MÉMORANDUM
fes huit années de guerre et de malheurs qu'ils viennent de subir.
Il n'en serait pas de même, si ce même gouvernement donnait à la Grèce la garantie, que quelles que soient les décisions de la Porte, les Grecs du continent, ainsi que ceux des deux îles mentionnées ci-dessus, obtiendront de la justice des Puissances alliées le sort que leur promettent les vœux qui ont motivé l'acte du 6 juillet 1827.
Les Grecs ont sous leurs yeux le protocole du 22 mars; et loin d y trouver cette garantie, si les clauses devaient être exécutées avec l'assentiment des Turcs, ils y verraient un arrêt de mort.
Cet acte fait complètement abstraction du traité de| Londres. Les Grecs ne sont pas appelés à prendre part aux négociations avec les Turcs; ils ne sont pas appelés non plus à concourir d'aucune manière au choix du prince que le protocole leur destine. Pour prendre donc l'initiative sur cette question majeure , la Grèce devrait commencer par protester contre les stipulations du 22 mars.
Le seul moyeu de résoudre cette question selon le traité de Londres et avec des résultats conformes à l'attente des Puissances européennes et aux vœux des Grecs, serait le suivant : que les Puissances alliées notifient à la Grèce leur unanime et ferme résolution de reconnaître comme territoire constituant ce pays la ligne tracée par la conférence de Poros, y compris les îles
158 d'égime. — MAI 1829.
de Candie et de Samos; qu'elles demandent en retour que les Grecs leur donnent une garantie de la stabilité, de Tordre intérieur, et des relations extérieures de cet état, en adoptant un gouvernement monarchique, et en confiant ce gouvernement à un prince chrétien que les Puissances choisiront.
Les Grecs, en accueillant avec reconnaissance cette proposition , demanderont :
1*. Que ce prince et sa dynastie embrassent la reh'gion du pays.
2". Que par un acte formel il convienne avec la nation des bases d'après lesquelles devra être réglée Tadministration de l'état.
3\ Que dans le cas d'extinction de la dynastie régnante , celle qui devra la remplacer soit choisie par la nation Grecque , sauf la part que devraient avoir à la reconnaissance de ce choix les Puissances alliées et la Porte ottomane.
Moyens d'exécution.
Ce plan une fois adopté par les Puissances alliées, son exécution est immanquable, du moment que le prince qui devra gouverner la Grèce pourra compter sur les ressources financières que le gouvernement actuel a sollicitées par son mémoire du 30 octobre (11 novembre 1828), et du moment qu'il arrivera sur les lieux avec 1,500 ou 2,000 hommes de troupes suisses ou alle-
AU COMTE BULGAKI. 159
mandes, qui formeraient le noyau de Tarmee régulière grecque, dans les trois armes d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie.
Nous disons suisses ou allemandes^ pour nous conformer aux intentions des Puissances signataires du traité du 6 juillet, lesquelles ont déclare' ne vouloir conserver aucune influence exclusive dans ce pays, ni directe ni indirecte.
24 mai
Nauplie, T-r- 1829-
5 juin
Je reçois avec des sentiments de reconnaissance qu'il me serait impossible d'exprimer, le nouveau bienfait que S. M. l'empereur de toutes les Russies daigne accorder à la Grèce.
J'aime à espe'rer que, grâce a la ge'ne'reuse sollicitude avec laquelle S. M. , conjointement avec ses augustes allies, se plaît à rassurer cette nation sur son avenir, et à lui offrir les moyens d'y contribuer ellemême, elle justifiera leur attente.
Dans mon particulier, je vouerai tous mes soins à ce que le subside dont S. M. I. a daigne me rendre le de'positaire, soit employé' selon ses intentions, et la classe malheureuse et respectable des laboureurs en aura une
juste part. Mais la nation tout entière bénira les noms augustes des souverains allies pour de longues années^ comme elle les bénit aujourd'hui , du moment que par leur garantie l'emprunt de 60,000,000 pourra devenir la base du cre'dit financier de cet e'tal.
Veuillez, Monsieur le comte, porter aux pieds de S. M. I. riîommage respectueux des sentiments et des vœux dont je me félicite d'être l'organe^
24 mai Nauplie. — r-r- 1829.
^ 5 juin
Je vous envoie ci-joint, Messieurs, l'office que M. le comte Bulgari vient de m'adresser, en mettant à la disposition du gouvernement grec 1,000,000 de roubles en effets sur Londres.
Vous verrez par la minute ci-jointe la réponse que j'ai faite à M. le comte Bulgari. Le secre'taire pour les affaires étrangères la placera aux archives qui lui sont confiées.
Je vais me concerter avec M. l'amiral comte Heyden, afin de faire réaliser en espèces les lettres de change susmentionnées, sauf à garder une petite partie pour les remises que le gouvernement aurait à faire à Télranger,
Je tacherai de faire négocier à Naples les effets aux conditions les plus favorables. C'est S. E. M. de Ribeaupierre lui-même que je prendrai la liberté d'en charger.
Le premier secre'taire de la section de TinteVieur portera à la connaissance du Panhellënium Tofïice de M. le comte Bulgari et ma réponse.
24 mai
Nauplie, r-r- 1S29.
5 juin
Je reçois avec infiniment de reconnaissance les communications que Votre Excellence se plaît à me faire par ses lettres du 30 et du 31 mai.
Elles me trouvent ici, où je suis arrivé dans la vue de m'occuper moi-même, de concert avec M. de Saint- Martin et avec M. le colonel Heideck , de l'organisation définitive de la caisse militaire. Je me suis déjà expliqué avec ces messieurs, et j'espère que sous peu de jours cette branche importante du service ne nous laissera rien à désirer.
Je regrette autant que vous. Monsieur le général, que les formes d'usage aient empêché Monsieur le payeur de nous économiser les frais de transport du subside du mois de juin. Ces formalités seront remplies, et le bateau à vapeur arrivera dans les parages des places de la Messénie , pour apporter à la caisse militaire le subside susmentionné.
Ce serait un grand bonheur pour la Grèce , si Votre Excellence pouvait persuader M. le colonel Mauguin de
renoncer, ne fût-ce que pour quelques mois , à son projet de retourner en France. Je le prierai alors d'accepter la place, non de commandant du corps régulier^ mais celle plus importante d'adjudant-génëral pour toutes les parties de l'organisation et de l'administration , non-seulement du corps re'gulier, mais du service et de la restauration des forteresses de Te'tat.
Ainsi que je m'en étais explique avec M. le maréchal Maison, les lumières et le travail d'un employé supe'rieur semblable donneraient au gouvernement toute l'assistance dont il a besoin pour se charger lui-même de la direction, et elle serait dans le fait entre les mains de r adjudant-génëral •
Monsieur le maréchal m'a promis de s'occuper du choix d'un officier capable de remplir cette tache aussi pénible qu'honorable, et jusque-là nous nous e'tions flattés que M. le colonel Heideck aurait pu continuer à vouer ses soins au corps régulier. La santé du colonel dépérit tous les jours davantage, et je n'ose plus exiger de sa part des sacrifices dont le service public ne pourrait profiter, autant que le désirent les nobles sentiments qui animent en faveur de la Grèce cet officier distingué. C'est depuis quinze jours qu'il m'a en effet annoncé la pénible nécessité où il se trouve de résigner ses fonctions, afin d'aller chercher dans son pays natal le repos et le climat qui seuls peuvent rétablir sa santé. Pour me donner une dernière et touchante preuve d'amitié, il ne se refuse pas à s'oc-
cuper encore du corps régulier. C'est jusqu'à la moitié du mois prochain qu'il continuera à ge'rer ses fonctions, et c'est dans cet intervalle que je dois de toute nécessite' pourvoir à la direction du corps régulier.
Si donc le colonel Mauguin accepte ma proposition^ tous mes vœux seront remplis. Dans le cas contraire, je vous prie ti'ès-instamment , Monsieur le général, de choisir parmi vos officiers un officier supérieur qui puisse et veuille ^e charger des fonctions d'adjudantgénéral du gouvernement pour cette branche du service militaire. Les observations que je vous ai faites plus haut vous donnent l'idée la plus complète de Timportance de ces fonctions , et des qualités qui doivent caractériser l'officier qui en serait chargé.
Veuillez , Monsieur le général , honorer de votre attention les intérêts que j'ose vous recommander, et me faire connaître ce que vous pouvez faire dans cette conjoncture. Ce n'est qu'après avoir reçu la réponse que je sollicite de votre bienveillance pour ce pays, que je réglerai définitivement les mesures au moyen desquelles une garnison de troupes régulières gi^ecques occupera Patras et le château de Morée, et que la garnison actuelle de cette place pourra se rendre à Coron.
Je vous remercie infiniment de l'accueil que vous avez bien voulu faire à mes propositions concernant le donjon de Mistra. Si l'exécution peut en être ajournée par l'amende honorable que feront les soldats de Jatrakos, j'y verrai un avantage réel.
1(54 DE NAUPLLE. JUIN 1829.
Dans le moment actuel un esprit de malveillance qui vient du dehors s'efforce de mettre le gouvernement grec dans des embarras , et il se flatte peut-être de le paralyser. Il n'y réussira pas , parce que le peuple avec son bon sens compare le pre'sent au passe , et ne se laisse pas tromper.
Quelle que soit ma confiance dans les sentiments de la nation, dans la pureté de mes intentions et dans la droiture de ma conduite , je ne me dissimule pas cependant que le moment actuel ne serait pas bien choisi pour prendre l'initiative de mesures générales contre les donjons, et contre ce qu'ils renferment de funeste. Dès que nous serons sortis de la crise dont nous menacent les négociations de Constantinople , dès que le congrès national aura rempli sa tache, nous entreprendrons la nôtre, et elle sera bientôt achevée avec les bénédictions de toute la Grèce.
Si néanmoins les Jatrakos ne font pas les démarches qui leur sont prescrites, je persiste dans l'opinion qu'il faut démolir le château de Mistra, et pour ce cas M. Mavros reçoit l'autorisation de se conformer à toutes les dispositions que Votre Excellence jugera devoir donner.
A M. MAVAOS. 165
26 mai Nauplie, , . . 1829.
^ 7 juin
J'envole aujourd'hui un courrier au gênerai SclineU der, et je lui demande ses conseils et sa coopération pour régler les affaires du service du corps re'gulier. Le colonel Heideck est malade , et il est au point de ne pouvoir pas continuer Texercice de ses fonctions. Je me trouve ici pour cette affaire, et je suis impatient de recevoir de la part du général une réponse à ma lettre.
A cette occasion je lui écris sur le grand objet du château de Mistra et des châteaux, forts. Je partage votre opinion, et je crois que ce n'est pas le moment de procéder à des mesures de rigueur, à moins que les Jatrakos ne refiisent de se conformer aux ordres qu'ils ont reçus de la part du gouvernement. Pour ce cas , vous êtes autorisé à vous concerter avec le général sur toutes les mesures qu'il croit devoir prendre, à l'effet de donner un exemple. Je suis parfaitement d'accord avec lui sur la part que doivent prendre à l'expédition les troupes régulières grecques. Les troupes françaises ne doivent que les soutenir^ Si nous devons en venir là, vous m'en écrirez , et je vous donnerai alors les instructions et les ordres qui vous sont nécessaires.
Les lettres d'oflSce que vous devez avoir reçues à cette heure , répondent d'avance à toutes les autres questions
que vous m'adressez dans vos lettres particulières. En ce qui concerne votive frère, c'est avec bien de la peine que je dois vous dire qu'on ne peut pias le se'parer de ses collègues. Ils n'ont qu'à se justifier devant le tribunal du pays , et l'aflfaire sera ainsi tenninee d'une manière légale. Au reste soyez tranquille; il ne lui arrivera aucun maK II n'est pas dans mon goût d'en faire; je n'en ai fait à personne j[usqu'ici^ et je ne commencerai pas assurément par Monsieur votre frère.
Tâchez d'acce'le'rer, si vous pouvez, la réponse que j'attends du général Schneider. Les propositions que je lui adresse sur la direction du corps régulier, lui prouveront que je sais apprécier l'intérêt dont il honore la cause grecque.
26 mai Nauplie, , . ." 182^.
7 juin
Je m*empresse. Monsieur, de vous remercier des deux lettres que vous m'avez adressées au moment de votre départ de Modon. Je vais vous donner en peu de mots les renseignements que vous voulez bien me demander.
Il ne s'agit pas d'établir une ferme modèle , mais un atelier qui puisse nous donner quelques charrues belges. Il faudrait donc avoir les ouvriers nécessaires^ Ils