TOME IV
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dans ce pays. Elle se compose aussi d'une poigncfe de Grecs, auxquels une mauvaise conscience impose la nécessité de chercher hors de la nation Tinfluence et le crédit) qu'ils ont perdus dans l'opinion de la grande niasse de leurs concitoyens.
Tant que leurs moyens d'action se réduisaient aux diatribes du journal de Smyrne, les conséquences n'en pouvaient nullement devenir funestes à ce pays; et alors je n'ai jamais pensé qu'il convint à la dignité du gouvernemeiil de descendre dans une arène semblable pour les combattre. Mais depuis que les actes de Londres nous ont été communiqués, et que Votre \ltesse Royale H daigné m'écrire sa lettre du 16(28) février, ils ont multiplié leurs attaques, non-seulement dans le journal de* Smyrne, mais ils ont commencé à agir directement sur j^ toutes les classes. Us leur prêchent des doctrines qui feraient fortune, si le peuple avait moins de bon sens et de sagacité.
Ils disent aux Rouméliotes : « Secouez le joug d'un gouvernement qui vous livre aux Turcs. Prenez les armes; appelez un homme fort et habile à votre tête, et montrez-vous décidés à périr plutôt que de vous soumettre ou de quitter vos foyers. »
Aux employés : « Pourc|uoi renoncez-vous à l'avenir €|ue vous promet im nouvel ordre de choses? Vous servez le président : donc vous serez écartés, proscrits. »
Aux marins : c< Demandez les indemnités que vous doit l'état. Le président a reçu des sommes considéra-
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bles; il les emploie h butir des paliiis, et ft soudoyer den
émissaires. »
Aux laboureurs : « Pourquoi payez-vous les impôts ? Le prince vous en délivrera pour quelques années, afin de vous donner les moyens de vous refaire. Cest pour cela qu*il n*arrivera en Grèce qu*avec des millions. »
Aux anciens deplites : u Délivrez- vous une heure plus tôt du gouvernement actuel. Prouvez qu*il n*a plus d*autorite' sur vous; faites votre ancien métier : dépouillez les voyageurs. »
J*ai fait procéder h une enquête, et elle m'a fourni jusqu'ici plusieurs notions, qui ne me laissent pas de doute sur le but auquel tendent toutes ces machinations. Ce but, ainsi que je Tai fait observer à Votre Altesse Royale, est toujours le mcnie. On veut me forcer h quitter mon poste avant même l'arrivée de Votre Altesse Royale, ou du moins rendre impossible la continuation de mon séjour en Grcce, lorsque vous aurez, mon prince, pris la direction des affaires. Ma présence et les témoignages que je puis donner sur les choses et sur les personnes, feraient peut-être envisager à Votre Altesse Royale Tetat intérieur de ce pays d'une manière peu favorable aux combinaisons et aux espérances de cette poignée d'intrigants.
Si Votre Altesse Royale m'honore de sa confiance, et si elle ne doute pas de la vérité des faits dont je viens de l'entretenir, elle jugera encore une fois combien sont fondés les motifs qui me portent à la supplier de se
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rendre une heure plus tôt en Grèce* Si toutefois des considérations d*un ordre supérieur vous forçaient, mon prince 9 à différer pour quelque temps encore rotre départ , veuillez au moins me transmettre un acte qui , en proclamant vos intentions, servira plus que toute autre mesure à déjouer de coupables manœuvres, et à préserver ce pays du de'sordre.
Je ne fatiguerai pas Votre Altesse Royale , en lui de'montrant Turgence des secours que j'ai sollicite's. J*aime à espérer que, grâce à voire bienveillante intercession, mon prince , la démarche de M. Eynard auprès de la conférence de Londres aura obtenu à cette heure un plein succès.
La circulaire que j*ai adressc'e à tous les gouverneurs civils de Te'tat produira un effet salutaire. Toutes les provinces exprimeront maintenant dans des formes légales des vœux qui ne peuvent être qu*agréables à Votre Altesse Royale.
xS^ %,yfô, €€ ^e^eiat KycAneiacf^.
NaupHe, -- juin 1890.
M. Fabriguette m*a remis hier la lettre que Votre Excellence m*a fait Thonneur de m*écrire le 3 du courant. Quoique d'ancienne date, je Tai lue avec toute l'attention qu'elle mérite, car elle m'apporte encore de nou-
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1 veaux gages de l*intérét bienveillant qu*il vous plaît, Monsieur le gênerai, de vouer à ce pays, et au succès des efforts que fait le gouvernement pour tâcher de maintenir Fordfe et la tranquillité'.
Plus j*altache de prix à votre noble coopération et à
vos conseils, et plus je dois regretter que votre dépêche
I ne me soit pas parvenue plus tôt. Si je Tavais reçue en
; son temps, j*aurais saisi avec empressement Toccasion de
! vous entretenir de vive voix des affaires de Sparte. Pcut-
I être auriez-vous ))artagé alors mon opinion h leur égard,
ou du moins les informations dont vous m'auriez fait
par^m'auraient engagé à partager la vôtre.
L^ officiers qui ont parcouru la basse Messénie , ainsi que les émissaires que vous y avez envoyés, auront sans doute recueille des renseignements; mais le point essentiel est de savoir où ils les ont puisés, et quels sont les Spartiates qui leur ont annoncé que le pays avait, un grand éloignement pour le sénateur Génovellis. Il s'agirait en second lieu de savoir si c'est là la véritable cause du désordre qui menaçait cette province.
J*ài aussi des informations sur Tétat intérieur de Sparte, et elles datent du mois de janvier de Tannée 1828. J'ai sous les yeux les rapports des démogéronties et des capitaines de toute la province; j'ai causé moimême avec un grand nombre d*entre eux. J'ai enfîn le témoignage iiTécusablc d'une série de faits ; et c'est sur ces données que je suis fondé à reconnaître que ce n'est pas le pays qui ne veut pas de M. Génovellis, mais les
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seuls Mavromickalis, et M. Zanétakis, lequel parait 8*étre joint aux premiers , non depuis la nomination de M. Genovellis^ mais depuis que feu le gênerai MouiVmos a occupe' la place de sénateur.
Quel est le lien qui unit cette poignée d'hommes contre Tautorite' du gouvernement P quel est le but de leurs intrigues? Ce sont encore les faits qui répondent. Les Mavromichalis accusés de piraterie par M. Godebont, sujet français, et condamnés par le tribunal compétent à Tindemniser, ont eu recours h Tintervention du résident de France, pour obtenir que le gouvernement se chargeai de leur afiaire. M. de Saint-Denis, qui était alors le dépo* si taire des subsides de S. M. T. C, me proposa de faire une retenue de 50,000 francs pour le paiement de M. Godebont» J*y consentis , parce qu'il m*eùt été im- [)Ossible d*agir autrement sans compromettre d'autres intérêts. Je le fis aussi dans Tespoir que cet acte de bonté engagerait les Mavromichalis à prendre part avec leurs concitoyens aux avantages qu'il est au pouvoir du gouvernement de leur accorder.
L'aîné de la famille, PieiTe, a été employé dans des places du premier ordre, et ses frères auraient été appelés à remplir des fonctions tant militaires que civiles dans la province, s'il y avait eu moyen de modérer leurs prétentions. Toutefois le gouvernement a été indulgent et généreux à leur égard. Il leur a successive ùient accordé des subventions , qui depuis deux ans s'élèvent à 200,000 piastres.
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Eh bien ! ces hommes ne cessent de se conside'rer comme formant une puissance, et de se livrer à des excès criminels. Ils se sont empares plus d*une fois déjà des i*evenus des douanes , en délivrant des assignations sur leur frère Pierre Mavromichalis, et déclarant que ce demi» les recevrait à compte des indemnités que lui doit lakHition.
Toute la question est là. M. Ge'novellis connaît plus que tout autre les pauvres ressources financières du pa^s, et il est en état de les faire connaître au gouvernement, comme il Ta fait pendant son administration préce'dente» Il a accès dans Topinion du peuple et de la grande majorité des citoyens, qui n'est nullement disposée à se ranger sous la bannièœ des Mavromichalis, Ce gouverneur ne peut pas être par conséquent dans les bonnes grâces de ces derniers. Eux , et non le pays, éprouvent donc pour lui de Téloignement. Mais il y a plus.
Calamata est depuis Tannée dernière le foyer d*une intrigue dont le principe vient du dehors. Un étranger, Nami Montélaky, qui était fournisseur d'Ibrahim-Paclia et qui demeurait à Zante, est venu s'établir à Calamata sous le prétexte d*y faire le commerce. A ce qu'on pratcnd, il a débuté par prêter des sommes considérables tant en argent qu'en blé et en orge à plusieurs cliqf^ maSiotes , et les Mavromichalis sont les plus avantagés, dit^n, dans ces avances. M. Montélaky s'est fait même fermier des revenus publics l'année dernière. Cette. un*
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Les agents du gouvernement n*ont pu jusqu^ici recueillir dans des formes légales assez de notions pour légitimer uue mesure de police rigoureuse envers cet e'trangcr, M. Ge'novellis, par sa sagacité et par une certaine influence que tout homme n*a pas en tout lieu , aurait pu presser le dénouement d^une enquête. Or c*est pour prévenir ce coup que la clique redouble d^eflbrts, afin d*empéclier le gouvernement d*envoyer M. Génovellis sur les lieux.
Tout ce que je viens de résumer ici est déduit d*une foule de rapports et de documents qui prouvent, je le répète, jusqu'à Tévidence que les Mavromichalis et une cinquantaine de leurs créatures qu'ils traînent à leur suite, redoutent seuls la présence de M. Génovellis.
Sans doute cfue cette poignée d'hommes peut grossir^, surtout si on la laisse prêcher impunément la révolte et oflfrir aux Alaïnotes Tappat des revenus publics. Jusqu'ici cependant elle n'a pas été écoutée, et pour l'anéantir à jamais je n'aurais qu'à déclarer coupables les Mavromichalis, et permettre aux autres capitaines d'exécuter contre eux les ordres du gouvernement. Cette offre in'a été faite et m'est réitérée chaque jour. Je l'ai rejetée et je la rejetterai constamment, ne voulant dans aucun cas avoir recours à des mesures extrêmes, dont les conséquences tôt ou tard deviendraient funestes pour la
nation.
Loin de livrer Sparte à la guerre civile , ou l'administration de cette province aux Mavromichalis, il me sem-