‹ Correspondance du comte J. Capodistrias, président de la Grèce ..., Volume 3Chapitre 19 sur 65 · AU COMTE DE MONTALIVET · texte numérisé non relu

AU COMTE DE MONTALIVET

bienfait, je pourrai rendre les jeunes Hellènes capables de conserver la liberté que leur ont conquise leurs pères et les armes françaises.

Égine, TT mai 1829.

L*empressement avec lequel vous avez fait honneur à l*obligation que M. Dutrône avait contractée en prenant part pour vous à la banque nationale , me fait un devoir d'ofifrir à rinte'rêt que vous portez à la Grèce une nouvelle occasion de se signaler.

La copie ci-jointe de la lettre que j'adresse à la socie'te' pour renseignement élémentaire, vous indiquera, Monsieur le comte, quelle est mon attente. Les vues généreuses qui vous guident, ainsi que vos honorables collègues , dans les travaux de la société, la libéralité de lïi France florissante envers la malheureuse Grèce, tout me garantit qu^^eUe. s^a couronnée des plus heureux succès.

131 DÉGINC. — lUl 1839.

^ y. S^. M. 4-^4*c Js J^ cfame^^

Avant de réclamer pour mes concitoyens, vos protégés, la continuation des bienfaits qu*ils doivent à vo& libéralités, je m*empresse de vous exprimer combien )e suis peiné que par suite deaaffairea nombreuses et dif-^ ficiles qui m'accablent, Monsieur le comte ^ votre fib ait passé, pour ainsi dire, inaperçu en Gîrece.^ La lettre dont vous aviez^ bien voulu le munir pour moi, au lieu d'être presque inutile , comme elle Va été, eut au coatraire été superflue, si j*eusse été maître de mon temps.

Mon espoir bien fondé, en vouacommui^iquant. Monsieur le duc, la lettre que j'adresse à la société pour renseignement élémentaire, est que vous continbuerez^ à me fournir les moyens de hâter la restauration de ma patrie. Si les autres philhellènes du monde civilisé répondent avec vous à mon appel, j'y parviendrai certainement , en donnant aux enfants, dont fourmille la Grèce, et qui brûlent tous de s'instruire ^ une éducation au moyen de laquelle ils puissent justifier les bienfaita dont leur patrie a été Tobjet,

A M. GARANTiNOS. 135

S^ ^^. c:SaW>^uÀiy.

Égine, -- mai 1829.

L'ouvrage de Legendre, portant pour titre Éléments de Géomàxîe^ est sans contredit d^une importance majeure pour rinstruction des jeunes Hellènes dans les sciences exactes. Les informations que j*ai reçues sur votre compte me donnent l'assurance que vous pouvez faire ta traduction de cet ouvrage dans notre langue. Nous vous engageons à vous en occuper immédiatement. Vous nous direz plus tard en combien de temps vous pourrez l'avoir achevé' , et quels sont les secours que le gouvernement devra vous^ accorder.

EgÎDe^ 77 mai 1829.

Le meilleur secours.que vous pourriez donner à Tinstruction des jeunes Hellènes dans les sciences exactes, serait celui que vous leur apporteriez de votre personne, en vous.trouvant au milieu d'eux dans ce pays, et en leur enseignant les sciences que vous professez avec tant de distinction.. A défaut de ce secours, celui des ouvrages

que vous faites imprimer en est un , et je ne demande pas mieux que de le procurer à la jeunesse de ce paya. Je consens donc à vous avancer les 600 talaris, mais en trois époques; 200 pourraient vous être comptes à la fin du mois de mars, 200 au 1^ septembre, et 200 à la fin de décembre. Vous nous rendrez alors cette somme , soit en nous envoyant un certain nombre d*exemplaires de votre arithmétique et algèbre, à un prix mode're', soit en complétant le paiement de la somme qui vous sera avancée, par des exemplaires de Touvrage de Legendre que vous allez imprimer. Si cet arrangement vous convient, vous devez charger ici quelqu'un de votre confiance , auquel la commission des finances paiera à échéance la somme mentionnée ci-desr sus, et qui nous remettra les exemplaires que vous serez dans le cas de nous transmettre.

ÉgiDe> — moi 1829.

La réponse d'office que vous recevez aujourd'hui vous prouve que vos rapports ont e'te' bien accueillis. Il en sera de même par la suite, et toutes les fois qu ils nous porteront le témoignage du zèle et de Tcxactitude avec lesquels vous vous efforcez de remplir vos devoirs. Vous êtes

A M. CHRIST IDÈS. 137

jeune, vous avez une longue carrière à fournir; il dépend de TOUS de la fournir avec honneur et succès, et je ne demande pas mieux que d'y contribuer. En attendant, il est bon que vous sachiez que dans les actes de la conférence de Londres du mois de mars, concernant les négociations qui ont pour but Vavenir de la Grèce^ il n est pas fait mention de l'île de Samos. Ajoutez à ce fait les questions qui vous ont été adressées relativement à la piraterie par le commandant du vaisseau anglais, et vous verrez que la situation de Samos est critique, et qu il n'y a désormais que la conduite des habitants de cette île et de leurs che& qui puisse donner au gouvernement le moyen de les sauver. Vous ferez usage de ces notions auprès des chefs qui exercent une influence décisive, et qui peut-être ne sont pas tout a fail étrangers aux actes de piraterie que nous déplorons. Faites-leur bien comprendre qu une grande responsabilité pèse sur leurs têtes^ et que je ne la partagerai avec eux qu à condition qu ils se conforment de bonne foi aux directions qu'ils reçoivent de la part du gouvernement.

C'est dans ce sens que vous vous expliquerez avec M. Lycurgue Logothetis et avec les autres chefs dont vous me parlez. Quant au premier, dites-lui de ma part que s'H tarde plus longtemps à se rendre à son poste , je dois penser que les assurances qu'il m'a données à Nauplie n'étaient pas l'expression sincère de ses sentiments et de sa conviction^ Quant aux autres, je tâcherai de leur donner de l'occupation ailleurs, des que je le pourrai. Continuez ,^

Monsieur, à bien servir, et soyez assure du suffrage du gouvernement.

Kffi°^> 7:z mai 1829.

Nous éprouvons le besoin de vous témoigner notre reconnaissance pour les nouvelles preuves de zèle, de patriotisme et de sagesse, que vous venez de nous donner. La part active que vous avez prise à la reddition de Messolonghi et d'Anatolico, la prudence avec laquelle vous avez répondu aux communications du capitaine Spencer, vous ont acquis de nouveaux titres à notre estime et à notre confiance.

Si Dieu continue à bénir nos efforts^ et que nous puissions sous peu atteindre le but de salut, vous serez le premier, Monsieur Tamiral, ^ recevoir de la part de la nation un gage de sa gratitude , et nous serons heureux de vous Todrir en son nom.

éfirine. -- mai 1829.

Si je n's^i pas annoncé d^n& le temps a Votre Excellence

AU GÉNÉRAL SCHMEIDF.R. 139

la capitulation de Lepante et leVacuation de cette place par les troupes musulmanes , c*est que cette bonne nouvelle avait trouvé M. le maréchal Maison encore à Égine et a la veille de son départ pour les places de la Messénie. J'étais donc assuré d'avance que l'intérêt bienveillant dont il s'est plu k donner tant de témoignages a ce pays, le porterait à vous faire part, Monsieur le général, de ce premier succès de nos opérations , et des espérances qu'il ranimait au milieu de ce peuple. Ces espérances, grâce à la protection du Seigneur, commencent déjà à se râiliser. Les garnisons de Messolonghi et d' Anatolico viennent de suivre l'exemple de celle de Lepante, en signant le 4 (16) du courant une convention qui leur assure une retraite hcMiorable. C'est le lendemain 5 (17) que nos troupes ont arboré le pavillon national dans les deux places, au moment même où le capitaine Spencer, commandant la frégate de S. M. Britannique le Madagascar, sommait les bâtiments grecs de lever le blocus des côtes de Prévésa et de lAcarnanie, en se fondant sur une décision de la conférence de Londres et sur la ^neur positive de ses instructions.

Cette donnée vous suffira sans doute. Monsieur le général, pour vous faire apprécier toute l'importance que nous devons attacher aux résultats que nous venons d'obtenir. C'était le seul qui pût procurer aux populations de la Roumélie le moyen d exister, et d'attendre de la justice et de la sollicitude des souverains alliés le terme de leura longs malheurs*

UO d'égine. — MAI 1829.

Je dois a Votre Excellence les remerciements les plus sincères de la lettre qu elle a bien voulu écrire à M. le colonel Heideck, relativement aux militaires français qu'il avait été dans la nécessite de renvoyer au quartier général de Modon. Les sentiments dont elle porte Texpression me prouvent encore une fois qu en vous confiant, Monsieur le général, le commandement de ses troupes dans la péninsule , S. M. le roi de France a voulu donner à la Grèce un nouveau gage de la bienveillance avec laquelle on remplirait ses magnanimes intentions.

Je suis toujours dans l'attente de l'ordonnateur et du payeur qui doivent nous apporter le premier versement des subsides, que dans sa générosité le roi destine a compléter l'organisation de nos troupes régulières. Veuillez, Monsieur le général, hâter le départ de ces employés. Dès qu'ils seront arrivés, je mettrai immédiatement a exécution les règlements, au moyen desquels j'ai taché d'organiser l'établissement et l'administration d'une caisse militaire spéciale. J'augure bien de cette institution et de ses résultats pour le service de notre corps régulier.

Ainsi que j'ai eu l honneur de vous l'écrire par ma dernière lettre, c'est sur votre coopération que j'aimerai toujours à compter, lorsqu'il s'agira de faire du bien à ce pays. Je vous adresse avec confiance, Monsieur le général, la prière de vouloir bien nous aider à établir une école d'enseignement mutuel à Fatras. Les habitants de cette ville ont déjà ouvert une souscription volontaire, dont le

AU LlEUTENATfT PLÉNIPOTENTIAIRE. 141

produit est destiné à procurer ce bienfait à leurs enfants. Le gouvernement les assistera autant que ses faibles moyens peuvent le lui permettre , et il ne reste plus qu'à trouver un local convenable pour cet objet. Ce local existe dans une ancienne mosquée, et Votre Excellence m'obligerait infiniment, si elle donnait les ordres nécessaires pour que ce bâtiment soit mis à la disposition du gouverneur provisoire de Fatras.

M. Marchand n a pas manqué de porter à ma connaissance le désir que vous lui avez témoigné de voir notre correspondance régulièrement établie. Je partage complètement ce vœu, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour qu'il s'accomplisse une heure plus tôt. Nos règlements vont être modifiés d'après les bases que M. Firino avait adoptées pour le service des postes de Tarmée d'expédition, et il me sera agréable alors de pouvoir m'entretenir souvent avec Votre Excellence.

%S^ %yfô. €6 J^m/e^an^ Â/^?t^u)L^en^ïa4Ïe,

Efi'iney — ■ mai 1829.

Le gouvernement reçoit avec une émotion profonde lexpression des sentiments et des vœux que renferme la lettre que vous ont adressée, en date du 6 mai, les notables de la ville de Messolonghi.

Vous leur donnerez de sa part l'assurance qu'il ne né-

142 d'égiwe. — MAI 1829.

gligera aucun moyen de venir à leur secours. Les mesurer que vous avez prises à cet effet, et dont vous nous rendez compte par votre rapport sous le numéro 554 , répondent complètement à nos intentions, et nous vous autorisons même à procurer par la suite quelque subsistance aux indigents, mais vous ne la leur accorderez qu au prix du travail. Vous connaissez la marche que nous avons suivie a cet égard à Égine, à Nauplie, et partout oii il n y avait que ruines et décombres. Nous vous engageons à vous y conformer.

Nous approuvons la nomination du politarque provisoire que vous avez destiné. Nous joignons ici un décret concernant le service qu on célébrera en commémoration des citoyens qui ont payé de leur vie Thonneur d'être au nombre des héroïques défenseurs de Messolonghi , et nous vous chargeons de Texécution de ce décret.

S^ ^y^\ ^a€4jÀ4hd, <^^€c/en/ f/^S^^ad/eUe,

^^ff»"»* -zz «nai 1829.

Le gouvernement provisoire grec a reçu la lettre que M. Dawkins lui a fait 1 honneur de lui écrire en date du 18 mai, pour lui communiquer par ordre de sa cour, le protocole du 22 mars signé par les plénipotentiaires des Puissances qui ont stipulé le traité du 6 juillet 1827, et pour appeler plus particulièrement son at-

A M. DAWKIMS. 143

tention sur la clause de ce même protocole qui concerne Tarmistice.

M. le résident annonce l'attente où sont les cours alliées d'apprendre qu'en se conformant aux vœux qu elles expriment dans la clause susmentionncfe, le gouvemement grec déclarera la suspension des hostilités, et rappellera ses troupes dans le territoire placé «ous la garantie des trois Puissances par Facle du 16 novembre 1828.

Le gouvernement grec doit témoigner avant tout les sentiments de reconnaissance , avec lesquels il reçoit pour la première fois communication officielle d'actes relatifs aux mesures, par lesquelles les cours alliées espèrent atteindre sans délai ultérieur le but philanthropique et chrétien qui a motivé le traité du 6 juillet.

Cette communication cependant laisse à désirer au gouvernement grec beaucoup d'informations qu il n'a pas reçues jusqu'à ce jour. Il n'a jamais eu connaissance officielle de la note du reis-eCfendi en date du 10 septembre, et sur laquelle paraît reposer Tespoir d'un armistice.

Si ce document se trouve conforme au texte que des correspondances particulières ont mis à sa portée, si d'autres notions n'en caractérisent pas plus particulièrement la nature, le gouvernement grec ne saurait voir dans la lettre du reis-effendi qu'une réponse évasive, au moyen de laquelle la Porte rejette encore une fois en principe la médiation qui lui a été offerte par le traité du 6 juillet.

144 d'égine. — MAI 1829.

En se fondant sur un armistice de fait qui n'est en realité qu'une attitude défensive, révocable à volonté, en déclarant de son côté et sur cette base la cessation des hostilités, le gouvernement grec se placerait hors des principes posés par le dit traité^ et contracterait en même temps un engagement qu il ne serait pas en son pouvoir de remplir.

Il ignore quel est le territoire garanti par lalliance, attendu que le protocole du 16 novembre 1828, dont fait mention M. Dawkins, ne lui a jamais été signifié; mais quand même cette communication lui eût été faite dans le temps, il aurait cru manquer à la bonne foi et à la loyauté, qui seules peuvent lui donner des titres à la confiance des augustes souverains alliés, si en mettant sous leurs yeux Tétat réel des choses, il ne leur avait pas prouvé qu il n était pas en son pouvoir, a la fin de Tannée dernière, comme il ne le sera jamais, de transplanter par un acte d'autorité dans Tenceinte du Péloponèse et des îles adjacentes, les malheureuses populations des provinces situées au delà de Tisthme de Gorinthe.

Ces provinces, ainsi que celles du Péloponèse et des îles, ont contracté dans les jours d'épreuves et de malheurs l'engagement solennel de ne jamais séparer leur cause. Ces engagements sont consignés dans des actes revêtus d'une double sanction : la sanction des congrès nationaux, et celle plus inviolable encore du serment. Le gouvernement grec, qui ne tient ses pouvoirs que de ces mêmes actes, peut -il les enfreindre, en établissant une

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