‹ Correspondance du comte J. CapodistriasChapitre 14 sur 33 · DE NAUPLIE. — • OCTOBRE · texte numérisé non relu

DE NAUPLIE. — • OCTOBRE

fait mention plus haut, j*ai sollicite des Puissances alliées la garantie d*un emprunt de 60,000,000, lesquels seraient verses dans la cuisse de la Grèce, à raison de

10 ou 15,000,000 par an.

Nous espérons toujours que cet emprunt sera conclu ; mais si des circonstances majeures le retardaient et le rendaient impossible, n'y aurait-il pas moyen de persuader vos capitalistes de venir h notre secours par un emprunt dont j*ai donné Tidée à M. EynardP II vous en parlera sans doute.

Je sais que vous n*êtes pas capitaliste; mais je sais aussi que votre opinion a un grand poids sur celle de vos concitoyens. J'oflre des conditions avantageuses qui me semblent satisfaisantes. J*ai aussi donné h M. Eynard des pouvoirs assez étendus, afin que nulle difficulté ne puisse Tarrêter.

Si nous avons de quoi donner une bonne et ferme direction et un but bien déterminé à l'activité de ce peuple, il occupera rapidement une honorable et belle place dans Tordre des nations civilisées; mais je le répète, ce but ne peut être atteint que par la fondation de l'état de propriété, et le moyen en doit être le travail. Il se |)eut que des hommes plus entendus et plus habiles trouvent un meilleur moyen de civiliser la Grèce. Quant

11 moi, je n*en connais pas d'autre. Je mets fin à cette longue lettre.

Mon( du 10 se liez touj vous do vous oc peu. Vc tends, h coiumui j^ndressc de votre juste la i et nos i dire dav

Vous sur vou< que je c

Pour ' que la f< vos bien charge il centrale votre m ces elèv

156 DK IVAUPtlK. OCTOBRE 1830.

les écoles prennent de la consistance, et qu*elles me donnent beaucoup, mais beaucoup à espérer.

N*importe notre détresse, une grande route est tracée, ^t pour la première fois depuis des siècles on pourra se A'endra commodément de Nauplie à Argos en Toiture.

Je baise les mains à M"* Eynard , et je vous salue de tout mon cœur.

Nauplie» -7 oolobre 1S30.

Je me hute , mon prince , de tous accuser la réception ^otre dépêche sous le numéro 7 du 10 septembre. Les **^^ormations qu'elle m'apporte et la pièce qui y était l^irite m'ont fait éprouver une véritable satisfaction.

J'approuve en tout point la juste mesure que vous

^^ez mise dans vos démarches , et je vous engage à en

^^ire autant par la suite. Le mode que vous avez su choi-

^^>^ pour faire en même temps et dans les mêmes termes

^Os communications au ministère français et aux ambas-

^deui'S d'xVnglelerre et de Russie est préférable à tout

^Uti'e, et je me dispense de vous en développer les

Motifs.

Le dernier paragraphe de votre dépêche me porte à ^^ plus douter du secours que j'attends de la part du ministère britannique. Vous me dites: J'apprends au

AU PMMCB sounos. 157

moment même que T Angleterre a envoyé' les SOO^OOO francs. Je dois donc recevoir d*un instant à l*autre cette somme ; mais jusc|u*ici ni M. le re'sident Dawkins , ni M. Tamiral Malcolm, ne semblent autorisés à m*en donner la moindre assurance.

Si vous avez reçu , comme je Tespère, mes lettres, vous jugerez de Tanxiëtéavec laquelle je compte les jours. Cest le 10 novembre qu*echoit le trimesti*e de Tarmee. Sans pouvoir disposer du subside qui m*a été promis, il m*est impossible de satisfaire à ce pressant besoin. Observez que c*est dans ce moment que Messieurs les résidents se proposent de pousser la faible garnison turque hors de Tacropole, et de me demander en retour Tévacuation de Vonitza et la retraite de notre flottille du golfe Ambracique.

Si ces mesures précipitées doivent s'accomplir, et que je n'aie pas de quoi payer Tarmée, ni les moyens de donner quelque secours aux nombreuses familles qui quitteront rÂcarnanie, comment pourrai-jc garantir le pays et le voisinage des incursions armées, de la dévastation, et du désordre?

J'ai itérativement entretenu Messieurs les résidents de^ ces observations, et M. Rizos vous enverra la copie des communications ofiiciclles que je leur ai adressées, tant parr rapport aux arrangements dont ils sont convenus avec le^ commissaire de la Porte, que relativement au sort déplo-rable auquel Tile de Candie paraît condamnée sans rc--

158 DE KAUPUB. — OCTOBRK 1830.

Ccê lignes vous donnent ridce la plus eomplèle et ta |)lus claire de la situation oîi se trouve le gouvernement, cît de la détresse de ses finances.

Avant-hier M. Tamiral Alalcolm et M. Dawkins étaient

cr/icz moi. Je leur ai lu le dernier paragraphe de votre

f c-'llrc. L'un et Tautre m*ont déclaré qu ils navaicnl reçu

aucune information a Te'gard du subside de 500,000

^^Ancs. Cependant M. Dawkins m*a engagé à lui trans-

■^^C2 ttrc un petit mémorandum confiilcntici, au moyen du-

^ > a c*I il puisse donner ii milord Abcrdocn les notices qui lui

^^^■'^ l nécessaires, pour justifier devant le parlement l'en-

^^>i de ce secours h la (irèce. Quoique Intimement con-

^'«^i ¥icu de rinntilité complote de celte pièce, je n*ai pa<i

l^c^s^il^: 5 la transmettre le lendemain h M. Dawkins, et

^^ • Ki7.os vous en enverra une copie.

^lais quand même j*aurais reçu les 500,000 francs dont

*^ s* agit, en peu de semaines le gouvernement se trouvera

^^Oore dans les mêmes embarras et en face des mêmes be-

^^^i^s. D'ailleurs les devoirs seront et plus nombreux et

P^vts presssmts, si Ion s obstine à hâter Texécution des

'^^surcs relatives h la délimitation.

Ainsi que je vous Tai fait observer tantôt, et que je l'ai

^peté au risque de fatiguer la patience des cabinets al-

*^^s^ Tévacuation de TAcarnanie et de rÉtolIe ramènera

^ns le territoire grec des centaines de familles dénuées

^^ tout moyen de subsistance. L*île de Candie et les

^^trcs îles qui restent hors de la ligne maritime seront

•**'^rte'es par une foule d'émigrés, qui tous viendront de-

AU PMNCB SOUTZOS. 15(

mander au gouvernement du pain et des chaumières Peut-tl leur refuser quelque secours? Que deviendroni ces malheureux livres a la misère et au désespoirP Ne feront-ils pas nécessairement les brigands et les pirates!

C*est sur cette thèse que je vous invite^ mon prince^ di fixer Tattention bienveillante du ministère français, ainsi que de Messieurs les ambassadeurs d*Angleterrc et de Uussie. Une fois quils seront pénètres de la nécessité impérieuse de prévenir ces funestes conséquences, ils jugeront peut-être que le moyen le plus ficile, le plus prompi et le moins dispendieux, serait de procurer sans délai ultc rieur au gouvernement grec les ressources de l'cmprun"

J*ai traité cette même question de Temprunt, mais sok. un autre point de vue, dans une lettre particulière q^ j'ai adressée a un de mes bons amis de la Suisse. Vous trouverez ci-jointe. Je la laisse n cachet volant 9 afin q^ vous puissiez en tirer quelques notes, et en faire Tus» j que vous jugerez le plus utile.

Si Temprunt de 60,000,000 peut se faire, qu'il 80 conclu au plus tôt. Sans cela les secours que les Pu/i9 sanccs ont donnés h la Grèce, et tous ceux quelles Im accorderont, seront perdus.

Dans vos entretiens avec Messieurs les ambassadeurs et avec Monsieur le ministre des affaires étrangères de France, vous pouvez facilement leur démontrer cette vérité importante.

Dans le courant de trois années terminées par le moii de janvier prochain , la France et la Russie ont généreu-

160 DE NAUPLIR. — • OCTOBRE 1830.

scment fourni k la Grèce environ 8,000,000 ^ et à pr&eni TÀnglcterre lui prête 500,000 francs. Si depuis deux ans, au lieu de ces subsides les trois cours avaient garanti Fcmprunt, elles auraient moins dépense, et Tétat Grec serait a cette heure organise sur une base large et solide.

Mais il y a plus. Par leur garantie les Puissances ne seraient peut-être pas obligées dans le fait a faire aucune avance, attendu que le gouvernement grec, en recevant le premier versement de Teniprunt, se mettrait en mesures de payer exactement aux prêteurs le dividende, et de leur assurer aussi le paiement du capital à une époque déterminée. Supposons que lemprunt soit conclu au 5 pour 100, remploi des fonds que recevrait le gouvernement grec lui donnerait bien davantage, et il est évident que le gouvernement serait en mesures d'acquitter honorablement ses engagements envers les prêteurs.

Vous verrez dans ma lettre a M. Crud Tidée d*une banque hypothécaire. Arrêtez-vous a cette institution , et dites-vous que les citoyens de la Grèce en payant d*abord le 8 pour 100 a la banque, et en employant les capitaux qu*ils auraient empruntés, a Tagriculture, a lindustrie, a la navigation et au commerce, paieraient encore a Tctat des sommes considérables, soit a titres de dîmes, soit a titre de douane; et tout cela donnerait un bénéfice bien supérieur à ce que serait Tintérêt payable aux préteurs.

Je suis entré dans tous ces détails, mon prince, pour vous mettre a même de plaider victorieusement la cause lie Temprunt, en démontrant au ministère français et ti

AU PRIUrCI flOUTZOStf 161

Messieurs les ambassadeurs que leurs gouvernements ne feraient que nous prêter le crédit moral^ dont la Grice ne pourra pas jouir tant que son sort ne sera pas définitivement arrête^ et qu*il serait de toute nécessité qu* il le fht.

L'emprunt dont il sagit une fois conclu, ta Grèce a une ancienne dette envers Tétranger: cest celle des deux malheureux emprunts faits a Liondres. Il n*est nullement dans les intérêts de son gouvernement de ne pas procéder h un arrangement équitable avec ses créanciers; mais pour cela encore faut-il que ce même gouvernement soit soutenu dans ses négociations avec eux par le crédit des Puissances, c est-à-dire par le nouvel emprunt.

Je ne me dissimule cependant pas que tous ces raisonnements peuvent être perdus, si par malheur les événements deviennent plus forts que les dispositions bienveillantes et généreuses des cours alliées; et dans ce cas la Grèce ne peut trouver son salut qu*en contractant ellemême un emprunt sur les bases que j*ai déjà indiquées a M. Eynard. Dans cette triste hypothèse, vous avez, mon prince, à travailler de votre coté auprès des capitalistes français, en suivant les conseils et les directions que M. Eynard vous donnerait.

Je ne lui écris que quelques mots, en me référant au contenu de la présente; vous voudrez bien la lui communiquer, soit qu il se trouve à Paris, soit qu il ait déjà pris ses quartiers d'hiver en Suisse.

Xattends avec une grande impatience les informations qu'il me promet par sa lettre du 10 septembre, et je les es^

162 DS NAVPLIX. — - OGTOBRB 1830.

père favorables. Tous mes vœux seraient remplis^ si elles m'annonçaient que la conférence de Londres a reprisses IcUbërations, et que leur dénouement est au moins proi^hain.

J*ai lu avec une grande attention les journaux jusqu a a date du 26^ et M. lamiral Malcolm a reçu le Galignani tisqu au 29. J*en ai le cœur serré. Espérons que la Provi- Icncc ne nous abandonnera pas ; mais tâchons aussi de ions aider nous-mêmes; ne nous décourageons pas et rnnrchons droit.

M. Rizos vous enverra par la poste d*aujourd'hui un premier bulletin avec les nouvelles de notre voisinage. I*ai dejii pris des mesures pour quil puisse par la suite irous tenir au courant de tout ce que nous apprenons, tant des provinces limitrophes, que de Smyrne et de Constantinopic.

La tranquillité et le bon ordre dans le pays continuent il se maintenir d*une manière Ires-satisfaisante. Nos faiseurs, pour ne pas dire intrigants, semblent avoir mis bas les armes. Les principaux coryphées sont venus chez moi. Ils ont prétendu faire Tapologie de leur conduite ^ et ils avouent des fautes qu*ils selTorcent de caractériser cVinnoccntcs et inoffensives. J\ii reçu leurs assurances. Je les ai accueillis avec calme et patience. Je leur ai expliqué leur fait, et j'ai conclu par leur dire qu il leur appartient désormais de combler la fosse quils ont creusée de leurs propres mains entre eux et le gouvernement provisoire actuel. Que celte fosse une fois comblée, nous nous ren-

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164 DE NAUPLIE. «-— NOVBHBRE 1830.

NAuplie, ~ norembre 1830.

jc vous rends mille et iaille grâces, mon cher Eynard^ de vos lettres du 30 septembre et du 10 octobre. M. de Ribeaupicrire, qui a obtenu un congé pour aller chercher sa famille à Naples, m^oflrc la bonne occasion de vous repondre directement, et je m* empresse d*en profiter.

J*ai lu et médité toutes vos notes, et il ne me reste qu un vœu h former, c*cst qu elles soient aussi fertiles qu elles devraient 1 être en prompts résultats. Espéronsle. Quoi qu il en soit, vous aurez rendu encore une fois 'de grands services à la Grèce.

Vous trouverez xi- jointes les copies des lettres que je viens dcxpédier au prince Soutzos. Il me serait impossible de vous en dire davantage sur notre situation ac- •tuelle, et sur les besoins qui nous pressent au commencement de la nouvelle année.

Ce n*est que par un nouveau miracle que la Providence pourra tirer ce pays des périls dont le menace la longue incertitude qui plane toujours sur son avenir. Quoiqu en Italie, vous ferez assurément tout ce qui peut dépendre de vous pour que les cours alliées ne nous laissent point périr de misère.

Par ma dernière lettre je vous ai longuement entretenu de ridée d'un emprunt que le gouvernement grec

AU CHKVAUKR BYNAliD.

contracterait, au moyen des garanties qu il pour ner, tant par ses revenus, que par les Êicilttés qi rait aux prêteurs d* acheter des terres nationales, prie de vous occuper de ce projet. Ce n*est que ^ qui pourriez le faire réussir. Du moment que verrez la possibilité, veuillez m*en dire un mot, je vous envoie quelqu'un de ma part, soit pour t h la grande œuvre sous votre direction ^ soit poui drc & vous comme vous le jugerez le plus utile 01 convenable.

Je suis bien aise que vous ayez pu fournir ai Soutzos de quoi vivre avec sa nombreuse famill demandez un acte du gouvernement qui lui 36,000 francs par an. Quelle que soit ma convict sonnelle sur la nécessité de lui donner un se traitement, quoique je reconnaisse comme vous sonne ne pourrait mieux servir la Grccc à Pari moins il me serait impossible de faire choix di Soutzos h des conditions pareilles. Il n*y a pas parlant français qui ne se croie capable de fain diplomatique en France. Il n'y en a pas un seul déteste du fond de Tâme les Grecs du Phanare. 1

166 D£ NAUPLIK. — • MOVeHBllK 1830.

trouvera* La chose étant réglée par vous sera apprauvëc sans murmure et sans plainte.

Ainsi que je vous Tai déjà écrit, j'ai fait prendre note ^u paiement que vous avez fait pour Tachât du charbon de terre.

Puisque nous sommes sur le chapitre des finances et

«ie la comptabilité, ne pouvez- vous pas me trouver un

liomme de capacité, mais d*une capacité éprouvée, dans

'os travaux qui concernent cette partie si essentielle de

' 'administration P Tout ce que j*ai pu faire jusqu*ici

I>o%ir la monter sur des principes d*ordre et de contrôle

'^ ^m pas repondu a mon attente. Les Grecs connaissent a

l^oiuc la tenue des livres des négociants, et ne vont pas

l^ti^is loin. Cette branche du service ne va pas h mon gré.

''^ ^uis plus que moralement convaincu qu on me trompe,

^^ que l'administration actuelle donne lieu a des mal-

^'^v^sations, lesquelles sont énormes a raison de notre dé-

^**«ssc.

t^'homme que je vous demande doit être un adminis-

^^*^ teur, fort de ses connaissances pratiques dans Torgani-

^^t-ion et dans le service des finances. Je ne veux pas un

•locirinairc, un économe politique. Je veux un travail-

•^*^ir auquel je puisse dire : Voici des données, voici mes

*dôcs, pensez-y, communiquez-moi vos observations, et

^^^siiitc minutez un règlement que vous mettrez en exé-

^^t.ion, avec les aides que je placerai auprès de vous. Il

^^ siura grand besoin pendant quelque temps, attendu

n^'o tous les actes et toute la correspondance sont en grec;

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