/ô, ie {ûû'/o^fe aw€4decn, a K^Cnfi^rA.

Nnuplie» -— octobre 1830.

Il y a bien longtemps, mon cher colonel, que je nv3 reçois pas de vos nouvelles, et que je ne vous donne pas des miennes.

Vos jeunes architectes ont parfaitement repondu \ vos recommandations. Ils sont employés très -active — ment et très-utilement, et j*en suis heureux. Je ne vou=:^ en dirai pas autant pour beaucoup d'autres amateui*s«2 Comme vous savez, nous n*cn manquons pas ici ; cepei^ dant faute de mieux il faut passer par là.

Tout le reste marche assez bien, quelque grandes ^^ insurmontables que soient les difliculte's dont le gouver^ nement ])rovisoire est entoure'. Ces diflicultës sont dai7^ la nature des choses qu*il doit régler, et elles sont plii»^ encore le résultat d^événements extraordinaires et inattendus, qui semblent mettre encore en question ce qu*on pensait avoir été décidé.

Deux des commissaires déllmitateurs sont ici depuis quelc[ues mois. Le troisième tarde à airiver. Nous som-

148 DE NAUPUB. -— OCTOBRS 1830»

mes eu attendant in statu quo , et nos relations de bon voisinage avee les Turcs sont très-régulières et trèsamicales.

Moire caisse est vide. Les ressources de Temprunt sont eu iiypotlièse; et c*est cependant sur ces ressources que le gouvernement comptait pour asseoir enfin sur une base solide et ferme Tadministration et Inorganisation des dilTcrentes branches du service.

Néanmoins il existe jusqu^ici un peu d*ordrc; et ce qui me console de tous les dcsagre'ments dont se compose jiia triste existence, c'est que nos élèves dans toutes les écoles font des progrès étonnants. J*ai assisté ces derniers jours aux examens des Evelpides. Tous ont bien répondu : mais trois qui sont tirés de rorplianotroplie ont dépassé toute attente dans la solution des problèmes d'algèbre et de géométrie. 11 en est de même dans la nouvelle école centrale d*Egine pour la langue nationale.

A Torplianotroplie et dans toutes les écoles d'enseignement mutuel, les élèves montrent une vraie soif d'instruction et de travail. La somme totale des élèves dans toutes les écoles élémentaires établies dans l'état s'élève déjà à huit mille.

Vous connaissez l'imperfection et la pauvreté de nos moyens en tout genre, et vous jugerez par conséquent avec indulgence ces premiers résultats. Vous en jouirez, parce c(ue vous y avez contribué plus que tout autre.

AU COLONBL HKIOEGK, . 149

Si j*ayais des maîtres et des directeurs comme il y en a dans votre patrie , dans la courte période de trois ou tout au plus de cinq ans nulle branche de l*administration ni du service ne manquerait plus d'employés capables. Mais oîi trouver dans ce pays les maîtres et les directeurs nécessaires, et comment persuader aux e'trangers qui jouissent d*une grande considération et d'une belle fortune chez eux, de venir en Grèce; et même lorsqu'ils y seraient, comment les utiliser s'ils ne connaissent ni le pays ni la langue?

IMus je mc'dite ce grand problème, et plus j'en trouve la solution diflicile. Cependant il faudra le résoudre, j'ose même croire de pouvoir y parvenir, du moment que nulle incertitude ne planera plus sur les destineV ^ de la Grèce. En attendant, pensez-y, mon cher colone Donnez-moi vos idées : elles sont pratiques, et par cou sequent utiles.

J*espère sous ce rapport tirer quelque parti de l'ii stitut de M. Desjardins. J'ai fait même dans cet espo* quelques sacrifices. J'entretiens à mes frais des élève et j'avais même proposé à M. Desjardins de venir s^ tabllr en Grèce. Cependant les informations qu'on donne sont très -défavorables. On prétend que le déso»' dre dans lequel se trouve cet établissement est exti^êoB.^ • que les élèves sont abandonnés à eux-mêmes et so«^^^ frent la misère. Veuillez me dire ce que vous en sav^^ Vous me rendrez un grand service.

Je vous adresse la présente & Munich. J'ai vu dans ^^

130 DR NAirPLIK. -— OCTOUHIS 1830.

gazettes que vous y êtes arrivé en accompagnant S. M. le roi. Si, comme je n*en doute pas, vous avez le bonlieur (Vapprochcr de S. M., veuillez mettre à ses pieds itV5s liomma^cs respectueux.

Nniiplio, -- octobre ISdO.

J*ai reçu, mon clier Crud, votre aimable et bonne lettre du 24 août. J*apprends avec peine que vous êtes encore dansTattente d*une réponse à celle que vous avez bien voulu m*écrire dans le temps. Je suis sûr de vous avoir re'pondu , car je me rappelle qu*il e'iait question iVagriculture , et des secours que la Grèce devait solliciter sous ce rapport si essentiel de la part des pays qui sont le plus avancés dans cette branche vitale de leur civilisation. Je n'ai pas toutes les minutes de ma correspondance, car à peine ai- je le temps de dicter mes réponses.

Je vous vois déjà à Genève et au milieu des vôtres, et je suis bien aise de vous entretenir de cette Grèce ù laquelle vous portez, ainsi que tous vos concitoyens, un si noble intérêt. Je tiens infiniment à Topinion des hommes qui vous ressemblent, et je suis par conséquent flatté de celle dont vous honorez ma conduite.

La tache qui m'est imposée est au-dessus de mes for-

A M, CRUO. 151

ces et do mes moyens, non cependant de ma bonne volonté. Je m'eflbrce de remplir mes devoirs , nimporte les diflicultes insurmontables qui sont dans la nature des hommes et des choses de ce pays 9 et plus encore dans rinfluence c|u*y exercent nécessairement les intérêts et les e'vc'ncments du dehors.

La Providence n*a pas opéré en vain des miracles pour sauver la Grèce. Dans ses immuables décrets elle a arrêté que cette nation sortirait du tomlieau 9 et qu*elle reprendrait sa place dans le rang des nations libres et indépendantes. Ce déci^et doit donc s*accomplir, et il s'accomplira par le concours des circonstances qui semblent le plus s'y opposer. Telle a été ma conviction depuis Tannée 1821. Elle n'a pas varié, et Fautorité des faits lui donne dans ma conscience des racines tous \et jours plus profondes, s*il se peut. Fort de cette convie^ tion , je ne puis pas me laisser décourager par les obstaa des que je rencontre à chaque pas et dans toute affaii* quelconque, majeure ou secondaire, intérieur ou ejm térieure. Tout au contraire, ces obstacles ne font qiai ranimer mes espérances et mes efforts.

Ce peu de mots vous expliquent la marche que j*^ suivie. Je ne m*en écarterai pas. Elle est droite, elle doi par conséquent mener au port de salut.

Mais pour y arriver qu'a fait la Grèce? que peut-el' faireP Jusqu'ici elle n'a pu que montrer toutes les plai^ que lui ont léguées quatre siècles d'esclavage et sept li^* nées d'anarchie. Les sonder, cest reconnaître qu'el*

152 DK HAUPLIE. — • OCTOBRE 1830.

sont mortelles; mais elle désire sincèrement et ardem-* ment se soumettre au régime qui seul peut la guérir radicalement et pour toujours.

Ce régime est le travail. Nous en avons tous les éléments 9 moins un , faute duquel nous restons pour ainsi dire les bras croisés. Le travail exige des avances, et les avances ne peuvent se faire qu*au moyen de Targent d*abord, et plus tard du crédit.

Je calcule en masse ce que Tétat possède : 10,000,000 de stremmes de terres à mettre en culture. On peut évaluer le stremme à 44 mètres carrés. La population au maximum ne peut être évaluée au delà de 7 à 800,000 âmes. Les revenus de Tétat ne peuvent guère atteindre dans ce moment plus de 4,000,000 de francs.

Les dépenses réduites au minimum pour Tarmée, la marine, Tadministration de Tétat et Tinstruction publique, exigent la somme annuelle de 7,000,000. Il y a par conséquent un déficit dans notre budget; et ce déficit de 3,000,000 deviendrait plus considérable, si le trésor de rétat devait faire des avances à Tagriculture, au commerce et à la navigation. Ces avances exigeraient Tad-^ dition d'une somme une fois payée de 8 à 10,000,000.

Voici quel serait le mode d'après lequel l'avance serait employée. Je ferais placer 4 ou 5,000,000 dans une banque hypothécaire, laquelle prêterait à 8 pour 100. Dès lors l'usure qui démoralise ce pays serait frappée dans sa source. On prête aujourd'hui à 12, 20 et 25 pour 100 sur gages.

A ■• CIIUD. 153

L*oisivetë qui démoralise encore davantage la classe moyenne et celle qui prétend au premier rang dans Torfl dre social , cesserait graduellement. La masse improductive des employas publics serait aussi diminuée considérablement, car personne ne pourrait plus solliciter un emploi, sous prétexte qii*il manque d*un moyen de t subsister.

Les chefs enfin des troupes de terre et de mer, avec le^ nombreux cortège de leurs gens, n*accableraient pluiB le gouvernement de leurs demandes, et le gouvernement ne serait plus contraint, comme il Test aujourd'hui, d^ leur accorder de petites gratifications, à refTet de pré '^ server le pays et le commerce du brigandage et de I» ^ piraterie. Ces chefs obtiendraient des dotations en Leurs gens y prendraient part; et en prêtant aux u et aux autres de quoi bâtir des chaumières et de quc= acheter des bœufs et des semences, le gouvernement ft^ rait de ces mêmes hommes des citoyens paisibles &^ utiles.

Or pour atteindre à la fin ce double but, le gouvernement devrait pouvoir disposer de 10 à 12,000,000 de francs.

Après m*être tracé ce plan , je me suis demandé si la Grèce n*aurait pas encore d'auti^es dépenses à faire pour couvrir de forteresses sa ligne de fix)ntières , pour fonder si'S institutions religieuses, militaires, maritimes, ses écoles , et pour payer sa dette extérieure ?

Aussi pour couvrir ces dépenses et celles dont j*ai

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